Européennes: les socialistes veulent éliminer les aides agricoles à l’hectare pour soutenir l'emploi
La liste la liste Réveiller l'Europe emmenée par Raphaël Glucksmann (réunissant le Parti socialiste et le mouvement Place publique) a présenté, le 15 mai, son programme pour les élections européennes qui fait la part belle aux questions agricoles. Elle s’engage à assurer la «souveraineté alimentaire» de l’UE en régulant les marchés pour renforcer l’emploi et le revenu des agriculteurs et d’instaurer des mesures miroirs. La Pac actuelle jugée «socialement injuste et anti-écologique» devra être remplacée par une Politique agricole et alimentaire commune (PAAC) estime la liste socialiste en «éliminant les aides à l’hectare pour aller vers des aides à l’emploi et à l’utilité écologique», «en garantissant le revenu des agriculteurs via des prix planchers rémunérateurs et en sortant l’agriculture du libre-échange». Crédité d’environ 14% d’intention de vote, Réveiller l’Europe promet également de limiter au maximum l’élevage en cage ainsi que d’interdire l’usage des pesticides les plus néfastes dont le glyphosate et les néonicotinoïdes. Christophe Clergeau est le principal candidat de la liste présentant un profil «agricole» en position éligible, lui qui siège depuis un an à la commission de l’Agriculture du Parlement européen en remplacement d’Eric Andrieu (directeur de campagne de Raphaël Glucksmann).
Etats-Unis/Chine : des sanctions qui font craindre une nouvelle guerre commerciale
Le président des Etats-Unis Joe Biden a annoncé, le 14 mai, une augmentation des droits de douane sur 18 milliards de dollars d'importations de produits industriels en provenance de Chine. Lors d'un point de presse à la Maison Blanche, la représentante américaine au Commerce Katherine Tai a déclaré qu'en réponse aux «pratiques économiques injustes et anticoncurrentielles» de la Chine, Biden lui a ordonné «d'augmenter les droits de douane sur les secteurs manufacturiers et miniers critiques, notamment l'acier et l'aluminium, les semi-conducteurs, les véhicules électriques, ou encore les panneaux solaires». En cette année électorale aux Etats-Unis, ces nouvelles sanctions suscitent toutefois des inquiétudes au sein du secteur agricole qui craint que Pékin n’impose, en retour, une augmentation des droits sur les produits alimentaires américain, comme cela fût le cas en 2018 et 2019 sous le mandat de Donald Trump. L'empire du Milieu avait alors imposé des mesures de rétorsion de 25% sur le soja, qui représente environ 60% de toutes les exportations agricoles américaines vers la Chine. Ce n’est qu’en 2020 que les droits ont été supprimés et abaissés à 3% pour le soja.
Ratification du Ceta: pas de vote à l'Assemblée avant fin d'année (Riester)
Le projet de ratification du Ceta, traité de libre-échange entre l'UE et le Canada appliqué provisoirement depuis 2017, ne sera pas transmis à l'Assemblée nationale avant la fin d'année, a estimé le 15 mai le ministre français délégué au Commerce extérieur Franck Riester. Il avait dit en mars que le vote n'aurait pas lieu avant les élections européennes. Le 21 mars, grâce à une alliance gauche-droite de circonstance, le Sénat s'était opposé à la ratification du traité, ce qui constituait une déconvenue embarrassante pour le gouvernement avant les élections européennes. Dans la foulée, les députés communistes avaient annoncé leur intention d'inscrire le texte dans leur temps parlementaire réservé - leur «niche» prévue le 30 mai à l'Assemblée -, à dix jours des élections européennes (le dimanche 9 juin en France), mais le gouvernement semblait vouloir temporiser pour déposer le texte au Palais Bourbon. Celui-ci arrivera sur les bancs de l'Assemblée «pas dans une période électorale pour pas que ce soit instrumentalisé à des fins électoralistes et quand on aura un bilan provisoire fait par la Commission (européenne), qui sera rendu d'ici à la fin 2024», a détaillé M. Riester le 15 mai. Autre échéance citée par le ministre: «Quand la mission parlementaire voulue par le Premier ministre sur les mesures miroir, ces mesures qui permettent la réciprocité dans les normes de production», aura été bouclée, «là aussi d'ici fin 2024, début 2025», a-t-il ajouté.
