Planification écologique: Borne va débuter par la forêt, l’eau et l’énergie
Lors d'un discours prononcé aux rencontres du Medef (entrepreneurs) le 29 août, la Première ministre Élisabeth Borne a précisé le calendrier et la méthode de travail de sa politique de «planification écologique». Forêt, eau, énergie décarbonée, «dès le mois de septembre, nous lancerons des premiers cycles de discussions et de négociations pour trois premiers secteurs», a-t-elle annoncé. Concernant l’eau, «nous devons mieux lutter contre les gaspillages, prioriser nos usages et faire évoluer certaines de nos pratiques agricoles, dans la suite du Varenne », a précisé la Première ministre, évoquant un objectif de «baisse des prélèvements». Plus généralement, ce plan dédié à l'urgence écologique «sera le pendant du Green deal européen» et «établira toutes les transformations supplémentaires que nous devons engager». Ambitionnant d'offrir une «vision complète d'ici la fin de l'année», le nouveau secrétariat à la Planification écologique établira avec chaque secteur une liste d’actions, un calendrier, et les moyens à mobiliser. Un travail à l'issue duquel sera publié un tableau de bord en accès libre. Élisabeth Borne souhaite aller vite : «Dès que des mesures feront l’objet d’un accord, nous acterons leur mise en œuvre, sans attendre la fin de tout le processus de négociation», promet-elle.
Sécheresse: Fesneau annonce un régime des calamités assoupli et un fonds d’urgence
Invité de l’émission "Dimanche en politique" sur France 3 le 28 août, le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau a annoncé deux mesures supplémentaires pour soutenir les agriculteurs victimes de la sécheresse et notamment le secteur de l’élevage. «On va moduler les critères qui étaient peut-être trop restrictifs pour faire en sorte que plus d’agriculteurs, je pense aux polyculteurs-éleveurs, puissent accéder aux calamités sécheresse», a-t-il déclaré. De plus, Marc Fesneau a indiqué qu’il «est en train de réfléchir avec la Première ministre à un fonds d’urgence, comme on l’a fait sur d’autres mesures». Il pourrait s’agir du même fonds d’urgence que celui créé pour l’épisode de gel 2022 et élargi début août à l’aléa grêle 2022, même si le cabinet du ministre n’a pas confirmé cette hypothèse. Ce fonds d’urgence «permettra de soulager ( …) les situations les plus délicates (…) pour qu’on puisse faire en sorte qu’en particulier aucun éleveur ne soit mis sur le bord du chemin», a précisé Marc Fesneau dans un extrait partagé sur Twitter.
Salaires agricoles: les employeurs refusent de suivre la 3e hausse du Smic cette année
La réunion de négociation salariale qui s’est tenue le 23 août au sein de la branche Production agricole et les Cuma s’est soldée par un échec, regrette la CFDT Agri-Agro dans un communiqué le 26 août. Les syndicats de salariés espéraient obtenir une nouvelle revalorisation de la grille des salaires minimaux, afin de répercuter la hausse du Smic de 2,01% (+26€ nets par mois) actée le 1er août à cause de l’inflation. Mais, explique la CFDT, «les organisations patronales ont fait valoir de très nombreuses réserves quant à la "supportabilité pour les entreprises" d’une hausse trop importante du coût de la main-d’œuvre dans "un contexte historique qui pose des difficultés pour la Ferme France"» (prix de l’énergie, pénuries de matière première, épizooties, aléas climatiques, difficultés d’application de la loi Egalim). La grille des salaires minimaux avait déjà été revalorisée trois fois en moins d’un an, suite à la hausse du Smic. Une première fois en octobre 2021 (+2,2 à +2,5%), une deuxième fois en janvier (+0,9 à +1%) et une troisième fois en juin (+2,45 à +2,65%). Une nouvelle négociation se tiendra fin octobre si le Smic augmente à nouveau.
Influenza: changements de recettes autorisés pour les produits à base d'oeuf ou volaille
Pour faire face aux «tensions d'approvisionnement» sur certains ingrédients à base d'oeuf ou de volaille, dans un contexte d'épidémie de grippe aviaire, l'État va autoriser l'industrie agroalimentaire à changer temporairement les recettes de certains produits sans que les étiquettes ne le mentionnent dans l'immédiat, selon un communiqué de la DGCCRF (fraudes) publié le 29 août. Lorsque les mentions «sans OGM», «issu de l'agriculture biologique», «élevé sans traitements antibiotiques», «élevé en plein air» ou «origine France», ne sont pas respectées, l'information devra être «explicite» sur l'emballage en y ajoutant une étiquette ou en masquant la mention concernée par exemple. En revanche, quand la mention explicite n'est pas possible sur un produit qui bénéficie d'une dérogation, une simple mention "Derog" sera inscrite. Par exemple, dans un produit comme de la rillette de canard, l'Etat autorise à remplacer «une partie de la viande et/ou du gras de canard» par de la «viande et/ou du gras de poulet», sous réserve toutefois que le produit final «contienne un minimum de 40% de viandes de canard et 20% de gras de canard», détaille la DGCCRF.
