Agrafil du 19 juin 2024

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Commission européenne : von der Leyen bien partie pour un second mandat

Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE ont, comme prévu, entamé les discussions, le 17 juin à l’occasion d’un sommet européen informel, en vue de désigner les postes clés de la prochaine mandature. Si aucune décision n’a été prise à l’issue de ce premier tour de table, la fumée blanche est attendue pour la prochaine réunion du Conseil européen prévue pour les 27 et 28 juin. «C'était une bonne conversation et elle va dans la bonne direction», a d’ailleurs indiqué le président du Conseil européen, le Belge Charles Michel. Et d’ajouter, «[les partis politiques] ont fait des propositions et, dans les jours à venir, nous poursuivrons notre travail et préparerons les décisions que nous devrons prendre». Dans cette optique, la reconduction pour un second mandat de l’Allemande du PPE (droite), Ursula von der Leyen, apparaît en très bonne voie, d’autant plus que son groupe politique est arrivé en tête et s’est même renforcé lors du scrutin européen. Pour y parvenir, elle devra obtenir la majorité qualifiée des Etats membres (15 pays représentant 65% de la population européenne) et la majorité absolue du Parlement européen. La désignation des autres postes dépend aussi des équilibres politiques sortis des urnes. Si plusieurs noms circulent - Antonio Costa (Portugal) au Conseil Européen, Kaja Kallas (Estonie) à la tête de la diplomatie européenne ou la Maltaise Roberta Metsola un second mandat au Parlement européen - rien n’est encore acté à ce stade.

Parlement européen: le mouvement agriculteurs-citoyens (BBB) des Pays-Bas rejoint le PPE

Fraîchement élus au Parlement européen, les deux membres du Mouvement agriculteurs-citoyens (BBB) des Pays-Bas, l’agriculteur Sander Smit et la spécialiste de l’élevage porcin Jessika van Leeuwen, vont rejoindre le Parti populaire européen (PPE) de droite, où siègent les Républicains. La décision a été validé le 18 juin lors de l’assemblée constitutive du PPE qui avec 190 membres est, de loin, la première force politique du Parlement européen. Le BBB fait aussi parti de la coalition qui va entrer au pouvoir au Pays-Bas (avec notamment le parti d’extrême droite VVD de Gert Wilders) où il héritera du ministère de l’Agriculture. Il a promis de revenir sur les mesures de restriction des émissions d’azote imposées par le précédent gouvernement au secteur de l’élevage pour satisfaire aux obligations de la directive européenne. Ces mesures comprenaient notamment des aides (de près de 3 milliards d’euros) pour la fermeture d’élevages dans les zones les plus sensibles.

Importations ukrainiennes: l’UE active le «frein d’urgence» sur l’avoine, seuil atteint en œufs

La Commission européenne a adopté le 18 juin, un règlement permettant l’activation, dès le 19 juin et jusqu’au 5 juin 2025, de la mesure de sauvegarde automatique visant les importations d’avoine en provenance d’Ukraine. Concrètement, le contingent tarifaire de 4000 t prévu dans l’accord d’association UE-Ukraine, va être donc réintroduit. Néanmoins, les volumes importés depuis le début 2024 étant déjà supérieurs à ce seuil, les droits de la nation la plus favorisée s'appliqueront jusqu'à la fin de l'année. Le contingent tarifaire de l’accord d’association sera à nouveau disponible à partir du 1er janvier 2025. Conformément aux nouvelles règles des mesures commerciales autonomes entrées en vigueur le 6 juin, ce «frein d’urgence» est automatiquement activé si les volumes d’importation cumulés depuis le 1er janvier atteignent la moyenne arithmétique respective des volumes d’importation enregistrés au cours de la période allant du 1er juillet au 31 décembre 2021, en 2022 et en 2023, à savoir 2440,56 t dans le cas de l’avoine. Par ailleurs, le seuil du «frein d’urgence» pour les œufs (23 188 t) a été atteint «en fin de semaine dernière», a annoncé le vice-président du CNPO (interprofession française) Loïc Coulombel le 18 juin, ce qui laisse désormais deux semaines à Bruxelles pour rétablir des droits de douane.

