Agrafil du 12 mars 2026

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Climat : les experts de la Commission européenne critiquent les aides directes, notamment à l'élevage

Le Conseil scientifique consultatif européen sur le changement climatique estime, dans un nouveau rapport publié le 11 mars, que les progrès actuels pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole ne sont pas « à la hauteur du rythme d’aggravation des risques climatiques ». Cette instance de conseil à la Commission européenne juge que les « politiques publiques existantes, la Pac en premier chef, sont insuffisantes ». Et de prévenir que « des améliorations marginales au moyen de technologies et de pratiques agricoles ne suffiront pas à elles seules ». Ces experts suggèrent donc de supprimer progressivement les paiements qui incitent aux pratiques les plus émettrices de gaz à effet de serre, en particulier les aides couplées à l’élevage. Ils critiquent également les aides à l’hectare qui « incitent à l’intensification de la production agricole au détriment d’autres utilisations des terres ». Autre proposition: « Introduire un mécanisme spécifique de tarification des gaz à effet de serre dans le système agroalimentaire, tout en réaffectant les recettes afin de soutenir les agriculteurs et de récompenser les absorptions de carbone ». Enfin, ils recommandent l’adoption de régimes alimentaires conformes aux recommandations nutritionnelles, notamment à base de végétaux.

Climat : le HCC regrette le manque de transparence en matière d’alimentation dans la SNBC 3

Saisi par le gouvernement en décembre dernier, le Haut conseil pour le climat (HCC) vient de publier son avis sur le projet final de la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3). L’organisme indépendant salue l’ambition du texte, mais estime que sa crédibilité dépendra d’une mise en œuvre « effective et rapide ». Au niveau agricole, le HCC regrette un manque de transparence pour plusieurs paramètres clefs de la stratégie, notamment celles concernant l’évolution du cheptel, des régimes alimentaires ou des rendements agricoles. « Elles étaient disponibles dans la précédente version du document pour l’horizon 2030 », précise l’organisme. Il rappelle que la baisse de la consommation de produits d’origine animale et la substitution des protéines animale par des protéines végétales constituent ensemble un levier important pour réduire l’empreinte carbone de l’alimentation, qui est associée aux importations à hauteur de 46 %. Il insiste également sur la nécessité d’agir à toutes les étapes du système alimentaire, de la production à la consommation. Plus largement, le HCC recommande, entre autres mesures, d’associer à la SNBC3 une feuille de route opérationnelle, actuelle chaque année et coordonnée avec la programmation budgétaire. Il souligne enfin que les émissions brutes doivent baisser d’environ 4,5 % par an de 2025 à 2028 pour respecter le prochain budget carbone, un rythme bien supérieur aux baisses observées en 2024 et 2025.

Loi d’urgence/élevage : un volet sanitaire à déployer par ordonnance (presse)

Comme attendu, le projet de loi d’urgence agricole (PLUA), dévoilé en intégralité le 11 mars par le média Contexte (télécharger), comporte un chapitre sur la santé animale, reprenant des sujets actuellement en discussion dans le cadre des Assises du sanitaire. L’article 15 du texte habiliterait le gouvernement à prendre des ordonnances, dans un délai de 12 mois, dans quatre domaines. Il s’agirait d’abord de « définir les principes de financement des mesures de surveillance, de prévention et de lutte contre les dangers sanitaires », sujet au cœur des Assises. Second thème : les « outils et systèmes d’information en matière de collecte et de gestion des données sanitaires et de mouvement des animaux ». Les chambres d’agriculture demandaient d’inclure dans le PLUA des dispositions notamment sur la dématérialisation de l’identification des animaux (bovins notamment). Enfin, il s’agirait de « conférer une habilitation aux piégeurs agréés » en matière de lutte contre les maladies animales, et de « préciser » les modalités de « l’habilitation sanitaire des vétérinaires ». Lancées il y a plus d’un an, les Assises du sanitaire animal ont été retardées par l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et par le blocage politique lié au projet de loi de finances 2026 ; le gouvernement prévoit toujours de les faire aboutir au premier semestre 2026.

