Intrants: l’Autorité de la concurrence soupçonne des «pratiques anticoncurrentielles»
Dans un communiqué du 27 novembre, l’Autorité de la concurrence annonce avoir procédé la veille à une «opération de visite et saisie inopinée (…) dans le secteur des intrants agricoles». Après avoir obtenu l’autorisation d'un juge des libertés et de la détention, les enquêteurs se sont rendus dans des entreprises «suspectées d'avoir mis en œuvre des pratiques anticoncurrentielles». Dans son communiqué, l’Autorité précise qu’elle ne «fera aucun autre commentaire ni sur l'identité des entreprises visitées ni sur les pratiques visées». Et de rappeler que cette opération «ne préjuge bien évidemment pas de la culpabilité des entreprises concernées». Ces dernières années, le secteur a été marqué par d’importants mouvements d’entreprises au niveau international (rachat de Monsanto par Bayer, acquisition de Syngenta par Chemchina, naissance de Corteva après la scission de DowDupont), mais aussi en France (rachat de Soufflet par InVivo). Au niveau conjoncturel, le reflux des prix se poursuit dans le secteur, plus de deux ans après la flambée provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Selon la dernière note de conjoncture d’Agreste, le prix moyen des intrants agricoles affichait, en septembre, une baisse de 5,9% sur un an (après -5% en 2023).
Pesticides: la Commission européenne propose l'interdiction du flufénacet
La Commission européenne va proposer de ne pas renouveler l’autorisation de l’herbicide flufenacet. Très utilisé sur céréales (blé, orge, seigle), son autorisation actuelle expire le 15 juin 2025. Le règlement de non-renouvellement sera discuté par les experts des États membres lors de la réunion du Comité permanent sur les produits phytosanitaires les 4 et 5 décembre. Aucun vote n’est prévu à ce stade ; il devrait être programmé pour une prochaine réunion du comité. L’autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a estimé dans une évaluation du 27 septembre que le flufénacet était un perturbateur endocrinien et que son produit de dégradation, l’acide trifluoroacétique (TFA), un PFAS contaminant majeur de l’eau. L’ONG Pesticide action network (PAN Europe) qui plaidait pour l’interdiction de l’herbicide appelle les États membres à «veiller à ce que les périodes de grâce soient réduites au minimum pour la vente, la distribution, l’élimination, le stockage ou l’utilisation des stocks existants de produits à base de flufénacet afin d’éviter d’autres dommages à la santé humaine et à l’environnement».
Pesticides: en Normandie, Générations futures «alerte» sur des rejets de TFA chez BASF
L’association de défense de l’environnement Générations futures «alerte» sur les rejets «très importants» d’acide trifluoroacétique (TFA) provenant d’un site industriel de l’agrochimiste BASF en Normandie, dans un communiqué le 26 novembre. Générations futures explique que le site de Saint-Aubin-lès-Elbeuf est spécialisé dans la fabrication du fipronil (insecticide), un PFAS (ou «polluant éternel») interdit d’utilisation agricole en Europe et donc destiné à l’export. Selon l'ONG, les rejets aqueux de BASF transitent par une station d’épuration gérée par le producteur de substances pharmaceutiques Euroapi. «Une analyse réalisée en mai 2024 indique des concentrations records de TFA dans les effluents (420 mg/l) correspondant à une quantité de TFA rejetée ce jour dans la station d’épuration d’Euroapi de 176 kg», s’émeut l’association en citant des données de surveillance de la Dreal normande. Et d’ajouter que le traitement mis en place au niveau de la station d’épuration «ne permet pas d’éliminer le TFA». Ce produit non-réglementé de dégradation des pesticides PFAS a déjà été épinglé par le passé par Générations futures et PAN Europe.
