Agrafil du 1er octobre 2024

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Pac: pas de réelle hausse des ambitions écologiques, selon la Cour des comptes européenne

Les plans stratégiques de la Pac, certes plus verts sur le papier, ne témoignent en réalité pas «d’une hausse substantielle des ambitions écologiques par rapport à la période précédente», constate la Cour de comptes européenne dans un rapport publié le 30 octobre. Dans certains pays, la France en particulier, les éco-régimes introduits avec cette nouvelle Pac consistent essentiellement à poursuivre les pratiques écologiques existantes. «Les agriculteurs auxquels nous avons rendu visite et qui avaient demandé à bénéficier d’éco-régimes nous ont informés que ces derniers s’inscrivaient dans la continuité des pratiques qu’ils utilisaient déjà», indiquent les auditeurs. Ils déplorent également les assouplissements des exigences de la conditionnalité (notamment la rotation des cultures) adoptés au printemps en réponse aux protestations des agriculteurs, qui pourraient encore amoindrir l’impact écologique des plans. Autre critique: en raison de problèmes de suivi de la performance, il est difficile de démontrer les réalisations de la Pac. La Cour recommande, pour la prochaine Pac post-2027, de fixer des objectifs clairs et de préciser comment ils serviront de critères pour évaluer les réalisations des États membres.

Biogaz: un potentiel important de surplus fourrager en cas de décapitalisation (rapport)

Dans un rapport commandé par FranceAgriMer et paru le 25 septembre, le cabinet d'études Solagro fait une première estimation nationale des surplus fourragers (herbe, foin, maïs) actuellement consacrés à la méthanisation, et du potentiel rendu disponible dans un scénario de décapitalisation. Résultat: l'usage actuel représente une part «négligeable» du gisement aujourd'hui disponible, mais le potentiel est important (voir notre enquête en début d'année). Une réduction de cheptel de 23% pour les bovins lait et de 30% pour les bovins viande générerait une biomasse additionnelle de 11,5 MtMS (toutes choses égales par ailleurs, le climat notamment), dont 3,7 MtMS de maïs ensilage, 4,5 MtMS de foin (ou d’ensilage d’herbe) et 3,2 MtMS d’herbe prélevée aujourd’hui à la pâture. Ce chiffre est inférieur à la production des surfaces libérées, car les auteurs considèrent «à dire d'expert» que 50% des surfaces libérées «ne sont pas mécanisables (pentes, distances…)». De même, ils rappellent qu'il existe déjà un surplus fourrager annuel d'environ 10 à 12 MtMS par an, soit 10 à 15% de la ressource fourragère totale. Il est considéré comme «incompressible», car généré par l'inaccessibilité de certaines parcelles à certaines périodes (estives), aux pertes liées au stockage ou aux exportations. En 2022, FranceAgriMer avait établi un premier observatoire des ressources mobilisées par la filière biogaz, sans mentionner l'usage actuel et potentiel des prairies.

FCO-3: le vaccin Bultavo autorisé sur bovins, avec possibilité d’exporter

Jusque-là homologué uniquement pour les ovins, le vaccin contre la fièvre catarrhale ovine de sérotype 3 (FCO-3) Bultavo 3, du laboratoire Boehringer Ingelheim, a décroché une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) pour les bovins. Contrairement à la première ATU accordée en juillet, il est désormais mentionné que le Bultavo procure une «immunisation active pour prévenir la virémie et les signes cliniques». Cette nouvelle allégation permet son utilisation pour l’export: «Les bovins issus de la ZR FCO 3 (zone réglementée pour la FCO-3, NDLR) vaccinés par un vétérinaire depuis plus de 60 jours avec Bultavo 3 sont éligibles aux échanges intra-UE», indique la DGAL (ministère) dans un message envoyé aux professionnels. Par dérogation, certains États membres, dont la France, considèrent les animaux comme vaccinés à partir de dix jours après la seconde injection (laquelle intervient trois semaines après la première dans le cas du Bultavo). Les autres pays acceptant les animaux dans ces conditions sont la Belgique, la Croatie, l’Espagne, la Grèce, l’Italie et le Portugal. Toutefois, les doses fournies par l’État dans le cadre de la campagne de vaccination volontaire restent réservées aux ovins. Les bovins ne peuvent recevoir que des vaccins commandés par voie privée et payés par les éleveurs.

