Edition du 31 août 2022

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Maïs: la récolte annoncée au plus bas depuis plus de vingt ans

La production française de maïs s’annonce au plus bas sur plus de vingt ans, a indiqué le 30 août la société de conseil Agritel, pointant les effets de la sécheresse et de fortes températures. Agritel prévoit une récolte à 10,8 Mt, contre 12,7 Mt estimé au 1er août par le service statistique du ministère de l’Agriculture (Agreste). «L’ensemble des zones» de production décrochent en rendement, a précisé en conférence de presse l’analyste en chef Nathan Cordier, le maïs irrigué ayant subi des chaleurs excessives en période de floraison. Agritel table sur une moyenne nationale de 78 q/ha, au plus bas depuis la sécheresse de 2003. S’ajoute une baisse des surfaces, à 1,46 Mha (contre 1,55 Mha l’an dernier) d’après Agreste, le maïs étant « de plus en plus délaissé par les producteurs » à cause d’aléas climatiques récurrents, de problèmes d’irrigation et de coûts de production en hausse, selon Nathan Cordier. Concernant le tournesol, Agritel estime la récolte à 1,75 Mt (contre 1,92 Mt prévu au 1er août par Agreste), avec un rendement compris entre 20 et 21 q/ha (à comparer aux 27,4 q/ha de l’an dernier). Cette chute est atténuée par une forte hausse des surfaces, d’environ 140 000 ha sur un an.

Prairies: au 20 août, une pousse inférieure de près d’un tiers à la normale

Au 20 août, la production cumulée des prairies permanentes est inférieure de 31% à la normale (période de référence 1989-2018), d’après la dernière note de conjoncture d’Agreste, publiée le 30 août. «C’est, à cette période, le rendement le plus faible depuis 2003», souligne le service du ministère de l’Agriculture. Les régions fourragères situées aux extrémités nord et sud-est du pays sont les plus touchées. Ce sont celles qui connaissent le déficit hydrique le plus important depuis le début de l’année. «En cumulé, la pousse de l’herbe atteint 40 % du niveau normalement atteint en cette période de l’année en Paca et est proche de 60 % en Occitanie, dans les Hauts-de-France et le Grand-Est», commentent les auteurs de la note. Dans les autres régions, elle varie entre 66 et 78 %». Le déficit de pousse dans les prairies est la «conséquence directe» des fortes chaleurs et de la sécheresse qui sévissent depuis la fin juin.

Climat: un été record de canicules, annonciateur de l'avenir (Météo France)

A 2,3°C au-dessus des normales de la période 1991-2020, il s'installe à la deuxième place des étés (juin-juillet-août en météorologie) les plus chauds en France métropolitaine depuis le début des mesures en 1900, a annoncé Météo France le 30 août. Il n'est devancé que par l'été 2003 (2,7°C au dessus des normales), mais l'année de la grande canicule est souvent considérée comme un «ovni météo». Désormais, les effets du réchauffement climatique se font de plus en plus sentir: sur les huit derniers étés, six sont dans le «top 10». «Une préfiguration» de l'avenir, a souligné Samuel Morin, directeur du Centre National de Recherches Météorologiques de Météo France, en présentant ce bilan. Vers 2050, «on s'attend à ce qu'à peu près la moitié des étés soient d'un niveau de températures comparable voire supérieur». Le premier épisode de canicule a sévi dès juin, le plus précoce jamais vu dans le pays, suivi de deux autres de 14 jours chacun en juillet et août. Une durée totale de 33 jours, du jamais vu. Résultat, les records sont tombés à la pelle, avec 87 températures maximales dépassées localement, pulvérisant de nombreux records dans l'Ouest et sur la façade Atlantique, souvent de plusieurs degrés. Mais aussi 86 records de températures minimales, avec de nombreuses «nuits tropicales».

