Agrafil du 17 avril 2025

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Pac : Bruxelles envisage des simplifications importantes des obligations environnementales

Assouplissement des obligations de la conditionnalité concernant les tourbières et le maintien des prairies permanentes, allègement des contrôles sur place, suppression de l'obligation d'adapter les plans stratégiques nationaux (PSN) à la législation climatique et environnementale. Telles sont les principales mesures envisagées par la Commission européenne dans son paquet de simplification de la Pac attendu le 14 mai, selon un document de travail dévoilé par Euractiv. Pour les prairies permanentes (BCAE 1), les États membres auraient le choix entre porter le seuil de baisse des surfaces de 5 % à 7 % ou modifier la durée pour qu'une prairie soit considérée comme permanente de sept à cinq ans. Pour les tourbières et zones humides (BCAE 2), il s'agirait de permettre aux États membres de proposer une rémunération supplémentaire aux agriculteurs qui se conforment à des règles nationales en la matière. Les agriculteurs bio seraient, eux, considérés comme « verts par défaut » et donc exemptés des BCAE 1, 3 (brûlage), 4 (bandes tampons), 5 (labour) et 6 (couverture des sols). Il est également envisagé un dispositif pour s'assurer de limiter les contrôles sur place à un par an au maximum. Cette proposition pourrait toutefois conduire à moins bien contrôler les grandes exploitations, tandis que les petites exploitations risqueraient, elles, d’être contrôlées plus fréquemment, prévient la Direction générale de l'Agriculture. Enfin, celle-ci souligne également que la décision de supprimer les obligations climatiques et environnementales des PSN doit être prise avec « prudence » compte tenu de l'image négative qui pourrait être renvoyée et qu'il s’agit d’un « choix politique ».

Déforestation importée : Bruxelles apporte des simplifications au règlement

La Commission européenne a présenté le 16 avril une série de simplifications visant à alléger la charge administrative des entreprises dans la mise en œuvre du règlement de l’UE sur la déforestation importée. L’entrée en application de ce texte a été repoussée d’une année pour laisser aux opérateurs le temps de s’adapter et s’appliquera à partir du 30 décembre 2025. Le règlement sur la déforestation établit des règles pour garantir que les produits dérivés de certaines matières premières (café, cacao, huile de palme, soja, bétail, caoutchouc et bois), qui sont mis sur le marché ou exportés depuis l’UE, n’ont pas causé de déforestation ou de dégradation des forêts pendant leur production. Le document d’orientation que publie Bruxelles introduit un certain nombre d’assouplissements qui « entraîneront une réduction, estimée à 30 %, des coûts et charges administratifs pour les entreprises » : possibilité de déclaration de diligence raisonnable en groupe d’entreprise, possibilité de déclarations annuelles et non plus pour chaque expédition. Ces simplifications seront complétées par un acte délégué, ouvert à consultation publique, qui apporte quelques ajustement techniques. Enfin, la Commission européenne est en train de finaliser le système d’analyse comparative par pays qui les classe selon trois catégories (risque faible, standard ou élevé de déforestation).

Pesticides : l’Anses rend son avis sur les nanoparticules et appelle à la précaution

Dans un avis publié le 16 avril à l’issue d'une auto-saisine lancée il y a un an, l’Anses conclut que les nanoparticules (<100 nanomètres) sont bel et bien présentes dans les produits phytosanitaires, principalement via les coformulants. Cependant, les analyses en laboratoire montrent qu’il est difficile de quantifier les proportions. De plus, les particules peuvent changer de forme durant l’utilisation (par dilution ou poudrage), ce qui fait que les résultats des analyses sur les produits tels que commercialisés « ne sont pas considérés extrapolables » aux produits tels qu’utilisés ou à leurs résidus. Par conséquent, « il existe une incertitude forte sur la connaissance des expositions des personnes et des écosystèmes et des dangers liés à ces nanoparticules ». L’agence recommande de « réduire au minimum l’exposition à la source ». Elle préconise aussi de recourir au test de « granulométrie » en vigueur pour les substances chimiques dans le règlement REACH pour mieux caractériser la taille des particules dans les essais à fournir par les fabricants de phytos. Enfin, elle recommande de mesurer la distribution de la taille des particules dans les substances actives, ce qui n’est pas prévu actuellement dans la règlementation européenne (lire notre enquête).