Loi d'urgence agricole : un projet de texte qui « a besoin d'être enrichi » (FNSEA)

Interrogé par Agra Presse, Luc Smessaert, vice-président la FNSEA, en charge du suivi du projet de loi d'urgence agricole, indique que la version envoyée au Conseil d'État le 9 mars « a besoin d'être enrichie », mais se satisfait d'ores et déjà de voir son périmètre élargi aux questions du revenu agricole. Satisfait également d'avoir désormais un calendrier d'examen avant l'été, le syndicat majoritaire « va se mettre au travail pour amender ». Dans les négociations de ces dernières semaines, la FNSEA avait pour priorité de s'assurer que le sommaire de la loi lui permettrait de pousser des amendements au Parlement, sans qu'ils ne soient rejetés comme cavaliers législatifs. Un objectif a priori atteint, même si un examen juridique est toujours en cours du côté de la FNSEA. Le syndicat va revenir à la charge sur de nombreux points au Parlement : l'inversion de la charge de la preuve pour les reconnaissances mutuelles d'autorisations de mise sur le marché (AMM) entre États membres ; la représentativité des agriculteurs dans les instances locales de l'eau ; les zones de captage, le principe de « non-régression » de la production agricole. Le syndicat travaille notamment avec les juristes Timothée Dufour et Carole Hernandez-Zakine.

Parlement européen : le Mouvement des agriculteurs-citoyens néerlandais quitte le PPE

Les deux eurodéputés du Mouvement des agriculteurs-citoyens néerlandais (BBB), Jessica van Leuwen et Sander Smit, ont annoncé le 10 mars leur départ du groupe PPE (droite) pour rejoindre celui des Conservateurs et réformistes européens (ECR) où siègent les troupes de la dirigeante italienne Gorgia Meloni (Fratelli d’Italia) et les conservateurs polonais du PiS. Jessica van Leuwen (membre de la commission de l’Agriculture) et Sander Smit (commission de l’Environnement) avaient récemment été sanctionnés par le PPE pour avoir refusé de soutenir la Commission von der Leyen lors d’un vote de censure organisé en protestation contre l’entrée en vigueur provisoire de l’accord de libre-échange UE-Mercosur. « Nous ne permettons pas que nos représentants soient réduits au silence », a réagi le BBB qui a estimé que le groupe ECR offrait la meilleure base pour la mise en œuvre de son programme : « moins de Bruxelles, plus de place pour les agriculteurs, les pêcheurs, les régions et la souveraineté nationale ». Avec ces arrivées, l’ECR compte désormais 81 députés (le PPE passant de 186 à 184) ce qui le rapproche (à trois sièges) du troisième groupe le plus important du Parlement européen, les Patriotes dont les élus du RN constituent le plus gros contingent.

Pomme : le numéro deux français Innatis se sépare de son pôle ligérien (presse)

En procédure de sauvegarde depuis octobre, le groupe familial angevin Innatis, numéro deux français de la pomme, a mis en vente ses entreprises et vergers ligériens ainsi que sa station fruitière de Verrières-en-Anjou (Maine-et-Loire), un outil industriel livré à l’automne 2023 pour un investissement de 30 millions d’euros, rapportent nos confrères des Échos. Il ne conservera que son pôle du sud de la France, constitué de Pominter à Montauban (Tarn-et-Garonne), du Domaine des Coteaux (Gard) et de l’entreprise Cardell (Vaucluse). La restructuration est plus lourde qu'attendu : interrogé en janvier par Agra presse, son président Marc Rauffet évoquait deux scénarios: la vente d'immeubles industriels dans le Maine-et-Loire ; ou la reprise d'activités agricoles (vergers). Selon Les Echos, le périmètre mis en vente représente un chiffre d’affaires d’environ 40 M €, avec près de 80 salariés, sur un total de 140 M €. Une bonne part des difficultés vient des « récoltes catastrophiques » de pommes HoneyCrunch en 2023, 2024 et 2025, a expliqué Marc Rauffet. Cette variété représente 60 % des surfaces des vergers du groupe dans le Val de Loire. Les quantités commercialisables en grande distribution ont péniblement atteint les 40 % au lieu des 70 % nécessaires pour garantir la rentabilité de cette production. Or, ces faibles rendements ont coïncidé avec la livraison du nouvel outil industriel de Verrières, dimensionné sur la base des récoltes de la période 2018-2021.

