Simplification de la Pac: un premier acte délégué en attendant un paquet de mesures le 15 mars
La Commission européenne a adopté le 12 mars un acte délégué afin d’assouplir les exigences de la conditionnalité en ce qui concerne le maintien des prairies permanentes (BCAE 1). Ce texte offre la possibilité aux États membres d’ajuster une fois au cours de la période de 2023-2027 le ratio de référence concernant les prairies permanentes et de déroger à l’obligation d’imposer la reconversion de surfaces en prairies permanentes à des exploitations où la diminution du ratio en deçà du seuil de 5% n’est pas le résultat de la conversion de surfaces en terres arables ou cultures permanentes. Cette proposition fait partie des mesures de simplification de la Pac en réponse aux protestations agricoles des derniers mois. La Commission européenne devrait également présenter le 15 mars un nouveau paquet de mesures comprenant la réouverture ciblées de la Pac (nouvelles simplifications de la conditionnalité et de la méthodologie de contrôles sur place notamment), ainsi qu'une feuille de route pour renforcer la position des agriculteurs dans la chaîne approvisionnement alimentaire. Celle-ci pourrait comprendre des amendements au règlement OCM (dès avril) pour renforcer les organisations de producteurs, puis une nouvelle proposition sur l'application transfrontalière des règles encadrant les pratiques commerciales déloyales fin 2024 ou début 2025.
Emissions industrielles: le Parlement européen adopte l'accord sans amendements
Le Parlement européen a validé le 12 mars l’accord conclu, fin novembre entre les institutions européennes, sur la directive Émissions industrielles qui prévoit le maintien de l’élevage bovin en dehors du champ d’application du texte mais révise à la baisse les seuils d’entrée dans le dispositif pour les élevages de porcs et de volaille. Malgré les appels du Copa-Cogeca et de la FNSEA qui manifestaient devant le Parlement de Strasbourg, les amendements déposés par la droite visant à revenir sur l’accord en maintenant le statu quo pour l’ensemble du secteur de l’élevage ont été rejetés à une très courte majorité (293 contre 306 et 16 abstentions). Mais le commissaire européen à l’Environnement, Virginijus Sinkevicius, a assuré que les spécificités de l’agriculture seraient prises en compte dans le cadre de la clause de revoyure prévue d'ici au 31 décembre 2026. La Commission européenne évaluera aussi, dans ce cadre, s'il est nécessaire d’inclure le secteur de l'élevage bovin, de consacrer des soutiens spécifiques aux agriculteurs pour les aider à se mettre aux normes ou de prévoir une clause de réciprocité pour garantir que les producteurs en dehors de l'UE respectent des exigences similaires aux Européens.
Engrais : le Parlement européen valide l’accord politique sur l’étiquetage numérique
La plénière du Parlement européen a validé (par 596 voix contre 7 et 5 abstentions) l’accord politique issu des trilogues concernant le règlement sur l’étiquetage numérique des engrais de l’UE. Le texte sera publié au Journal officiel de l’UE une fois que le Conseil de l’UE l’aura également formellement approuvé. Le nouveau règlement commencera à s’appliquer 30 mois après cette publication. Par cette proposition, l’objectif de la Commission européenne était d’améliorer la lisibilité des étiquettes des engrais de l’UE et en faciliter la gestion par les opérateurs économiques. Concrètement, les nouvelles règles prévoient que l'étiquetage numérique sera volontaire, offrant la possibilité aux fabricants et distributeurs de recourir à l’étiquetage dématérialisé pour les produits vendus en vrac si les informations présentes sur l’étiquette sont disponibles en format physique à un endroit visible dans le point de vente. Par ailleurs, le texte prévoit que les étiquettes numériques soient disponibles pendant dix ans à partir du moment où le produit est mis sur le marché. Enfin, Bruxelles dispose de la possibilité, via des actes délégués, de mettre à jour les exigences générales en matière d’étiquetage numérique.