Loup : feu vert des États membres au déclassement du statut de protection

Les États membres ont approuvé, le 16 avril, la proposition de la Commission européenne de révision du statut de protection du loup dans le cadre de la directive Habitats. Bruxelles avait soumis aux colégislateurs, début mars dans la foulée de l’officialisation du déclassement du statut de protection du loup en Europe au titre de la Convention de Berne, un amendement ciblé à la directive Habitats rétrogradant le grand prédateur d’espèce de faune « strictement protégée » (annexe IV) à « protégée » (annexe V). La position du Conseil de l’UE ne comporte aucun changement par rapport à la proposition initiale de la Commission. Si le Parlement européen en fait de même, lors d’un vote prévu au mois de mai, le Conseil pourra rapidement alors adopter formellement la modification. Les États membres devront néanmoins continuer à garantir un état de conservation favorable au loup et appliquer des mesures de surveillance pouvant conduire à des interdictions temporaires ou locales de chasse. Les soutiens de l'UE resteront disponibles pour les mesures de coexistence et de prévention, et les aides d'État destinées à indemniser les agriculteurs concernés par des attaques pourront être maintenues.

Ovins/FCO : Arterris alerte sur un risque de manque d’agneaux pour Pâques

« Va-t-on manquer d’agneau à Pâques ? », interroge la coopérative Arterris dans un communiqué le 15 avril, alors que la production française chute lourdement en raison de la fièvre catarrhale ovine (FCO). La maladie « a provoqué une forte mortalité chez les reproducteurs, mâles et femelles » et donc une baisse des naissances d’agneaux, rappelle l’Institut de l’élevage (Idele) dans son bulletin Tendances. Au mois de janvier, la production française de viande ovine a reculé de 10 % sur un an, selon Agreste. Pour l’institut technique, « l’approvisionnement en agneaux Lacaune semble proche de son niveau de l’an passé », mais « celui en agneaux de pays sous Siqo serait plus compromis ». Arterris (600 éleveurs ovins pour 100 000 brebis) est justement spécialisé dans les signes de qualité. Sachant que « la demande en agneau est traditionnellement forte » à Pâques, le prix « pourrait dépasser » 10 €/kg de carcasse (+25 % en deux ans), prévient le groupe sudiste. Pour favoriser la reconstitution des troupeaux, Arterris a débloqué « un plan d’urgence exceptionnel de 150 000 euros pour l’acquisition d’agnelles et de brebis ». « Remboursable sur trois ans », cette aide a été versée à « une vingtaine d’éleveurs » (entre 5 000 et 13 000 euros chacun) ; elle devrait « s’étendre à d’autres producteurs sur le semestre à venir ».

Lait : Lactalis a dépassé les 30 Md€ de ventes pour la première fois en 2024

Le géant laitier Lactalis (marques Président, Lactel, Galbani) a dépassé pour la première fois en 2024 les 30 milliards d'euros (Md€) de ventes, d'après un communiqué. Celles-ci ont observé une croissance « solide » de 2,8 %, à 30,3 Md€, notamment grâce à un « rebond » des volumes écoulés, tandis que le bénéfice net a baissé de 16,1 %, à 359 M€, a indiqué le groupe lors d'une conférence de presse le 16 avril. Le bénéfice a été plombé par un accord avec le fisc français, rappelle l’AFP. Malgré des « incertitudes au niveau géopolitique », notamment avec la menace de droits douane américains, une enquête antidumping de la Chine sur certains produits laitiers européens, le blocage des importations en Algérie et la poursuite de la guerre en Ukraine, le p.-d.g. Emmanuel Besnier s'est dit « serein sur le modèle » de Lactalis et sur la croissance des produits laitiers dans le monde. Les ventes ont été tirées par la croissance de l'ultra-frais et par les États-Unis, deuxième marché pour le groupe, qui produit sur place plus de 90 % de ses produits consommés localement. Lactalis exporte et importe peu depuis les États-Unis, mais cela concerne des produits emblématiques, dont 330 t de Roquefort sur les plus de 7 200 produites sous la marque Société dans l'Aveyron, où le groupe a tenu sa conférence pour fêter les 100 ans de l'AOP.

