CSRD/engrais: Bruxelles dévoile son plan de simplification environnementale
La Commission européenne a présenté le 26 février un, très attendu, paquet de simplifications (dit règlement omnibus) qui se propose d’amender pour les alléger (et pour certaines les reporter) trois législations environnementales touchant les entreprises : la directive sur la publication d'informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD), la directive sur la diligence raisonnable en matière de durabilité des entreprises (CSDDD) et le mécanisme d'ajustement carbone (CBAM) –ou taxe carbone. Un dispositif qui doit permettre de relancer la compétitivité de l’UE en décrochage face aux Etats-Unis et à la Chine. Pour la CSRD, son champ d’application va être nettement réduit puisque seules les entreprises de plus de 1.000 salariés et qui ont soit un chiffre d'affaires supérieur à 50 millions d'euros, soit un bilan supérieur à 25 M€ y seront soumises (contre 250 salariés et 50 M€ de chiffre d'affaires ou 25 M€ de bilan initialement prévus). 80% des entreprises (dont des coopératives et PME agroalimentaires) concernées devraient donc y échapper. Le champ d’application de la taxe carbone européenne qui s'applique (pour l'instant de manière transitoire) aux engrais mais aussi à l'électricité ou l'acier, va lui être réduit avec l’introduction d’un seuil de 50 tonnes par importateur, ce qui exclurait 90% des importateurs, principalement des PME, «tout en couvrant plus de 99% des émissions concernées», assure Bruxelles. Le même jour ont aussi été dévoilés une stratégie pour soutenir la décarbonation de l'industrie européenne, baptisée Pacte pour une industrie propre, ainsi qu’un plan d’action pour une énergie abordable, mettant tous les deux l’accent sur le «made in Europe».
Taxes américaines: Trump promet 25% de droits de douane pour l’UE «très bientôt»
Dans une diatribe dont il est coutumier, le président américain Donald Trump a annoncé, le 26 février, son intention d’imposer très prochainement des droits de douane à hauteur de 25 % sur les importations en provenance de l’UE. « Nous avons pris une décision et nous l’annoncerons très bientôt. Ce sera 25 % », a-t-il déclaré à l’issue d’une réunion de son cabinet. Si les automobiles semblent clairement visées, ces mesures devraient s’appliquer « de manière générale » aux produits européens. « L’UE profite vraiment de nous », a-t-il indiqué. Et d’ajouter « ils n’acceptent pas nos voitures, ils n’acceptent pas nos produits agricoles. Ils avancent toutes sortes d’arguments pour ne pas accepter nos produits et nous acceptons tout d’eux ». Le Vieux Continent devrait donc être traité de la même manière que le Canada et le Mexique, autres alliés historiques des États-Unis, dont les mesures douanières devraient entrer en vigueur en avril. « L’UE a été conçue pour emmerder les États-Unis », a-t-il affirmé en évoquant un déficit commercial de « 300 milliards de dollars », montant contesté par la Commission européenne.
Distribution : cinq enseignes lancent trois mesures pour soutenir les agriculteurs
Cinq distributeurs (Carrefour, Coopérative U, Intermarché, Auchan et Casino), à l’exception de E. Leclerc, réunis autour de l’animatrice Karine Le Marchand ont dévoilé le 26 février trois mesures pour soutenir les agriculteurs français (déployées à partir du 1er semestre 2025). La principale mesure, nommée L’amour est tout près ; sous onze conditions (taille, difficultés, transformation à la ferme, animations...), des agriculteurs qui n’ont jamais travaillé avec des GMS pourront commercialiser leurs produits dans des magasins à moins de 100 km de chez eux (avec une signalétique spécifique), au prix qu’ils auront fixé et en étant payés sous trente jours. Autre mesure : les enseignes lanceront des « alertes surproduction » en cas d’afflux important de fruits et légumes entraînant une baisse des prix. Elles comptent sur les médias grand public pour informer et expliquer à l’occasion de ces alertes. Enfin, les distributeurs veulent créer un « observatoire des filières d’avenir » pour « engager une réflexion sur les filières agricoles à accompagner en vue de se projeter sur des contrats d’achat longue durée (de 3 à 5 ans) ».