Œufs: le CNPO vise 300 nouveaux poulaillers et 90% de poules hors cage en 2030

Afin de répondre à une consommation française «record» (224 œufs en 2023), le CNPO vise l’implantation de 300 nouveaux poulaillers d’ici 2030, a annoncé l’interprofession des œufs lors d’une conférence de presse le 18 juin. Seules protéines animales en croissance dans le contexte d’inflation, les œufs ont connu une hausse de 3% de leurs achats par les ménages en 2023. Si ce rythme se poursuit, la filière devra créer un million de places de poules pondeuses chaque année pour répondre à la demande, soit six millions d’ici 2030. La filière chiffre les investissements nécessaires à 300 M€. «Les consommateurs veulent des œufs français et on veut les leur fournir», assure le président du CNPO, Yves-Marie Beaudet. Autre objectif phare du «plan de filière» présenté le 18 juin: passer à 90% de production hors cage (sol, plein air, Label rouge ou bio), contre 73% fin 2023. Convertir en alternatif un bâtiment de cages aménagées coûte environ 30 € par poule, soit 450 M€ pour les 15 millions de poules qui sont encore élevées en cages. Visant à «atteindre l’autonomie en œufs de la France», selon M. Beaudet, le plan de filière du CNPO comporte quatre axes: souveraineté alimentaire, enjeux sociétaux (environnement et bien-être animal), relations au sein de la filière, innovations.

Médicament vétérinaire: un rapport favorable au maintien du «troisième ayant droit»

Dans un rapport d’avril 2023, rendu public le 14 juin, le CGAAER (ministère de l’Agriculture) et l’IGAS (affaires sociales, interministériel) recommandent de maintenir la possibilité pour des groupements de producteurs agréés de fournir des médicaments à visée préventive à leurs adhérents dans le cadre des programmes sanitaires d’élevage (PSE). Ces groupements agréés sont généralement des coopératives agricoles ou des groupements de défense sanitaire. En tant que «troisième ayant droit» (à côté des vétérinaires et des pharmaciens), ils sont autorisés à acheter, stocker et dispenser des médicaments vétérinaires. La mission était chargée d’examiner l’intérêt de maintenir ce dispositif qui «peut apporter un service identique» au suivi sanitaire permanent, alors que ce dernier fait l’objet d’une réforme. Elle écarte l’idée que sa suppression permettrait de «contrecarrer de façon substantielle la baisse des vétérinaire ruraux». Plus encore, le rapport souligne que «la baisse de prévention est possible» en cas de disparition des groupements et des PSE. «L’engagement collectif pour améliorer le sanitaire serait probablement affaibli», est-il indiqué. En outre, «le prix des médicaments pourrait être impacté», car la forte concentration des groupements permet de proposer des prix concurrentiels. La mission préconise, au contraire, de simplifier le cadre en ne remettant pas «systématiquement» en cause les agréments tous les cinq ans. 

Santé animale: un rapport propose de privilégier la prévention non médicamenteuse