Assurance: il manque 150M€ annuels pour financer la réforme, selon la FNSEA

A l’issue de la deuxième conférence des filières qui s’est tenue le 30 août sur la réforme de la gestion des risques climatiques, un «point de divergence» fondamental subsistait encore entre le ministère de l’Agriculture et ce que défend bec et ongles la FNSEA, a confié le vice-président du syndicat majoritaire Joël Limouzin. Sans surprise, la DGPE (ministère de l'Agriculture) part du principe que le coût global de la réforme ne doit pas dépasser les 600 millions d’euros (M€) annuels, comme annoncé par Emmanuel Macron en septembre 2021. Dans ce cadre, elle propose différents scénarios en bougeant les curseurs (seuils et taux de l’assurance et de la solidarité nationale). De son côté, la FNSEA estime qu’il manque 150 M€ pour créer les conditions favorables à un «choc assurantiel». Pour convaincre les agriculteurs de la nécessité d’assurer leurs récoltes contre les aléas climatiques, la FNSEA exige l’abaissement du seuil de déclenchement de l’assurance à 20% pour toutes les filières, «par souci d’équité» a souligné M. Limouzin. Elle revendique le déclenchement de la solidarité nationale dès 30 ou 50% de pertes selon les filières, ce qui semble «acté», et un taux d’indemnisation publique à hauteur de 90% des pertes catastrophiques pour les assurés et de 45% pour les non-assurés.

Pac: sept premiers plans stratégiques finalisés, dont celui de la France

Après plusieurs mois de négociation en coulisses, la Commission européenne doit annoncer le 31 août l’adoption des sept premiers plans stratégiques nationaux de la future Pac, dont ceux de la France, de l’Espagne et de la Pologne. «De bons plans, poursuivant les objectifs communs de la Pac et adaptés aux caractéristiques spécifiques de leur agriculture», a estimé le 27 août le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski. D’intenses discussions techniques entre les administrations nationales et les services de la Commission pour résoudre les problèmes soulevés dans les lettres d’observations adressées au printemps aux pays qui avaient rendu leurs plans en temps et en heure ont été mené pour aboutir à ce résultat. Elles ont notamment portées sur l’un des points le plus souvent négligé par les Vingt-sept (dont la France) aux yeux de Bruxelles: l’obligation de rotation des cultures. Mais une vingtaine de plans doit encore être définitivement adoptée d'ici la fin de l'année, dont ceux de l’Allemagne et de la Belgique qui ont été transmis tardivement à la Commission européenne. Et il reste également à adopter plusieurs actes délégués et d’exécution précisant les modalités techniques de mise en oeuvre de cette Pac qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2023.

Ours : nouveaux arrêtés d’effarouchement en Ariège (préfecture)

Après la suspension courant août de plusieurs arrêtés d’effarouchement d’ours par le tribunal administratif de Toulouse, la préfecture de l’Ariège a publié le 29 août deux nouveaux textes autorisant des tirs non-létaux sur les estives d’Ustous col d’Escot et d’Arreau. «Une preuve que la préfecture soutient les éleveurs», se félicite Cécile Giboureau, élue de la Fédération Nationale Ovine (FNO) et éleveuse en Ariège. Ces arrêtés révisés autorisent uniquement les effarouchements du 30 août au premier septembre. Dans le détail, ils tentent de répondre aux critiques des juges en indiquant les dégâts subis par ces troupeaux, les moyens de protection mis en œuvre, mais également l’évolution de la population ursine dans le département. Dans la décision publiée fin août concernant Arreau, les juges estiment notamment que «la mise en œuvre effective de moyens de protection suffisants ne peut être regardée comme assurée». Car la préfète de l’Ariège, regrettent-ils, a basé ses premiers textes sur le cadre du dispositif d’indemnisation imposant deux mesures de protection et non sur «la solution la plus adaptée» comprenant à la fois chien, berger et parc nocturne. Dans le nouvel arrêté autorisant les effarouchements à Arreau, la préfecture indique donc que la taille du troupeau et la topographie de l’estive «ne permettent pas de mettre en place des parcs de nuit».

Plans alimentaires territoriaux: les conclusions finales du rapport Marchand

Le sénateur Frédéric Marchand a présenté, le 29 août, son rapport final sur les plans alimentaires territoriaux (PAT) au ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau. Dans le document de 50 pages qu’Agra Presse a pu consulter, l’élu du Nord et son co-rapporteur, Dominique Chabanet, inspecteur général de santé publique vétérinaire au CGAAER (ministère), plaident pour une approche «systémique» des PAT. Il émet dix recommandations similaires à celles adressées dans un rapport d’étape remis en avril au ministre de l’Agriculture d’alors, Julien Denormandie. Au niveau étatique, il recommande notamment «un pilotage de l’État, souhaité par de nombreux acteurs, sous une forme interministérielle» et la sécurisation des financements «en sanctuarisant, à minima, une enveloppe de 80M€ dans le budget de l’État» pendant cinq ans. À l’échelon des collectivités, le rapport préconise de les doter d’une «compétence partagée d’organisation de l’alimentation durable et résiliente». Plus encore, il propose de contractualiser les PAT «pour en faire des contrats de l’alimentation territoriale et durable». Ce contrat alimentaire territorial (CAT) permettrait d’associer «tous les acteurs» et de donner «de la visibilité».

