Edition du 25 août 2022

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« C'est qui le patron ?! » veut prendre des parts chez les industriels

Désormais poids lourd du lait de consommation, la marque de consommateurs C’est qui le patron ?! (CQLP) veut prendre des parts minoritaires dans des entreprises industrielles et créer ses propres sociétés, dans le secteur alimentaire mais aussi au-delà, apprend-on sur un nouveau site internet dédié à la démarche, dévoilé le 24 août. Un changement de modèle pour cette marque «sans usines», qui fait presque exclusivement appel à des sous-traitants (voir notre décryptage). La semaine dernière, Nicolas Chabanne, l’un des fondateurs, annonçait, sur le réseau social LinkedIn, la création de «la plus grande entreprise solidaire de France». Concrètement, les capitaux des sociétés intéressées seront rachetés par la coopérative CQLP, détenue collectivement par les consommateurs sociétaires. En se liant à CQLP, l’entreprise s’engage à faire la transparence sur son fonctionnement et à respecter les valeurs de la marque, sur la rémunération, l’environnement ou le bien-être animal. «Le projet est multisectoriel: assurance, banque, alimentaire, santé…», précise Nicolas Chabanne à Agra Presse. Il ajoute que la participation restera minoritaire. «L’idée c’est que toutes les entreprises puissent nous appeler, et que leurs consommateurs se lient au sort de cette entreprise.» CQLP pourrait aussi créer ses propres entreprises ex nihilo. Elle a déjà commencé à le faire avec la société Paysans et consommateurs créée en janvier pour racheter un abattoir et un laboratoire de découpe.

Chasse : la loi de 2019 a multiplié par 70 les subventions aux fédérations (presse)

Selon les comptes publiés le 8 août et dévoilés par le site lanceuralerte.org, les soutiens publics à la Fédération nationale des chasseurs (FNC) et à ses antennes départementales sont passés de 150 000 euros en moyenne entre 2016 et 2018 à 6,3 millions d’euros en 2019-2020, puis 11,4 millions en 2020-2021. Principale explication de cette hausse : les nouvelles missions de gestion des associations communales de chasse agréées (Acca) et d’attribution des plans de chasse individuels (PDC), transférée par la loi de 2019 des préfectures aux fédérations de chasse. Des nouvelles compétences qui ont valu des compensations publiques de 4,50 M€ en 2019-2020, et de 9 M€ en 2020-2021. «La FNC joue un simple rôle de boîte aux lettres en redistribuant aux fédérations locales», assure-t-on au siège de la FNC. Autre cadeau de la loi chasse : la nouvelle éco-contribution. Une enveloppe totale de 15 M€ abondée à hauteur de 10 M€ par l’Etat et 5 M€ par les permis de chasse, pour financer les projets des fédérations de chasse dédiés à la préservation de la biodiversité. «Une confirmation de la capacité des chasseurs à mener des actions de terrain», explique la FNC, qui a reçu elle-même 1,8 M€ de cette enveloppe en 2020-2021. En juillet 2022, la Cour des comptes a annoncé un contrôle d'initiative citoyenne sur les aides publiques à la chasse.

Restauration collective: les collectivités acceptent des hausses de tarifs autour de 4%

Selon le Syndicat national de la restauration collective (SNRC), les professionnels obtiennent des hausses de tarifs de 4% en moyenne auprès des collectivités, peut-on lire dans une dépêche de l’AFP, alors que les demandes de revalorisation des prestations fournies tournent autour de 7%. Ces demandes «ne paraissent pas excessives de prime abord», réagit le maire (UDI) de Sceaux Philippe Laurent, vice-président de l'Association des maires de France (AMF) auprès de l’AFP. Pour lui, «la plupart des communes vont accepter» les demandes des professionnels. Depuis plusieurs mois, les opérateurs privés – qui gèrent 40% des cantines scolaires – alertent sur leur situation. «L'inflation actuelle dépasse ce qui était prévisible», explique Esther Kalonji, la déléguée générale du SNRC. Les contrats en vigueur «ne suffisent plus pour prendre en compte l'augmentation du coût des matières premières, des salaires, mais aussi de l'énergie». Conséquence des hausses de tarifs, le coût des repas va grimper à la rentrée. Reste aux collectivités à décider si elles répercuteront l’augmentation tarifaire sur la facture des familles. Plusieurs communes se sont déjà engagées à prendre en charge la totalité des hausses comme Libourne (Gironde) ou Dunkerque (Nord).

