Agrafil du 16 mai 2022

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Blé : l’Inde bloque ses exportations en raison d’une baisse de production, le G7 s'alarme

Confrontée à une grave sécheresse depuis deux mois, l’Inde a décidé le 14 mai, d’interdire les exportations de blé. Selon New-Delhi, «ces conditions climatiques allaient entraîner, pour la première fois en six ans, une baisse de la récolte de blé, d'au moins 5% par rapport à 2021 ». Quelque 110 Mio t avaient été récoltés l'an dernier. La mesure ne concerne que les exportations futures et non les contrats conclus avant le décret. Une décision surprenante alors que le pays avait indiqué vouloir porter ses exportations annuelles de blé, à compter du 1er avril, de 7 à 10 Mio t. Des délégations devaient même se rendre dans plusieurs pays d'Afrique du Nord, en Turquie, au Vietnam, en Thaïlande ou encore au Liban afin d’étudier des plans de renforcement des exportations de blé depuis l’Inde. Suite à cette annonce, les ministres de l’Agriculture du G7, réunis à Stuttgart les 13 et 14 mai, se sont alarmés d’une aggravation de la crise alimentaire mondiale, alors que le marché du blé est déjà sous forte tenson en raison de la guerre en Ukraine. Dans ce contexte, ils ont «recommandé» d'évoquer cette mesure lors de la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement du G7 en juin, où l'Inde sera présente en tant qu'invitée. 

G7 agricole : les ministres de l’Agriculture renforcent leur soutien à l’Ukraine

En raison de l’invasion russe en Ukraine, «nous nous engageons à poursuivre l'approvisionnement alimentaire des Ukrainiens et à aider leurs agriculteurs à accéder aux intrants essentiels, notamment le carburant, les engrais, les aliments pour animaux et les semences» ont déclaré les ministres de l’Agriculture du G7 à l’issue de leur réunion des 13 et 14 mai à Stuttgart. En parallèle, ils ont aussi indiqué qu’ils aideront l’Ukraine à reprendre ses exportations agricoles (une initiative notamment proposée par l’UE depuis le 12 mai). Les ministres se sont également engagés à renforcer le système d’information sur les marchés agricoles AMIS (lancé en 2011 par le G20) afin de surveiller plus efficacement l’évolution des prix des denrées alimentaires. Par ailleurs, le ministre allemand de l’Agriculture, Cem Özdemir (qui préside le G7) a indiqué que «tout le monde a convenu qu’il était crucial de stabiliser les marchés». À cette fin, il a prévenu qu’«il ne devait pas y avoir de stockage excessif de produits agricoles. Nous nous prononçons contre le blocage des exportations et appelons à maintenir les marchés ouverts». Sur ce point, les ministres ont exprimé leurs inquiétudes après que «certains pays ont décrété un arrêt des exportations de blé (Inde) ou d’huile de palme (Indonésie)». Avant de rappeler que «tous les pays doivent assumer leurs responsabilités».

Agrofourniture: saisies dans le secteur pour suspicion de pratiques anticoncurrentielles

Dans un communiqué paru le 13 mai, l'Autorité de la concurrence annonce que ses services d'instruction ont procédé, la veille, à «des opérations de visite et de saisie inopinées auprès d'entreprises suspectées d'avoir mis en œuvre des pratiques anticoncurrentielles dans le secteur de l’agrofourniture». L'Autorité précise que «ces interventions ne préjugent bien évidemment pas de la culpabilité des entreprises concernées par les pratiques présumées, que seule une instruction au fond permettra le cas échéant d'établir.» Aucune information n'est précisée concernant «l'identité des entreprises visitées ni sur les pratiques visées». Le secteur français de l'agrofourniture a été marqué récemment par deux évènements: la séparation de la vente et du conseil des phytos, en vigueur depuis le 1er janvier 2021 ; et le rachat du négoce Soufflet par le groupe coopératif Invivo, annoncé au printemps 2021. Une opération qui a abouti à la création d'un champion européen, le deuxième groupe coopératif agricole en Europe, avec 10 Mrd€ de chiffre d'affaires, derrière l’allemand BayWa. En décembre, la Commission européenne avait donné son feu vert au rachat dans le cadre d’une procédure normale d’examen des concentrations.

