Agrafil du 15 juillet 2024

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Phytos non autorisés en France: une centaine de nouveaux dossiers à l’Anses (ministère)

A l'occasion d'une point organisé avec la presse, le 12 juillet, pour faire un bilan du Comité des solutions et alternatives aux produits phytosanitaires interdits, lancé au printemps, le ministère de l'Agriculture a indiqué qu’une centaine de dossiers ont été déposés, dans ce cadre, par des industriels, et sont en cours d’instruction auprès de l'Anses (agence sanitaire). Le ministère affirme avoir analysé «262 usages sur 55 cultures», et dénombré «778 solutions supplémentaires d’intérêt fort ou moyen» disponibles dans d’autres Etats-Membres de l’Union Européenne. Le comité des solutions en a retenu 400 qui représenteraient un intérêt à être utilisés en France. Pour 101 d’entre elles, les industriels ont d'ores et déjà déposé un dossier à l’Anses pour obtenir une autorisation de mise en marché (AMM) ou une extension. «La grande majorité de ces nouveaux produits seront sur le marché à court et moyen terme, c’est-à-dire un et deux ans», prévoit-on au ministère. Un prochain comité de solutions se déroulera à la rentrée. La ministre déléguée de l'Agriculture, Agnès Pannier-Runacher avait lancé, le 15 mars, un «cycle de réunions de travail» pour «trouver ou diffuser» des solutions et alternatives aux molécules d’ores et déjà interdites. Etaient conviés les représentants de la profession agricole et les acteurs institutionnels (DGAL, Anses, Inrae, Acta…). La démarche visait à «s’assurer de la concurrence loyale au sein de l’Union européenne».

Pesticides: ventes stables en 2022, le prosulfocarbe devance le glyphosate

La quantité totale de substances actives vendues en France était de 68 000t en 2022, selon un état des lieux du ministère de la Transition écologique publié les 9 juillet. Ce chiffre est en ligne avec celui des dix dernières années qui est «globalement stable autour de 70 000t», malgré des «fluctuations annuelles marquées liées aux effets climatiques et aux comportements de stockage». Avec 7400t écoulées en 2022, le prosulfocarbe est la deuxième substance active la plus vendue en France. Cet herbicide utilisé en grandes cultures, connu et décrié pour être très volatil, devance désormais le glyphosate (5864t, en retrait de 26% sur un an), derrière le souffre qui arrive en tête des ventes (15 541t). Sur la dernière décennie, les ventes de substances actives utilisables en bio et de produits de biocontrôle ont augmenté, «de 8 500 t en 2010 à plus de 24 000 t en 2022». A l’inverse, les ventes de phytos pour l’agriculture conventionnelle ont diminué de «-19 % entre 2009-2011 et 2020-2022 ». De même, la part de substances actives classées cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR) passe «de 30 à 15% des ventes» entre 2010 et 2022. 

Eau : création d'une fonction de délégué interministériel à «la gestion de l'eau en agriculture»

Dans un décret paru le 13 juillet, le Premier ministre annonce la création d'une nouvelle fonction de «délégué interministériel à la gestion de l'eau en agriculture», qui sera placé, pour trois ans, sous la tutelle des ministères de l'Agriculture et de la Transition écologique. Son nom n'a pas encore été publié. Son rôle sera de «coordonner la mise en œuvre» et d'«assurer un suivi» de la feuille de route issue des travaux du Varenne agricole de l'eau et de l'adaptation au changement climatique, ainsi que des «ambitions et mesures relatives à l'agriculture» du Plan eau. Pour ce faire, il suivra «la mise en œuvre opérationnelle des projets territoriaux prioritaires concernant les usages agricoles de l'eau» ; les «projets concourant à sécuriser l'accès à l'eau de l'agriculture, via le développement de l'irrigation, la substitution et la diversification de la ressource». Il devra notamment s'appuyer «sur les instituts techniques, les organismes de recherche, l'expérimentation et l'innovation technique», et participera «à la diffusion de leurs travaux».