Légumes: la feuille de route de l’Union des coopératives Rougeline à cinq ans

L’Union des coopératives Rougeline (90 000 t de fruits et légumes, 124 M€ de chiffre d’affaires) a présenté à ses 197 familles de producteurs son cap pour 2025-2030. Si une large part des cultures maraîchères est aujourd’hui réalisée sous serres chauffées, le but est désormais de diversifier les systèmes. « Nous devons développer une mosaïque de modèles de production, tout en sécurisant les solutions agricoles de demain pour nos filières existantes et nouvelles », explique Gilles Bertrandias, directeur général. Leader en France sur la tomate et la fraise, l’entreprise ambitionne aussi de renforcer ses positions sur le concombre et les légumes méditerranéens. Pour ce faire, elle accroît ses investissements dans l’innovation : recherche génétique, décarbonation du modèle sous-serre, digitalisation des exploitations, intégration de l’intelligence artificielle et de la robotique dans les travaux agricoles. L’autre point clé est la commercialisation de ses produits, avec davantage de recherche et développement commercial, d’analyse des marchés, des données et des circuits de distribution. Les attentes des consommateurs et des partenaires sont également intégrées dans cette réflexion. Enfin, Rougeline met désormais plus l’accent sur la solidité économique des exploitations que sur les performances.

Vin : dans un marché français en berne, le bourgogne porté par des marques « accessibles »

Si les ventes de vin en GMS ont poursuivi leur baisse l’an dernier, le bourgogne s’en est mieux tiré grâce à l’essor des marques « accessibles », a indiqué le 11 mars le BIVB (interprofession). En 2025, les vins de Bourgogne affichent des volumes à +1,6 % en grande distribution, selon un communiqué. Cette performance est notable, l’ensemble des AOC françaises étant à -3,5 % sur la même période. Comme les années précédentes, le BIBV note que « la résistance des vins de Bourgogne repose en grande partie sur les marques les plus accessibles ». Ainsi, les marques génériques (48 % des ventes) grimpent, selon les couleurs, de 2 % à 6,2 % en volume. Leur progression s’opère en grande partie via à des références proposées en dessous du prix moyen de la catégorie bourgogne, d’après le BIVB. Les marques de distributeur (34 %) sont quant à elles stables. Elles absorbent « une part importante de la demande d’entrée de gamme, ce qui contribue à stabiliser les volumes de bourgogne ». Globalement, le chiffre d’affaires GMS du bourgogne affiche +1,8 % en 2025. Une consommation de vin « plus rare, mais plus choisie » lui est bénéfique, considère le BIVB : « Les usages se déplacent vers des moments plus intentionnels, plus ritualisés, où la qualité, l’origine et le sens priment ».

Insectes: aux Etats-Unis, suspension du projet d'usine Protix/Tyson Foods (presse)

Le projet de construction d’une usine d’élevage et de transformation d’insectes dans le Nebraska, porté par le néerlandais Protix et Tyson Foods, est suspendu, selon le média américain Vox. « Tyson Foods a retiré sa demande de permis (…) pour construire l’usine » et « le projet lui‑même est mis en suspens pour une durée indéterminée », écrit Vox le 9 mars. Le média se base sur des « échanges d’e‑mails de décembre dernier entre Tyson Foods et le département de l’Eau, de l’Énergie et de l’Environnement du Nebraska, obtenus via des demandes d’accès aux documents publics par l’ONG Society for the Protection of Insects. » Protix et Tyson Foods prévoyaient de construire cette usine d’insectes près de l’abattoir de bovins de Tyson à Dakota City (Nebraska). Dans cette ferme, Protix devait élever et tuer environ 70 000 tonnes de larves par an. Ce projet faisait suite à une prise de participation de Tyson Foods au capital de Protix fin 2023. Cette mise en pause est à rapprocher de la suspension en septembre 2025, pour au moins 18 mois, d’un projet de site pilote porté par le français Innovafeed et l’américain ADM, prévu à Decatur (Illinois). Le secteur de l’élevage et transformation d’insectes traverse actuellement des difficultés, illustrées par la récente liquidation d’Ynsect.