Directive Sols: les eurodéputés veulent donner de la flexibilité aux États membres
La commission de l'environnement du Parlement européen a adopté, dans la soirée du 11 mars, sa position sur la proposition de directive européenne sur les sols révisant assez largement les critères de surveillance des sols pour donner plus de marges de manœuvre aux États membres. Plutôt qu'un système unique, les eurodéputés proposent que les États membres puissent choisir entre trois niveaux pour la conception de la surveillance de leurs sols avec différents indicateurs, le «niveau 1» correspondant à un ensemble minimum critères d’évaluation de la santé des sols. De plus, plutôt que le dispositif envisagé par Bruxelles qui prévoit de classer un sol comme dégradé dès lors qu’un seul critère de suivi n’est pas conforme, les parlementaires souhaitent un classement en cinq catégories: état écologique élevé, bon état écologique, état écologique modéré, dégradés, ou dégradés en état critique. Ce texte sera désormais soumis au vote lors d’une prochaine session plénière (prévue le 11 avril). Les États membres eux, n’ont pas encore finalisé leur position sur ce dossier. Ils espèrent le faire avant la fin du mois de juin.
Allégations environnementales: Strasbourg souhaite mieux protéger les consommateurs
Les eurodéputés ont validé (par 467 voix contre 65 et 74 abstentions) lors de la session plénière à Strasbourg, leur position concernant la directive sur les allégations écologiques, avec pour objectif d’améliorer la protection des consommateurs contre les allégations de marketing environnemental trompeuses. Les négociations interinstitutionnelles qui s’annoncent avec le Conseil de l’UE seront suivies par le nouveau Parlement européen issu des élections de juin. Concrètement, la position des eurodéputés prévoit que toute demande future de marketing environnemental (par exemple «biodégradables», «moins polluants» ou ayant un «contenu d’origine biologique») soit soumise à approbation avant utilisation. Ces demandes seront évaluées sous 30 jours par des vérificateurs accrédités. En cas d’infraction, les entreprises pourront être exclues des marchés publics, perdre leurs revenus et se voir infliger une amende correspondant à au moins 4% de leur chiffre d’affaires annuel. Par ailleurs, l’interdiction européenne des allégations écologiques fondées uniquement sur les systèmes de compensation carbone est confirmée.
Elargissement de l’UE : vers l’ouverture de négociations d’adhésion pour la Bosnie
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé le 12 mars, en séance plénière du Parlement européen à Strasbourg, que Bruxelles allait recommander aux chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE lors du sommet des 21 et 22 mars, d’ouvrir des négociations d’adhésion pour la Bosnie. Avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le sujet des relations avec les Balkans occidentaux connaît un regain d’intérêt. Candidate pour un deuxième mandat à la tête de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen justifie ce choix par les «progrès impressionnants», particulièrement au niveau législatif et en matière de politique étrangère, accomplis par Sarajevo depuis que le statut de pays candidat lui a été accordé en décembre 2022. «En un peu plus d'un an, elle a accompli plus de progrès qu'en plus de dix ans», a-t-elle indiqué. Toutefois, le chemin vers l’adhésion promet d'être long, les pays candidats devant satisfaire aux exigences de l’acquis communautaire. «Bien sûr, des progrès supplémentaires sont nécessaires pour rejoindre notre Union», rappelle d’ailleurs Ursula von der Leyen.
PSN: Christophe Béchu ouvert à une révision en 2025, notamment des écorégimes
Dans son rapport sur l’action publique en faveur de l’adaptation au changement climatique publié le 12 mars, la Cour des comptes observe que la réforme de l’assurance récolte de début 2023 «ne s’accompagne pas d’une incitation à engager des transformations systémiques nécessaires à l’adaptation au changement climatique» sur les exploitations. Face à ce constat, elle propose d’utiliser «les futures évolutions de la Pac» pour «encourager les agriculteurs pionniers qui entreprennent ces transformations». Une proposition bien accueillie par le ministère de la Transition écologique Christophe Béchu. «Je partage votre proposition de créer un soutien ad hoc à travers la Pac pour couvrir les risques pris par les pionniers qui se lancent dans des changements profonds de leur système de production», déclare le ministre dans sa réponse à la Cour. Il estime que la révision de la déclinaison française de la Pac (PSN), en 2025, «pourrait répondre à cette recommandation», et qu’elle pourrait également donner lieu au «rehaussement des critères et des aides allouées dans le cadre de l’éco-régime». A l'automne, des chercheurs de l’Inrae dénonçaient le «manque d’ambition environnementale» des éco-régimes. Les hauts fonctionnaires du ministère de l’Agriculture proposaient de les réformer en 2025.