Le CGAAER (ministère de l’Agriculture) et l’Igas (affaires sociales, interministériel) recommandent de revoir la définition des programmes sanitaires d’élevage (PSE) pour «y inscrire l’usage des médicaments de prophylaxie (prévention des maladies, ndlr) comme un outil à utiliser après avoir mis en œuvre des méthodes de prévention non médicamenteuses», dans un rapport d’avril 2023, publié récemment. La nouvelle définition devrait «énoncer qu’un programme sanitaire d’élevage s’entend comme la mise en œuvre d’une politique commune visant à améliorer le statut sanitaire d’un ensemble d’élevages sur un territoire donné», préconise la mission. Elle invite à «construire des PSE qui soient des programmes globaux de prévention» et à revoir la communication autour des traitements médicamenteux. En effet, le rapport pointe une «banalisation du médicament» dans la publicité faite par certains groupements. Le modèle économique des groupements —centré sur la vente de médicaments— est à redéfinir, alors que la liste de molécules autorisées en prévention se réduit de plus en plus, par exemple avec les restrictions d’utilisation des antibiotiques et antimicrobiens. Certains groupements (coopératives agricoles) affirment que la fin de la vente de médicaments pourrait «les contraindre à cesser l’activité de prévention vétérinaire». 

Loup: dans le Doubs, le tribunal administratif annule deux arrêtés préfectoraux de tir

Le tribunal administratif de Besançon a annulé le 18 juin deux arrêtés préfectoraux qui autorisaient des tirs contre le loup pour protéger des troupeaux situés dans le Doubs, rapporte l’AFP. En octobre 2022, les troupeaux de deux Gaec du Doubs ont été victimes d'attaques attribuées au loup, revenu depuis quelques années dans le massif du Jura. Le préfet a pris deux arrêtés autorisant les éleveurs à pratiquer des tirs de défense simple en cas de nouvelle attaque, des textes contestés par trois ONG de protection des animaux, Ferus, One Voice et le Pôle grands prédateurs. Le premier arrêté a été pris pour le troupeau de vaches d'un Gaec à Chaux-Neuve, jugé «non-protégeable» par la préfecture. Or, selon le tribunal, le préfet «n'a pas fait réaliser d'analyse technico-économique pour aboutir à cette conclusion et ne l'a pas soumise pour avis au préfet coordonnateur du plan national d'actions sur le loup», comme l'exige la législation. Pour le second arrêté, concernant un troupeau de brebis du Gaec de Chapelle-d'Huin, le tribunal a considéré que «le critère relatif au risque de dommages importants n'était pas rempli»: ce troupeau n'a pas subi d'attaque «depuis plus de 13 ans, l'attaque d'octobre 2022 n'ayant visé que le troupeau bovin du même Gaec».

Lait: deux candidats briguent la présidence du Cniel (interprofession)

Dans un courrier du 18 juin qu’Agra Presse a pu consulter, la vice-présidente de la FNPL (producteurs de lait, FNSEA) Marie-Andrée Luherne annonce sa candidature à la présidence du Cniel. Les quatre collèges de l’interprofession laitière (producteurs, coopératives, laiteries «privées», distribution) se réuniront le 26 juin en assemblée générale pour élire la successeure ou le successeur de Thierry Roquefeuil (FNPL). Marie-Andrée Luherne représentera le collège des producteurs face à la candidature de Pascal Le Brun, président du collège des coopératives laitières. Éleveuse installée dans le Morbihan et sociétaire de la coopérative Sodiaal, Marie-Andrée Luherne est vice-présidente de la FNPL en charge de la place des femmes en élevage. Pascal Le Brun est producteur de lait dans le Calvados et vice-président d’Agrial (président de la branche lait de la coopérative), il est président de la Coopération laitière depuis 2022. 

Agriculteurs en difficulté: vers une simplification du dispositif Area

A l'occasion d'une journée dédiée au mal être agricole, organisée par la FNSEA le 18 juin, les professionnels ont fait part de leur demande de simplification et d'amélioration de l’aide à la relance de l’exploitation agricole (Area). Le ministère de l'Agriculture a annoncé lors du dernier conseil supérieur d'orientation (CSO) le 13 juin que le chantier était en cours, depuis le 5 juin dernier. «Quand on dispose de 7 millions et que seulement un est engagé par an, c’est que l’outil n’est pas bon, il faut revoir le dispositif», a résumé le président de la FNSEA Arnaud Rousseau. «Il y a un travail nécessaire car les critères d’accessibilité font que souvent la seule solution retenue est celle de la sortie de l’agriculture, a indiqué Sébastien Windsor, président des chambres d’agriculture. Il faut que le fonds soit plus simple, plus rapide». Plusieurs participants à la journée ont d’ailleurs reconnu ne plus traiter de dossier Area tant les difficultés sont grandes. Dans le cadre du chantier de simplification, «deux réunions se sont tenues sur le sujet au ministère», a cru savoir Olivier Damaisin, coordinateur national interministériel du Plan prévention mal-être en agriculture, en soulignant que le ministère avait compris la complexité du dispositif. Une réunion est aussi prévue le 26 juin.