FCO: rythme de propagation stable en France, nouveau sérotype en Espagne

La France compte 3743 foyers confirmés de fièvre catarrhale ovine de sérotype 3 (FCO-3), selon le dernier bilan du ministère de l’Agriculture au 26 septembre, soit 931 nouveaux cas en une semaine. Le rythme de propagation de la maladie semble se stabiliser, après plusieurs semaines de doublement, voire de triplement, du nombre de cas. Lors du bilan hebdomadaire précédent, le 19 septembre, l’Hexagone dénombrait 2812 foyers (+883 en une semaine), avec une extension en Mayenne et en Seine-Maritime. Selon la plateforme Épidémiosurveillance en santé animale, la FCO se propage aussi dans les autres pays européens: 10 216 foyers en Allemagne (dont 3500 confirmés FCO-3), 3272 en Belgique, 2046 foyers cliniques et 6236 confirmés aux Pays-Bas. En Espagne, les autorités ont annoncé le 23 septembre la découverte de cinq foyers d’un nouveau sérotype de la maladie (le n°1), dans la communauté autonome de l’Estrémadure (sud-ouest). Les éleveurs hispaniques sont déjà aux prises avec les sérotypes 4 et 8 de la FCO. Des formes aussi présentes en France (en Corse pour le n°4, dans une large moitié sud pour le n°8). Par ailleurs, la maladie hémorragique épizootique (MHE) – véhiculée par les moucherons Culicoïdes comme la FCO – continue aussi sa progression, avec 1484 foyers entre le 1er juin et 26 septembre (+324 en une semaine).

Influenza aviaire/vaccination: les mesures financières sont détaillées au JO

Un arrêté paru au Journal officiel le 28 septembre modifie les modalités de soutien financier de la vaccination contre l’influenza aviaire décrites dans deux articles de l’arrêté du 10 septembre 2001. Selon le nouveau texte, l'administration fournit gratuitement le vaccin jusqu'au 31 décembre 2024. Elle alloue 1,5 AMV (acte médical vétérinaire, d'un montant unitaire de 14,18 € HT) par tranche de 1000 doses de vaccin utilisé, ainsi qu’un forfait par chantier: 11 AMV si c’est l’éleveur ou un prestataire qui intervient, 5 AMV si c’est le vétérinaire. Le forfait alloué à l’éleveur ou au prestataire réalisant la vaccination couvre la gestion des vaccins, la programmation et l'organisation du chantier, la récupération et le contrôle des comptes-rendus de vaccination (y compris la gestion des non-conformités mineures relevées lors de ce contrôle), ainsi que la transmission des informations visées par l'article 48 de l'arrêté du 25 septembre 2023. Dans le cas où la primo-vaccination a débuté avant le 1eroctobre 2024 par les soins de prestataires, le forfait est de 0,0091 AMV par animal primovacciné et de 0,0145 AMV par animal ayant fait l'objet d'un premier rappel.

Commerce international: menace de grèves ce mardi dans les ports étatsuniens

Plusieurs dizaines de milliers de dockers se préparent à faire grève, le 1er octobre, dans les grands ports étasuniens de la côte est et du Golfe du Mexique, faute d'obtenir satisfaction dans les négociations de leur nouvel accord social. Les discussions, entamées en mai, sont suspendues depuis plusieurs semaines et, aux dires de l'Alliance maritime des États-Unis (USMX), qui représente les employeurs, le syndicat des dockers (ILA) refuse de revenir à la table des négociations. Plusieurs organisations agricoles ont écrit au président Biden, ce 30 septembre, enjoignant son administration à travailler avec les deux parties et éviter un blocage des ports, rapportent nos confrères du Hagstrom Report. Selon le ministre de l'Agriculture Tom Vilsack, interrogé par Jerry Hagstrom, les ports visés sont davantage tournés vers l'importation de biens alimentaires que l'exportation. La France réalise un important excédent commercial agricole et alimentaire vers les États-Unis, qui sont notamment la première destination des vins hexagonaux. En 2021, les principaux postes d'exportation de la France vers les États-Unis étaient les suivants: spiritueux (2 Md€), vins (près de 2 Md€), produits de boulangerie (168 M€), fromages (161 M€), préparations pour l’alimentation animale (129 M€). À l'inverse, les importations françaises en provenance des États-Unis relèvent surtout des fruits (160 M€), des vins (87,5 M€), des spiritueux (74 M€) et des fèves de soja (50 M€).