Porc : en Espagne, la PPA gagne du terrain et approche de Barcelone

Un nouveau cas de peste porcine africaine (PPA) a été détecté près de Barcelone, ont annoncé le 11 mars les autorités de Catalogne qui ont encore étendu le rayon de la zone à risque en incluant certaines zones boisées de la capitale régionale. «Nous avons détecté un cas positif en milieu naturel à Barcelone», a annoncé sur le réseau social X le responsable chargé de l’Agriculture au sein du gouvernement régional catalan, Òscar Ordeig, indiquant que le parc naturel de Collserola allait ainsi être fermé au public. Ces dernières semaines, la PPA, une maladie hémorragique virale inoffensive pour les humains mais dont le taux de mortalité est proche de 100% pour les porcs et sangliers, a gagné du terrain dans la région, dans des zones boisées, s’étendant autour du foyer initial détecté en novembre. Ce premier foyer du virus en Espagne depuis 1994 a tué des dizaines de sangliers. Aucun cas n’a en revanche été signalé dans des élevages de porcs. Mais, depuis, les autorités n’ont cessé d’élargir la "zone à risque", au sein de laquelle plusieurs dizaines de cas de sangliers morts atteints de la PPA ont été retrouvés. Barcelone figure désormais dans la zone "à bas risque", selon une carte mise à jour sur le site du gouvernement régional catalan.

Laits infantiles : mission parlementaire flash pour évaluer la réponse de l'Etat

Une mission flash sur les laits infantiles, chargée d'évaluer « la responsabilité des multinationales » et « la stratégie de l'Etat », va être lancée à la reprise des travaux parlementaires, a annoncé le 11 mars la députée Mathilde Hignet (LFI-NFP), co-rapporteure de la mission. A l'initiative de la commission des affaires sociales, cette mission flash devrait débuter ses auditions fin mars et rendre son rapport d'ici juin. Les industriels « pour qui il y a eu des rappels de lots comme Lactalis, Nestlé, Vitagermine, etc. » seront donc auditionnés par cette mission, tout comme les autorités sanitaires, « le ministère de la Santé, de l'Agriculture, l'Anses », ainsi que des associations comme le collectif Intox'Alim, a détaillé Mathilde Hignet. La députée, qui travaillera avec le député Michel Lauzzana (Ensemble pour la République), a également lancé un appel à témoignages destiné « aux parents dont l'enfant a été malade après avoir consommé du lait infantile, ayant fait l'objet de rappel ou non ». Cette initiative parlementaire fait suite aux vastes rappels en cours de laits infantiles contaminés par la toxine céréulide depuis plus de deux mois. En France, trois décès ont été signalés parmi des bébés ayant consommé des laits visés par les rappels, ainsi qu'une dizaine d'hospitalisations.

Caprins : une proposition de loi ciottiste pour renforcer les aides à la filière

La députée ciottiste (UDR) Sophie Ricourt Vaginay a déposé le 3 mars une proposition de loi (PPL) « visant à la reconnaissance et à la structuration de la filière caprine ». Concrètement, le texte prévoit la création d’un comité national de la filière caprine auprès du ministre de l’Agriculture ayant pour mission de donner un avis sur le plan national de la filière caprine, d’évaluer les politiques publiques relatives à cette filière et de proposer toute mesure de nature à renforcer sa compétitivité, sa durabilité et son attractivité. La PPL prévoit aussi des mesures économiques : un fonds de soutien spécifique en faveur des productions caprines sous appellations d’origines protégées (AOP) ou indications géographiques protégées (IGP), la possibilité pour l’État de revaloriser l’aide couplée caprine, et la reconnaissance de l’élevage caprin comme contribuant à la prévention des incendies par le débroussaillement naturel, et donc son intégration dans les plans départementaux de prévention des forêts contre l’incendie. « Les projets de retenues collinaires et d’irrigation raisonnée destinés à l’alimentation des troupeaux caprins peuvent bénéficier des dispositifs d’adaptation prévus par la loi », propose aussi le texte.