Énergie: le secteur agroalimentaire veut être protégé des mesures de rationnement
«Si nous devions en arriver au rationnement, les entreprises seraient les premières touchées», a déclaré la Première ministre Elisabeth Borne dans son discours prononcé devant le Medef, le 29 août, sur le thème de la sobriété énergétique. Craignant de voir les chaînes de production ralenties ou stoppées, les entreprises agroalimentaires demandent à être protégées d’éventuelles mesures de rationnement et de délestage. Le sujet a été abordé lors des comités de suivi des renégociations commerciales, mais les représentants des professionnels interrogés par Agra Presse disent ne pas avoir obtenu de garanties de la part du gouvernement. «L’accès à l’énergie est un enjeu de souveraineté alimentaire», souligne le président de la Coopération agricole Dominique Chargé. Il insiste sur les risques de perte de matière première agricole si les usines de transformation tournent au ralenti ou se retrouvent à l’arrêt. À l’Ania (industries «privées»), on attend aussi des engagements sur la protection de «toute la filière alimentaire» contre le risque de pénurie d’énergie. Selon les informations de nos confrères de France Info, Emmanuel Macron présidera un Conseil de défense consacré à l'énergie vendredi. Matignon se veut rassurant et assure que la totalité des stockages de gaz seront remplis «à la fin de l’été».
Pomme, poire: les producteurs «en détresse» face au prix de l'électricité
Très exposés au travers de leurs stations de conditionnement, les producteurs de poires et de pommes de l'ANPP (association spécialisée de la FNSEA) alertent, dans un communiqué paru le 29 août, sur les risques encourus par la filière face à l'explosion des prix de l'électricité, qui dépassaient cette semaine les 1000 € le MWh, contre 85 € il y a un an. Selon l'ANPP, un tiers des stations de conditionnement doivent renouveler leur contrat d'achat d'électricité d'ici le 31 décembre. Dans les conditions actuelles, la facture d'électricité d'une station passerait de 270 000 euros à plus de 4 millions d'euros, selon les calculs des producteurs, qui rappellent que «les résultats économiques annuels de ces stations fruitières ne dépassent pas 300 000 euros par an». Signer des contrats à ces prix reviendrait «tout simplement à déposer le bilan», résume l'ANPP. L'association tire la sonnette d'alarme: les producteurs «et leurs milliers de salariés» se sentent «piégés», placés «dans une grande détresse psychologique avec le sentiment d'être abandonnés par l'Etat». Elle demande la mise en place d'un «prix accessible».
Pomme, poire: campagne 2022-2023 lancée, bonne qualité, volumes corrects
A l’occasion du lancement de la campagne 2022-2023 le 26 août, l’Association nationale pommes poires (ANPP) s’est félicitée des volumes corrects (voir Agrafil du 10 août) et surtout de la qualité des fruits. «Ces conditions climatiques particulières ont profité à la qualité gustative en assurant un bon taux de sucre dans les fruits et ont avancé la récolte de 10 à 15 jours selon les variétés», indique un communiqué. Concernant la pomme, la Golden demeure la variété la plus produite avec 346 000 t (en baisse de 4% par rapport à 2021), devant la Gala qui reste à peu près stable avec 289 000t et la Granny qui progresse de près de 7% à 143 000t. En poires, les variétés Williams et Comice enregistrent la plus forte progression sur la moyenne triennale (+38% et +55% respectivement), devant la variété Conférence en très légère hausse (+3%). Au-delà de ces bons résultats, l’ANPP pointe des coûts de production «qui s’envolent et qu’il faudra répercuter». «Pour cette récolte, il faut compter sur +5 cts €/kg au verger et +15 cts €/kg en station, soit un prix de revient qui s’accroît de l’ordre de 20 cts d’€/kg au départ de la station fruitière», indique l’ANPP.