Négociations commerciales: au Medef, Fesneau en appelle à la «logique économique»

«Il faut la rémunération de l'ensemble de la chaîne alimentaire. Je ne demande pas de la morale mais de la logique économique», a déclaré le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, lors d’un débat aux rencontres du Medef (entrepreneurs), le 30 août, rapporte l’AFP. Le locataire de la rue de Varenne a plaidé pour une hausse des prix alimentaires aux côtés des représentants de l’industrie et des agriculteurs. «Est-ce que vous connaissez un salarié qui accepterait huit années de suite de voir son salaire baisser? C'est ce qui s'est produit dans l'industrie agroalimentaire», a interpelé Jean-Philippe André, le président de l'Ania. Dans un communiqué du même jour, l’organisation presse la distribution d’accepter les demandes des industriels en pleine révision des tarifs de l’énergie. «Les nouveaux tarifs 2023 des contrats d'énergie s'envolent, avec un prix de l'énergie 20 fois plus élevé pour le gaz et 10 fois plus pour l'électricité qu'avant la crise énergétique», alerte-t-elle. Côté amont, on s'agace aussi du comportement de la distribution. «Monsieur Bompard (directeur général de Carrefour, ndlr) parlait tout à l'heure de ses clients, de ses salariés et du pouvoir d'achat, jamais de ses fournisseurs, il considère qu'on pourra toujours acheter moins cher ailleurs», a lancé Christiane Lambert lors d’un débat.

Biocarburants: la Californie veut, elle aussi, interdire les moteurs thermiques en 2035

Lors d'un vote le 25 août, la Californie a adopté un plan visant à éliminer progressivement la vente de voitures thermiques qui serait interdites d'ici 2035 pour être remplacées par des voitures électriques afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’Etat le plus peuplé des Etats-Unis. Cette interdiction s’appliquerait uniquement aux nouveaux modèles de voitures ou de camions. Elle n'affecterait donc pas les voitures déjà en circulation. La Californie va maintenant envoyer ce texte à l'Agence de protection de l'environnement pour demander sa validation. Mais l'administration Biden a déjà indiqué qu'elle était susceptible de lui accorder son feu vert. Les organisations agricoles, notamment l’association américaine des planteurs de maïs (NCGA), ont fait part de leur déception estimant l'État les empêche «d'exploiter les solutions environnementales immédiates et abordables qui découlent du remplacement d'une plus grande quantité d'essence par de l'éthanol à faible teneur en carbone et à faible coût». L’UE devrait, elle aussi, interdire les voitures thermiques neuves à partir de 2035, les Etats membres s’étant accordés sur un objectif de réduction des émissions de CO2 des voitures de 100% à cette échéance.

Evènementiel: le Space de Rennes dédie un hall entier à la jeunesse

Pour sa prochaine édition, qui se déroulera du 13 au 15 septembre, le Space (salon de l'élevage de Rennes) va dédier un hall entier à la jeunesse, une première, confie son président Marcel Denieul à Agra presse. Construit avec des établissements d'enseignement agricole privés et publics, ainsi que le réseau des Maisons familiales et rurales (MFR), le hall sera animé par des étudiants de BTS de deuxième année. «Nous voulons inverser les discours, et les laisser eux-mêmes exprimer leurs besoins et leur vision des métiers de l'élevage», explique l'éleveur. Ce hall était jusqu'ici dédié à des entreprises multi-espèces, qui participeront notamment à l'agrandissement de l'espace dédié à l'aviculture - la filière occupera désormais deux halls, contre un seul l'an passé. Par ailleurs, pour la deuxième année, le Space ouvrira ses portes durant trois jours, contre quatre auparavant, souhaitant privilégier la qualité des échanges professionnels, et «ne pas attirer seulement des curieux», rappelle Marcel Denieul. En 2021, le salon avait attiré environ 75 000 visiteurs, dont 5 000 étrangers, contre environ 100 000 dont 15 000 étrangers pour les éditions précédentes étalées sur quatre jours. La thématique de cette édition sera l'impact climatique de l'élevage et les solutions pour le réduire, «sans diminuer le cheptel», précise Marcel Denieul.