LOA : la motion de rejet écologiste écartée par l'Assemblée
Les députés ont entamé le 15 mai l'examen du projet de loi d’orientation agricole, rejetant largement une motion de rejet écologiste visant à couper court aux débats. La motion a été rejetée en n'obtenant que 84 voix, alors que 224 députés ont voté contre. Réécrit pour répondre à la colère hivernale des agriculteurs, le texte gouvernemental entend répondre aux deux «défis immenses» posés à ce secteur : le «défi démographique», alors que «d'ici dix ans, près de la moitié des chefs d'exploitation pourrait partir à la retraite» ; et le défi de l'adaptation aux «grands bouleversements du siècle», comme le «changement climatique», les «sujets de biodiversité», les «risques géopolitiques», a expliqué Marc Fesneau. La députée Marie Pochon a défendu la motion de son groupe, fustigeant les «craques» du gouvernement, et une loi poursuivant le «détricotage entamé du droit environnemental plutôt que d'enclencher enfin la transition massive vers l'agriculture biologique, qui n'était même pas mentionnée dans le projet de loi initial». LFI, les socialistes et les communistes ont joint leurs voix à celles des écologistes. Tout en s'opposant à la motion, le RN a brocardé un «texte qui se distingue par sa vacuité». L'examen du texte est prévu jusqu'au 22 mai.
Élevage: le Royaume-Uni interdit l'exportation d'animaux vivants
Le Parlement britannique a voté le 14 mai en faveur de l'interdiction de l'exportation d'animaux d'élevage vivants, une décision pionnière pour le Royaume-Uni, qui se démarque de l’UE où cette pratique est toujours en vigueur. Ce projet de loi doit mettre fin à l'exportation de milliers de bovins, porcs, chèvres, moutons, sangliers et chevaux destinés à l'abattage ou à l'engraissement depuis ou via l'Angleterre, le Pays de Galles et l'Écosse. Déjà approuvé par la Chambre des Communes, le texte a été adopté le 14 mai par la Chambre des Lords. Il sera inscrit dans la loi une fois qu'il aura reçu le sceau royal, une formalité. Annoncée fin 2023, cette proposition avait été formulée une première fois en 2017 par les conservateurs et présentée comme un «avantage du Brexit», les règles commerciales de l'UE empêchant les États membres d'interdire les exportations d'animaux vivants vers d'autres pays de l'Union. Lors du vote mardi, plusieurs membres de la Chambre des Lords ont regretté que la loi ne s'applique pas en Irlande du Nord, qui en vertu des règles post-Brexit, voit continuer de s'appliquer certaines réglementations de l'UE. Les ONG de protection animale exhortent l'UE à interdire elle aussi l'exportation d'animaux vivants vers les pays tiers, mais cette option a récemment été écartée par la Commission.
Loup: Etats membres divisés, révision du statut de protection probablement reportée
Les ambassadeurs des États membres ne sont pas parvenus lors de leur réunion du 15 mai à un accord sur la révision du statut de protection du loup dans l’UE, comme l’a proposé fin 2023 la Commission européenne. La présidence belge du Conseil de l’UE espérait pouvoir mettre le sujet à l’agenda de la réunion des ministres de l’Environnement de l’UE du 17 juin pour prendre une décisions dans ce dossier, mais en l’absence de majorité qualifiée entre les Vingt-sept elle devrait y renoncer. A moins que les discussions en groupe de travail qui vont maintenant reprendre ne débloquent la situation d’ici là. Beaucoup d’États membres ont souligné que des solutions existaient déjà dans le cadre de la directive Habitats pour gérer les populations de loups et préfèrent attendre de nouvelles données scientifiques consolidées (qui sont attendues en 2025) pour se décider, indique-t-on du côté de la présidence belge. L’objectif qui était de demander de faire passer le loup d’un statut de protection stricte à une protection simple lors de la réunion du Comité permanent de la Convention de Berne, qui se tiendra du 2 au 6 décembre, semble donc compromise.
Biocontrôle: IBMA France devient Alliance biocontrôle et change de stratégie
À l'occasion d'une conférence de presse le 15 mai, l'association de fabricants de produits de biocontrôle IBMA France a annoncé un changement de nom, pour devenir Alliance biocontrôle, ainsi que des changements de stratégie et d'affiliation. À la suite du rejet du règlement européen Sur (pesticides), l'association s'est désaffiliée de l'association internationale de fabricants IBMA Global, et elle a rejoint l'association européenne Biocontrol Coalition. Dans sa nouvelle feuille de route, l'association veut renforcer son action d'influence auprès des parlementaires, en France et en Europe, et appuyer les démarches de «valorisation» de ses produits (p.ex. crédits d'impôts). Au niveau européen, l'objectif de l'association reste d'accélérer les procédures d'homologation; sa nouvelle proposition est de fusionner les deux étapes, nationales et européenne, d'homologation, pour la concentrer au niveau de l'Efsa et la simplifier. En termes de gouvernance, l'association veut s'ouvrir davantage, notamment auprès de la distribution agricole, à l'instar de la Biocontrol Coalition qui fédère, autour des fabricants, des coopératives ou des syndicats agricoles.