Mal-être en agriculture: vers un nouveau plan de prévention sur cinq ans

A l’occasion de la troisième journée du mal-être agricole organisée par la FNSEA le 18 juin, Olivier Damaisin, coordinateur national interministériel du Plan prévention mal-être en agriculture a indiqué qu'une réunion interministérielle (Rim) s'était tenue le 14 juin dernier, durant laquelle il a été acté qu’il fallait mettre à jour la feuille de route de 2021, à la suite des manifestations agricoles de cet hiver. «Ce qui a été positif dans cette réunion, c’est qu’il m’a été demandé, qu’il nous a été demandé ensemble, de bâtir un plan pour les cinq prochaines années, une projection avec des propositions» a-t-il livré à l’assistance. Lors de cette réunion, il a aussi plaidé pour des moyens supplémentaires afin que la MSA et les chambre d’agricultures aient «plus de volant» dans la mise en œuvre. Et d’indiquer que les coordinateurs départementaux, nommés par les préfets, émanaient à 65% de la DDT (préfectures), 30% de la MSA et 5% des chambres d’agriculture, ce qu’il estime être «un loupé». «Il fallait plus impliquer la MSA et les CA qui connaissent mieux le terrain, ont plus de relationnel avec lui, que les services de l’Etat», selon lui. D’une manière général, le coordinateur interministériel tient à ce que le sujet du mal être agricole demeure trans-partisan.

Commerce équitable: les ventes résistent en 2023, portées par les filières françaises

Les ventes de produits issus du commerce équitable ont progressé de 1,8% en valeur sur le marché français en 2023, dans un contexte de recul des dépenses alimentaires des ménages (-4,7% par rapport à 2022 selon l’Insee), d’après les données de l’Observatoire annuel de Commerce équitable France, dévoilées le 18 juin. L’observatoire ne donne pas de chiffre sur l’évolution des volumes. «Cela reviendrait à mélanger les choux et les carottes», explique Julie Stoll, la déléguée générale du collectif. Le marché des produits équitables a représenté 2,1 milliards d’euros l’année dernière et les filières françaises génèrent 37% de ce chiffre d’affaires. Ces dernières enregistrent une croissance importante (+6% de ventes), tandis que les ventes des filières internationales sont «stables», souligne Julie Maisonhaute, déléguée générale adjointe de Commerce équitable France. La définition d’un cadre légal pour le commerce équitable dans la loi sur l’économie sociale et solidaire (2014) a permis la structuration de filières nationales. Depuis, les ventes de produits français ont été multipliées par douze, passant de 67 millions d’euros en 2014 à 791 millions d’euros en 2023. Cette forte hausse de chiffre d’affaires est liée à l’augmentation du nombre de références (2 200 en 2023 contre 1 400 en 2020). En France, le commerce équitable concerne 12 000 producteurs et travailleurs agricoles.

