Edition du 8 août 2022

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Sécheresse: Élisabeth Borne active une cellule interministérielle de crise

La Première ministre Élisabeth Borne a activé la cellule interministérielle de crise (CIC) pour «apporter une réponse efficace et coordonnée» à la sécheresse «historique» qui sévit sur le territoire, a annoncé Matignon dans un communiqué le 5 août. La CIC est chargée «d’assurer une remontée d’information régulière par les préfets de département» et «d’anticiper l’activation éventuelle des plans Orsec "eau"». Elle «assurera un suivi» des conséquences de la sécheresse sur le secteur agricole, «notamment le secteur de l’élevage», et sur les infrastructures de production (énergie, transport). De plus, Élisabeth Borne a «demandé aux préfets de réunir dès la semaine prochaine, dans chaque zone de tension, les commissions locales de l’eau et, lorsqu’elles existent, les autres structures de concertation locale de gestion de l’eau afin d’organiser un dialogue local sur la priorisation des usages en cas de nécessité», indique le communiqué. Une démarche à laquelle les élus locaux seront «associés étroitement». D’après Matignon, la sécheresse actuelle est «la plus grave jamais enregistrée dans notre pays» et «pourrait perdurer sur les 15 prochains jours».

Sécheresse: la FNSEA demande «une mobilisation accrue»

Si elle «salue» la constitution d'une cellule interministérielle de crise sur la sécheresse ainsi que les premières annonces du gouvernement, la FNSEA demande, dans un communiqué paru le 5 août, une «mobilisation accrue de tous les interlocuteurs». Le syndicat majoritaire plaide en premier lieu pour des «mesures de soutien» à la trésorerie, et tourne ses yeux vers les «banques, assureurs, caisses de MSA, fournisseurs, administration fiscale…». En matière de gestion de l'eau, la FNSEA demande que à court terme que «les priorités doivent être orientées clairement vers les productions alimentaires», et à moyen terme que «les freins à la constitution de réserves d'eau» soient «véritablement lev(és)». Et dans le domaine de la biodiversité, le syndicat appelle à une «approche pragmatique» concernant les dérogations à l'implantation des SIE (surface d'intérêt écologique). La FNSEA presse enfin pour que les derniers décisions du gouvernement relatives à l'assurance récolte soient «arbitré(e)s au plus vite».

Pac: le ministère précise les dérogations sur les jachères et les rotations pour 2023

Alors que la Commission européenne a récemment autorisé les États membres à prolonger en 2023 les dérogations sur les jachères et la rotation des cultures, «la France a décidé de mettre en œuvre ces possibilités de dérogations, à titre exceptionnel, pour la campagne 2023», indique le ministère de l’Agriculture dans un communiqué le 5 août. «La fauche, le pâturage, ainsi que la mise en culture (...) des jachères seront autorisés», précise la Rue de Varenne. Les agriculteurs ne pourront toutefois pas y implanter de maïs, soja ou taillis à courte rotation. Il s’agit d’une dérogation à la BCAE 8 dans le cadre de la conditionnalité des aides Pac, qui prévoit un minimum de 4% de jachères sur les terres arables. Concernant la BCAE 7, «les agriculteurs français ne seront pas concernés en 2023 par l’obligation de rotation sur 35% des terres arables cultivées». «Il n’y aura en revanche pas de dérogation sur la seconde obligation à la parcelle, entrant en vigueur en 2025» (deux cultures principales distinctes ou une culture secondaire chaque année sur 2022-2025). Dans le contexte de la guerre en Ukraine, ces dérogations visent à «renforcer la capacité de la France à contribuer aux équilibres alimentaires mondiaux», explique le ministère.

Moisson: la production de céréales en baisse, les oléagineux en hausse (Agreste)

Le 5 août, Agreste annonce que «la production de céréales pourrait diminuer de 7,6% sur un an, sous l’effet d’un recul général des surfaces et d’une diminution du rendement des céréales de printemps». Selon les estimations au 1er août, la récolte de blé tendre est attendue à 33,9 Mt (-4,4% sur un an). Soit 1 Mt de plus qu’estimé en juillet, avec un rendement moyen de 72,1 q/ha et des surfaces en recul de 5,8%. À 1,4 Mt (-14,2%), la production de blé dur pâtirait d’une chute de sa sole de 12,9%, malgré un rendement quasi-stable (53,0 q/ha). Quant aux protéagineux, leur production fondrait de 17,2% à 770 000 t, avec un rendement moyen de 28,9 q/ha et des surfaces en recul de 19,2%. «La production de colza serait en hausse de 31,6% sur un an, à 4,3 Mt, grâce à la progression conjointe des surfaces (+236 milliers d’hectares en un an) et du rendement (+2,1 q/ha)». La production d’orges, à 11,4 Mt serait presque-stable sur un an, «la hausse des surfaces compenserait la baisse du rendement» avec 53,1 q/ha pour l’orge de printemps. «La production de tournesol pourrait être quasi-stable sur un an, à 1,9 Mt, malgré la forte hausse des surfaces», en raison d’un potentiel de rendement «fortement altéré par la sécheresse».

