Agrafil spécial Russie/Ukraine du 9 mars 2022

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Energie: Bruxelles compte notamment sur le biogaz pour réduire la dépendance à la Russie

La Commission européenne a présenté le 8 mars une série de propositions visant à réduire de deux-tiers les importations de gaz russe de l'UE dès cette année. Pour y parvenir deux principales pistes sont évoquées: la diversification des sources d’approvisionnement et le développement des énergies renouvelables parmi lesquelles le biogaz. Bruxelles propose de porter la production européenne à 35 milliards de m3 de biométhane d’ici 2030 contre un objectif actuel de 17 milliards de m3. Les entreprises, en particulier les industries à forte consommation d'énergie (dont la production d'engrais), ainsi que le secteur agroalimentaire, seront confrontés à des coûts de production plus élevés, convient la Commission européenne dans sa communication. «Et il est clair qu’il y aura une augmentation des prix de la nourriture», a ajouté le son vice-président Frans Timmermans. Il espère néanmoins que des solutions communes, à l’échelle de l’UE pourront être trouvées, comme celles qui ont été mises en place durant la pandémie de Covid-19. La Commission européenne présentera le 23 mars une communication sur la sécurité alimentaire qui devrait y répondre.

Plan de résilience: présentation attendue la semaine prochaine (Matignon)

Entouré des représentants de six ministères, le Premier ministre a reçu, le 8 mars, les principales filières touchées par les conséquences de la guerre en Ukraine, pour écouter leurs propositions en vue de l'élaboration du «plan de résilience» demandé par le Président de la République. La présentation du plan est attendue pour «la semaine prochaine», a confié le cabinet du Premier ministre lors d'un point presse à l'issue de cette rencontre. La France est notamment en attente de «retours de Bruxelles» sur l'encadrement des aides d'Etat. Elle attend également de connaître la nature des contre-sanctions qui pourraient être annoncées par Moscou. Matignon promet un plan «à deux pieds»: d'une part «faire fasse au choc de court terme» et à plus long terme «faire évoluer l'appareil productif». Le plan comportera à priori des mesures sectorielles: «Nous avons constaté une diversité de demandes, les réponses devront être adaptées aux filières», assure le cabinet. Parmi les préoccupations transversales, Matignon évoque les problématiques de trésorerie, et cite notamment sur ce point les céréaliers. Les questions liées à la Pac, notamment la dérogation aux règles de verdissement, ne seront pas traitées dans ce plan.

Ukraine/Russie: les propositions de la FNSEA à Jean Castex

Invitée à Matignon le 8 mars, aux côtés des représentants des filières énergie, aéronautique, automobile, cosmétique et alimentaire, la FNSEA a mis sur la table plusieurs nouvelles propositions visant notamment à obtenir des garanties de prix et de disponibilité pour les matières premières soumises à tensions d'approvisionnement (carburant, alimentation animale...). Sa présidente Christiane Lambert a d'abord rappelé sa demande de renégociation rapide des prix de l'alimentation avec la grande distribution, notamment pour les marques de distributeurs (MDD). Elle a ensuite détaillé plusieurs propositions d'intervention des pouvoirs publics: concernant les carburants, «nous avons demandé des garanties de livraison pour les métier du soin et de l'alimentation» dans le cas où une régulation publique interviendrait. La FNSEA plaide également pour l'établissement de «stocks stratégiques» d'alimentation animale, à partir de la prochaine récolte, pour garantir des «tunnels de prix» aux éleveurs. Le syndicat par ailleurs rappelé ses demandes d'aides à la trésorerie, y ajoutant cette fois une proposition d'alignement de la TVA de l'alimentation animale sur celle de l'alimentation humaine. Enfin, elle a rappelé ses propositions pour «libérer le potentiel de production agricole», sur laquelle Bruxelles doit s'exprimer le 23 mars.

L'Europe doit «produire plus» pour «éviter une crise alimentaire mondiale» (Denormandie)

L'Europe doit produire plus pour «éviter une crise alimentaire mondiale» avec l'arrêt «probable» d'une partie des exportations de céréales russes et ukrainiennes, a estimé le 8 mars le ministre français de l'Agriculture Julien Denormandie. Les deux pays étant de gros exportateurs de céréales, blé notamment, le ministre dit «craindre que s'ajoute dans les 12 à 18 mois une crise alimentaire mondiale». «Face à cet arrêt probable d'une partie des exportations de blé ukrainien ou russe mais aussi d'autres (céréales) comme le maïs ou le tournesol», il a estimé que l'Europe devait «assumer sa mission nourricière». «Il faut que l'Europe produise plus, elle bénéficie des terres parmi les plus fertiles au monde, il faut que l'Europe ait une capacité à produire plus pour pouvoir également accompagner d'autres pays qui n'ont rien à voir avec le conflit mais qui se voient impacter dans leur possibilité d'accès à l'alimentation, notamment sur le continent africain et en particulier en Afrique du nord», a-t-il appelé. Le ministre a indiqué qu'en Egypte, «cela fait plusieurs fois que le gouvernement annule des commandes de blé parce que les prix sont trop importants. On constate qu'au Maroc, avec la sécheresse, près de trois quarts de la production de blé est mise à mal».