Carbone: l’ajustement aux frontières pas aussi bénéfique qu’escompté en agriculture

S’appuyant sur une étude de cas menée au sein de l’Union européenne (UE), un article publié dans la revue Q Open* le 4 juin évalue les effets des mécanismes d’ajustement carbone aux frontières (MACF) dans le secteur agricole. Selon ses auteurs, l’introduction d’un MACF pourrait certes renforcer la compétitivité des producteurs agricoles européens et réduire les fuites de carbone, mais pas sans conséquences néfastes en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). En effet, l’augmentation de la compétitivité pourrait nuire aux efforts de réduction domestique. Selon les simulations effectuées dans le cadre de l’étude, les émissions de l’UE diminueraient ainsi de 3,9% dans un scénario avec MACF, contre 5,7% dans un scénario sans MACF, précise le Centre d’études et de prospective (ministère de l’Agriculture) dans sa synthèse. En outre, les réorientations commerciales vers des régions moins efficaces en matière d’émissions (Inde, Chine, Brésil, continent africain) pourraient intensifier les émissions de GES mondiales, compromettant les efforts globaux de réduction. C’est pourquoi les auteurs de l’article préconisent notamment de mettre en œuvre des politiques complémentaires aux MACF, «pour parvenir à une réduction efficace des émissions mondiales dans le secteur agricole».
*Née d’une collaboration entre l'Association européenne des économistes agricoles et la maison d’édition «Oxford University Press»

Planification écologique: les associations appellent Barnier à en acter les objectifs

À la veille du discours de politique générale du nouveau gouvernement, les associations environnementales du Réseau action climat (Rac) ont dit se préparer à une année «combative», à l’occasion d’une conférence de presse le 30 septembre. Face à de «nombreux reculs ces derniers mois, notamment dans l’agriculture», la coalition d’associations craint que la transition écologique ne fasse les frais des arbitrages budgétaires et politiques. C'est pourquoi «les semaines qui arrivent constitueront un véritable test pour le gouvernement», a précisé Antoine Gatet, président de France nature environnement (FNE). Et d’ajouter: «Nous avons eu les paroles, pas encore les actes», alors que des textes législatifs structurants accusent un retard de plus d’un an: nouvelle Stratégie nationale bas carbone (SNBC), troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc-3), programmation de l’énergie (PPE). Dans l’attente d’un rendez-vous avec le Premier ministre Michel Barnier, dans les prochains jours, le Rac appelle le chef du gouvernement à acter les objectifs de la planification écologique, à engager les financements nécessaires pour atteindre ses objectifs et à stopper les menaces qui pèsent sur les libertés associatives dans sa déclaration de politique générale.

Légumes: en Loire-Atlantique, des maraîchers victimes d’une action contre l’extraction de sable

Une manifestation d’opposants au projet d’extension de la carrière de Saint-Colomban (Loire-Atlantique), organisée par l'association Tête dans le Sable et les Soulèvements de la Terre, s’est déroulée le samedi 28 septembre, comme le rapporte France Bleu Loire Océan. La mobilisation a aussi entraîné quelques dégradations chez les maraîchers locaux, a souligné Regis Chevalier, président de la Fédération des maraîchers nantais, sur LinkedIn: «Les volontés étaient clairement malveillantes et les gendarmes ont parfaitement encadré le risque de débordement», précise-t-il en ajoutant : «Leurs méthodes sont telles que leur cause devient inaudible, enfermée dans un fanatisme absurde». Contacté par Agra Presse, il explique les différentes atteintes causées par certains participants à la manifestation: «Outre un vol de sable chez un maraîcher, on déplore des casses sur des systèmes d’irrigation – canons d'irrigation, électro-vannes – et, dans la nuit, des exactions de type lacérations de serres, vitres de tracteur explosées…». Le président des maraîchers nantais est d’autant plus contrarié qu’il avait prévenu: «Cette manifestation a été annoncée fin août et nous avions envoyé un courrier d’alerte sur de possibles débordements», explique-t-il, regrettant aussi le traitement de l’évènement par la presse locale.