Bassines: la tension monte à l'approche d'une nouvelle mobilisation, inquiétude des élus locaux

Appels au calme d'un côté, à l'auto-défense de l'autre: à quelques jours d'une nouvelle mobilisation d'ampleur d'opposants aux «mégabassines» dans le Poitou, la tension s'accroît entre adversaires et partisans de ces retenues d'eau pour l'irrigation agricole. Environ 200 élus de différents bords politiques, dont la députée écologiste des Deux-Sèvres Delphine Batho, se sont rassemblés le 12 juillet en fin de journée à Melle pour exprimer leur «inquiétude» face à «l'intention assumée et explicite» de mener «des actions de désobéissance civile». Les 19 et 20 juillet, les organisateurs, dont le collectif Bassines Non Merci, les Soulèvements de la Terre, Attac ou l'union Solidaires, ont prévu des «occupations, blocages ou désarmements» d'installations dans le but «d'arracher un moratoire» sur la construction des «mégabassines». Pour la présidente DVD du département des Deux-Sèvres, Coralie Dénoues, l'événement «porte en lui les germes des violences que nous avons vécues l'an dernier». Plus tôt dans la journée, la préfecture des Deux-Sèvres avait «rappelé» leurs responsabilités aux organisateurs du Village de l'eau et des actions revendicatives prévues «au vu des risques élevés qu'ils présentent», soulignant qu'elle prenait «dès à présent des mesures administratives pour appuyer les actions de la gendarmerie».

Bassines: la Conf' appelle au «dialogue», la CR «aux côtés des forces de l'ordre»

Au moins 10.000 personnes sont attendues par les organisateurs, entre mardi 17 et dimanche 21 juillet, au «Village de l'eau» installé à Melle (Deux-Sèvres), à quelque kilomètres seulement de Sainte-Soline, où de violent affrontements en mars 2023 avaient opposé certains manifestants et forces de l'ordre.  Les syndicats agricoles ont affiché leurs divergences à l'approche de l'événement. La Confédération paysanne, qui fait partie des organisateurs, appelle les pouvoirs publics à «oeuvrer pour qu'un dialogue soit enfin mis en oeuvre» sur le partage de l'eau, plutôt que «de jouer les pompiers pyromanes ou les oiseaux de mauvais augure». La Coordination rurale du Lot-et-Garonne, de son côté, condamne les «écologistes intégristes» et appelle les agriculteurs à «aller soutenir et défendre nos amis paysans» dans les Deux-Sèvres, assurant que «les agriculteurs (...) se tiendront aux côtés des forces de l'ordre». Le premier syndicat agricole, la FNSEA, estime pour sa part que «tout est réuni pour que le pire arrive» et appelle au calme, exhortant les agriculteurs «à ne pas céder aux intimidations et provocations».

Nappes phréatiques: situation «très satisfaisante», à de rares exceptions

Les nappes phréatiques restent toujours à des niveaux «très satisfaisants» sur plus de deux tiers de la France, laissant envisager une saison estivale «moins compliquée» qu'en 2023 sur le plan de la sécheresse. Juin 2024 «se classe au troisième rang des mois de juin les plus humides pour les nappes depuis 30 ans (après juin 2001 et juin 2013)», a annoncé le 12 juillet le BRGM. Au 1er juillet, 70% des nappes métropolitaines sont au dessus des normales, exactement comme il y a un mois, alors qu'en cette saison, le niveau a plutôt tendance à baisser sous l'effet de l'absorption de l'eau par la végétation et de la hausse des températures. Seuls 17% des points d'observation sont sous les normales mensuelles, encore moins qu'au 1er juin (19%), dont 5% à des niveaux très bas dans les Pyrénées-Orientales et une partie de la Corse, qui n'ont quasiment pas eu de pluie. En résumé, cette année, «l'état des nappes de juin est très satisfaisant» en raison d'une recharge 2023-2024 excédentaire et d'un soutien par les pluies printanières. Seules des nappes très inertielles (Sundgau, Bresse et Dombes), qui mettent le plus de temps à se recharger, «ou des secteurs présentant une recharge déficitaire (Roussillon, Aude, Hérault et Corse)» en pluies depuis plusieurs mois voire années restent préoccupantes, détaille le BRGM dans un communiqué.