Ukraine: «une récolte potentielle réduite de moitié» (presse ukrainienne)

Depuis la capitale ukrainienne en proie aux bombardements, le rédacteur en chef du magazine agricole ukrainien Zerno a accepté de décrire la situation dramatique de l’agriculture et des filières alimentaires de son pays. Pour les grandes cultures, «dans le nord, le sud et lest, la préparation de la saison des semis a pratiquement été stoppée. Mais dans l’ouest et plus au centre de l’Ukraine, le travail bat son plein», rapporte Yuri Goncharenko dans un entretien réalisé le 8 mars par messagerie. Selon ses estimations, «l’Ukraine pourra produire l’équivalent 40 à 50% de la récolte de l’année précédente, qui avait été historique». Côté main-d'œuvre et logistique, les soucis se concentrent dans «les régions où les hostilités ont lieu», assure-t-il. Mais «dans la plupart des grandes régions agricoles, les agriculteurs restent sur le terrain, et le ministre de l’Agriculture a annoncé, le 6 mars, une procédure de réserve pour les ouvriers agricoles, qui les exempte de la mobilisation dans l’armée.» La filière la plus atteinte par les difficultés logistiques est pour l'heure la production laitière. Dans la région de Poltava (centre-est), «le lait est distribué gratuitement dans les villes et les villages», faute d'être collecté par les usines.

Ukraine: la presse agricole du pays presque entièrement à l'arrêt

Contacté par Agra Presse le 8 mars, le rédacteur en chef du magazine Zerno, Yuri Goncharenko, estime que la plupart des médias agricoles ukrainiens sont à l'arrêt, «à l'exception du site The Latifundist, qui a plus de 80 employés, et qui est parvenu à organiser le travail avec des effectifs moindres». Yuri Goncharenko possède deux magazines agricoles et quatre sites internet. Les dernières éditions de ses deux magazines n'ont pu être distribuées et ses sites internet sont inactifs depuis plusieurs semaines. «J’ai dix-huit employés, et je suis aujourd’hui inquiet pour leur survie», explique-t-il dans un entretien paru sur le site d'Agra Presse. «L’une de nos employées est située dans une zone de front, près de Kiev, et nous n’avons pas eu de nouvelles d’elles pendant quatre jours. Grâce à Dieu, nous avons repris le contact, elle s’est trouvée un abri, et nous espérons que sa vie sera sauve. Une autre se trouve dans la région de Volyn (nord) avec deux enfants, où elle appelle à l’aide. Heureusement, nous avons des amis agriculteurs dans toute l’Ukraine. De l’aide lui sera envoyée. De mon côté, je reste à Kiev, parce que c’est notre terre, et que nous ne la quitterons pas.»

Vins: vente aux enchères de vins pour l'Ukraine lancée dans le bordelais

Une vente aux enchères en ligne de vins au profit des victimes de la guerre en Ukraine sera organisée fin mars après l'appel à la générosité du monde viticole par le consul honoraire d'Ukraine en Nouvelle-Aquitaine, Laurent Fortin. «On reçoit des vins de toutes les régions de France, Bourgogne, Vallée du Rhône, Provence et évidemment du Bordelais», s'est félicité le 8 mars M. Fortin, également directeur général de Château Dauzac, grand cru classé de Margaux. «Des grands noms du vin ont contribué, même des premiers grands crus classés comme Château Lafite (pauillac, ndlr), mais aussi des vins connus sans être extrêmement valorisés», a-t-il ajouté à l'AFP. A partir du 30 mars et pour six jours, les bouteilles seront mises en vente au prix symbolique d'un euro sur la plateforme en ligne iDealwine.com. L'intégralité des bénéfices, commission acheteur comprise, sera reversée à Ukraine Amitié, une association humanitaire basée à Bordeaux qui collecte des dons et des médicaments pour les populations civiles d'Ukraine. Avec l'argent récolté, cette association prévoit d'acheter des biens de première nécessité et du matériel médical.