Coopératives: Sèvre-et-Belle (79) et CEA de Loulay (17) préparent leur fusion
Les coopératives Sèvre-et-Belle (Deux-Sèvres) et CEA de Loulay (Charente-Maritime) ont annoncé leur souhait de se rapprocher, via un processus de fusion. Les adhérents se prononceront sur ce projet lors des assemblées générales des deux entités les 17 et 19 décembre. «Si le projet est validé, naîtra une nouvelle coopérative, avec un nouveau nom et une nouvelle organisation», confie Matthieu Guiho, l’actuel directeur général de Sèvre-et Belle. À elles deux, ces structures pèsent 200 000 tonnes de collecte et affichent un chiffre d’affaires de 85 M€. «Nous sommes complémentaires tant par la taille, le territoire couvert que par les activités développées, axées sur des filières de qualité», poursuit-il. Les deux coopératives évoluaient déjà ensemble au sein d’Aquitabio, la structure dédiée au bio qui rassemble une douzaine de partenaires. En revanche, elles appartiennent pour l’heure chacune à une union d’appro différente: Catelys pour Loulay et Alliance Atlantique Agro pour Sèvre-et-Belle. Si la fusion est actée, des arbitrages devront donc être faits. (Anne Gilet)
Coopératives : chez Terre Atlantique, un tiers des adhérents en filières tracées
«Aujourd’hui, près du tiers de nos 900 adhérents sont impliqués dans des filières tracées : blé meunier, blé dur, pois et lin, soit près de 70 000 t avec, en moyenne, une plus-value de 10 €/t, a indiqué Jean-Yves Moizant, président de Terre Atlantique (150,39 M€ de CA, collecte de 365 000 t en 2023), en conférence de presse le 27 novembre, deux jours avant l’assemblée générale. Face au rouleau compresseur des charges pour les exploitations, nous nous devons de continuer d’innover. » La coopérative de Charente-Maritime teste depuis plusieurs années de nouvelles cultures, toujours en quête de valeur ajoutée pour ses adhérents. « Angélique, sésame, chanvre textile, moutarde... aucune de ces plantes ne propose encore de modèle économique satisfaisant », constate Christian Cordonnier, le directeur général. Avec près de 4000 ha, la production de semences reste au cœur des activités de Terre Atlantique. Après une récolte 2023 exceptionnelle, celle de 2024 fut très compliquée, notamment pour le tournesol. Sur les 1500 ha implantés, près du tiers ne pourra pas, faute de qualité, être transformé en semences. Déjà, la coopérative met le cap vers 2030, au travers de quatre axes stratégiques, déclinés en 15 objectifs. Parmi eux : poursuivre le développement des volumes en appro et collecte, augmenter l’autonomie de la coopérative sur le plan énergétique ou encore, miser sur la communication pour booster la notoriété de l’entreprise. (Anne Gilet)
Pomme de terre: vers un alignement de la taxation des chips françaises sur les belges
Lors de l’examen du projet de loi de finances (PLF) pour 2025, le Sénat a aligné la taxation des chips françaises sur les concurrentes belges. Un amendement centriste a été adopté, avec avis de sagesse de la commission et du gouvernement, pour réduire la distorsion de concurrence entre les fabricants de chips implantés en France et ceux établis dans d’autres pays de l’Union européenne, notamment en Belgique. Aujourd’hui, les fabricants français sont assujettis à l’accise sur les gaz naturels et, contrairement aux autres fabricants de légumes déshydratés implantés dans l’Hexagone, ne bénéficient pas du tarif réduit. Ils restent ainsi soumis au tarif normal, tandis que leurs concurrents internationaux, implantés en Belgique supportent une taxation équivalente au tarif réduit français, ce qui leur permet de produire à un coût inférieur. L’amendement voté au Sénat étend le tarif réduit aux fabricants de chips implantés en France. «L’objectif est de favoriser la reconquête du marché français, à l’image de ce qui se passe dans le secteur de la frite, où des usines rouvrent en France depuis que la fiscalité française s’est alignée sur celle de la Belgique», souligne l’exposé.
Biocarburants aéronautiques: vers la fin de la Tiruert au 1er janvier
Lors de l’examen du projet de loi de finances (PLF) pour 2025, le Sénat a retiré un dispositif fiscal sur les carburants d’aviation durables. Un amendement centriste, adopté avec les avis favorables de la commission et du gouvernement, met fin à la taxe incitative Tiruert dans le secteur. L’abrogation du dispositif est demandée suite à l’adoption du règlement ReFuel Aviation, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2025. Ce règlement européen introduira plusieurs changements par rapport au dispositif français, notamment une augmentation des objectifs d’incorporation de biocarburants et l’abandon du double comptage pour les biocarburants dits «de 2e génération», souligne l’exposé. Il supprimera la possibilité d’échapper à ces objectifs via une taxe exonératoire, en la remplaçant par une amende en cas de non-conformité. Cette différence juridique entre une sanction et une incitation fiscale rend la coexistence de la Tiruert et des exigences de ReFuel Aviation «incompatible», poursuit l’exposé. Et de noter que «la Tiruert a affaibli la compétitivité des compagnies aériennes françaises», qui s’approvisionnent sur le territoire national tout en subissant un désavantage structurel par rapport à leurs concurrents étrangers.