Commerce équitable: croissance des ventes pour les deux labels 100% «Origine France»

Dans la foulée de la présentation de l’Observatoire annuel du commerce équitable à la presse, le 18 juin, les deux labels 100% «Origine France» Agri-éthique et Bio Équitable en France ont publié les chiffres de leurs ventes en 2023. Le principal acteur du marché, Agri-éthique (4 600 agriculteurs), affiche une progression de 14% de ses ventes, soit l’équivalent de 520 millions d’euros de chiffre d’affaires. Cette croissance est portée par une hausse du nombre de références (+29%). Agri-éthique est bien positionné dans le secteur de la boulangerie-viennoiserie. Or, ce marché est en hausse de 15% en 2023. «La baguette devient cette année la première catégorie équitable vendue en France, devant le café», relève un communiqué du label. De son côté, le label Bio Équitable en France enregistre une progression moindre de son chiffre d’affaires, en hausse de 2% (127 millions d’euros). Malgré un contexte difficile pour la bio, le label prévoit de «développer son volume de vente» en 2024, notamment vers la restauration collective. Il constate une «reprise des ventes de produits bio et issus du commerce équitable à la suite de la récente crise agricole», indique un communiqué. Selon l’Agence bio, le marché bio était stable en valeur en 2023: le résultat d’une baisse des ventes de 7% en volume et d’une hausse des prix de 7,7%. 

OP: Frédric Descrozaille préparait une PPL dédiée au droit de la concurrence

Interrogé par Agra Presse le 18 juin, l'ex-député de la majorité présidentielle Frédéric Descrozaille indique que, au moment de l'annonce de la dissolution, il préparait une proposition de loi (PPL) dédiée au droit de la concurrence, visant notamment à renforcer les possibilités de regroupement des organisations de producteurs (OP). Ce projet de texte, qui ne visait pas seulement l'agriculture, mais aussi des questions d'environnement ou de consommation, devait permettre une refonte de la doctrine en matière de concurrence ; pour le secteur agricole, l'idée était de transcrire «dans le droit national ce qui a été dit par la Cour de justice européenne dans le cadre du cartel des endives», explique le député. Objectif: inciter à la création d'OP de bassin, afin qu'elles puissent «choisir leur laiterie». En parallèle, le député plaidait pour une révision du Plan stratégique national (PSN, déclinaison française de la Pac) en 2025, afin de renforcer le soutien aux OP. Ce n'est pas le dernier projet de l'ancien directeur général d'Interfel; dans le chantier de simplification lancé depuis plusieurs mois, Frédéric Descrozaille plaidait pour que le gouvernement recoure à l'article 37.2 de la Constitution, pour demander au Conseil constitutionnel de «déclasser 30 à 40%» des textes applicables à l'agriculture, selon qu'ils soient «contradictoires, redondants, ou trop détaillés». Un exercice qui aurait demandé une année de travail et qui aurait été bien reçu à Matignon, selon lui.

Domaine de Grignon : l’Etat renonce à vendre le site, AgroParisTech lié au projet

Le projet de vente de ce berceau de l'agronomie française avait provoqué une levée de boucliers : l’Etat renonce à se défaire du domaine de Grignon (Yvelines), indique à Agra Presse une source proche du dossier, confirmant l’information révélée le 14 juin par La Lettre. Le quotidien précisait qu’AgroParisTech pourra y maintenir ses activités dans le cadre d’une société universitaire locale immobilière (Suli) avec la région Ile-de-France, le département des Yvelines, la communauté de communes et des investisseurs privés. Objectif : valoriser le domaine autour d’un projet d’intérêt général. «Il est encore trop tôt pour savoir quelles activités sont prévues, ajoute notre source. Cela dépendra des co-actionnaires de la société d’économie mixte et des projets qu’ils sont prêts à financer.» L’association Grignon 2000, opposée à la vente par l’Etat, «salue cette décision conforme à l’ambition» qu’elle porte autour d’«un projet ambitieux pour la transition écologique, réaliste sur le plan économique et ouvert sur son territoire et pour les franciliens». Pour rappel, le tribunal administratif de Versailles avait rejeté le 2 février le recours du promoteur immobilier Altarea Cogedim dont l'offre d'achat du domaine de Grignon avait été initialement retenue par l'Etat.