Ingrédients à base d’algues: le fabricant français Vinpai s’adosse à un groupe indien
La société française Vinpai, qui conçoit et fabrique à base d’algues des ingrédients fonctionnels à usage alimentaire ou cosmétique, annonce avoir conclu un protocole d’accord en vue de céder une majorité de son capital (jusqu’à 83 % à terme) au groupe indien Camlin Fine Science, notamment expert à l’échelon mondial des antioxydants innovants et solutions de conservation. Ses deux co-fondateurs, Cyrille Damany et Philippe Le Ray, respectivement président du conseil d’administration et directeur, estiment dans le communiqué que ce projet « permettrait à Vinpai de démultiplier sa force de frappe commerciale » et « accélérerait le déploiement des solutions naturelles de Vinpai à travers le monde ». Dans l’accord, le groupe CSFL, coté au Stock Exchange of India Ltd et BSE Ltd à Mumbai (Inde) refinancerait Vinpai à hauteur de 3,3 millions d’euros via la souscription d’obligations convertibles en actions nouvelles de Vinpai. Le produit net de cet emprunt obligataire permettrait à Vinpai d’étendre son horizon de financement jusqu’à fin décembre 2025. Sur son marché historique de l’agroalimentaire, la société offre d’augmenter les qualités nutritionnelles des produits finis. (Vinpai : 9,2 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024 dont plus de 70% à l’export dans 36 pays ; 2 sites de production, à Saint-Dolay (Morbihan) ; 43 salariés)
Blé: en difficultés, Bioceres arrête de produire lui-même son blé OGM
D'après les informations du quotidien argentin La Nación, le 12 février, la société de biotech Bioceres, en difficulté financière, a renoncé à produire elle-même son blé OGM en Argentine et à en commercialiser les semences. Elle aurait noué des accords avec d'autres opérateurs sous forme de licence. Censées être plus résistantes à la sécheresse grâce à l'ajout d'un trait génétique de tournesol baptisé HB4, ces variétés étaient les premières et, à notre connaissance, les seules variétés de blé OGM commercialisées dans le monde. Le blé HB4 est cultivé et consommé en Argentine depuis deux ans sur une surface plus 50 000 hectares. Du côté de la demande, aucune société étrangère n'aurait accepté d'acheter ces récoltes, malgré les autorisations d’importation obtenues au Brésil et en Australie. D’autre part, le risque de détection de grains de blé OGM dans des lots exportés vers des pays l’interdisant pèse lourd sur toute la filière argentine du blé. Le cours de l’action de Bioceres à la Bourse de New-York a perdu la moitié de sa valeur l’an dernier, et plus encore en janvier et février. Cette société qui fait figure de «licorne» de la biotech sud-américaine, porte d’autres projets de recherche appliquée, comme la production de chimozyne bovine (présure) utile à l’industrie fromagère produite dans des chardons OGM. (Marc-Henry André)
Céréales: l’UFS et Arvalis lancent une vaste évaluation génétique sur trois ans
L’union française des semenciers, UFS, a lancé avec Arvalis le programme «progrès génétique», une étude d’ampleur dédiée à l’évaluation de la génétique de cinq cultures : blé tendre, blé dur, orge d’hiver, orge de printemps, et triticale. « Nous avons divisé le pays en trois réseaux, Nord, Centre et Sud, et expérimentons entre 15 et 20 variétés par réseau, explique Thierry Momont, président de la section céréales à paille et protéagineux pour Semae. L’objectif est d’évaluer le comportement des cultures, leur rendement, leur poids spécifiques, leur taux de protéine, en parcelles traitées en raisonné et en parcelles non traitées. » Les semences ont été multipliées lors de la dernière campagne, et les premiers semis du projet ont été réalisés à l’automne 2024. Le projet courra sur trois ans, jusqu’à la récolte 2028. Plusieurs coopératives participent aux essais, telles qu’Arterris, ou Exélience, l’union de production de semences de NatUp, Noriap, Advitam et InVivo. « Progrès génétique » a une vocation pédagogique, afin de fournir aux agriculteurs des données concrètes sur la génétique céréalière. (Elena Blum)
Grandes cultures: un consortium emmené par Axéréal sur l'«agriculture régénérative»