Semences : Actura et Valfrance signent un partenariat dans la production

Le réseau d’entreprises d’agrofournitures Actura et la coopérative picarde Valfrance ont annoncé le 24 août avoir signé «un accord de partenariat pour la multiplication et la production de semences certifiées, autogames et hybrides, en céréales à paille». «Dans un marché porteur d'innovations en génétique comme en protection de semences, où le déplacement de la valeur des produits phytosanitaires vers celui de la semence se dessine, Actura et Valfrance ont la volonté de maîtriser les capacités de production, de sécuriser leurs volumes de semences et d’investir pour s’adapter aux enjeux de demain», selon un communiqué commun. Cet accord est «la première étape d’un projet semences plus global». Il s’agit, «à terme», de « permettre la création d’un pool d’outils modernes et performants», indiquent les deux partenaires. Actura (chiffre d’affaires : 531 M€) confirme son ambition de construire une nouvelle usine, portée par sa filiale Agrasem. Valfrance (790 000 t de collecte, 6 500 ha de semences), qui a inauguré en juin une unité de production de semences, vise pour sa part à «sécuriser son investissement et les productions de semences pour ses sociétaires, avec une progression des volumes mis en terre».

Céréales: les exportations d'Ukraine presque aux niveaux d'avant-guerre, selon Washington

L'Ukraine est en passe d'exporter presque autant de céréales en août qu'avant l'invasion russe, selon des chiffres rapportés le 23 août par un haut responsable américain. «Grâce à une intense coopération internationale, l'Ukraine est en voie d'exporter presque 4 Mt de produits agricoles en août», a indiqué à l'AFP ce haut responsable du département d'Etat. Ce chiffre est à comparer aux quelque 5 Mt exportées tous les mois par l'Ukraine avant l'invasion russe du 24 février, qui avait mis un frein puis un coup d'arrêt à ses exportations agricoles. L'Ukraine étant l'un des principaux producteurs et exportateurs de céréales au monde, la guerre a accentué les craintes d'une crise alimentaire mondiale. Mais depuis la signature le 22 juillet d'un accord par Kiev et Moscou sous égide de l'ONU et de la Turquie, quelque 33 navires chargés de céréales ont quitté les ports ukrainiens de la mer Noire, avec quelque 720 000 tonnes à bord, selon la même source. Une autre initiative sous l'égide de l'Union européenne a par ailleurs permis le transport par route ou voie ferroviaire de quelque 2,5 millions à 3 millions de tonnes de céréales, a encore précisé ce responsable.

Eau : Fesneau tacle l’écologiste Bayou sur des actions contre les réserves

Le député écologiste Julien Bayou a cautionné le 23 août des «actions de désobéissance civile» visant certaines réserves d’eau, comme celles dégradées en Vendée le 9 août. Interviewé sur RMC, il s’en est pris aux «méga-bassines qui puisent dans les nappes phréatiques». «Les actions de désobéissances civiles ont consisté en allant démonter les pompes», a-t-il expliqué en référence à de précédentes manifestations. Et de souligner: «La désobéissance civile pour les écologistes, c’est non violent, en dernier recours et c'est assumé devant les tribunaux.» Marc Fesneau l’a taclé sur son compte Twitter : «Non-violent ?? Violation de propriété, menaces, destruction de biens autorisés. Quand on prétend être un responsable politique, on fait respecter la loi et on ne cautionne pas la violence.» Lors d’une interview le même jour sur France Info, le ministre de l’Agriculture a expliqué son point de vue sur la gestion de l’eau: «Essayons de poser tranquillement les débats, de lever les blocages psychologiques et de répondre à la question qui est: l’eau est une denrée précieuse et donc il faut la traiter comme [telle…] et si on peut la stocker quand il y a des excès de pluviométrie, eh bien on la stocke.»

Sécheresse: Pékin appelle à utiliser l'eau avec «parcimonie»

Une «grave menace»: les températures records en Chine, qui provoquent l'assèchement des cours d'eau, mettent désormais en péril les récoltes, ont averti les autorités qui craignent pour la sécurité alimentaire du géant asiatique. Depuis le début de ses relevés météorologiques en 1961, la Chine n'avait jamais connu d'été aussi chaud, une canicule historique tant par sa durée que par son ampleur. Principal réservoir d'eau potable du pays, le fleuve Yangtsé est à sec en de nombreux endroits, dévoilant un sol craquelé, tandis que depuis deux mois, de nombreuses villes chinoises vivent au rythme des alertes quotidiennes aux fortes chaleurs, forçant les autorités à rationner l'électricité. La sécheresse est notamment problématique pour les cultures de riz et de soja, très gourmandes en eau. Dans ce contexte, quatre ministères ont appelé le 23 août à prendre des mesures pour protéger les cultures et à utiliser chaque goutte d'eau avec «parcimonie». «L'étendue rapide de la sécheresse, exacerbée par des températures élevées et des dommages causés par la chaleur, font peser une grave menace sur la production agricole d'automne», souligne un avis publié notamment par le ministère de l'Agriculture.

