Agrafil du 17 mai 2022

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Après le Travail et la Transition écologique, Élisabeth Borne nommée à Matignon

«Le président de la République a nommé Mme Élisabeth Borne Première ministre et l’a chargée de former un gouvernement», a annoncé l’Élysée dans un communiqué le 16 mai. Âgée de 61 ans, investie candidate de la majorité aux législatives dans le Calvados, la nouvelle locataire de Matignon était ministre du Travail dans le gouvernement de Jean Castex (depuis juillet 2020). Dans les gouvernements Philippe, Mme Borne a été chargée des portefeuilles de la Transition écologique et solidaire (depuis juillet 2019) et des Transports (depuis 2017). En 2020, elle avait déclaré que le «modèle agricole» était «arrivé à bout de souffle», estimant qu'il faut «produire autrement». Son passage Hôtel de Roquelaure a aussi été marqué par une controverse législative sur la taxation de l’huile de palme. Classée plutôt à gauche, Élisabeth Borne a œuvré dans les cabinets de Lionel Jospin (Matignon) et Ségolène Royal (ministère de l’Écologie). Avant la politique, cette diplômée de Polytechnique et des Ponts et chaussées a mené une carrière dans le privé, dans les transports (SNCF, présidente de la RATP) et les travaux publics (Eiffage). Entre les deux tours de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron avait annoncé que son futur Premier ministre serait «directement chargé de la Planification écologique», et serait épaulé de deux ministres, en charge de la «Transition énergétique» et de la «Planification écologique territoriale».

Élisabeth Borne à Matignon: la FNSEA salue un «signe de volonté d’écoute»

Réagissant à la nomination d’Élisabeth Borne comme Première ministre le 16 mai, la FNSEA a salué, dans un communiqué du même jour, un «signe de volonté d’écoute et de dialogue, notamment avec les corps intermédiaires». Rappelant que la cheffe du gouvernement sera chargée de la planification écologique, le syndicat majoritaire voit dans cette nouvelle attribution un «changement de cap majeur» et espère «sortir des décisions de court terme subies par les agriculteurs au jour le jour». «Cette planification doit se concilier avec l’objectif de souveraineté alimentaire et s’appuyer sur tous les travaux menés par le monde agricole», estime la FNSEA, qui demande que l’agriculture ait «toute sa place dans les arbitrages de la planification écologique». Et de fixer deux chantiers prioritaires: la «souveraineté alimentaire française et européenne» et «un accès de tous à une alimentation sûre, saine et durable» (à travers le chèque alimentation promis par M. Macron). Alors que la composition du gouvernement est attendue dans les prochains jours, la FNSEA conclut en demandant un «ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire de plein exercice».

Bio: la Fnab s’apprête à demander dix millions d'euros d’aide conjoncturelle

Face aux difficultés dans plusieurs filières bio, la Fnab (syndicat de producteurs bio) s’apprête à demander une enveloppe d’aide conjoncturelle d’environ dix millions d’euros à la DGPE (ministère de l'Agriculture), à l’occasion d’un rendez-vous prévu pour la semaine du 16 mai. Allègements de charges, reports de cotisation, soutien à la trésorerie: «De la même manière que les filières porc et volailles ont été aidées dans leurs crises récentes, nous ne demandons que ce qui est déjà permis par les fonds nationaux ou européens», assure Philippe Camburet, président de la Fnab. Le syndicat devrait avant tout plaider pour des moyens à destination des producteurs de lait et d'œufs, ainsi que pour le porc, «même si les effectifs dans cette dernière filière sont plus faibles». En avril 2022, selon les prévisions de l’Institut de l’élevage, le cours du lait bio aurait rejoint celui du conventionnel, à la fois en raison du pic de production saisonnier et d’un essoufflement de la demande en produits laitiers depuis la fin des confinements. Par ailleurs, en janvier, au lendemain de manifestations en Bretagne, les éleveurs de porcs ont obtenu 270 millions d’euros d'aides pour faire face à la hausse des charges, notamment du coût de l’aliment.

Blé: nouveau record de prix, après l'embargo indien sur les exportations

Le cours du blé, au plus haut depuis la guerre en Ukraine, a battu un nouveau record le 16 mai vers la fin de séance sur le marché européen, à plus de 440 €/t sur l’échéance rapprochée, après l'annonce par l'Inde d'un embargo sur ses exportations de la céréale. «On a marqué un record» dès l’ouverture pour les blés de la nouvelle récolte, a déclaré à l'AFP Gautier Le Molgat, analyste chez Agritel. «C'est un plus haut toutes échéances confondues sur Euronext, en réaction à l'annonce de l'Inde.» Deuxième producteur de blé au monde, l'Inde a annoncé le 14 mai interdire les exportations de cette denrée, sauf autorisation spéciale du gouvernement, face à la baisse de sa production due notamment à des vagues de chaleur extrême. Le précédent record remonte au 7 mars, avec un cours du blé à 422,50 €/t, peu après l’invasion russe en Ukraine. Le blé caracole depuis des mois à des niveaux inédits sur les marchés mondiaux. Son prix a augmenté de plus de 60% en trois mois et le marché est très tendu du fait des risques de sécheresse dans le sud des États-Unis et en Europe de l'Ouest.