Finance: une liste des nouveaux outils et de leur intérêt, les token trop immatures

Dans un rapport livré cet hiver au ministère de l'Agriculture, des cabinets d'étude établissent une liste des nouveaux outils de financement pour l'agriculture, et évaluent leur maturité, estimant notamment que le «recul» sur l'intérêt des jetons numériques (token) n'est pas encore suffisant pour conseiller de les diffuser (voir notre enquête). Les auteurs proposent trois priorités pour les politiques publiques de développement de ces outils: pour «diversifier le chiffre d'affaires», ils plaident pour un financement des paiements pour services environnementaux (PSE) via la Pac; pour «renforcer les fonds propres», ils privilégient de renforcer le soutien en garantie de la BPI aux fonds coopératifs d'investissement (comme celui récemment mis en œuvre par Terrena); enfin, pour «le renforcement de la dette», trois pistes sont mises sur la table: harmoniser les critères des crédits à impact – comme ceux lancés par le groupe BPCE en 2022; renforcer les outils de fonds de dette par «de la garantie et de l'abondement»; et enfin inciter fiscalement «le fléchage de l'épargne citoyenne» vers le crowdfunding du secteur agricole. Selon les auteurs, des outils comme le crédit-bail (voir notre enquête), le crédit-cheptel ou le financement par les stocks ne nécessitent pas de soutien particulier.

Bassines: vers des prélèvements d'eau réduits dans le Marais poitevin

Le développement des «bassines» du Marais poitevin, des réserves d'eau destinées à l'irrigation agricole contestées, est suspendu à une décision du tribunal administratif de Poitiers, où le rapporteur public a préconisé le 18 juin de limiter les prélèvements d'eau dans la zone. Ceux-ci sont fixés par une autorisation unique pluri-annuelle (AUPP) délivrée en 2021 par l'État - les préfectures de Vendée, Deux-Sèvres, Charente-Maritime et Vienne - à un établissement public chargé de les répartir jusqu'en 2026 entre irrigants, y compris ceux raccordés à des "bassines". Jugeant les volumes autorisés excessifs par rapport à l'eau disponible dans le Marais poitevin, qui connaît un déficit structurel, une association, Nature Environnement 17, a saisi le tribunal pour faire annuler cette AUPP. Pour les mêmes motifs, elle avait fait retoquer la précédente, en 2019, par la juridiction administrative de Poitiers. Le rapporteur public a incité cette dernière mardi, «sauf à se déjuger», à prendre la même décision, «tant le texte attaqué ressemble au précédent». Il suggère de délivrer une autorisation provisoire qui permettrait aux irrigants d'avoir toujours accès à l'eau, mais avec des volumes réduits, le temps que l'État revoie sa copie une nouvelle fois. Le jugement pourrait compromettre le remplissage des réserves de substitution, en service ou vouées à l'être d'ici à 2026. 

Fruits à noyau : marchandise déversée devant des supermarchés en Pyrénées-Orientales

Dans les Pyrénées-Orientales, des producteurs de fruits ont déversé, le 15 juin, plusieurs tonnes d’abricots et de nectarines devant deux magasins de l’enseigne Intermarché à Canohès et au Soler, rapporte France Bleu. Les arboriculteurs protestaient contre la présence de fruits d’origine espagnole alors que la campagne française a débuté. «Chaque année, certains traînent la patte à basculer leurs étals sur de la production de fruits français, explique Gérard Majoral, producteur à Thuir et secrétaire général de la FNPF (FNSEA). Sur 400 000 tonnes de pêches consommées en France, seulement 100 000 tonnes sont françaises, alors je ne comprends pas pourquoi il n'y a pas de place sur certains étalages». Selon les estimations établies au 1er juin par les services du ministère de l’Agriculture (Agreste), la production française atteindrait 234 000 tonnes (+5% par rapport à 2023). «La situation est classique pour un début de saison avec des volumes importants, une précocité forte, une météo défavorable et la présence de produits d’importation», explique Raphaël Martinez, directeur de l’AOPn Pêches et abricots de France à Agra Presse. Pour lui, il y aura «sans doute» d’autres actions syndicales d’ici la fin de semaine. 