Climat: le Shift project présente sa trajectoire à 2050 pour la ferme France
Fondé par l'ingénieur Jean-Marc Jancovici (lire notre entretien), le Shift project a produit son premier rapport sur la transition climatique de l'agriculture à 2050 (télécharger ici) – l'alimentation sera abordée dans un second temps. Le scénario du Shift se distingue par des curseurs de biodiversité plus bas que les rapports publiés par d'autres associations, avec 25% de bio à 2050, soit un peu plus que l'objectif gouvernemental de 20% à 2030, mais bien en deçà des 100% de surfaces du scénario Tyfa (Iddri) et 50% d'Afterres (Solagro) à 2050. Sur les bioénergies, il s'écarte du scénario Tyfa (arrêt des agrocarburants et biogaz), en visant une production «a minima à hauteur des besoins du secteur». Il vise ainsi l'électrification des moteurs thermiques pour un tiers du parc matériel à 2050, du biogaz pour un autre tiers, des biocarburants «pour les usages résiduels». Côté élevage, une baisse des cheptels de ruminants est visée «à un rythme moins rapide qu'actuellement» pour réduire les émissions, tout comme une baisse du cheptel de monogastriques pour limiter la concurrence entre alimentations animale et humaine. À l'instar des deux autres rapports, le Shift project conclut que pour atteindre la cible climatique, tout en couvrant les besoins caloriques du pays, il faut revoir le régime alimentaire et soutenir davantage le secteur. L'association assume pour ce faire un cap protectionniste, en n'écartant pas le levier des tarifs douaniers. Aucune des recommandations n'est chiffrée budgétairement.
Volailles: avec les prix qui baissent, les ventes de LDC se replient
Le leader français de la volaille LDC (Le Gaulois, Maître Coq, Loué), aussi présent au rayon traiteur (Marie), a annoncé le 27 novembre des ventes et un bénéfice en repli au premier semestre de son exercice 2024/2025, du fait de la baisse des prix de la volaille. Entre mars et septembre, le chiffre d'affaires du groupe s'est replié de 1,2% par rapport à la même période de l'année précédente, à 2,9 milliards d'euros. Le bénéfice a lui davantage souffert de cette baisse des prix: il a reculé de 18,9% en un an, à 124,2 millions d'euros sur la période. De fin 2022 à fin 2023, l'épidémie d'influenza aviaire avait fortement réduit l'offre de volailles et les prix avaient alors crû, au bénéfice de LDC: son résultat net avait bondi d'un tiers sur son exercice décalé 2023-2024. Des augmentations de prix qui s'ajoutent à celles décidées pour répondre à la flambée des coûts de l'énergie et de l'alimentation des animaux dans le sillage de la guerre en Ukraine: en deux ans, les prix avaient bondi de près de 40%. Mais dans le cadre des négociations commerciales régies par les lois "Egalim", LDC a dû dès mi-2023 redescendre ses tarifs d'environ 10%. Les marges du groupe en ont souffert, mais en contrepartie, les volumes de vente ont augmenté: +4,9% en un an.
Volaille: LDC veut poursuivre son extension en Europe
Pour continuer de croître, le leader français de la volaille LDC (Le Gaulois, Maître Coq, Loué), aussi présent au rayon traiteur (Marie), a annoncé le 27 novembre qu'il va se lancer en Roumanie et en Allemagne, à travers des acquisitions d'entreprises locales, en plus de la Hongrie et surtout de la Pologne où il est déjà présent. En octobre, LDC avait annoncé un accord avec les actionnaires du groupe ECF (European Convenience Food) en vue d’une acquisition. Cette entreprise est aujourd’hui leader en Allemagne sur le marché des produits élaborés cuits et surgelés (à base de végétaux et de volaille). En 2021, LDC avait mis un pied sur le territoire britannique avec le rachat d’une part majoritaire du capital de la société familiale Capestone. Cette entreprise est spécialisée dans la volaille plein air et bio, et écoule l’essentiel de sa production dans la grande distribution. Elle emploie plus de 200 personnes, avec un chiffre d’affaires de près de 80 millions d’euros. LDC, qui emploie plus de 20.000 personnes en France, a confirmé le 27 janvier espérer réaliser 6,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires sur l'ensemble de son exercice.