PPL Troubles de voisinage: après l'Assemblée, le Sénat adopte une version à la portée élargie
Après l'Assemblée nationale, le Sénat a approuvé le 12 mars une proposition de loi qui introduit dans le code civil le principe d'une responsabilité fondée sur les «troubles anormaux de voisinage», une notion qui existait déjà dans la jurisprudence mais n'était pas codifiée. Le texte insère aussi une exception de taille, qui dégage l'auteur de toute responsabilité lorsque ce trouble découle d'activités préexistantes à l'installation de la personne qui s'estime lésée. Les sénateurs ont modifié le texte issu de l'Assemblée nationale en restreignant l'application de cette exception aux seules «activités économiques», et en l'élargissant lorsqu'elle concernera les activités agricoles. Ainsi, la responsabilité ne s'appliquera pas non plus si le trouble provient «d'activités agricoles» qui se sont poursuivies «postérieurement» à l'installation, «dans des conditions nouvelles résultant de la mise en conformité» de l'activité à de nouvelles normes ou s'il n'est pas constaté «une aggravation substantielle du trouble par sa nature ou son intensité». Le gouvernement a accueilli avec scepticisme ces évolutions, estimant que le texte devait s'appliquer également en ville, sans le restreindre à des activités économiques. Le garde des Sceaux a également craint une inconstitutionnalité du dispositif spécifique aux agriculteurs. Députés et sénateurs devront désormais s'accorder sur un texte de compromis lors d'une commission mixte paritaire (CMP).
Pesticides: le ministère lance un groupe de travail sur les molécules déjà interdites
La ministre déléguée à l’agriculture Agnès Pannier-Runacher va lancer, le 15 mars, un «cycle de réunions de travail» pour «trouver ou diffuser» des solutions et alternatives aux molécules d’ores et déjà interdites, apprend Agra Presse auprès de son cabinet. Seront conviés à cette réunion au format «opérationnel» les représentants de la profession agricole et les acteurs institutionnels (DGAL, Anses, Inrae, Acta…). Le but sera de trouver des solutions «molécule par molécule, et usage par usage» aux difficultés rencontrées par les agriculteurs «dès la campagne 2024». La démarche visera également à «s’assurer de la concurrence loyale au sein de l’Union européenne», à «prendre les mesures transitoires nécessaires» et à identifier des solutions alternatives «économiquement soutenables». Ces travaux viennent compléter la stratégie Ecophyto 2030, et notamment le plan d’action pour l’anticipation du retrait des substances actives et le développement de techniques alternatives de protection des cultures (Parsada) dont la première vague a été lancée en début d’année. Dans ce cadre, 14 plans d’action de filières ont été validés le 18 décembre. Doté de 146 millions d’euros pour l’année 2024, le Parsada a fait l’objet d’un premier appel à projet qui a rencontré un large succès selon le gouvernement.
Pesticides: une circulaire pour débloquer la délivrance des certiphyto
Lors d’une réunion de travail entre les syndicats agricoles et le Premier ministre Gabriel Attal dans la soirée du 11 mars, la ministre déléguée à l’Agriculture Agnès Pannier-Runacher a annoncé qu’elle enverrait le lendemain une circulaire aux Draaf (services agricoles des préfectures régionales) leur intimant de ne plus bloquer les délivrances de Certiphyto pour des problématiques liées au conseil stratégique phytosanitaire (CSP), rapportent deux syndicats agricoles à Agra presse. Pour rappel, la Fédération du négoce agricole (FNA) et la branche Métiers du grain de la Coopération agricole (LCA) avaient fait part de leur inquiétude, à l’occasion du Salon de l’agriculture, concernant la délivrance des Certiphyto, bloquée par certaines Draaf depuis le début de l’année. Or, un tel blocage se traduit par une impossibilité pour les professionnels de s’approvisionner en produits phytosanitaires. «Un mois pour envoyer une circulaire, ce n'est pas tenable», a réagi le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, qui regrette plus généralement une trop lente application des annonces gouvernementales. Lors de cette même réunion, Mme Pannier-Runacher a par ailleurs confirmé l'annonce d'une suppression du CSP en l'état, et annoncé qu'il serait redéfini par la voie législative.