Biosourcé : le français Afyren va inaugurer sa première bioraffinerie fin septembre

Spécialiste des produits biosourcés (cosmétiques, plastiques...), la start-up française Afyren va inaugurer, le 29 septembre, sa première usine, à Saint Avold dans le Grand Est, annonce-t-elle dans un communiqué. L’usine française aura une capacité de production de 16 000 tonnes de sept acides organiques par an et de 23 000 tonnes d’engrais potassique pour l’agriculture biologique, avait annoncé la société il y a quelques mois. Afyren est en plein développement, avec une entrée en Bourse en septembre dernier et l'annonce d'une augmentation de capital d’au moins 70 M€, pour financer son déploiement industriel. Une autre usine doit être mise en service en 2024 en Amérique du Nord, et en 2026 en Asie du Sud-Est. Dans un communiqué le 30 août, Afyren annonce également la signature de deux nouveaux contrats dans le domaine des cosmétiques et des «nutraceutiques» (aliments présentant des bénéfices pour la santé). Elle est désormais présente dans les six secteurs suivants, se félicitent ses dirigeants: «Alimentation humaine et animale, arômes et parfums, lubrifiants, sciences de la vie et sciences des matériaux».

Coopérative: Eureden se lance l’alimentation infantile via sa filiale Peny

L’entreprise Peny (ex-D’aucy), filiale du géant coopératif breton Eureden, se lance sur le marché de la baby food, annonce Le Journal des entreprises dans son édition du 26 août. Spécialisée dans la fabrication de plats cuisinés et de légumes en conserve pour le compte des GMS, de la RHD et des circuits spécialisés (70 M€ de CA), Peny a prévu d’investir 3 millions d’euros dans cette nouvelle activité qui mobilise 25 salariés. La nouvelle gamme de produits, qui sera commercialisée par un tiers dont le nom n’a pas encore été dévoilé, cible les jeunes enfants âgés de 18 mois à 3 ans, a précisé Eureden le 30 août. L’objectif est d’atteindre 7 à 9 M€ de chiffre d’affaires sur ce pôle dans trois ans. Pour y parvenir, Peny table sur une production de 3 à 3,5 millions de barquettes (de 200g) en 2022-2023, pour monter à 7 millions de barquettes en 2024-2025.

Fourrages: en Ille-et-Vilaine, une volonté d'encadrer le développement du biogaz

Dans un communiqué commun paru le 4 août, la FDSEA et les Jeunes agriculteurs (JA) d'Ille-et-Vilaine appellent à «un encadrement des projets (de méthanisation) afin que les éleveurs, très nombreux dans nos départements, ne soient pas pénalisés par une concurrence nouvelle». Les deux syndicats affirment qu'un consensus s'est formé autour de l'encadrement de la méthanisation parmi les professionnels du département. «Prioriser tout ce qui sort de la terre pour l’alimentation humaine et animale. Autrement dit, favoriser l’élevage plutôt que la méthanisation»: c'est la conclusion qui serait ressortie d'une réunion entre des élus des deux syndicats, de la chambre d'agriculture départementale et de l'association des méthaniseurs bretons. Pour ce faire, la FNSEA et les JA demandent, non pas d'interdire l'usage de fourrages dans les méthaniseurs en période de sécheresse, comme le propose la Confédération paysanne au niveau national, mais de créer «des alternatives où tout le monde ressort gagnant». Et d'évoquer par exemple un système dans lequel «les méthaniseurs vendent leurs fourrages aux agriculteurs en échange des effluents de qualités de leurs élevages». Pour ce faire, une dérogation serait requise de la part de l'administration.

Erratum sur le statut de l'ANPP

Contrairement à ce que nous avons écrit par erreur dans l'Agrafil du 30 août, l'association nationale Pommes Poires (ANPP) n'est pas une association spécialisée de la FNSEA, mais une association d'organisations de producteurs, non affiliée à un syndicat agricole.