Grains: l'Argentine autorise la culture commerciale de blé OGM

Le ministre de l’Agriculture argentin Julián Domínguez a autorisé, le 12 mai, la culture commerciale de variétés de blé transgénique dites HB4. L’Argentine devient ainsi le premier pays au monde à autoriser la mise sur le marché d’un blé OGM. La culture de ces variétés était déjà autorisée en Argentine, mais uniquement à des fins de recherche, sur des surfaces dépassant toutefois 50 000 hectares. Un décret a été publié au Journal officiel et M. Domínguez en a fait l'annonce le 12 mai lors de l’inauguration du salon professionnel de la filière du blé, A Todo Trigo. Ces variétés de blé sont porteuses d’un gène de tournesol censé les rendre tolérantes à la sécheresse. La société argentine Bioceres, qui les a développées, a d’ores et déjà annoncé que les semences ne seront pas commercialisées sur la campagne 2022/2023, qui débute tout juste. L’annonce du ministre a fait l’effet d’une bombe parmi les représentants de la filière céréalière, majoritairement opposés à cette mesure jugée commercialement dangereuse vis-à-vis de leurs marchés d’exportation. Aucun des pays clients de l'Argentine n’avait jusqu'ici approuvé la consommation de blé OGM, à l’exception du Brésil, et seulement à l’état de farine. Mais, selon le gouvernement argentin, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont pris la semaine dernière des décisions similaires à celle du Brésil.

Enseignement: la direction de l'Agro répond à l'appel à «déserter»

L'intervention de huit diplômés d’AgroParisTech, lors de la cérémonie de remise des diplômes le 10 mai, qui ont appelé «déserter» les professions de cadres dans les grandes entreprises et les services publics liés à l'agro-industrie, à l’agrofourniture et à la finance, a suscité un communiqué de la direction de l’école. «Nous ne sommes pas surpris par la diversité des points de vue exprimés au cours d'une cérémonie qui a duré trois heures, car ils traduisent l’ampleur des controverses engendrées par les thématiques qu’enseigne AgroParisTech», a indiqué la direction, en réaction à la vidéo qui a rassemblé sur Youtube près de 750 000 vues. Une étudiante du collectif avait notamment dénoncé «une formation qui pousse à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours», tandis qu’un de ses camarades avait stigmatisé «ces jobs destructeur ». L'intervention de ces huit diplômés, «comme celles, plus nombreuses, de leurs camarades qui ont choisi d’autres voies, confirme que l’enseignement d’AgroParisTech s’inscrit au cœur des enjeux et débats qui traversent notre société», poursuit le communiqué  Et alors que le collectif d'étudiants a pointé du doigt le fait de «trafiquer des plantes en laboratoire pour des multinationales qui renforcent l’asservissement des agricultrices et agriculteurs», la direction affirme que «les solutions se trouvent dans le progrès de la science et des technologies, tout autant que dans les usages qui en sont et seront faits».

Parcs naturels: vers un 10e parc régional en Paca, dans la plaine des Maures

Après le parc naturel régional du Mont-Ventoux (Vaucluse), le président de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur pousse pour la création d'un autre parc, dans la plaine des Maures (Var), pour dessiner un arc d'espaces protégés dans une zone très exposée au changement climatique. Renaud Muselier devait inaugurer le 15 mai le parc naturel régional (PNR) du Mont-Ventoux, créé en juillet 2020 mais dont le baptême officiel a tardé en raison du Covid. Il s'agit du 9e parc naturel régional en région Paca, qui s'ajoutent aux quatre parcs nationaux. Et Renaud Muselier pense déjà à un 10e PNR, sur la plaine des Maures où plus de 7.000 hectares de forêt ont été ravagés l'été 2021. Cette réserve naturelle est le refuge des tortues d'Hermann, inscrites sur la liste rouge nationale des espèces menacées et protégées au niveau international et européen. Les trois derniers Parcs naturels régionaux en Paca recouvrent la Camargue, la Sainte-Baume et les Baronnies provençales, à cheval avec la région Auvergne-Rhône-Alpes.  En Camargue, le président de la région vient toutefois de décider de suspendre les 850.000 euros annuels de subsides régionaux, soit 40% du budget de la structure, réclamant un "sursaut" à ce PNR, un des plus vieux de France, et suscitant un conflit ouvert avec son président, le maire d'Arles Patrick de Carolis.