Versement des aides Pac: la Rue de Varenne précise la suite du calendrier «après le 15 mars»
À l'occasion d'un point avec la presse le 12 mars, le cabinet du ministre de l'Agriculture a confirmé le périmètre des aides Pac qui seront concernées par la promesse faite par Gabriel Attal d'un versement au 15 mars (DPB, ICHN, aides couplées animales, tel qu'indiqué à Agra presse le 6 mars), tout en déroulant la suite du calendrier. Pour les aides couplées végétales et l'aide au veau sous label et bio, le versement se déroulera durant «le premier trimestre 2024»: dans le détail, «un versement interviendra le 29 février pour les aides à la prune et à la cerise destinées à la transformation, au riz, au houblon et aux pommes de terre féculières»; «un second versement interviendra le 14 mars pour le blé dur et les semences de graminées»; et «les autres aides couplées seront versées fin mars, début avril en fonction de l'état d'avancée de leur instruction», indique le cabinet. Concernant les MAEC et les aides à la bio, «le paiement a débuté en mars et va se poursuivre au cours du premier semestre». Le 6 mars, de premiers dossiers ont fait l'objet de versements (8700 dossiers pour 36 millions d'euros), qui seront suivis le 15 mars, de 2500 dossiers pour 13 millions d'euros. Ces dossiers concernent des MAEC contractées sur la précédente programmation et se poursuivant sur l'actuelle.
Carbone: le Crédit agricole lance une plateforme pour structurer le marché des crédits volontaires
Le groupe Crédit agricole et l’association France Carbon agri ont lancé, le 12 mars, une «solution de transaction» des crédits carbone volontaires. Baptisée Carbioz, la plateforme digitale permet aux entreprises qui souhaitent «compenser leurs émissions incompressibles» d’acheter des crédits carbone à des exploitations labellisées bas carbone dans un territoire proche, a expliqué le président de l’association Samuel Vandaele en conférence de presse. L’initiative vise à «structurer le marché émergent» des crédits carbone volontaires en apportant un «cadre juridique, comptable, de reporting» pour sécuriser la contractualisation, a indiqué le directeur de Carbioz Dominique Moreau-Férellec. Le prix d’un crédit carbone est établi à 45 €/teq CO2, avec un retour de 33 € pour l’agriculteur, a-t-il précisé. «Ce que nous, le Crédit agricole, pouvons apporter, c’est la relation et la connaissance que nous avons dans le milieu agricole mais aussi à l’autre bout, dans le milieu des entreprises qui sont très demandeuses de ce type de décarbonation», a ajouté le président du groupe bancaire Dominique Lefebvre.