Huiles végétales : Avril affiche des résultats « solides », en ligne avec ses objectifs

Avril, le cinquième groupe agroalimentaire français, a annoncé le 16 avril un Ebitda en hausse de 8 %, performance jugée « solide » dans un contexte de forte volatilité des prix des matières premières. Le leader des huiles et protéines végétales a pourtant dégagé un chiffre d'affaires de 7,7 Md€, en repli de 2 %, pour un résultat net de 25 M€ (-36 %). Ce recul est à imputer à la baisse du prix des matières premières dans toutes les activités, à l'exception de l'huile d'olive, explique Avril, qui souligne en revanche la croissance des volumes vendus. L'Ebitda, à 370 M€ (+8 %), est d'ailleurs la deuxième meilleure performance du groupe, a relevé son directeur général Jean-Philippe Puig en conférence de presse. Le recul du bénéfice tient, lui, à des amortissements en hausse, du fait des investissements engagés depuis deux ans, ajoute-t-il. Pour la suite, le groupe affiche sa confiance et son intention de poursuivre ses investissements, notamment de croissance externe. « On est parfaitement en ligne » avec le plan stratégique à horizon 2030 « qui consiste à développer le groupe pour augmenter de 200 M€ l'Ebitda et le porter à 550 M€ », a-t-il dit.

Céréales : les marchés sous influence d'un dollar en baisse

La faiblesse du dollar a influé cette semaine sur les cours des céréales et oléagineux en Europe, où les prix du blé et du maïs ont reculé, tandis que les grains américains résistaient grâce notamment à une meilleure compétitivité à l'export. Dans un contexte de guerre commerciale, le billet vert s'échangeait mercredi à près de 1,14 dollar pour un euro, contre moins de 1,05 dollar début mars, rendant plus attractives les commandes de produits américains pour les acheteurs munis d'autres devises. « Cette envolée assez violente [de l'euro] pénalise la compétitivité à l'export des céréales européennes, surtout du blé européen et notamment français », qui avait déjà du mal à s'écouler en dépit des faibles volumes de la récolte 2024, souligne Sébastien Poncelet d'Argus Média. « La Chine n'achète plus à l'extérieur, l'Algérie ne prend plus jusqu'à présent... Ça bouchonne un peu sur le portuaire français, et c'est un élément supplémentaire de pression », ajoute-t-il. En une semaine, le blé sur Euronext est passé de 219 à 210 €/t, entraînant aussi le maïs, bien que moins fortement, le grain jaune profitant d'un manque de maïs ukrainien. Le 16 avril, le blé semblait se raffermir, des acheteurs comme le Maroc ayant répondu présents, souligne Damien Vercambre d'Inter Courtage, interrogé par l'AFP. Le colza en revanche n'a pas été affecté par la situation des changes, profitant d'une offre limitée en fin de campagne.

Fruits et légumes : Lidl accusé de « guerre des prix » après le départ de M. Biero

« Lidl oublie ses engagements sur l’origine France » et « mène à nouveau la guerre des prix avec le risque majeur que ses concurrents suivent », affirme « Sauvons les fruits et légumes de France » dans un communiqué le 16 avril. Le collectif de producteurs relie ce revirement au départ surprise du vice-président de Lidl France Michel Biero (révélé en janvier, effectif en mars), qui avait suscité « des craintes » à l'amont de la filière sur « une évolution délétère des pratiques d'achat ». Celles-ci étaient « fondées », estime le collectif. À l’appui de leurs critiques, les producteurs citent les cotations du RNM (Réseau des nouvelles des marchés), bien que celles-ci soient nationales et dépassent donc Lidl : « En pommes, écrit le collectif, alors que pas un kilo ne devrait sortir des stations à moins de 1 €, les cotations du RNM montrent que sur l'entrée de gamme (les sachets 2 kg) les prix dévissent depuis le début de la saison et se situent 10 % en dessous de la campagne précédente. » Autre reproche : « En fraises, alors qu'en cette semaine de Pâques la production ne satisfait pas la demande, Lidl impose à ses fournisseurs une baisse de prix conséquente de plus de 20 centimes au kilo en regard de ses concurrents ». Sur le concombre, le collectif pointe une « politique moins-disante » du distributeur, qui « se double de menaces d'importations ». Il en appelle à « la vigilance des consommateurs sur les prix bas ».

Tomates : « La grande distribution tarde à basculer sur l’offre française », selon Solarenn

Lors d’une conférence de presse le 16 avril, à la veille de son assemblée générale, la coopérative Solarenn a dressé le bilan de son activité 2024. Les volumes de tomates, principal légume produit, ont connu une baisse par rapport à 2023 : 23 000 t, contre 25 000 t un an plus tôt, soit un recul de 6 %. En cause, une météo capricieuse et un manque de luminosité entraînant une perte de volume en début de campagne. En revanche, le chiffre d’affaires est resté stable à 53 M€, soulignant une bonne valorisation, spécialement pendant les mois d’été. « Nous souffrons évidemment de la très forte concurrence marocaine, d’autant plus que la grande distribution tarde à basculer sur l’offre française et exerce une forte pression sur les producteurs à passer plus de volumes sous marque de distributeur, ce à quoi nous sommes fortement opposés », explique Ronan Collet, président de Solarenn, à Agra Presse. L’actualité de la coopérative porte aussi sur le domaine énergétique. La création d’un poste de responsable Énergie et environnement souligne la réflexion engagée : « Nous ferons cette année notre bilan énergétique pour dégager à terme un nouveau mix. Nous devons prévoir la fin des contrats de revente d’énergie issue de la cogénération d’ici deux ans »,  précise Ronan Collet.

