Agrafil du 21 mars 2025

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LOA : plusieurs dispositions majeures censurées par le Conseil constitutionnel

Dans une décision publiée le 20 mars, le Conseil constitutionnel a censuré plusieurs dispositions majeures de la loi d'orientation agricole (LOA). Les principes de non-surtransposition des normes européennes et de « non-régression de la souveraineté alimentaire » sont supprimés au motif qu'ils sont contraires à la séparation des pouvoirs. De même, les présomptions d’absence d’intention applicables au délit d’atteinte aux espèces protégées (mais pas la dépénalisation de certaines peines) sont censurées, car elles « méconnaissent le principe de légalité des délits et des peines ». Le droit à régularisation en cas d’erreur applicable aux contrôles opérés dans une exploitation agricole est supprimé, car jugé « inintelligible ». Plusieurs dispositions relatives aux travaux forestiers (défrichement en montage, intérêt général des travaux de gestion durable) ou à la réglementation foncière (installations proches des rivages, exemption des bâtiments agricoles du décompte des zones artificialisées, espace de transition entre les espaces agricoles et les espaces urbanisés) sont supprimées, car elles n'ont pas de lien direct avec le texte. Dernière mesure supprimée : l'exemption pour la pisciculture des régimes d'autorisation environnementale, au motif qu'elle est contraire à la Charte de l'environnement.

PPL Entraves : le texte finalement inscrit à l'agenda de l'Assemblée le 28 avril (presse)

L'Assemblée se penchera finalement la semaine du 28 avril sur la proposition de loi Entraves, a appris l'AFP de sources gouvernementale et parlementaire. La PPL devait arriver à l'Assemblée la semaine du 7 avril, mais l'embouteillage parlementaire a contraint le gouvernement à repousser son examen, au grand dam de la FNSEA. Son président Arnaud Rousseau avait déploré le 18 mars  l'« incertitude » autour de ce texte, quand le rapporteur à l'Assemblée Julien Dive (Les Républicains) s'est alarmé des rumeurs de report fin mai, qui laisserait selon lui « des filières définitivement en situation d'impasse pour la campagne 2025 » – référence à l'acétamipride, pesticide pour lequel le texte prévoit une dérogation d'usage. Le gouvernement a finalement décidé de récupérer la semaine du 28 avril pour inscrire ce texte, renonçant en retour à la semaine du 12 mai pour répondre à des impératifs constitutionnels de partage du calendrier parlementaire. Le nouveau calendrier doit être formalisé mardi en conférence des présidents de l'Assemblée. Il devrait entraîner le report d'un autre examen attendu : les deux propositions de loi sur la fin de vie, concernant respectivement les soins palliatifs et l'aide à mourir, devaient être étudiés à partir de la semaine du 12 mai.

Relations commerciales : un coefficient multiplicateur voté par surprise, à l'avenir incertain

Accident législatif ou caillou dans la chaussure de la majorité ? Un amendement prévoyant un coefficient multiplicateur entre le prix d’achat et le prix de vente des produits agricoles ou agroalimentaires a été adopté, à la surprise générale, à l'Assemblée lors de l'examen de la proposition de loi (PPL) sur le SRP+10 (seuil de revente à perte +10 %) le 17 mars. Pour la députée LFI Aurélie Trouvé, qui a voté en faveur de cette demande historique du PCF, il s'agit d'un « point clé ». L'amendement avait fait changer d’avis de son groupe parlementaire, LFI, qui ne comptait pas voter le texte initial de la PPL. Toutefois, la partie est très loin d'être gagnée pour cet amendement, qui risque fort d’être recalé au Sénat en raison de la couleur politique dominante de la haute assemblée. « Ce sera un bras de fer en commission mixte paritaire (CMP) pour maintenir le coefficient multiplicateur », estime Aurélie Trouvé. Si la CMP est conclusive sans cet amendement, elle suppose que son groupe ne votera pas la PPL dans l’hémicycle. Reste à connaître la position des socialistes, qui ne seraient pas favorables au maintien de l’amendement « adopté par accident » selon une source proche du dossier, et du RN qui a voté pour en séance publique.