Biocontrôle: première émergence de résistance en France, en pomme
À l'occasion d'une conférence de presse le 15 mai, Alliance biocontrôle (fabricants, ex-IBMA) s'est fixé pour but de faire tripler les parts de marché du biocontrôle en France d'ici 2030, tout en atteignant au moins «deux modes d'actions complémentaires» pour 50% des usages proposés (contre 25% actuellement). Objectif: limiter le risque d'émergence de résistance. «Le biocontrôle est peu sujet aux résistances de par ses modes d'actions, mais un premier cas a été recensé sur le produit CpGV, donc il faut maintenir les bonnes pratiques», a expliqué Anne Duval, responsable des affaires techniques et réglementaires. Le Cydia pomonella GranuloVirus (CpGV) est utilisé depuis plus de vingt ans à grande échelle dans les vergers de pommiers et poiriers pour lutter contre le carpocapse de la pomme (Cyrdia pomonella), principal ravageur sur ces productions à travers le monde. En 2020, une équipe de l'Inrae a détecté plusieurs populations de carpocapse présentant une sensibilité réduite aux trois isolats actuellement commercialisés. Dans une étude parue en mars, des généticiens et entomologistes d'Avignon ont mis en évidence les mécanismes immunitaires en jeu dans cette résistance.
Grandes cultures : rebond de la sole française de maïs, stabilité du tournesol, baisse du soja (Agreste)
Dans une note parue le 15 mai le ministère de l'Agriculture confirme la hausse des surfaces prévues pour les cultures de printemps, en lien avec la baisse de cultures d’hiver qui n’ont pas pu être semées en raison des intempéries. En 2024, les surfaces de maïs grain (y compris semences) sont estimées à 1,4 million d’hectares (Mha), en nette hausse par rapport à 2023 (+9,6%). Cette hausse serait particulièrement marquée en Nouvelle-Aquitaine (+15,6 %), Grand-Est (+7%), Pays de la Loire (+13,9 %) et Occitanie (+8,2 %). «La sole 2024 de grains resterait en deçà de la moyenne 2019-2023 (- 5,1%)», souligne toutefois Agreste. Concernant les surfaces de maïs fourrage, elles sont estimées à près de 1,3 Mha. Elles seraient quasi-stables par rapport à 2023, mais baisseraient de 3,5 % par rapport à la moyenne 2019-2023. Côté orge de printemps, les surfaces ont été légèrement révisées à la hausse au 1er mai 2024, à 0,5 Mha. Elles augmenteraient de 12,2 % par rapport à 2023, avec une hausse dans toutes les régions, à l’exception des Pays de la Loire. Malgré cette hausse, les surfaces de céréales de printemps seraient toutefois nettement inférieures (- 15,8 %) par rapport à la moyenne 2019-2023. Côté oléoprotéagineux, les surfaces de tournesol seraient stables, à un niveau «historiquement élevé» de 0,8 Mha, et celles de soja seraient en baisse (-5,5 %).
Céréales: le blé revient au plus haut depuis l'été 2023 sur les marchés mondiaux
Les prix du blé sont revenus à leur plus haut niveau depuis l'été 2023, attisés par une météo défavorable aux cultures d'hiver en Russie et aux semis chez d'autres grands producteurs, ainsi que par un rapport USDA anticipant une baisse des stocks mondiaux. La céréale du pain a clôturé le 13 mai sur Euronext au plus haut depuis juillet, à 258,75 euros la tonne pour l'échéance de septembre - la plus échangée. A Chicago, le boisseau pour livraison en juillet s'échangeait le 15 mai à 6,8775 dollars, un niveau plus vu depuis août. «C'est une période cruciale pour les cultures, c'est normal qu'on s'inquiète pour la météo», remarque Sébastien Poncelet, analyste chez Argus Media France (cabinet Agritel). Les acteurs du marché scrutent la situation en Russie où des gelées ont frappé les trois grandes régions de blé d'hiver, dans le centre, le sud et le bassin de la Volga. Certaines zones souffrent parallèlement d'un manque d'eau. «La météo des trois prochaines semaines sera déterminante», souligne Sébastien Poncelet. Dans tous les cas, «le potentiel de production se dégrade et des prévisions anticipent déjà une récolte en dessous de 90 millions de tonnes, voire vers les 85 millions», relève l'expert. D'autres grandes zones de production pâtissent aussi de conditions non optimales : excès d'eau sur la Corn Belt, temps trop humide au Canada mais trop sec en Australie, inondations au Brésil, attaques de cicadelles en Argentine...