Pastoralisme : une députée ciottiste propose de créer un statut du berger

Sophie Ricourt Vaginay, députée UDR des Alpes-de-Haute-Provence, a déposé le 3 mars une proposition de loi (PPL) visant à « créer un statut juridique » pour les « bergers d’alpage ». Alors que le berger d’alpage est aujourd’hui « juridiquement assimilé à un salarié agricole saisonnier », l’élue ciottiste propose d’expérimenter un statut spécifique pendant « trois saisons d’estive ». Y seraient soumis « tout salarié agricole chargé de la conduite et de la surveillance d’un troupeau en zone d’estive, en altitude, dans des conditions d’isolement prolongé » (15 jours sans « accès direct à un village ou à des services d’urgence »). La PPL stipule que ces salariés sont recrutés « en contrat à durée déterminée saisonnier spécifique à l’alpage » et que leur durée de travail est « fixée par un forfait national adapté » (incluant astreinte nocturne, jours de repose et « jours de remplacement en cas de relève »). Les bergers toucheraient une « prime légale d’isolement » (définie par décret). D’après le texte, l’employeur est tenu de fournir au berger un « moyen de communication sécurisé » (p.ex. radio ou téléphone satellite), ainsi qu’un hébergement « conforme aux normes minimales spécifiques aux cabanes d’alpage » (à définir par décret) ; leur mise aux normes sera financée par un « fonds national d’amélioration » (cofinancé par l’État, les régions et l’UE).

Boulangerie industrielle : accélération attendue des fusions/acquisitions en 2026

Dans une note de conjoncture parue le 11 mars, la société d’investissement Unigrains constate que le rythme des opérations de fusions/acquisitions dans le secteur de la BVP (boulangerie-viennoiserie-pâtisserie) dans le monde s’avère « timide » en ce début 2026. Mais une accélération pourrait survenir par la suite. « De grosses opérations sont d’ores et déjà annoncées : importante acquisition d’Europastry aux États-Unis en cours, rumeurs autour d’une cession de Cerelia par Ardian », peut-on lire dans la note. Unigrains s’attend à ce que les « secteurs du snacking et des produits naturels ou santé-bien-être, actuellement les plus résilients, seront des cibles privilégiées » par les entreprises du secteur. L’entité rappelle que dans un contexte géopolitique, économique incertain, et de changement de comportement des consommateurs, les opérateurs de la BVP ont tendance à privilégier une optimisation interne, via une meilleure gestion de leurs marges, plutôt que de se risquer à procéder à des rachats externes. De plus, Unigrains indique que les acteurs de la filière font preuve de davantage de « sélectivité. Les négociations autour du prix se tendent avec des écarts croissants d’appréciation entre acheteurs et vendeurs. Les opérations sont plus complexes et longues à structurer ».

Céréales/engrais : des craintes pour les 3e et 4e apports azotés (FranceAgriMer)

