Agrafil du 13 mai 2024

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Elevage/stockage d'eau: le gouvernement publie son décret d'accélération des contentieux

Conformément aux engagements de Marc Fesneau en décembre dans le cadre du PLOA, puis à ceux pris par Gabriel Attal le 26 janvier suite aux manifestations, le ministre de l'Agriculture a fait paraître le 10 mai au Journal officiel, un décret visant à accélérer les contentieux administratifs pour les projets de stockage d'eau et les installations classées pour l'environnement (ICPE), notamment les projets d'élevage. Quatre mesures sont mises en oeuvre: dans le domaine des ouvrages hydrauliques et des installations d'élevage classées ICPE (bovins, porcs, lapins, volailles et gibiers à plumes), un échelon administratif est supprimé ; une liste de décisions est ainsi confiée au tribunal administratif de Paris «en premier et dernier ressort». Pour ces mêmes installations, le décret «institue une cristallisation des moyens ainsi qu'une obligation de notification des recours et prévoit que le tribunal doit juger en dix mois.» Enfin, pour l'ensemble des installations ICPE, ainsi que tous «installations, ouvrages, travaux, activités», le décret réduit le délai de recours des tiers de quatre mois à deux mois.

Stockage de l'eau: manifestation contre un projet de «mégabassines» dans le Puy-de-Dôme

Une journée de manifestation «festive et pédagogique»: plusieurs milliers d'opposants à la construction des «deux plus grandes mégabassines de France» se sont mobilisés sans incident le 11 mai dans le Puy-de-Dôme. «Une journée dans le calme, la sérénité et la fermeté», résume Ludovic Landais, porte-parole de la Confédération paysanne 63, un des organisateurs de la manifestation, alors que le cortège de marcheurs habillés de bleu, pour défendre l'eau «bien commun», se disséminait vers 16H00. Entre 4.000 manifestants, selon la préfecture, 6.500 selon les organisateurs, ont randonné dans les champs, dans une ambiance bon enfant, pour dénoncer deux réserves d'eau en projet l'une de 14 hectares, l'autre de 18 hectares, destinées à irriguer 800 hectares dans la plaine de la Limagne, où est implanté Limagrain, le 4e semencier mondial. Le collectif Bassines non merci dénonce des «gigabassines» qui «se rempliront directement par pompage» dans l'Allier, «une zone classée Natura 2000 qui supporte localement l'alimentation en eau potable de plus de 200.000 habitants». De son côté, Limagrain explique qu'«il est essentiel que les agriculteurs puissent continuer à produire des cultures de qualité en quantité suffisante» et donc «irriguer lorsque cela est nécessaire», au nom de la «sécurité alimentaire» en période de changement climatique.

Engrais décarbonés: un projet d'usine en France, décision finale attendue en 2026

Des énergéticiens espagnol et italien, un géant néerlandais de la bière, un négoce agricole français et un industriel allemand prévoient de construire en commun leur première usine d'engrais bas carbone, en France. FertigHy, consortium européen créé en juin 2023, a décrit à l'AFP avant son annonce le 13 mai au sommet «Choose France» autour d'Emmanuel Macron son projet d'implantation d'une usine dans les Hauts-de-France d'ici 2030, afin de produire «500.000 tonnes d'engrais azoté décarboné» par an, soit «15% de la consommation française». L'usine sera à Languevoisin (Somme), selon le ministre français Roland Lescure dans la Tribune Dimanche. Le projet est estimé à 1,3 milliard d'euros et devrait créer «environ 250 emplois directs», selon FertigHy, invité au sommet organisé chaque année au château de Versailles par le gouvernement français pour attirer des investissements étrangers. La décision finale d'investissement est attendue fin 2026. Parmi les actionnaires: le spécialiste espagnol de l'énergie solaire RIC Energy, l'entreprise d'ingénierie italienne Maire Tecnimont; l'Allemand Siemens Financial Services; le groupe de négoce agricole français In Vivo qui a racheté récemment le premier collecteur privé de céréales en Europe, le groupe Soufflet; et le brasseur néerlandais Heineken. A sa création, l'an passé, FertigHy avait annoncé que sa première usine serait en Espagne. Mais le consortium a «changé ses priorités», car l'interconnexion au réseau électrique «prend un peu plus de temps qu'en France», où FertigHy a reçu des assurances de disponibilité du réseau à haute tension.

