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Le clavier azerty est l’exemple emblématique d’une situation de verrouillage technologique. Aujourd’hui, nous tapons tous à l’ordinateur sur des claviers azerty ou qwerty. Cela peut sembler incroyable : cette configuration des touches n’est pourtant pas la plus ergonomique. Elle a été conçue pour les machines à écrire, et étudiée pour réduire les risques de conflit entre les bras de la machine qui venaient taper contre le ruban encreur. Un risque qui ne concerne pas l’ordinateur. Et pourtant, nous avons gardé cette disposition. Des fabricants ont même proposé des configurations plus ergonomiques pour augmenter vitesse de frappe, qui n’ont pas été retenues. C’est bien une technologie ancienne qui perdure, alors qu’il existe des solutions plus récentes et plus efficaces. Autrement dit, pour les chercheurs, l’histoire des systèmes de production est engagée dans une trajectoire technologique dont il est difficile de sortir. L’économiste William Brian Arthur résumait même : une technologie n’est pas choisie parce qu’elle est la meilleure, mais elle devient la meilleure parce qu’elle a été choisie. De fait, une technologie déjà largement diffusée a un avantage certain par rapport aux innovations : déjà répandue, elle est économiquement plus intéressante, la R&D est orientée vers elle, elle bénéficie plus facilement d’investissements pour l’améliorer. C’est un effet d’auto-renforcement.
Dès lors, comment sortir d’un système établi ? Les chercheurs de l’Inra qui ont analysé des contextes de verrouillage technologique en agriculture ont mobilisé le concept de « transition des systèmes socio-techniques ». Ce qui les amène à voir trois niveau d’évolution possible : le niveau du paysage réglementaire et politique, celui du système socio-technique dominant et celui des niches dans les lesquelles émergent et se développent les innovations.