Azote: le gouvernement des Pays-Bas entame les discussions avec le monde agricole

Un premier round de discussions entre le gouvernement néerlandais et le monde agricole a mené à peu d'avancées le 5 août au sujet du plan de réduction des émissions d'azote, comprenant une réduction du cheptel et de possibles expropriations, selon plusieurs participants. La colère ne faiblit pas dans le pays, ces dernières semaines, des agriculteurs ont bloqué des autoroutes, déversant du fumier et des déchets, incendiant des bottes de paille et manifestant devant le domicile de plusieurs responsables politiques. A l'issue du premier round de discussions, le président du principal syndicat agricole néerlandais (LTO) Sjaak van der Tak, a fait état d'un «certain mouvement» mais «vraiment trop peu» pour le secteur: «la balle est dans le camp du cabinet» a-t-il déclaré, cité par l'agence de presse ANP.  «Préparez-vous pour les actions les plus dures que Farmers Defence Force (FDF, force de défense des fermiers, ndlr) ait jamais entreprises», a pour sa part averti le FDF, réputé pour être radical. Il y a une «grave crise de confiance», «plus profonde que la discussion actuelle sur l'azote», a déclaré le médiateur Johan Remkes, qui avait l'année dernière supervisé des négociations houleuses pour former un gouvernement. Le plan gouvernemental prévoit de faire baisser les rejets d'azote jusqu'à 70% dans 131 zones clés et à baisser de 50% les émissions d'azote d'ici 2030, n'excluant pas des expropriations.

Fruits: des tonnes d'oranges en suspens entre Afrique du Sud et UE

Des tonnes d'oranges pourrissent dans des conteneurs bloqués dans les ports européens et risquent la destruction, alors que l'Afrique du Sud et l'Union européenne s'affrontent dans un conflit commercial autour des règles d'importation. L'Afrique du Sud, deuxième exportateur mondial d'agrumes frais après l'Espagne, a déposé plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) le mois dernier quand l'UE a introduit de nouvelles exigences phytosanitaires qui, selon les producteurs, menacent leur survie. Les mesures sont entrées en vigueur en juillet alors que des navires transportant des centaines de conteneurs remplis de fruits sud-africains à destination de l'Europe étaient déjà en mer, ce qui a entraîné leur blocage à l'arrivée, selon l'association sud-africaine des producteurs d'agrumes (CGA). Les règles de l'UE visent à lutter contre la propagation potentielle du faux carpocapse, un parasite africain qui a un faible pour les oranges et les pamplemousses. L'UE exige le traitement par un froid extrême de toutes les oranges destinées aux tables européennes et un maintien à des températures inférieures ou égales à deux degrés Celsius pendant 25 jours, ce qui, selon les producteurs sud-africains, n'est pas nécessaire, le pays disposant déjà de moyens plus ciblés pour prévenir l'infestation.

Céréales ukrainiennes: quatre navires ont quitté le pays

Quatre navires chargés de céréales ont quitté dimanche les ports ukrainiens d'Odessa et de Tchornomorsk sur la mer Noire, ont annoncé les autorités, précisant qu'ils transportaient environ 170.000 tonnes de marchandises. «Le deuxième convoi avec des livraisons ukrainiennes vient de partir des ports d'Odessa et de Tchornomorsk: trois navires à partir de Tchornomorsk et un autre à partir d'Odessa», a indiqué le ministère de l'Infrastructure sur Telegram. Selon lui, les quatre navires en question sont le Mustafa Necati, le Star Helena, le Glory et le Riva Wind avec à leur bord «environ 170.000 tonnes de marchandises liées à l'agriculture». Le Centre de coordination conjointe (CCC) qui supervise les opérations depuis Istanbul avait annoncé samedi que cinq navires seraient au départ des ports ukrainiens dimanche, mais Kiev n'en a annoncé que quatre. Samedi, un cargo était arrivé au port de Tchernomorsk, pour y charger des céréales pour la première fois depuis l'invasion russe de l'Ukraine le 24 février. Le blocage de millions de tonnes de céréales du fait de la guerre en Ukraine, l'un des principaux producteurs mondiaux tout comme la Russie, a provoqué une flambée des prix alimentaires dans les pays les plus pauvres et suscité la crainte d'une crise alimentaire mondiale.