Biodiesel : fin de l’enquête sur le contournement des mesures compensatoires par l’Indonésie

Dans une décision d’exécution publiée au Journal officiel de l’UE le 7 mai, la Commission européenne annonce mettre un terme à l’enquête relative à un éventuel contournement des mesures compensatoires applicables aux importations de biodiesel indonésien mais également à l’enregistrement des importations. Cette enquête avait été ouverte en aout 2023 à la suite d’une demande déposée par l’association européenne des producteurs de biocarburants (EBB - European Biodiesel Board) qui considérait que l’Indonésie contournait les droits compensateurs mis en place par l’UE grâce à des importations de biodiesel expédié depuis la Chine et le Royaume-Uni et que ces pratiques compromettaient les effets correctifs des mesures européennes. Bruxelles avait alors estimé disposer de «suffisamment d’éléments de preuve» pour le lancement de cette enquête. Toutefois, le 19 janvier, l’EBB a fait part de son souhait de retirer sa demande, offrant la possibilité à la Commission européenne de clore l’enquête. Dans un communiqué publié le 24 janvier, l'EBB a indiqué que l'enquête anti-contournement a permis de découvrir des informations concernant des activités frauduleuses qui seront transmises aux autorités compétentes en matière d'enquête anti-fraude.

Blé: premières projections de l'USDA pour 2024-2025, vers un repli des stocks mondiaux

Le ministère américain de l'Agriculture (USDA) a publié le 10 mai ses toutes premières prévisions de récolte de céréales dans le monde pour la campagne à venir 2024-2025, qui devraient soutenir les cours, vu des projections plus faibles de stocks mondiaux pour le blé et le maïs notamment. Pour le blé et la récolte actuelle de 2023-2024, l'USDA n'a guère changé ses projections hormis pour la Russie dont les exportations devraient encore augmenter à 53,5 millions de tonnes, selon le rapport mensuel WASDE. Concernant la récolte de blé à venir 2024-2025, le département de l'Agriculture projette, comme attendu, un repli des stocks mondiaux de blé, à 253,6 millions de tonnes. La production américaine devrait atteindre 50,5 millions de tonnes, contre 49,3 millions pour la campagne 2023-2024. L'USDA projette par ailleurs une baisse de la récolte de blé russe à 88 millions de tonnes, contre 91,5 millions pour la campagne précédente. Les exportations de blé russe devraient ainsi tomber à 52 millions de tonnes contre 53,5 millions en 2023-2024. La récolte de l'Ukraine devrait diminuer à 21 millions de tonnes contre 23 millions pour la campagne d'avant, impliquant des exportations plus faibles à 14 millions de tonnes au lieu de 17,50 millions.

Maïs: vers un repli des réserves mondiales sur 2024-2025, grevées par le Brésil et l'Argentine

Le ministère américain de l'Agriculture (USDA) a publié le 10 mai ses toutes premières prévisions de récolte de céréales dans le monde pour la campagne à venir 2024-2025, prévoyant une baisse des stocks mondiaux de maïs. La campagne actuelle 2023-2024 devrait aboutir sur des réserves de 313 millions de tonnes de maïs au lieu des 318 millions prévus en avril. «Cela représente un gros repli. Cela vient des réductions prévues de production brésilienne et argentine», analyse un expert d'Argus Media France. Le Brésil, qui subit actuellement de graves inondations, devrait voir sa récolte de maïs tomber pour 2023-2024 à 122 millions de tonnes contre 124 millions prévus en avril et 137 millions l'année d'avant. La production brésilienne devrait en revanche remonter à 127 millions de  tonnes, projette l'USDA pour la nouvelle récolte de 2024-2025. Quant aux stocks mondiaux de maïs pour la fin de campagne 2024-2025, ils pourraient tomber à 312,27 millions de tonnes. La nouvelle production ukrainienne de maïs devrait reculer à 27 millions de tonnes, contre 31 millions l'année précédente. En ce qui concerne le soja, le rapport mise sur une grosse production américaine, soutenue par un plus grand assolement, à 121,1 millions de tonnes contre 113,3 millions pour la récolte 2023-2024. L'USDA se montre aussi optimiste pour le Brésil, dont la nouvelle récolte pourrait grimper à 169 millions de tonnes contre 154 millions pour la récolte d'avant.