Viticulture : l’Occitanie débloque une enveloppe de 5 M€ dédiée à la filière

Réunie en assemblée plénière le 11 juillet sous la présidence de Carole Delga, la région Occitanie a adopté «l’acte I» d’un nouveau contrat de filière «pour une viticulture compétitive, rémunératrice et résiliente à horizon 2035». Associant l’ensemble des professionnels de la viticulture, ce nouveau contrat de filière comprend notamment l’affectation d’une enveloppe régionale complémentaire de 5 millions d’euros (M€). En outre, il prévoit le lancement d’un nouveau dispositif visant à «identifier et accompagner des territoires viticoles pilotes désireux de s’engager dans une stratégie d’adaptation au changement climatique et de résilience économique», souligne la région dans un communiqué. Dans ce cadre, cinq projets pilotes seront sélectionnés et accompagnés financièrement, avec une aide régionale allant jusqu’à 100 000 € pour chaque territoire. Amorcée début 2023, cette réflexion menée sous la coordination de la chambre régionale d’agriculture vise à «l’adaptation [des] vignobles face au changement climatique, aux mutations des marchés et de la consommation», précise Mme Delga. Alors que ce travail collectif doit se poursuivre, quinze nouvelles actions seront soumises au vote des élus régionaux lors de la présentation de l'«acte II» en décembre. 

Banane/Fruits et légumes : un dispositif d’aides «exceptionnelles» en outre-mer

Le gouvernement a mis en place un «dispositif d’aides exceptionnelles» au profit des producteurs de fruits et légumes ultramarins, mais aussi des planteurs de bananes dessert de Martinique et de Guadeloupe, rapporte la préfecture de Martinique le 10 juillet. L’objectif est de les aider à faire face à l’augmentation des charges d’intrants engendrées par la guerre en Ukraine. La mesure de soutien au bénéfice des planteurs de bananes est destinée aux exploitations «en situation de fragilité économique au regard du rendement réalisé en 2023, justifiant d’une production de bananes dessert et d’une surface en bananes dessert au cours de cette même année (hors jachère banane)». Quant à celle destinée aux producteurs de fruits et/ou légumes, elle concerne les exploitations justifiant d’une surface en production de fruits et/ou légumes en 2023. Entre 1 200 et 1 300 professionnels seraient concernés par l’enveloppe de 400 000 € sur le territoire martiniquais, mais «ce n’est pas beaucoup», estime José Maurice, président de la chambre d’agriculture de l’île au micro de Martinique la 1ère. Et de préciser que «les engrais coûtent toujours aussi cher, les intrants coûtent toujours aussi chers… C’est toujours bon à prendre, mais en tout cas cela ne va pas régler le différentiel [des surcoûts] depuis la guerre en Ukraine».

Nutrition animale: la justice valide la reprise de l'usine MetEx d'Amiens par Avril

Le tribunal de commerce de Paris a validé, le 12 juillet, l'offre de reprise faite par le groupe Avril pour l'usine amiénoise de l'entreprise de biochimie MetEx, la seule en Europe à produire un acide aminé utilisé en élevage. La décision du tribunal de commerce de Paris concerne cette usine d'Amiens, ainsi qu'une partie des activités commerciales et de recherche de Metabolic Explorer (MetEx), et permettra le maintien de 315 emplois au total, a indiqué le groupe Avril dans un communiqué. La reprise prendra effet le 16 juillet. «C'est un grand jour, qu'on attend depuis un certain temps. Après plusieurs mois d'incertitude, on va pouvoir tourner la page et regarder vers le futur. On va pouvoir redémarrer les lignes de production à 100%», a réagi auprès de l'AFP Samir Benyahya, représentant de la CFDT, le syndicat majoritaire chez MetEx. Le ministre délégué chargé de l'Industrie Roland Lescure s'est dit lui aussi «très heureux de la conclusion d'un processus qui a duré de long mois». Remerciant M. Lescure, la maire d'Amiens Brigitte Fouré et le président d'Amiens Métropole Alain Gest ont salué une «très bonne nouvelle pour les salariés et leurs familles». L'usine d'Amiens s'était retrouvée au centre des attentions des candidats aux élections législatives dans la Somme, devenant un symbole de la souveraineté agro-industrielle française.