Pesticides: les préfets pourront interdire les utilisations en zone Natura 2000

En réponse à un arrêt du Conseil d’État du 15 novembre 2021, le gouvernement a soumis à consultation ce 16 mai un projet de décret autorisant les préfets à encadrer ou interdire les utilisations de pesticides dans les zones Natura 2000. Cette restriction des usages sera réservée aux cas où l’utilisation des pesticides «n’est pas effectivement prise en compte» dans les documents d’objectifs des parcs (Docob) et les contrats ou chartes qui en découlent. La FNSEA rappelle que de nombreuses zones Natura 2000 sont déjà dotées d’objectifs. Il s'agit «plutôt des aménagements sur les types de produits, ou des engagements à réduire les utilisations, que des interdictions pures et dures», détaille Christian Durlin, administrateur de la FNSEA en charge du dossier pesticides. Pour les territoires où le travail n’a pas encore été fait, «nous serons attentifs aux moyens dédiés à la compensation», prévient l’élu syndical, rappelant que «certaines MAE ne sont pas adaptées aux situations locales». La rédaction mettant les préfets au centre du dispositif serait toutefois plutôt satisfaisante pour le syndicat majoritaire, en permettant «d’avoir des mesures adaptées localement, notamment aux objectifs des directives oiseaux et habitats». La consultation se clôture le 5 juin prochain.

Influenza: en Dordogne, 300 000 € du département pour soutenir les éleveurs (presse)

En commission permanente le 16 mai, les élus du conseil départemental de Dordogne ont «validé le lancement d’un programme canards et oies du Périgord» doté de 300 000 euros, afin de «soutenir et relancer la filière» fragilisée par l’influenza aviaire, indique Sud-Ouest. Ce plan comprend sept mesures, précise le quotidien régional. L’exécutif départemental prévoit un accompagnement des investissements dans les élevages (biosécurité notamment), la «modernisation et le développement» des abattoirs avec «la création d’un nouvel atelier d’abattage et de découpe en Sarladais», ou encore une campagne de promotion. Le conseil départemental mise aussi sur «le développement d’une autonomie territoriale en canetons et oisons», sachant que le Périgord accueille le seul couvoir d’oies désaisonnalisé en France, à Prats-de-Carlux. Actuellement, près de trois quarts des canetons français proviennent des Pays de la Loire, une région ravagée par l’épizootie. Par ailleurs, depuis le 1er avril, le département prend en charge «40 % des sommes dues lors des analyses de recherche du virus» dans les zones indemnes, rappelle Sud-Ouest. Sur le plan sanitaire, après une flambée ces dernières semaines (59 foyers), aucun nouveau cas n’a été détecté en Périgord depuis le 6 mai.

Egalim: une PPL pour plus de circuits courts et plus de bio en restauration collective

La députée Catherine Pujol (RN, Pyrénées-Orientales) a déposé le 10 mai une proposition de loi (PPL) «visant à favoriser le bio et les circuits courts dans la restauration collective» qui tend à porter les objectifs de la loi Egalim en restauration collective à 80% de produits durables et de qualité «correspondant aux exigences des circuits courts», dont 50% de bio au 1er janvier 2023. Ces objectifs étaient fixés à 50% et 20% au 1er janvier 2022, et n’intègrent pas de critères «circuits courts», conformément à la législation européenne qui interdit la «préférence locale» dans le cadre des marchés publics. Pour l'heure, le bilan est plus que mitigé. La PPL, renvoyée en commission des Affaires économiques, ajoute un nouvel alinéa à la liste des produits entrant dans les critères de la loi. Elle stipule que les acheteurs publics «développent par ailleurs l’acquisition de produits issus du commerce équitable (…) en faveur des petites et moyennes entreprises ainsi que l’acquisition de produits dans le cadre des projets alimentaires territoriaux». Un autre alinéa s’intéresse à la formation continue des cuisiniers et des gestionnaires de restauration collective «afin de les sensibiliser à l’achat et la distribution de produits biologiques, vertueux et issus de circuits courts».

Sécurité sanitaire: la CFDT dénonce «un objectif budgétaire» derrière la police unique

Dans un communiqué du 13 mai, la CFDT Spagri (personnels du ministère de l’Agriculture) déplore «une réorganisation décidée dans un objectif budgétaire sans prendre en compte les agents» après la diffusion d’un courrier interne au sein de la DGCCRF (Fraudes) annonçant «la création d’une police unique en charge de la sécurité sanitaire des aliments par le transfert de compétences du ministère de l’Économie» vers celui de l’Agriculture. Et ce dans l’objectif de renforcer les contrôles et de clarifier les compétences de la DGCCRF et de la direction générale de l’Alimentation (DGAL, ministère de l'Agriculture). La CFDT assure ne pas avoir reçu d’informations «officielles» de la part de son ministère: «Seules les organisations syndicales de nos collègues de la CCRF ont été informées.» Or, le syndicat «n’a cessé de demander l’arbitrage sur ce dossier sensible» depuis qu’une inspection avait été diligentée en 2017, affirme-t-il. Ajoutant que «le ministre a toujours soutenu que le transfert de missions vers le MAA (ministère de l’Agriculture, NDLR) ne pouvait pas se faire sans transfert des moyens». La CFDT, elle, rappelle son opposition au «transfert à une agence de ces missions». Le syndicat demande des précisions sur les effectifs maintenus, les conditions du transfert de soixante agents au 1er janvier 2023 et leurs missions.