Abattoir de Mauléon: L214 relaxée en appel du chef d’atteinte à la vie privée

La cour d'appel de Pau a relaxé le 12 mai l'association L214, condamnée en première instance pour «complicité d'atteinte à la vie privée» après avoir dénoncé des maltraitances animales avec des vidéos clandestines où apparaissaient trois employés de l'abattoir de Mauléon-Licharre (Pyrénées-Atlantiques). Selon l'arrêt de la Cour d'appel, consulté par l'AFP, «les emplacements choisis par l'association L214 pour poser des caméras d'enregistrement montrent (...) que celle-ci n'a cherché à capter que les gestes des opérateurs quand ils procédaient à l'abattage des animaux, et non l'intimité de la vie privée des ouvriers de l'abattoir». «Si on veut montrer les conditions dans lesquelles sont tués les animaux, il faut montrer les images d'abattoir et forcément il y a des ouvriers», a réagi auprès de l'AFP la co-fondatrice et porte-parole de L214 Brigitte Gothière, se disant «extrêmement soulagée» de la décision. L’association avait été condamnée en première instance en novembre 2019 à la suite de plaintes déposées par trois employés de l'abattoir. Après la diffusion des images de maltraitance en mars 2016, l'ancien directeur de l'établissement et quatre salariés avaient été condamnés, le 29 octobre 2018, à des amendes et à des peines de prison avec sursis.

Maïs: la production ukrainienne va chuter de plus de moitié (rapport)

La production de maïs en Ukraine va diminuer de 53 % sur la prochaine campagne, estime le ministère américain de l'Agriculture (USDA), qui voit également la quantité de blé produite par le pays en guerre reculer de plus d'un tiers. Dans le même temps, la production de blé devrait augmenter de plus de 6% en Russie. «La tendance nette» de ce rapport du 12 mai, «c'est toujours des tensions sur le marché des céréales et notamment du blé», a réagi Gautier Le Molgat, de la société Agritel. L'USDA voit ainsi les stocks mondiaux en baisse de 3,9 % fin 2021-22, et les voit encore se replier de 4,5% fin 2022-23. Outre l'Ukraine, l’USDA table sur une baisse de la production de blé en Australie et au Maroc, qui ne sera que partiellement compensée par une très forte hausse au Canada (+52%), ainsi qu'une amélioration en Russie et aux Etats-Unis. Le rapport acte une contraction mondiale, à 774,8 Mt (contre 779,29 Mt). Côté maïs, l'USDA voit aussi la production refluer légèrement (-2,8%), de même que les stocks mondiaux de fin de période (-1,3 %), un mouvement notamment lié à la diminution annoncée, aux Etats-Unis, des surfaces au profit du soja. L'USDA prévoit en revanche une nette remontée de la production (+12%) et des stocks mondiaux de soja (+16%).

Oeufs: forte progression du logo «Œufs de France» en ovoproduits

La part d’ovoproduits arborant le logo «Œufs de France», qui garantit l’origine française des œufs, a augmenté de 42% en 2021, a annoncé le CNPO (interprofession) lors d’une conférence de presse le 12 mai. Lancé en juillet 2020 pour les produits alimentaires contenant des œufs (biscuits, sauces, pâtes, plats préparés, etc.), il couvre désormais «28% des ovoproduits vendus aux entreprises agroalimentaires et à la restauration», d’après un dossier de presse. Une progression rapide tirée par la RHD. D’abord lancé en 2018 sur les boîtes d’œufs, le logo «Œufs de France» était apposé, en 2021, sur «près de 70%» des produits vendus en grande distribution. Par ailleurs, les ventes d’œufs en magasins (44% du marché) ont «retrouvé leur rythme de croisière» en 2021, avec une croissance de 1,8% par rapport à 2019, après une explosion des ventes en 2020 due aux confinements (+10% en un an). L’année dernière, sous l’effet de la croissance des œufs de poules élevées au sol, les œufs alternatifs (hors cage) ont représenté 72% des achats et 67,1% de la production. Premier producteur européen, la France a produit 15,7 milliards d’œufs en 2021. Cette année, en revanche, la production est attendue en baisse de 9% pour cause d’influenza aviaire.

Précarité alimentaire: les JA planchent sur une solution impliquant le local

Jeunes agriculteurs est en réflexion sur la contribution possible des agriculteurs dans la lutte contre la précarité alimentaire avec les productions locales, a indiqué son président, Samuel Vandaele, dans une conférence de presse le 13 mai, en préparation de son congrès. Le syndicat est en train d’élaborer un rapport d’orientation dont le sujet est «pour une convergence entre les attentes des consommacteurs et la pérennisation des filières agricoles». Justine Fusi, corapporteuse de ce rapport qui sera exposé au congrès des JA au Havre les 31 mai et 1er juin, a évoqué un «paradoxe» décelé au cours des auditions menées ces dernières semaines:  précarisation alimentaire des Français d'une part, développement des filières de production locales. «Nous travaillons sur beaucoup de propositions mais le débat n’est pas tranché. Nous avons recueilli plus de 300 amendements dans les régions, dont 94 ont été retenus. Les solutions sont en discussion», a précisé Samuel Vandaele, qui a par ailleurs confirmé qu’il ne se représentera pas pour un prochain mandat, lors de ce congrès électif.