Précarité alimentaire: un nouveau collectif agri-agro pour une «aide financière pérenne»
Un communiqué du 12 mars annonce la création du collectif «Amalté» qui rassemble des organisations agricoles et alimentaires* pour «promouvoir la création d’une politique d’aide alimentaire juste et vertueuse» au niveau français et européen. «Il propose la création d’une aide financière pérenne ciblée sur les publics modestes et destinée uniquement à l’achat de produits alimentaires éligibles», indique le communiqué. Certains membres du collectif ont été ces dernières années de fervents défenseurs du chèque alimentaire, notamment la FNSEA et la Coopération agricole (LCA). L’idée a été enterrée par le gouvernement, mais pas abandonnée par les parlementaires. Les propositions du collectif, qui seront détaillées en juin, porteront sur «un montage plus complexe que le chèque alimentaire», précise LCA à Agra Presse. Elles s'inspirent du programme américain d'aide alimentaire (Snap) et visent à créer un système similaire en France et en Europe. Aux États-Unis, les ménages en situation de précarité bénéficient d'une aide financière allouée sous la forme d'une carte de crédit utilisable dans des magasins partenaires pour l'achat de produits alimentaires sains. *La Coopération agricole, les coopératives Sodiaal, Limagrain et Maïsadour, la FNSEA, les Jeunes agriculteurs, Solaal (don agricole), Intercéréales (interprofession) et Fédalis (grossistes)
Irrigation: la Cour des comptes met en garde contre le risque de mal-adaptation
La Cour des comptes souligne la difficulté pour les cultures céréalières de concilier production pour l'export, transition agroécologique et partage de l'eau, mettant en garde contre le risque de «mal-adaptation» de certaines solutions de stockage de l'eau. Les ouvrages de stockage - plans d'eau, retenues collinaires alimentées par l'eau de ruissellement ou réserves de substitution alimentées par pompage dans les nappes souterraines, qualifiées de «bassines» par leurs détracteurs - «sont souvent contestés au nom du partage équitable de la ressource», souligne la Cour des comptes. «Ils peuvent dans certains cas présenter un risque de mal-adaptation au changement climatique, selon leur taille, leur situation et leur mode de remplissage», estime l'institution. La Cour relève que d'autre pistes sont envisagées, donnant l'exemple du département de Haute-Garonne qui «a lancé une expérimentation visant à recharger la nappe phréatique grâce à une centaine de kilomètres de rigoles et de fossés avec l'eau de la Garonne pour apporter un soutien d'étiage naturel supplémentaire en période sèche».
Sécheresse : dans l’Aude, la chambre d'agriculture demande des forages provisoires
Alors que l’Aude connaît une «dépression silencieuse avancée» face à la sécheresse, le président de la Chambre d’agriculture du département, Philippe Vergnes, a plaidé le 11 mars pour l’autorisation de «forages provisoires avec des engagements juridiquement bornés pour les agriculteurs», qui les interrompraient dès qu'une solution plus pérenne serait mise en place, rapporte l’AFP. M. Vergnes se plaint d’un «exécutif administratif» qui empêche tout projet, prenant l’exemple de celui d’une retenue de 80 000 m3 d’eau dans l’Aude, récemment recalé. «La seule solution aujourd’hui pour nous c’est d’amener de l’eau du Rhône à Barcelone», a-t-il affirmé, évoquant un projet de moyen-long terme qui permettrait d’alimenter l’agriculture du sud-est de l’Occitanie. Les propos de M. Vergnes interviennent à la suite d’une session de la chambre d'agriculture régionale d'Occitanie, où la question de l'eau était sur toutes les lèvres. Fabienne Bonnet, son homologue dans les Pyrénées-Orientales, a de son côté demandé l’autorisation des projets de stockage d’eau qui aujourd’hui «ne rentrent pas dans les cases». Sans intervention de l’État, M. Vergnes craint de voir ces «départements de l’agriculture française rayés» de la carte. «Ce n’est pas entendable : dans cette belle région Occitanie, il y a un désert, (…) et en priorité, il faut sauver les gens qui sont dans le désert», a-t-il précise à l’AFP.
Céréales: la Cour des comptes appelle à une meilleure adaptation au changement climatique
La Cour des comptes a publié son rapport public annuel, le 12 mars, consacré cette année à l’action publique en faveur de l’adaptation au changement climatique. Dans un chapitre dédié aux cultures céréalières, filière relativement en pointe sur le sujet de l’adaptation vu l’accompagnement de la recherche publique et privée, la Cour constate que l’adaptation au changement climatique «n’est toujours pas une clef d’analyse ou de répartition des financements publics pour l’agriculture». Elle estime aussi que cet enjeu «requiert un meilleur suivi par l’Etat». Pour y remédier, la Cour formule deux grandes recommandations au ministère de l’Agriculture. Elle l’appelle à créer et mettre à jour un «tableau de bord» pour «suivre spécifiquement les actions et les financements liés à l’adaptation de l’agriculture au changement climatique». De plus, elle appelle le ministère à «soutenir financièrement et labelliser» les expérimentations «structurelles» visant à adapter les cultures au changement climatique (diversification des cultures, conservation des sols, agroforesterie… NDLR).