En région Centre-Val de Loire, la coopérative Axéréal, Fertiberry semences, Genesis (indicateurs de sols), Axa Climate (assurances), Terres Inovia (institut technique) et UniLaSalle (recherche) ont lancé Arpège, un programme de déploiement de l’«agriculture régénérative», s’appuyant sur la production de légumineuses. Le projet, qui a démarré à l’automne 2024 avec les premiers semis et devrait courir jusqu’à 2028, rassemble une centaine d’agriculteurs, sur 420 parcelles, et vise à évaluer les bénéfices agronomiques et environnementaux de l’agriculture «régénérative», tout en préservant le revenu des agriculteurs. Pois protéagineux, soja, sorgho, lentilles, sarrasin, féverole devraient être ajoutés aux rotations, répondant ainsi à la demande en protéines végétales des industriels de l’aval telles qu’Intact, Cargill, PepsiCo, Axiane Meunerie, Cooperl. Une première estimation de la santé des sols devrait être effectuée en juin 2025, puis les évolutions liées aux pratiques durables seront évaluées en 2027. Ces éléments «de preuve» de l’efficacité des pratiques permettront à Axéréal de proposer aux agriculteurs des solutions adaptées à chaque exploitation. Le projet, d’un budget total de 9 M€, a été cofinancé à hauteur de 3 M€ par BPI France, dans le cadre de France 2030. (Elena Blum)
Biogaz/betterave : TotalEnergies met en service son unité XXL alimentée par Cristal Union
TotalEnergies a annoncé mercredi 26 février la mise en service d'une nouvelle grosse usine de biométhane en France, la deuxième par la taille, située en Seine-Maritime et alimentée par des résidus issus de la transformation de betteraves fournis par le groupe sucrier Cristal Union. Située à Fontaine-le-Dun, à une cinquantaine de kilomètres de Rouen, l'usine BioNorrois est le huitième site de production de biométhane exploité par TotalEnergies en France. Sa taille est comparable à celle de BioBéarn (Pyrénées-Atlantiques), le plus grand site de production de biométhane du groupe dans le pays. « Grâce à cette nouvelle usine qui porte notre capacité de production de biogaz dans le pays à plus de 800 GWh (gigawattheures), TotalEnergies confirme sa position d'acteur majeur du marché », déclare Karine Boissy-Rousseau, vice-présidente chargée des gaz verts au sein de TotalEnergies, citée dans un communiqué. Selon le groupe, la production de biométhane du site s'élèvera à 153 gigawattheures (GWh) par an. L'injection de ce gaz non fossile dans le réseau gazier français devrait permettre de couvrir la consommation annuelle moyenne d'environ 30 000 habitants, en évitant l'émission de 30 000 tonnes de CO2 chaque année. Le groupe sucrier français Cristal Union, partenaire du projet et actionnaire à hauteur de 10% de BioNorrois, fournira pendant 15 ans les résidus de betteraves de son usine sucrière située à proximité immédiate.
Fruits et légumes : léger recul des ventes en volumes en 2024
Un recul de 2,7% des achats en volume a été observé en 2024, souligne l'interprofession Interfel dans son bilan de la consommation présenté le 25 février au Salon de l’agriculture. Le mouvement est net sur le début et la fin des campagnes de produits d’été. Une conjugaison d’effet d’offre et de demande a été à l’œuvre : démarrages retardés pour certains produits (conditions climatiques), fin précoces (pêche nectarine par exemple), impacts sur le niveau d’offre (en cerise notamment). Certains fruits (hors exotiques) ont particulièrement pâti de la situation: -24,1% pour l’abricot, -30% pour la pastèque- 9,1% en raisin. En revanche, le kiwi (+9,6%) les petits fruits rouges (+10%) et le duo clémentine-mandarine (+3,2%) ont progressé sur la période. En légumes, les reculs sont moins marqués : -9,2% pour la mâche, -8,2% pour l’endive, -6,4% pour le radis. Les progressions sont plus nombreuses : chou-fleur (+29,9%), patate douce (+14,7%), citrouille-potiron (+8,4%), concombre (+3 ,1%), tomate (+1,8%). Au global de l’année, la hausse des prix, plus marquée en fruit qu’en légume, a été de 1% et résulte des conditions climatiques adverses pour certains fruits comme l’abricot.