Fruits d’été : en Espagne, plus de 3000 hectares touchés par la grêle en Murcie

Les violentes pluies, accompagnées de grêle et de rafales de vent, qui ont frappé la région de Murcie la semaine du 12 juin ont causé d’importants dégâts aux vergers de fruits d’été, rapporte la revue espagnol Mercados. Selon une première estimation, 3 400 hectares auraient été touchés et plus de 23 000 tonnes de fruits, essentiellement pêches, abricots et nectarines, seraient perdues. La zone de Calasparra apparaît la plus touchée, avec 1 200 hectares perdus. Antonio Moreno de l'UPA Murcie (majoritaire) a ajouté que les intempéries ont frappé différentes variété de pêches jaunes (y compris celles de l'IGP «Melocotón de Cieza») et les pêches plates Dans une première estimation, la filière prévoit une perte de chiffre d’affaires de 19,4 millions d'euros à la suite de ces intempéries. Les vergers d’amandes, les oliviers et les vignobles seraient aussi concernés. Les agriculteurs et les coopératives demandent une aide et un soutien urgents de la part du gouvernement pour atténuer l'impact de ces pertes. Le gouvernement régional a annoncé jeudi dernier qu'il demanderait de déclarer l'état de catastrophe naturelle dans toutes les zones de la région touchées par les tempêtes de la semaine dernière, afin de couvrir les pertes du secteur agricole.

Jus d’orange: la Guadeloupe va accueillir des vergers expérimentaux pour lutter contre le HLB

Le Cirad et Suntory Beverage and Food, un des leaders mondiaux du secteur des boissons, vont mener un programme d’expérimentation d’innovations variétales afin de lutter contre la maladie du «dragon jaune» (HLB), explique le centre technique sur son compte LinkedIn le 18 juin. D’une durée de 6 ans, il prévoit la plantation de champs expérimentaux pour avril 2025 en Guadeloupe, puis octobre 2025 au Brésil, et dans un second temps, en Espagne. «Cette expérimentation constitue une réponse à moyen terme pour faire face à la situation tendue de la filière orange que nous connaissons actuellement, explique Raphaël Morillon, directeur de recherche au Cirad et responsable du projet pour la partie scientifique. En effet, le HLB touche les principaux pays producteurs d’oranges comme les Etats-Unis où on a observé une production d’oranges diminuée de plus de 75% en Floride et au Brésil, dont la production a diminué de 20%. Une situation qui a fait flamber les prix du jus d’orange (multipliés par trois en deux ans). 

Fleurs : coup de mou sur les ventes de la Saint Valentin en 2024

Selon une récente note de FranceAgriMer et de Valhor (étude Kantar), les ventes de fleurs pendant la fête de la Saint Valentin en 2024 ont reculé de 11% par rapport à l’année précédente ; 1,3 million de foyers français ont effectué un achat de végétaux à cette occasion, contre 15 millions en 2023. Le budget moyen par foyer acheteur s’est établi à 25,30 €, contre 25,60 € en 2023. En termes de lieux d’achat, les fleuristes demeurent le premier canal de distribution  (57% du chiffre d’affaires), suivis par la grande distribution (20%) et les jardineries/LISA (7%). A noter, la progression de 4% des ventes par internet (de 4% à 7% en un an). Le Français privilégie toujours les bottes déjà préparées, mais un peu moins (46% des sommes dépensées en recul de 3% sur un an). Il a fortement diminué ses achats de bouquets assemblées par le fleuriste (18%, 32% en 2023) et fortement augmenté ceux  d’assemblages et compositions de leurs piqué dans la mousse et autres fleurs coupées : cette catégorie passe de 19% des sommes dépenses à 36% sur un an. Ceci pourrait expliquer la perte de part de marché de la rose, toujours fleur préférée pour la Saint-Valentin : elle représente 58% des sommes dépensées en 2024, mais elle assurait 65% de celles-ci en 2023.