Betteraves : face à la pluie et au gel, Tereos alloue 2,3 M€ aux producteurs
Dans un document transmis le 11 mars à Agra presse, le groupe sucrier Tereos estime ses mesures d’accompagnement aux producteurs de betteraves à 2,3 M€ pour la campagne 2023-2024, soit un montant moyen de 0,18 €/t à 16°. «La coopérative a souhaité accompagner tous les coopérateurs ayant permis collectivement de maintenir les usines en fonctionnement», alors que les pluies «abondantes et fréquentes» se sont installées dans l'ensemble des régions, suivies d'épisodes de gel en décembre et janvier, souligne le groupe sucrier. Parmi les mesures mises en place figure notamment un accompagnement tare terre de toutes les usines, dont le taux moyen s’établit à 14,91 % à l’échelle Tereos*, mais aussi un plafonnement du coût de la tare terre à 180 €/ha. En outre, le groupe sucrier prévoit un doublement du barème de stockage pour la période du 15 au 25 décembre, passant de 0,05 à 0,10 €/t à 16° par jour. Enfin, il propose un versement exceptionnel de l’indemnité de stockage pour les silos en retard de mise à disposition, et la protection des silos pour les coopérateurs ayant rencontré des difficultés dans la gestion de la protection. À l’ensemble de ces mesures s’ajoute l’application d’une ristourne sur l’activité à 2,10. En tout, le montant total de la rémunération betteravière s’élève à plus de 48 €/t à 16°. «Une rémunération jamais atteinte», précise Gérard Clay, président de Tereos. *Pour la période du 10 au 19 novembre
Vin: en vallée du Rhône, un nouveau mouvement dissident réclame «des prix décents»
Six vignerons restés anonymes ont lancé le «Mouvement viticole Vallée du Rhône» (MVVR), menaçant d’actions musclées afin d’obtenir «des prix décents», apprend-on dans le Dauphiné libéré le 11 mars (article payant). «C’est notre dernier cri d’alerte envers les courtiers, les négociants, envers tous les dirigeants de la filière viticole… On leur accorde un dernier délai de quelques jours pour affirmer des prix décents», ont-ils déclaré au quotidien régional. Et de menacer: «S’ils croient tous avoir vu la manière forte, ils se trompent.» Les vignerons réclament notamment la démission du président d’Inter Rhône Philippe Pellaton, accusant l’interprofession de ne pas avoir «vu arriver la crise» et de «fermer les yeux depuis des années sur le prix, sur les importations de vins». Interrogé en conférence de presse le 12 mars, le nouveau président du syndicat des côtes-du-Rhône (ODG), Damien Gilles, a dit «comprendre» ce «cri de détresse», mais considère qu’«attaquer les nôtres, ce n’est pas une façon de procéder». Sur le fond, ce viticulteur du Gard admet toutefois que «le prix décroche sans réelle raison, alors qu’on a quasiment retrouvé un équilibre» entre offre et demande. «Certains négociants jouent un drôle de jeu, qu’il va falloir éclaircir et éclairer.»
Vin: le nouveau président des côtes-du-Rhône appelle à «ne pas oublier le rouge»
Lors d’une conférence de presse le 12 mars, le nouveau président du syndicat des côtes-du-Rhône (ODG) Damien Gilles a appelé à «ne pas oublier» le rouge, première couleur produite dans l’appellation et celle qui subit la pire baisse de consommation. La feuille de route 2023-2026 qu’il a présentée à cette occasion prévoit de «travailler l’innovation». Un travail a démarré pour «identifier les profils» de rouges répondant aux attentes des consommateurs, notamment autour de «vins de copains, fruités, où on cherche un côté perlant», selon le secrétaire général Philippe Faure. Des produits plus adaptés à la demande, sachant qu’«on consomme de plus en plus debout plutôt qu’assis», résume l’élu. Ce travail a déjà été mené pour les vins blancs (6% des volumes) et les vins rosés (7%), qui ont été ciblés «en priorité» dans le cadre de la stratégie d’Inter Rhône (interprofession), car «les marchés se développent». Ce virage pourra aussi passer par des vins «no/low» (sans ou avec peu d’alcool), que la filière teste dès cette année. Désalcoolisation, changement de cépages, de pratiques viticoles ou œnologiques, «on ne doit rien s’interdire», estime Damien Gilles, récemment élu. Avec 9% des vins rouges vendus en grandes surfaces en France, les côtes-du-Rhône se disent «leaders» sur ce débouché.