Vin : la justice fait confisquer neuf châteaux du Bordelais propriété d'un magnat chinois
Le tribunal judiciaire de Paris a ordonné le 15 mai la confiscation de neuf châteaux dans le vignoble bordelais acquis au début des années 2010 par un magnat chinois qui a été condamné pour blanchiment de détournement de fonds publics chinois. Dans cette affaire de «bien mal acquis», Naijie Qu, 63 ans, patron du groupe Haichang qui a fait fortune dans le pétrole et les parcs d'attraction, a été condamné à trois ans de prison avec sursis et à une amende de 1 M€. Pour acquérir ces propriétés, il lui était reproché d'avoir détourné des subventions destinées à acheter des entreprises étrangères dans le domaine scientifique et des technologies. Son salarié Jian Liu, 54 ans, a été condamné à 18 mois de prison avec sursis et 50 000 € d'amende pour faux, usage de faux et escroquerie. L'enquête du parquet national financier (PNF) a révélé des actes notariés falsifiés, «un comportement qui se règle normalement devant une cour d'assises», a tonné le président Pierre Jeanjean en rendant la décision du tribunal. Le montant des créances et des biens confisqués s'élève à 35,5 M€. Débarqué dans le Bordelais en 2009, M. Qu avait acheté 27 propriétés viticoles en cinq ans.
Cerises : production annoncée en forte hausse, prudence face à la météo
Selon une note des services du ministère de l’Agriculture (Agreste) du 15 mai, la production française de cerises en 2024 devrait être plus importante que l’an passé: elle est estimée à 37 700 tonnes au 1ermai , soit en hausse de 12 % sur un an. La campagne 2023, caractérisée par des intempéries à répétition et de nombreux problèmes sanitaires, s’était close sur un volume de 32 000 tonnes. Les prévisions portent sur les trois principales régions couvrant 81 % de la production nationale en 2023. En Occitanie, la production est prévue nettement au-dessus de celle de l’an dernier (+ 21 %) et des surface en légère augmentation (+2%). Malgré le repli des surfaces (-4% à la suite d’arrachages), la production en Auvergne-Rhône-Alpes est prévue en hausse de 10 % sur un an. Une progression similaire est attendue en Paca où les surfaces seraient en légère baisse, à la suite du renouvellement du verger. Cependant, le ministère demeure très prudent : «La cerise étant un fruit particulièrement fragile, cette prévision de production peut évoluer suivant les évènements climatiques ou sanitaires à venir d’ici la fin de la récolte». Les premières cerises (Burlats) devraient être récoltées une semaine en avance par rapport à 2023.
Pommes de terre : Joanny Dussurgey élu président du CNIPT
Le conseil d’administration de l’interprofession de la pomme de terre de consommation (CNIPT) a élu Joanny Dussurgey à sa tête le 14 mai. Administrateur de Fedepom (négociants en pommes de terre) depuis plusieurs années, et du CNIPT depuis plus récemment, M. Dussurgey a intégré l’entreprise familiale de commercialisation de pommes de terre Select Up en 2010, avant de la racheter et d’en prendre la direction en 2016. «J’espère pouvoir créer des espaces de dialogues et de débats où les visions de l’interprofession seront portées par tous, sans restriction ou exclusion», précise M. Dussurgey dans un communiqué. Ces élections interviennent dans le cadre d’un renouvellement complet du bureau de l’interprofession, dont le président Francisco Moya avait été contraint à la démission mi-mars dernier. Parmi les griefs à son encontre figurait notamment sa participation au déjeuner avec le président de la République lors du Salon de l’agriculture en février dernier
Pesticides/riverains : l’action collective de Corinne Lepage prévue pour juin
L’action collective en justice menée par le cabinet de l’avocate Corinne Lepage (ancienne ministre de l'Environnement) pour réclamer des indemnisations pour les riverains victimes des pesticides devrait être lancée courant du mois de juin, a-t-il été annoncé lors d’une conférence de presse le 15 mai. La première annonce en avait été faite début avril. «Cette initiative n’est pas contre les agriculteurs, a expliqué l’avocate, mais de permettre à des personnes dans une situation de maladie comparable à ceux-ci, de pouvoir demander une indemnisation. Notre stratégie n’est pas d’attaquer les agriculteurs mais l'État dans son défaut de défense des personnes». Une première demande devrait être conjointement adressée au Premier ministre et au ministre de l’Agriculture puis, en cas de refus ou de silence, il serait procédé à une saisine du Tribunal administratif territorialement compétent. Une vingtaine de dossiers auraient été reçus sur la plateforme «agir collectivement» créé par le cabinet : ils viennent essentiellement du Grand Ouest et des Hauts de France et concernent principalement la viticulture avec une forte proportion concernant les enfants. Un minimum de 100 personnes doit participer pour qu'une requête soit déposée devant un tribunal.