Pologne: de nouvelles manifestations contre les normes environnementales européennes

Après avoir été en début d'année l’épicentre de la contestation agricole en Europe orientale, les agriculteurs polonais ont une nouvelle fois manifesté le 10 mai contre l’impact négatif sur l’économie des réglementations environnementales de l'UE. Les représentants réclament notamment la mise en place d’un référendum sur le Green Deal européen. «Nous voulons un référendum en Pologne sur l'obligation pour le président, le parlement et le gouvernement de rejeter le Green Deal», a ainsi déclaré à l’AFP Adrian Wawrzyniak, porte-parole du syndicat des agriculteurs Solidarité qui est à l’origine de la manifestation. Ce mouvement est soutenu par Droit et Justice (conservateurs eurosceptiques), principal parti d’opposition au gouvernement pro-européen de Donald Tusk, dont est issu l’actuel commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski. S’exprimant sur le réseau social X, celui s’est d’ailleurs posé en défenseur des protestataires en indiquant que plusieurs mesures avaient déjà été retirées de son initiative.

Ukraine: le Parlement confirme la démission du ministre de l’Agriculture

La Verkhovna Rada (Parlement ukrainien) a confirmé le 9 mai, la démission du ministre ukrainien de la politique agraire et de l'alimentation, Mykola Solsky. Accusé de corruption, l’ancien ministre continue de nier les attaques dont il fait l’objet. Il s’en est d’ailleurs expliqué devant le Parlement lors de la présentation d’un rapport sur les résultats des activités du ministère au cours de son mandat - du 24 mars 2022 au 9 mai 2024 – qui s’est déroulé avant que les parlementaires ukrainiens ne valident son départ. Mykola Solsky avait officiellement présenté sa lettre de démission le 25 avril au président du Parlement ukrainien, Ruslan Stefanchuk. Depuis le 23 avril, il est mis en cause par l’agence nationale ukrainienne de lutte contre la corruption (NABU) pour s’être emparé illégalement de terres publiques entre 2017 et 2021 pour un montant d’environ 7 M€, et d’avoir «essayé de s’approprier d’autres terrains» valant près de 4,50 M€, via un système impliquant un détournement de documents officiels.

Irak: des pluies abondantes remplissent les barrages, après quatre ans de sécheresse

Les récentes pluies en Irak ont augmenté les réserves en eau des principaux barrages qui ont retrouvé un niveau inédit depuis 2019, ont indiqué des responsables dans le pays, frappé par quatre années de sécheresse consécutives. Au milieu d'un paysage vallonné de montagnes rocailleuses du nord-est de l'Irak, l'immense réservoir du barrage de Darbandikhan, construit sur le fleuve Sirwan, est quasi-plein: l'eau arrive à quelques mètres seulement en deçà de la route longeant le bassin. «La capacité de stockage du barrage est de trois milliards de mètres cubes. Aujourd'hui avec les réserves disponibles, il ne manque que 25 centimètres d'eau pour pouvoir dire que le barrage est plein», confirme dimanche à l'AFP Saman Ismaïl, directeur du barrage dans le Kurdistan autonome, au sud de  Souleimaniyeh. «Dans les prochains jours on pourra dire qu'il est rempli», pronostique-t-il rappelant que la dernière fois où Darbandikhan a été «totalement plein», c'était en 2019. «Après 2019, nous n'avons eu que des années de sécheresse et de pénuries», poursuit M. Ismaïl, citant «les changements climatiques dans la région, mais aussi la construction de barrages hors des frontières du Kurdistan».

Cambodge: le poivre IGP Kampot menacé par le changement climatique

Apprécié par les grands chefs du monde entier, le poivre de Kampot est considéré comme le caviar du poivre, vendu dans les épiceries fines autour de 200 euros le kilo - mais il est menacé par le changement climatique. Sa petite production, - 120 tonnes l'an dernier -, est concentrée dans une petite région de plaine près du golfe de Thaïlande, et l'Union européenne lui a reconnu en 2016 le label d'Indication géographique protégée (IGP). Sécheresses et canicules affectent non seulement les récoltes mais aussi la qualité des grains, qui doivent répondre à des normes très rigoureuses. Selon Kann Sinouch, président de l'Association de promotion du poivre de Kampot, le rendement sera divisé par deux cette année, et les exportations pourraient connaître une pénurie en 2025. Pour lui, les agriculteurs de Kampot n'ont pas d'autre choix que de s'adapter en trouvant des solutions pour stocker davantage d'eau. «Pour 2024 et 2025, nous n'aurons pas de poivre en abondance pour (les Européens et les Américains). Zéro !», clame un producteur interrogé par l'AFP. L'Asie du Sud et du sud-Est a connu ces dernières semaines une vague de chaleur extrême après de longs mois de sécheresse. Dans certaines région du Cambodge, le mercure a atteint 43°C.