Contacté par Agra Presse le 11 mars, Cédric Benoist, secrétaire général adjoint de l’AGPB (producteurs de blé, FNSEA) a expliqué que la guerre au Moyen-Orient « est une mauvaise nouvelle supplémentaire pour les producteurs français » de céréales. Si les prix des grains ont effectivement augmenté, retrouvant « un plus haut depuis août 2025 », relate de son côté Gautier Le Molgat, PDG d’Argus Media France, « il faudrait au moins 20 à 30 €/t de plus pour compenser la hausse des coûts engendrés (énergie, engrais) par le conflit », déplore le représentant de l’AGPB. Pour la récolte 2026, les producteurs sont plutôt couverts en matière de fertilisants azotés, faisant que les conséquences de la guerre pourraient être assez faibles. Ce qui n’empêche pas Benoît Piètrement, président du conseil spécialisé grandes cultures de FranceAgriMer, de craindre « pour les 3e et 4e apports azotés nécessaires à l’amélioration de la qualité et des rendements », s’est-il exprimé lors d’une visioconférence le même jour. L’inquiétude de la profession concerne surtout la récolte 2027. « Si la guerre venait à durer, les moindres disponibilités en engrais et la flambée des coûts de production pourraient amener les céréaliers à réduire leurs assolements », prévient Cédric Benoist. Et d’ajouter que « le monde entier est concerné. Les producteurs aux USA, en Allemagne, en Roumanie ne sont pas aussi couverts en engrais azotés ». 

Pesticides/orge : un collectif veut une enquête sur une fumigation chez Eureden

Inquiets d’une exposition à un pesticide dans l’usine Nutréa-Triskalia (groupe Eureden), l’union syndicale Solidaires de Bretagne et le collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest demandent « une enquête complète et transparente », dans une lettre adressée au Premier ministre, Sébastien Lecornu, rapporte le quotidien Ouest-France le 18 février (article payant). Les organisations pointent une opération de fumigation d’un stock de 30 000 t d’orge avec du gaz PH3 (phosphine) pour éliminer des charançons, réalisée entre le 14 et le 16 janvier. Eureden assure qu’un certificat Gaz free délivré par le prestataire ayant fait la fumigation atteste que « l’orge traitée est exempte d’émissions de gaz phosphine et que le personnel peut librement disposer de l’orge, dont la concentration mesurée est inférieure à la valeur d’exposition moyenne (0,1 ppm) ». Mais les deux organisations veulent savoir si les protocoles règlementaires ont été respectés, et si des conséquences néfastes sont à attendre sur la santé humaine, l’environnement et la chaîne alimentaire. « L’exposition par inhalation à de fortes doses de phosphine provoque des atteintes neurologiques, respiratoires et cardiaques sévères pouvant aller jusqu’à la mort du sujet, stipule l’INRS », écrit Ouest-France (dans cet autre article).

Oléagineux : Nestlé se lance dans le chocolat sans cacao, à base de tournesol et pépins de raisins

D’après un article des Échos du 10 mars (article payant), le groupe suisse de l’agroalimentaire Nestlé a annoncé se lancer dans la production de confiseries chocolatées sans cacao. Plus en détail, la branche allemande va utiliser le nouvel ingrédient créé par la start-up allemande A Foods, dénommé « ChoViva », via un partenariat. Pour rappel, l’ingrédient en question est issu de la torréfaction de pépins de raisins et de farine de graines de tournesol. Nestlé indique au média « se concentrer actuellement sur le marché allemand ». Il explique par ailleurs viser une clientèle jeune : la Gen Z. La stratégie du groupe est de réduire les coûts de production, au vu de l’importante volatilité du marché du cacao et des difficultés d’approvisionnement observées ces derniers temps. Le changement climatique risque de perturber sur le long terme les grands bassins de production (Côte d’Ivoire, Ghana etc.). Ajoutons à cela le contexte actuel inflationniste, qui permet au groupe, avec ce produit, de se démarquer. En effet, Les Échos expliquent que le ChoViva s’avère 25 à 30 % moins cher que le chocolat à base de cacao. Nestlé précise néanmoins au média que « le cacao reste un élément important de notre portefeuille ».