Céréales ukrainiennes: le pape salue «un signe d'espoir»

Le pape François a salué dimanche comme «un signe d'espoir» la reprise des exportations maritimes des céréales ukrainiennes, y voyant la preuve qu'un «dialogue est possible» pour mettre fin à la guerre. «Je désire saluer avec satisfaction le départ de ports d'Ukraine de cargaisons de céréales. Cette étape démontre qu'il est possible de dialoguer et d'atteindre des résultats concrets qui profitent à tous», a déclaré le souverain pontife devant les fidèles réunis sur la place Saint-Pierre à Rome, à la fin de la traditionnelle prière de l'Angelus. «Cet événement se présente aussi comme un signe d'espoir, et j'espère de tout coeur que suivant cette voie, il sera possible de mettre fin aux combats et d'arriver à une paix juste et durable», a-t-il ajouté. Samedi, un cargo est arrivé au port ukrainien de Tchernomorsk (sud) sur la mer Noire, pour y charger des céréales pour la première fois depuis l'invasion russe de l'Ukraine le 24 février. Et plusieurs cargos chargés de céréales devaient prendre la mer dimanche pour transporter 161.000 tonnes de maïs et de produits alimentaires vers la Turquie, la Chine et l'Italie.

Création de la chambre interdépartementale de Charente-Maritime et des Deux-Sèvres

Un décret paru au Journal officiel le 5 juillet acte la fusion, effective au 1er octobre, des chambres d’agriculture de Charente-Maritime et des Deux-Sèvres en une chambre interdépartementale. Le nouvel établissement sera présidé par Jean-Marc Renaudeau (président de la chambre des Deux-Sèvres), tandis que Cédric Tranquard (président de Charente-Maritime) deviendra premier vice-président. Le texte prévoit «le maintien des membres actuels des chambres départementales» jusqu’à la désignation des élus de la chambre interdépartementale. Celle-ci interviendra à l’occasion des «premières élections générales des chambres d’agriculture suivant la publication du présent décret», début 2025. Basée à La Rochelle, la nouvelle chambre sera pilotée par un «directeur général unique». Les personnels des deux chambres actuelles sont «autorisés à exercer leurs fonctions dans les départements de la Charente-Maritime et des Deux-Sèvres». Dans un communiqué du 5 août, Chambres d’agriculture France (APCA) rappelle que la création de cette chambre interdépartementale s’inscrit dans la réorganisation globale de son réseau, qui vise à «garantir un équilibre entre une mutualisation forte et un maillage territorial national».

Agroécologie: la transition nécessite donner la parole aux agriculteurs (Inrae)

Les scientifiques du laboratoire «Agroécologie innovations et territoires» (AGIR) du centre de recherche Inrae Occitanie-Toulouse ont publié le 4 août les résultats de leurs travaux qui montrent la nécessité de donner la parole aux agriculteurs pour enclencher et réussir la transition agroécologique. Durant quatre ans, les chercheurs ont travaillé avec des éleveurs du secteur de Roquefort (Aveyron) pour tenter d’identifier des pratiques adaptées et vertueuses. Pour cela, ils se sont appuyés sur un outil de diagnostic intitulé SALSA – co-conçu avec l’Association vétérinaires-éleveurs du Millavois (AVEM). Cet outil a permis d’évaluer la pertinence, au niveau collectif, des solutions apportées aux situations singulières de chaque agriculteur. Une part importante de l’expérience avait par ailleurs une portée pratique, avec l’organisation d’ateliers sur les fermes avec des agriculteurs soucieux d’aider leurs collègues dans la transition. Un travail qui a notamment conduit à une reconception du suivi agronomique de l’AVEM. Pour les chercheurs, il s’avère impératif de «récompenser et accompagner localement les transitions agricoles», en rompant avec les solutions toutes faites.

À nos abonnés: possible ralentissement des parutions en période estivale

En raison du ralentissement de l'actualité en période estivale, l'Agrafil et les Agra Lives pourront être diffusés à un rythme légèrement moins soutenu jusqu'à la fin du mois d'août. En vous remerciant de votre compréhension.