Climat: les politiques agricoles climatiques selon Agridées (cercle de réflexion)

Le cercle de réflexion Agridées a présenté, le 16 mai, une note dédiée aux politiques agricoles climatiques (atténuation et adaptation). La structure de la rue d'Athènes a identifié «deux grandes familles de leviers» à activer chez les agriculteurs: l'agriculture «de précision et bas carbone» d'une part, et «la production d'énergies renouvelables» d'autre part (méthanisation, agrivoltaïsme). Le cercle de réflexion fait trois propositions, dont la première est de construire «un système européen standardisé et certifié de crédits carbone agricoles», dont la valeur serait liée à un «indice de durabilité», incluant la fertilité des sols et le bilan carboné. Pour Agridées, ce système doit être basé sur une «obligation de résultat» et inclure une «rétribution des efforts déjà fournis». Pour ce faire, Agridées propose notamment des aides publiques au diagnostic et à la transition (sur cinq ans), ainsi qu'une incitation publique des entreprises à compenser en France. Deuxième proposition: «Informer et impliquer les citoyens-consommateurs» (meilleure information des riverains de projets de biogaz, étiquetage des produits biosourcés, score européen «de durabilité multicritères»...). Dernière recommandation: «Accélérer la recherche et développement et le déploiement des innovations» (nutrition animale, génétique, irrigation...).

Enseignement: Sébastien Windsor répond aux étudiants de l'Agro appelant à «déserter»

Le président de Chambres d'Agriculture France (ex-APCA), Sébastien Windsor, a diffusé le 16 mai une longue «lettre ouverte» adressée au collectif d'étudiants d'AgroParisTech qui sont intervenus cette année à la tribune de leur remise de diplômes pour appeler leurs camarades à «déserter» ou «bifurquer». «Je les invite plutôt à rejoindre les forces vives des structures qui œuvrent au quotidien à faire bouger les lignes. Tout comme j’encourage les jeunes à rejoindre nos écoles d’agronomie pour contribuer demain à accompagner ces indispensables évolutions», rétorque l'agriculteur normand. Par cette réponse, Sébastien Windsor «veut porter la voix de ceux (agriculteurs, salariés d’entreprises, enseignants) qui se mobilisent au quotidien pour faire évoluer les pratiques agricoles et qui ont pu ressentir comme une injustice le procès que vous leur intentez, sans même reconnaitre le travail qu’ils ont accompli». Durant leur intervention diffusée sur YouTube, les étudiants dénonçaient une formation «qui pousse globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours» et appelaient leurs camarades de promotion «à bifurquer» ou à «déserter» une fois diplômés. Pour Sébastien Windsor, «vivre dans une ZAD ou une montagne isolée, c’est juste refuser d’accompagner la société dans sa transformation.»

Produits laitiers: en AG, le groupe Bel acte la dissociation de sa gouvernance

Réuni en assemblée générale le 12 mai, le conseil d’administration (CA) de Bel a nommé Cécile Béliot à la direction générale du groupe et renouvelé Antoine Fiévet dans ses fonctions de président du CA, a annoncé la maison mère de La Vache qui rit, Babybel et Kiri dans un communiqué du 16 mai. La dissociation des deux fonctions (président et directeur général) avait été annoncée il y a un an par Antoine Fiévet, alors p.-d.g. de Bel. Arrivée chez Bel en 2019 en tant que directrice générale adjointe après 17 ans passés au sein de Danone, Cécile Béliot a été l’artisan du «virage stratégique» de Bel vers le végétal, du renforcement du positionnement du groupe à l’international, notamment aux États-Unis et en Chine, et du développement de «nouveaux débouchés» (e-commerce et RHD). Cette nouvelle gouvernance s’inscrit dans la stratégie développée par le groupe depuis quatre ans dans l'objectif de devenir «la référence du snacking sain» sur le lait, le fruit et le végétal. Une ambition qui s’est traduite, entre autres, par la récente acquisition du groupe MOM (Mont-Blanc Materne), finalisée début mai.

Législatives: un agriculteur se présente pour Éric Zemmour en Seine-Maritime

Dans un article paru le 15 mai, le quotidien régional Paris Normandie annonce qu'un agriculteur de Seine-Maritime sera candidat pour le mouvement Reconquête !, lancé par Éric Zemmour. Il s'agit d'Olivier Cleland, actuellement vice-président de la FNSEA 76. Il se présentera dans la première circonscription du département, historiquement centriste. En 2017, elle avait été remportée par un candidat En marche (LREM), devant le député sortant socialiste. Sur ce même scrutin, Les Républicains (LR) et le Front national (FN) n'y avaient respectivement emporté que 16 et 10% des voix.