Nutrition/climat : une PPL Écolo vise à encadrer l’environnement alimentaire en GMS

Une proposition de loi (PPL), déposée le 3 mars par le député Boris Tavernier (Écologiste et social), vise à améliorer l’environnement alimentaire dans la grande distribution pour contribuer à l’atteinte des objectifs fixés par la Stratégie nationale nutrition climat (Snanc). L’article 1er fixe aux enseignes de grande distribution un objectif de 12 % de produits issus de l’agriculture biologique ou du commerce équitable, en nombre de références ou en surface commerciale. Pour rappel, la Snanc prévoit un objectif équivalent de consommation de produits bio pour 2030. Selon la PPL, ce mécanisme viendrait par ailleurs protéger ces filières contre les pratiques de déréférencement des produits biologiques observées lors de la dernière période d’inflation. L’article 2 prévoit qu’à partir du 1er janvier 2028, l’ensemble des avantages promotionnels proposés par un distributeur sur des denrées alimentaires de grande consommation devra être composé d’au moins 30 % de produits dont le Programme national nutrition santé (PNNS) recommande une hausse de la consommation et pour 10 % de produits issus de l’agriculture biologique.  Enfin, l’article interdit, à partir de 2027, de disposer dans les supermarchés des boissons et produits alimentaires trop riches en gras, sel ou sucre en tête de gondole, aux abords immédiats des caisses de paiement et dans les présentoirs situés dans les zones d’entrée ou de sortie des magasins. 

Alimentation territoriale : les solutions du Cese pour optimiser la chaine logistique

Dans son avis sur l’optimisation de la chaîne logistique alimentaire, rendu public le 11 mars, le Conseil économique social et environnemental (Cese) préconise de « favoriser, notamment dans le cadre des Projets alimentaires territoriaux (PAT), des filières intégrées locales (production, transformation, consommation) dans une optique de circuits courts et de limitation du transport longue distance ». Dans un ensemble de propositions visant à « organiser dans les territoires une chaîne logistique alimentaire durable », appelle aussi les acteurs à développer « un jeu collectif » dans le cadre du Cilog (comité interministériel de la logistique) afin de limiter les livraisons en fréquence, nombre et distances parcourues, ainsi que le nombre de références de produits distribués. Une dynamique que les pouvoirs publics accompagneraient en « encourageant le stockage plutôt que les flux tendus sur le plan comptable » et en « mettant à l’ étude des DLC moins restrictives ». L’institution consultative, qui s’était auto-saisie de la question, engage à « activer sans les opposer différents leviers » allant de la décarbonation des véhicules à la rationalisation de l’implantation des entrepôts.

Sécurité sanitaire : la p.-d.g du Cirad candidate à la direction générale de l’Anses

Le Président de la République « envisage » de confier la direction générale de l’Anses à Elisabeth Claverie de Saint-Martin, selon un communiqué de l’Elysée le 10 mars. Cette dernière doit désormais être auditionnée par l’Assemblée nationale et le Sénat avant son éventuelle nomination. Elisabeth Claverie de Saint Martin est présidente-directrice générale du Cirad depuis le 16 juin 2021. Elle avait été nommée à ce poste pour une période de cinq ans. Auparavant, elle était directrice générale déléguée recherche et stratégie du Cirad depuis 2018, selon sa page LinkedIn. Normalienne et énarque, elle a entamé sa carrière en tant que chercheuse en microéconomie, selon le Cirad. Durant son parcours, elle a eu des fonctions en Espagne puis a notamment été conseillère de la France auprès de la Banque mondiale, du FMI. Pour rappel, l’Anses recherche son nouveau directeur général depuis le 15 novembre, date de fin de mandat de Benoît Vallet. Depuis lors, c’est Gilles Salvat, directeur général délégué de l’Anses pour la recherche et la référence, qui assurait l’intérim. Ce dernier avait déclaré, au Salon de l’agriculture, ne pas être candidat au poste. 

Coopératives : Flavien Olette élu à la présidence de la coop de Juniville

Après 24 ans au sein du conseil d’administration, et 15 ans à la présidence de la coopérative de Juniville, Joël Lesure, 66 ans, n’a pas souhaité renouveler son mandat d’administrateur. Le conseil d’administration a élu Flavien Olette, agriculteur de 51 ans, à la tête de la coopérative. La Coop de Juniville collecte 220 000 t de céréales et oléoprotéagineux par an, auprès d’un millier d’adhérents. Elle annonce un chiffre d’affaires de 70 M€ environ. (Elena Blum)