Engrais azotés: Yara s’engage dans le projet de captage de CO2 Northern lights
Northern lights, projet de captage de CO2 co-détenu par le géant pétrolier norvégien Equinor, l’anglo-néerlandais Shell et le français TotalEnergies, a annoncé lundi qu’un premier accord commercial avait été signé avec le fabricant d’engrais norvégien Yara «pour le transport et la séquestration du CO2 capté sur le site de Yara Sluiskil, une usine d’ammoniac et d’engrais située aux Pays-Bas». «À partir de début 2025, 800 000 tonnes de CO2 par an seront ainsi captées, comprimées et liquéfiées aux Pays-Bas, puis acheminées jusqu’au site de Northern Lights, afin d’y être définitivement séquestrées dans des couches géologiques enfouies à environ 2 600 mètres sous les fonds marins, au large d'Øygarden, en mer du Nord norvégienne», a précisé dans un communiqué séparé TotalEnergies. Børre Jacobsen, directeur de Northern Lights, a souligné que Yara, avec ce premier contrat, «va remplir les capacités disponibles de notre site Northern Lights Phase 1». Northern Lights se préparerait donc déjà pour une deuxième phase qui permettra «d’accroître sa capacité totale entre 5 et 6 millions de tonnes de CO2 par an». En décembre 2021, le gouvernement norvégien avait accepté de financer 80% des 6,9 milliards de couronnes (650 millions d’euros) nécessaires à la première phase de construction.
Normandie: la région élargit son plan de préservation du patrimoine agricole
Le conseil régional de Normandie a présenté le 29 août son nouveau plan de préservation du patrimoine agricole, avec notamment l’intégration de nouvelles races et une ouverture sur le végétal. «Trois nouvelles races rejoignent le plan du patrimoine agricole normand : le porc blanc de l’Ouest, la poule Coucou de France et la vache normande, emblème régional et symbole de ce patrimoine», selon un communiqué. En avril 2018, la Région avait lancé un plan en faveur de 22 races menacées, avec pour ambition de les sauvegarder, d’accompagner les éleveurs au niveau technique et économique, de dynamiser les micro-filières de valorisation, tout en sensibilisant le grand public à cet héritage. Les nouveaux axes de travail sur 2023-2027 prévoient la création l’an prochain d’une fédération des races de Normandie. Autre nouveauté, le plan s’ouvre au végétal: «Un inventaire des végétaux du patrimoine agricole normand (vergers, horticulture, potager, céréales…) sera réalisé et une réflexion sera engagée afin de faire émerger un projet fédérateur et des actions de valorisation et de préservation».
Banane plantain: en Martinique, utilisation frauduleuse d'un accélérateur de maturation
Une enquête judiciaire a été ouverte après la découverte d'un usage frauduleux d'éthéphon, qui accélère la coloration des fruits, sur des bananes plantains commercialisées en Martinique, a annoncé le 25 août le parquet de Fort-de-France. L'enquête devra déterminer les responsabilités dans l'utilisation de ce produit interdit pour les bananes et les conséquences sanitaires pour les consommateurs et les utilisateurs de l'éthéphon, précise un communiqué conjoint du parquet et de la préfecture de la Martinique. Cette molécule aurait été pulvérisée sur les fruits cueillis encore verts pour accélérer leur jaunissement «afin de présenter à la vente des produits plus attrayants pour le consommateur», ajoute le communiqué. Ce phytorégulateur, utilisé pour accélérer la maturation de certains fruits, n'est autorisé en Martinique que pour la culture de l'ananas, afin d'en accélérer la floraison. Des traces d'éthéphon ont été retrouvées sur 25 lots de bananes parmi 37 testés à différents stades de leur distribution. Les achats auprès des fournisseurs suspectés ont été immédiatement suspendus. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) classe l'éthéphon comme «légèrement dangereux» et assurait dans une étude en 2015 qu'il était peu susceptible de présenter un risque de cancer pour le consommateur.
Pakistan : plus de 1100 morts et 80 000 ha ravagés par la mousson
Selon le dernier bilan en date émanant lundi de l’Autorité nationale de gestion des catastrophes (NDMA), la mousson actuelle au Pakistan, avec les pluies les plus importantes en trois décennies, a fait au moins 1 136 morts depuis qu’elle a débuté en juin. Un tiers du Pakistan est actuellement «sous les eaux», a déclaré dans un entretien avec l’AFP la ministre du Changement climatique, Sherry Rehman, évoquant une «crise aux proportions inimaginables». Les autorités tentent toujours d’atteindre des villages isolés situés dans des zones montagneuses septentrionales, craignant d'y voir s'alourdir le bilan. La NDMA a affirmé que plus de 80 000 hectares de terres cultivables avaient été ravagés et plus de 3 400 kilomètres de routes et 157 ponts emportés par les eaux. Près de Sukkur, dans le Sind, un barrage datant de l’époque coloniale situé sur l’Indus est vital pour empêcher que la catastrophe empire, mais les responsables se disent «confiants» en la capacité de l’ouvrage à tenir le choc. Alors que les prix des aliments de base montent en flèche et que des problèmes d’approvisionnement se font déjà sentir dans les provinces du Sind et du Pendjab, le gouvernement a décrété l’état d’urgence. Le Fonds monétaire international devait se réunir lundi à Washington pour donner son accord à la reprise d’un programme de prêts de six milliards de dollars, essentiel pour ce pays.