Lait: Lactel a vendu moins de bouteilles en 2023, mais son chiffre d’affaires progresse
En 2023, Lactel a écoulé 345 millions de litres sur le marché du lait liquide en France, pour un chiffre d’affaires de 547 millions d’euros (M€), a annoncé la marque du groupe Lactalis en conférence de presse, le 12 mars. La marque nationale leader (21,7% de parts de marché en valeur) accuse un recul en volume (375 millions de litres vendus en 2022), mais son chiffre d’affaires progresse fortement (466 millions d’euros en 2022), dans un contexte inflationniste. L’évolution des ventes de Lactel est à l’image du marché qui est «en recul structurel de 2 à 3%» chaque année. Les volumes se sont néanmoins mieux maintenus en 2023, avec une baisse de «1,8% du marché», indique la directrice générale de Lactel, Anne Charlès-Pinault. Le lait est «une des protéines qui restent les plus accessibles», souligne-t-elle. Interrogée sur le différentiel entre le prix payé par Lactalis ces derniers mois et certains de ses concurrents, elle rétorque que «les modèles d’entreprises ne sont pas comparables», car la part de l’export dans la valorisation du lait chez Lactalis est «importante». Or, «ce sont des marchés plus volatils et, en général, moins bien valorisés que les produits de grande consommation, comme une bouteille de lait Lactel», explique-t-elle.
Élevage plein air: l’expérimentation sur la biosécurité démarre dans 144 fermes
L’expérimentation sur la biosécurité dans les élevages plein air de volailles et de porcs «entre en phase opérationnelle», annonce le ministère de l’Agriculture dans un communiqué le 12 mars. Quelque 144 exploitations en France métropolitaine, en Corse et à La Réunion ont été sélectionnées pour participer à ce projet lancé en juillet 2023 (92 en volailles, 52 en porcs). Le travail y débute «dès ce mois de mars 2024 avec le démarrage d’analyses de risque et l’identification de mesures de biosécurité alternatives ou complémentaires à celles existantes». Ces mesures seront évaluées par les instituts techniques du porc (Ifip), des volailles (Itavi) et de l’agriculture biologique (Itab); les conclusions sont attendues en mai 2025. «L’élevage de plein air a des spécificités qu’il est nécessaire de prendre en compte», estime le ministère, qui rappelle que «des adaptations de la réglementation pourront être envisagées en fonction des enseignements de cette expérimentation». «La Confédération paysanne se réjouit que ce travail de terrain commence enfin», se félicite le syndicat dans son propre communiqué. La Conf’ et le Modef plaidaient pour cette expérimentation, dénonçant des mesures de lutte contre l’influenza aviaire et la peste porcine africaine inadaptées aux petits élevages de plein air.
Oléagineux : jeu de chaises musicales aux directions de Saipol et Lesieur
Dans un communiqué de presse du 11 mars, le leader français des huiles et protéines végétales Avril a annoncé les nominations de Marie Saglio, actuellement directrice générale de Lesieur, au poste de directrice générale de Saipol, et de Christophe Beaunoir, actuellement directeur général de Saipol, au poste de directeur général de Lesieur à compter du 2 avril 2024. Mme Saglio et M. Beaunoir auront pour mission «de faciliter la mise en place de transversalités business entre les deux filiales, ainsi que de développer les dossiers d’intérêt commun, en particulier vers l’amont agricole et la "Ferme France"», souligne Avril. En outre, ces nominations devront permettre aux équipes de Saipol et de Lesieur de «bénéficier d’un regard nouveau pour continuer à délivrer les engagements pris dans le cadre de la feuille de route stratégique» du groupe industriel.