Santé, environnement: l’Anses et l’OFB renforcent leur collaboration dans le domaine

L’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) et l’Office français de la biodiversité (OFB) ont signé une «convention-cadre» pour accroître leur collaboration en santé humaine, animale et des écosystèmes, annoncent-ils dans un communiqué commun le 17 juin. Le partenariat durera cinq ans. Il couvre plusieurs thèmes de travail, notamment «le suivi et l’étude de maladies pouvant être transmises entre la faune sauvage, les animaux d’élevage et/ou l’être humain (comme la tuberculose bovine, la brucellose bovine, l’influenza aviaire, etc.)», «la qualité sanitaire et environnementale de l’eau» et l’évaluation de «l’effet des substances chimiques sur la flore, la faune et la qualité des sols». Dans ce cadre, l’Anses et l’OFB envisagent de répondre de manière «conjointe» à des demandes d’expertise, de réaliser ensemble des «projets de recherche» et des «méthodologie de surveillance». Ils pourraient également faire de «l’analyse croisée des données santé environnement», un domaine «sur lesquelles les deux institutions ne travaillent pas encore ensemble». 

Alimentation: l'OMS s'alarme des ravages de l'ultra-transformation en Europe

L’alimentation ultra-transformée fait partie des quatre grands secteurs d’activité responsables ensemble de 2,7 millions de décès chaque année dans la région Europe, selon un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) diffusé le 12 juin. En provoquant des maladies chroniques, l’alimentation ultra-transformée aux côtés du tabac, de l’alcool et des énergies fossiles, est ainsi responsable de 24,5% de tous les décès dans la région (7400 morts par jour). Le rapport révèle le «cahier de stratégie de l’industrie», un «ensemble de tactiques» utilisé par ces secteurs «pour s’opposer aux réglementations d’intérêt public, manipuler les preuves scientifiques et le discours public, et [...] faire supporter aux populations et à l’environnement le coût des dommages qu’elles causent» afin de «maximiser» leurs ventes, résume l’OMS dans un communiqué. Le rapport se veut un «appel à l’action aux 53 Etats membres de la région européenne» pour qu’ils appliquent des réglementations «plus strictes» en matière de marketing, de pratiques monopolistiques, de lobbying et conflits d’intérêts et d’imposition des multinationales, notamment. 

Coopération agricole: LCA Ouest devient LCA Grand-Ouest

Les coopératives agricoles de LCA Ouest, devenue LCA Grand-Ouest en incluant la Normandie, ont tenu leur première assemblée générale dans ce nouveau périmètre à Rennes ce 18 juin. LCA Grand-Ouest se prépare à construire son manifeste et son mode de communication avec les parties prenantes. LCA Grand Ouest se compose sous une présidence à laquelle a été élu Ivan Leclerc, vice-président de Terrena et ex-président. Ce dernier remplace Jean-François Appriou. Il y a un délégué par région : Dany Rochefort, administrateur (trésorier) d’Eureden, pour la Bretagne, Ivan Leclerc (président de LCA Grand-Ouest) pour les Pays-de-la Loire et Jean-Luc Duval, vice-président d’Agrial, pour la Normandie. LCA Grand Ouest et ses sections lancent un projet d’outil de communication commun en sollicitant les coopératives du Grand-Ouest. L’organisation aura son siège à Rennes, sous la direction de Yoann Mery, un bureau à Nantes, dont le chef est Thomas Jullien (il était jusqu’alors responsable des filières biologiques et de la biodiversité à LCA Ouest) et un bureau à Caen, dont la cheffe reste Cloé Mayeu.