Lait de montagne: Carrefour s’engage auprès de trois coopératives sur 25 Ml
Le distributeur Carrefour a renouvelé un accord «quadripartite» portant sur 25 millions de litres (Ml) par an pendant trois ans avec trois coopératives laitières de zone de montagne (Massif central) pour du lait UHT vendu sous marque de distributeur, annonce un communiqué du 27 novembre. Les trois partenaires du distributeur sont Coopal (collecte), Société laitière des volcans d’Auvergne (transformation, filiale de Terra Lacta) et Orlait (commercialisation). Coopal rassemble 250 producteurs des départements de la Haute-Loire, du Puy-de-Dôme, de la Creuse et de la Corrèze. Tandis que SLVA est «spécialisée dans la production du lait UHT conditionné en briques et en bouteilles, principalement à marques de distributeurs», explique le communiqué. Elle emploie 110 salariés. Son site industriel est à Theix, dans le Puy-de-Dôme. Carrefour revendique «plus de 40% de lait contractualisé» avec les producteurs en lait de montagne. «Cet accord quadripartite date de 2019 et nous avons souhaité réaffirmer notre soutien aux exploitations situées en zone de montagne en nous engageant à nouveau pour trois ans», déclare Marc Delage, directeur des achats pour les produits vendus en libre-service sous marque Carrefour.
Tomate/Sahara occidental : les producteurs français s'inquiètent d'un manque de contrôle
Dans un communiqué de presse le 25 novembre, l’AOPn Tomates et concombres de France se sont inquiétés de l’attitude de la Commission européenne vis-à-vis des importations de tomates marocaines et des récentes décisions concernant celles produites dans le Sahara occidental. Relatant une séance de la commission Agriculture du Parlement européen (18 novembre), elle estime que «le représentant de la Commission européenne n’a pu donner aucune garantie concernant le contrôle des importations en provenance du Maroc», pour savoir s'ils proviennent ou non du Sahara occidental.. D’ici un an, les produits agricoles de cette région ne bénéficieront plus des conditions douanières de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Maroc, et devront être étiquetés. Les producteurs français de tomates et leurs homologues espagnols devraient avoir un rendez-vous auprès de la Commission européenne ces prochaines semaines. Ils mettront avant leurs revendications : retour à un équilibre des importations basé sur la saisonnalité (ils ont rencontré récemment les producteurs marocains sur ce thème), droits de douanes rééquilibrant l’écart de prix en rayon et permettant de faire la distinction entre les tomates de petit calibre (moins de 47 mm de diamètre) et les tomates rondes.
Fruits et légumes: Jean-Hugues Belland élu président du CTIFL
Comme pressenti, lors de son conseil d’administration électif le 26 novembre, le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) a élu Jean-Hugues Belland à sa présidence pour un mandat de trois ans, rapporte un communiqué de presse daté du lendemain. Opérateur de gros sur les marchés de Bordeaux, d’Agen, de Toulouse, de Rouen et de Rungis, engagé dans la filière fruits et légumes depuis 35 ans, M. Belland ambitionne de «renforcer la reconnaissance des personnels pour leur contribution», mais également de «mobiliser des investissements» au profit de l’organisme interprofessionnel. «Nous sommes des créateurs de solutions techniques avant tout», précise le nouveau président du CTIFL. Et d’ajouter qu’il s’agira «d’améliorer les performances, la compétitivité des acteurs de la filière (…)» et «de contribuer au développement de la consommation des fruits et légumes». Jean-Hugues Belland succède à Jacques Rouchaussé, qui, après neuf années passées à la présidence du CTIFL, en a annoncé son départ le 19 novembre à la Maison des fruits et légumes.
Emballages: Coca-Cola accusé de greenwashing pendant les JO par FNE
L'ONG France nature environnement annonce avoir porté plainte contre Coca-Cola France, l’accusant d’avoir fait croire au public des Jeux olympiques 2024 que le fait d’être servi dans des gobelets était écologique, alors que la boisson provenait de bouteilles en plastique. Dans sa plainte, elle retient que le d.g. de Coca-Cola France Mickaël Vinet avait affirmé, en avril sur France Info, viser «zéro déchet» pendant l’événement dans le dessein, selon l’ONG, d’«améliorer l'image de la marque aux yeux du grand public». Si un communiqué de Coca-Cola avait affirmé que les bouteilles utilisées seraient «triées et compactées afin d'être recyclées», la responsable de la gestion des déchets chez FNE, Axèle Gibert, souligne que le plastique a un impact environnemental dès sa production et que les liquides bus dans ces contenants contiennent des microplastiques.