Pluies de mousson au Pakistan: plus de 800 morts depuis juin

Plus de 800 personnes sont mortes depuis juin au Pakistan à cause des fortes pluies de mousson, une «catastrophe d'une rare ampleur» selon la ministre du Changement climatique qui va faire appel à l'aide internationale. La mousson, qui dure habituellement de juin à septembre, est essentielle pour l'irrigation des plantations et pour reconstituer les ressources en eau du sous-continent indien. Mais elle apporte aussi chaque année son lot de drames et destructions. De fortes pluies ont encore frappé une grande partie du pays ces dernières 24 heures, faisant au moins une douzaine de morts, dont neuf enfants, selon les autorités. «Cela fait un mois qu'il pleut. Nous n'avons plus rien», a déclaré à l'AFP Khanzadi, une habitante de Jaffarabad, dans la province du Baloutchistan, l'une des plus touchées. «Nous n'avions qu'une seule chèvre, elle aussi s'est noyée dans les inondations. Maintenant, nous n'avons plus rien avec nous (...) et nous avons faim», a-t-elle ajouté. Le Pakistan est particulièrement vulnérable au dérèglement climatique. Il figure en 8e position des pays les plus menacés par les phénomènes météorologiques extrêmes, selon une étude de l'ONG Germanwatch. En début d'année, une grande partie du pays a été en proie à une vague de chaleur, avec jusqu'à 51 degrés Celsius enregistrés à Jacobabad, dans la province du Sindh.

Prédateurs : reproduction confirmée du lynx en Côte-d’Or (préfecture)

Des pièges photos installés par les services de l’Office français de la biodiversité (OFB) ont permis de «collecter plusieurs vidéos montrant une femelle lynx avec son jeune jouant devant le piège photographique», annonce un communiqué de la préfecture de Cote d’Or du 19 août. Des vidéos qui confirment le retour du lynx dans un département dont il avait disparu depuis le XVIIIe siècle. Comme le rappellent les services de l’État, la présence de l’espèce dans le département avait été attestée dès 2018 avec la découverte d’un lynx mort, ainsi que par des photographies montrant deux individus adultes distincts. Concernant la prédation, «un seul constat de dommage avéré a été réalisé et attribué au lynx en 2021 dans le département», précise la préfecture. Car le lynx, selon les experts, consomme «préférentiellement des ongulés sauvages» comme les chevreuils ou les chamois. On compterait actuellement environ 180 lynx en France dont environ 80% se situent dans le Massif Jurassien. Avec un statut de protection national et international, la destruction du lynx est passible de 150 000 € d’amende et de 3 ans d’emprisonnement.

Risque de guerre nucléaire: des scénarios noirs pour la sécurité alimentaire (étude)

Dans un article paru dans la revue Nature Food le 15 août, une équipe internationale de chercheurs a affiné les connaissances scientifiques des conséquences qu'aurait une guerre nucléaire sur la sécurité alimentaire mondiale. Dans le pire des six scénarios étudiés (une guerre nucléaire impliquant la plupart des grandes puissances militaires mondiales et provoquant le largage de 4400 bombes), les famines provoqueraient la disparition de plus de 5 milliards d’habitants (75 % de la population mondiale), soit 15 fois plus que les morts dues aux bombardements. Le scénario le moins pessimiste – une guerre entre l’Inde et le Pakistan, 100 bombes larguées – se traduirait par 255 millions de morts liées à la famine, 27 millions de morts directement liées aux explosions. Ces famines seraient provoquées par les dérèglements climatiques induits par les nuages de suie produits par les explosions. Dans le pire des scénarios, la température moyenne chuterait d’environ 15°C en deux ans et les précipitations diminueraient de 68 % pendant les six premières années. Cela conduirait à une chute de 90 % de la quantité moyenne de calories alimentaires (-7 % pour le moins pire des scénarios). Dans tous les scénarios, c’est l’ensemble de l’agriculture mondiale qui est touché, pas seulement certaines zones géographiques.

Certifications: essor des systèmes participatifs dans les pays du Sud (Cirad)

Le système de certification par tierce partie, comme l’agriculture biologique ou même HVE, «tend à exclure une partie des producteurs», estime Sylvaine Lemeilleur, économiste au Cirad, dans un communiqué publié le 24 aout par l’organisme de recherche. Principale difficulté: les coûts de certification, parfois trop élevés pour des agriculteurs des pays du Sud. Selon les estimations de l’Ifoam (ONG internationale dédiée au bio), près de 1 200 000 producteurs dans le monde feraient donc désormais appel à des systèmes participatifs de garantie (SPG). Des certifications qui reposent non sur des audits externes mais sur l’évaluation par d'autres producteurs, ainsi que par les consommateurs, les transformateurs ou les distributeurs. Près de 242 SPG existeraient déjà dans près de 78 pays en majorité situés au Sud, comme le Maroc, la Tanzanie ou l’Ouganda, mais également en Polynésie. Et les travaux menés par Sylvaine Lemeilleur ont montré que «les mécanismes de vérification, comme la non-réciprocité des visites de contrôle et la rotation systématique des enquêteurs, sont assez forts pour qu’il n’y ait pas de fraude». Comme le rappelle le Cirad, le premier système de certification bio au monde créé dans les années 70 était un SPG français: Nature & Progrès.