Tomate: amorce de discussion entre producteurs français et marocains

Les producteurs de légumes français et marocains se sont rencontrés à l’occasion d’un cycle de conférences organisé par l'agence d'exportation des produits alimentaires Morocco Foodex à Agadir les 20 et 21 septembre, rapporte Direct légumes, le bulletin de Légumes de France (producteurs, FNSEA). Cyril Pogu (coprésident de Légumes de France) et Christophe Rousse (présidant de Felcoop) ont ainsi échangé avec Khalid SaIdi, président de Apefel (producteurs marocains de fruits et légumes), Ahmed Mouelih, directeur de la Fifel (interprofession marocaine) et plusieurs producteurs. Cette première rencontre aurait permis aux deux parties d'apprendre «à se connaitre et à dépassionner le débat» (surtout le thème sensible de la tomate). Les participants ont convenu de problématiques communes: restriction de l'arsenal phytosanitaire, augmentation des charges, main-d’œuvre, concurrence avec la Turquie. La filière française partagera avec son homologue marocaine l'étude en cours du CGAAER sur la ventilation calendaire des volumes d'importation par catégorie et par destination, nationale ou communautaire hors France, afin «d'échanger sur des bases saines et consensuelles». Une nouvelle rencontre pourrait se tenir lors du prochain Salon de l'agriculture.

Champignons: 400 kg cueillis illégalement et interceptés dans la Drôme

Les gendarmes de la Drôme, l'Office national des forêts et l'Office français de la biodiversité ont saisi 75 caisses de champignons cueillis illégalement, soit environ 400 kg, relate France Bleu Drôme Ardèche le 29 septembre. C’est lors d’un contrôle à Vassieux-en-Vercors (Drôme) qu’ils ont intercepté huit personnes, de nationalité roumaine, avec leur butin estimé à 3000 € sur le marché. Elles ont été verbalisées en conséquence. En effet, il est interdit de ramasser des champignons dans certaines zones du Parc naturel régional du Vercors, et la quantité de la cueillette est limitée. Les champignons saisis ont été détruits par les autorités. Les codes pénal et forestier indiquent que, au-delà de dix litres de champignons par personne (soit l’équivalent d’un panier de 10 kg environ), la cueillette frauduleuse est un délit passible de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende. Thomas Ottenheimer, maire de Vassieux-en-Vercors, évoque un «réseau» de ramasseurs, qui «viennent cueillir des quantités importantes de champignons en forêt avant de les revendre illégalement dans le sud de la France, voire en Espagne. C'est tout ce réseau qu'il faut dissuader de venir travailler sur notre secteur.»

Spiritueux: les liqueurs font leur entrée au Patrimoine culturel immatériel

Les savoir-faire des liqueurs viennent d’être distingués par le ministère de la Culture, rejoignant l’inventaire du Patrimoine culturel immatériel, indique-t-il le 30 septembre dans un communiqué commun avec leur syndicat. «Indissociables de la géographie des territoires, de plantes, de fruits et d’épices caractéristiques de nos terroirs, les liqueurs savent exprimer la quintessence d’une large diversité d’ingrédients d’origine naturelle, d’après le document. Des siècles de pratiques ont permis d’atteindre une parfaite maîtrise de l’extraction des saveurs et des arômes grâce aux techniques héritées de l’infusion, de la macération et de la distillation.» Originaires notamment des Pays de la Loire, de Nouvelle-Aquitaine, d’Auvergne-Rhône-Alpes, de Bourgogne-Franche-Comté ou encore d’Alsace, les liqueurs «enrichissent ainsi la gastronomie française et contribuent à son rayonnement par leur présence dans de nombreux restaurants, bars et hôtels du monde entier». Le Syndicat français des liqueurs dit représenter environ 2000 emplois sur tout le territoire, plus de 300 M€ de ventes en grande distribution et 170 M€ à l’exportation. Quelque 830 références de liqueurs existent en France, selon lui.