Nutrition/climat: la Snanc en «stand-by», après la non-réélection de Maillart-Méhaignerie

La Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) est «en stand-by», rapporte Benoît Granier, responsable alimentation au sein du Réseau action climat, à Agra presse le 10 juillet. En cause, la défaite de la députée Laurence Maillart-Méhaignerie aux élections législatives de 2024, entraînant la fin de sa fonction de membre représentant de l’Assemblée nationale et présidente du Conseil national de l’alimentation (CNA). Or, Mme Maillart Méhaignerie devait «participer à la consultation [du CNA Ndlr] sur la Snanc», précise M. Granier, évoquant «un flou total». Interrogé, le CNA précise à Agra presse que le calendrier de validation de la Snanc – en cours d’arbitrage au niveau interministériel –, est «dépendant de la nomination du prochain gouvernement». Créée par la loi Climat et résilience de 2021, et prévue pour adoption avant le 1er juillet 2023, la SNANC n’a à ce jour toujours pas été publiée. Dans une lettre ouverte publiée fin avril, des experts de l’alimentation de six organisations* avaient «pressé» le gouvernement de publier la Snanc, estimant qu’elle pouvait répondre à la crise agricole mais aussi aux enjeux de santé publique. *Iddri, I4CE, Unesco, Académie de l’agriculture, Terra Nova, Le Lierre

Influenza aviaire : l’OMS appelle à une surveillance accrue dans la gestion du risque

La capacité à évaluer et à gérer le risque que représente le virus H5N1 de l’influenza aviaire est compromise par une surveillance limitée des virus grippaux chez les animaux à l'échelle mondiale, a déclaré le 11 juillet à la presse le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus. L’organisation genevoise appelle donc l’ensemble des pays à renforcer les mesures de surveillance et de notification du virus chez les animaux et les humains, à partager les échantillons et les séquences génétiques, mais aussi à une plus grande protection des travailleurs agricoles susceptibles d'être exposés à des animaux infectés, et à accroître la recherche sur la grippe aviaire. A l’occasion de cette conférence de presse, le DG de l’OMS a fait un état des lieux global de la situation concernant le virus H5N1. Il a notamment indiqué que les Etats-Unis avaient signalé un quatrième cas humain d’influenza aviaire H5N1 à la suite d'une exposition à des vaches laitières infectées, alors que le Cambodge avait fait remonter deux cas d'enfants ayant été en contact avec des poulets malades ou morts. Toutefois, il n'a pas été signalé, pour l’heure, de cas de transmission d'homme à homme.

Blé: récolte américaine revue en nette hausse, les cours chutent (rapport USDA)

L'estimation de récolte américaine de blé a été revue en nette hausse, le 12 juillet, par le ministère de l'Agriculture étasunien (USDA), prenant le marché par surprise et provoquant un décrochage des cours. L'USDA table désormais sur une production de 54,7 millions de tonnes aux États-Unis pour la campagne en cours (de début juin à fin mai de l'année suivante), soit 7% de plus que lors de la précédente estimation, publié en juin, selon le rapport WASDE publié le 12 juillet. Le blé a bénéficié, cette année, de conditions relativement favorables dans les grandes régions de production, avec des précipitations satisfaisantes. Le ministère américain annonce désormais un rendement qui, s'il se confirmait, serait le deuxième de l'histoire, derrière la récolte de 2016. Outre les États-Unis, l'USDA a aussi remonté, dans une moindre mesure, ses attentes pour les récoltes argentine et canadienne. Vendredi, le ministère a aussi augmenté le chiffre de la récolte mondiale précédente, celle de 2023/24, ce qui a pour effet de faire grimper les stocks de début de campagne. Dès lors, en combinant tous ces facteurs et malgré une petite croissance attendue de la consommation animale, l'estimation des stocks mondiaux de blé pour la fin de la campagne en cours a été remontée de 2%.

Evènementiel : Les Terres de Jim se dérouleront dans le Doubs cette année

Cette année, c’est le Doubs qui va accueillir la prochaine édition du festival des Terres de Jim, événement organisé par les Jeunes Agriculteurs. Il se tiendra du 6 au 8 septembre à Mamirolle/Le Gratteris. Les visiteurs pourront évoluer sur près de 100 hectares, entre animations, expositions de matériel agricole, mini-ferme ou démonstrations de travaux forestiers. Ils pourront aussi assister aux compétitions de labours nationale et européenne ainsi qu’au traditionnel moiss’bat cross. Et ils auront l’occasion d’admirer le site grâce à un baptême d’hélicoptère. Pour ce faire, près de 1000 bénévoles seront mobilisés de mi-aôut (mise en place du festival) à mi-septembre.