Kiwis : le dépérissement est « fortement influencé par la structure du sol » (thèse)

L’agronome Marianne Avignon a soutenu le 11 avril sa thèse sur les dépérissements des vergers de kiwis (état des lieux, essais de remédiation, utilisation de la télédétection), alors que le Sud-Ouest fait face depuis 2019 à ce phénomène, responsable d'une perte de 5 % des surfaces au niveau national. Si la plante a besoin de beaucoup d’eau « durant sa phase de croissance végétative », indique la synthèse, elle est « extrêmement sensible aux conditions anaérobies, arrêtant très rapidement tout transfert de sève entre le système racinaire et le système aérien si le sol est saturé en eau ». Une saturation qui peut entraîner « une détérioration rapide du système racinaire ». 56 parcelles ou zones ont été étudiées en vallée de l’Adour et 38 en vallée de la Garonne. Résultat : « Le dépérissement est fortement influencé par la structure du sol, étant presque trois fois plus important sur des sols tassés que sur des sols aérés ». Dans quatre vergers, trois leviers ont été testés (introduction de couverts végétaux, apport massif de matière organique et décompaction avec un outil à dents), qui ont amélioré « la qualité physique et biologique du sol, mais n’ont pas suffi pour freiner le dépérissement ». De plus, « la télédétection pourrait aider les producteurs à adapter leurs pratiques ».

Vin : la consommation mondiale a reculé en 2024, au plus bas depuis 1961

La consommation mondiale de vin a de nouveau reculé en 2024, de 3,3 %, à son plus bas niveau depuis 1961, selon une estimation de l'Organisation internationale du vin (OIV) publiée le 15 avril. Ce repli de la consommation, à 214,2 Mhl, est la conséquence de prix gonflés par de faibles volumes de production, par la hausse des coûts pour les viticulteurs et par l'inflation générale, mais il est aussi lié à un déclin plus structurel reflétant de nouvelles préférences de consommation, avance l'OIV dans son rapport annuel. En Europe (qui représente 48 % des ventes), la consommation a baissé de 2,8 % en 2024. Et en France, pays souvent associé au vin, la consommation diminue progressivement depuis des décennies et a encore reculé de 3,6 % l'an dernier. L'Espagne et le Portugal comptent parmi les rares marchés européens où la consommation a crû, modestement. Premier marché mondial, les États-Unis ont vu leur consommation régresser de 5,8 %, à 33,3 Mhl. La production a parallèlement reculé en 2024 à son plus bas niveau depuis plus de 60 ans, de 4,8 % à 225,8 Mhl. C'est encore moins que les estimations les plus pessimistes publiées fin 2024, Espagne et États-Unis ayant abaissé leurs chiffres. Les récoltes ont subi une surabondance de pluies dans certaines zones, de la sécheresse sur d'autres.

Miel : Famille Michaud en redressement douanier sur du faux miel chinois (presse)

Le premier conditionneur de miel en France, Famille Michaud apiculteurs, s’est résolu à accepter un redressement des douanes française pour des importations de miel chinois, rapporte le média L’informé le 15 avril (article payant). Le montant du redressement de droits de douane s’élève à « plus de 47 000 euros ». Le conflit judiciaire date de 2014, quand les services douaniers ont découvert par des analyses en laboratoire que 24 échantillons sur 26, importés de Chine, avaient subi une adultération (ajout de sucre). Un délit qui relève de la fraude, mais rejeté par Famille Michaud, qui contestait la fiabilité des tests. La PME des Pyrénées-Atlantiques avait d’abord perdu au tribunal judiciaire de Créteil en mai 2021, puis gagné devant la Cour d’appel de Paris en 2023, mais cette dernière décision a été cassée en Cour de cassation en septembre, retrace le média d’investigation économique. Famille Michaud s’est finalement désistée le 17 février, évoquant le souhait « de se concentrer sur l’avenir ». Elle dit être toujours convaincue de la conformité des échantillons au vu de ses propres analyses, menées selon « les deux seules méthodes reconnues par les autorités européennes », et estime que la méthode des douanes « était non-fiable à l’époque » et « non accréditée ».