Lait : ventes annuelles de Danone en hausse, portées par les volumes
Les ventes 2024 de Danone atteignent 27,37 milliards d'euros, selon un communiqué publié le 26 février, soit légèrement plus que ce qu'attendaient les analystes sondés par Factset et Bloomberg. Ce chiffre est en baisse de 0,9% en raison des conséquences de la finalisation de sa sortie de Russie, de la cession d'activités de produits laitiers bio aux Etats-Unis et des taux de change. Mais sans ces éléments, le chiffre d'affaires est en hausse de 4,3% grâce à l'augmentation des volumes (+3%) et, dans une moindre mesure, à la hausse des prix (+1,3%). En 2024, Danone a vu son résultat opérationnel courant augmenter de 2,2% à 3,55 milliards d'euros. Son bénéfice net a mécaniquement plus que doublé, passant de 881 millions à 2,02 milliards d'euros en 2024, puisqu'il avait été amputé l'an dernier de 1,4 milliard en raison de dépréciations liées à sa sortie de Russie (700 millions d'euros) et à des cessions aux Etats-Unis.
Lait : la confiance envers les coopératives s'est améliorée entre 2019 et 2022
Lors d'une conférence de presse de la Coopération laitière le 26 février, son président Pascal Le Brun a présenté les données chiffrées issues du Baromètre économique des coopératives laitières 2024 (exercice 2023) obtenues auprès de 35 structures ayant répondu, soit 95% du volume des coopératives laitières. Ainsi, la collecte des coopératives a reculé de 2% entre 2022 et 2023 (contre -2,9% pour la collecte nationale). Les adhérents manifestent une hausse nette de la confiance qu’ils ont dans leur laiterie, avec 59% qui estiment que leur laiterie leur propose des perspectives d’avenir pour les 5 prochaines années (+18 points entre 2019 et 2022). « La conjoncture améliorée explique cette hausse de la confiance des adhérents », explique Pascal Le Brun. Quant aux nouveaux producteurs, ils sont 745 à s’être installés en 2023, un chiffre en hausse de 16% par rapport à 2022, manifestant l’attrait pour l’élevage laitier. Enfin, les investissements dans les outils sont soutenus avec 290 M€ en 2023 et 350 M€ prévus en 2024, hausse expliquée par les reports d’investissements et l’inflation.
Canard de chair: la filière s'attend à une réouverture prochaine de la Grande-Bretagne
La section Canard à rôtir de l’interprofession de la volaille de chair (Cicar) espère une reprise des exportations de filet de canard de barbarie au second semestre du fait de la récupération d’affaires en Allemagne et d’une probable réouverture du marché britannique. «Les clignotants sont au vert», a formulé le président de cette section, au cocktail d’Anvol au Sia le 25 février. Du côté allemand, selon ses explication, le filet de canard de barbarie retrouve sa place sur les cartes de restaurants après sa disparition pendant la crise de l’influenza. Le marché a été ravi par du canard pékin (le plus courant dans le monde) provenant de Hongrie ou de Bulgarie. Mais la Hongrie a souffert en 2024 de l’influenza. Du côté britannique, les Français attendent la validation par l’autorité vétérinaire du dispositif veillant à l’absence du virus de l’influenza. Les Britanniques ont obtenu que le contrôle s’effectue bâtiment par bâtiment et non seulement par élevage. L’arrêt des importations de la Grande-Bretagne pour cause de vaccination représente une perte de 15% du marché et coûte 650 000 euros par mois, rappelle Guy-Marie Brochard. « Nous avons écrit aux opérateurs qu’ils devraient bientôt pouvoir reprendre les importations », a-t-il signalé.
Nutrition/santé: le gouvernement veut signer un accord de filière par an
Dans un communiqué commun paru le 26 février, les ministères de l'Agriculture et de la Santé annoncent qu'ils souhaitent désormais signer un accord collectif de filière par an dans l'agroalimentaire afin d'améliorer la qualité nutritionnelle et sanitaire des aliments. Les ministères ne précisent pas quelles filières sont concernées, mais soulignent que les professionnels de la filière boulangerie-viennoiserie-pâtisserie «ont déjà indiqué entamer des travaux de réduction des teneurs en sucre». L'exécutif annonce que les travaux débuteront «dès ce début d’année», et viseront notamment à réduire «le sel, le sucre et le gras», mais aussi à fixer des seuils de fibres, et des «engagements relatifs à la durabilité et la qualité des produits.» Le gouvernement met en avant les progrès réalisés par la filière boulangerie (-25% de sel dans le pain courant depuis 2015). En 2023, il avait choisi la méthode des objectifs sur base volontaire pour la filière charcuterie, lui fixant des seuils à atteindre par produit en matière de nitrites, et renonçant à légiférer comme proposé par le député Ramos. Des jambons cuits sans nitrites sont pourtant commercialisés en France depuis plusieurs années, par Cooperl par exemple (voir ici).