Aides Pac en Corse : des hauts fonctionnaires poursuivis pour « détournement de fonds publics »

Accusés d'avoir illégalement augmenté les aides Pac en Corse, deux hauts fonctionnaires seront jugés à Paris pour « détournement de fonds publics » et un troisième pour complicité, a indiqué le 20 mars à l'AFP l'association anticorruption Anticor, qui avait déposé plainte. Tout tourne autour d'une réunion au ministère de l'agriculture le 14 janvier 2016, selon des documents d'enquête consultés par l'AFP. Pour « éviter d'éventuels troubles à l'ordre public », ces hauts fonctionnaires sont accusés d'avoir invité les responsables des chambres d'agriculture corses à faire déclarer aux éleveurs insulaires des « surfaces non admissibles ». La directrice adjointe du cabinet du ministre de l'agriculture de l'époque, Stéphane Le Foll est accusée d'avoir autorisé l'extension « à tous les ruminants » (ovins, caprins, bovins) des aides attribuées « aux surfaces de chênaies et châtaigneraies entretenues par les porcins ». Elle est également accusée d'avoir permis « l'antidatage » des déclarations de surfaces. « Qu'une interprétation d'une règle puisse être considérée comme un détournement de fonds publics est une erreur », a indiqué à l'AFP Me Emmanuel Marsigny, son avocat, soulignant « qu'il n'y a aucun enrichissement personnel des personnes poursuivies ». Le p.-d.g. en 2016 de l'Agence de services de paiement (ASP), est accusé des mêmes faits. Enfin, le conseiller pour la Corse du ministre de l'Agriculture de l'époque est accusé de complicité pour avoir organisé la réunion.

Guerre commerciale : Bruxelles va reporter ses rétorsions envers les États-Unis à mi-avril

Invité à échanger sur les relations avec les États-Unis avec les eurodéputés de la commission du Commerce international dans le cadre du dialogue structuré, le commissaire au Commerce international, Maros Sefcovic a confirmé, le 20 mars, le report des mesures de rétorsions de l’UE à mi-avril. « Nous envisageons désormais d'aligner le calendrier des deux séries de contre-mesures de l'UE afin de pouvoir consulter les États membres sur les deux listes simultanément », a-t-il déclaré devant l'assemblée de parlementaires. Et d’ajouter : « Cela nous donne également plus de temps pour négocier et tenter de trouver une solution mutuellement acceptable ». Cette annonce s’inscrit dans un contexte de menaces de taxes américaines de 200 % sur les boissons alcoolisées en réponse aux droits européens sur le bourbon. « Je suis en contact avec mes homologues américains pour mieux comprendre les plans américains et rechercher des solutions possibles », a indiqué le slovaque. Bruxelles continue donc de miser sur le dialogue avec l’administration américaine.

Commerce extérieur : solde agroalimentaire négatif sur un mois, une première (Agreste)

Le ministère de l’Agriculture signale, dans une note de conjoncture « Infos rapides » d’Agreste datée de mars, deux faits inédits en janvier 2025 dans la série historique des données mensuelles (disponible depuis 1998) : le solde négatif des échanges commerciaux agroalimentaires (-169 millions d’euros) et le solde négatif en produits transformés (-73 M€). La balance s’est particulièrement dégradée avec les pays tiers, perdant 539 M€ depuis janvier 2024 pour tomber à 33 M€. Causes mentionnées : le recul des ventes de blé tendre (principalement à destination de la Chine et du Maghreb), la hausse des importations de produits transformés (essentiellement le chocolat), ainsi que celles de produits bruts, comme les fèves de cacao de Côte-d’Ivoire et le colza canadien. Le solde avec l’Union européenne, qui était déjà négatif en janvier 2024 (-51 M€), creuse le déficit de 151 M€ à -202 M€. Causes mentionnées : la baisse des ventes de céréales (principalement d’orge), la hausse des achats de produits transformés comme les chocolats et les produits laitiers (plus particulièrement le beurre), dans un contexte de prix en hausse, ainsi que la hausse des achats de légumes.

Cognac : le Premier ministre pourrait se rendre en Chine, selon la ministre de l'Agriculture

François Bayrou pourrait se rendre en Chine, après la visite prévue fin mars de son chef de la diplomatie, a indiqué le 20 mars la ministre de l'Agriculture, qui a rencontré en Charente-Maritime les acteurs de la filière cognac, sous la menace de taxes douanières chinoises. Alors que le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot est attendu le 27 mars à Pékin, « on va voir comment se passent ces négociations, qui pourraient être le prélude d'une visite du Premier ministre », a déclaré Annie Genevard. « On sait que les Chinois sont sensibles aux gestes diplomatiques. Donc, le volet fermeté, l'Union européenne l'a déployé. Le volet diplomatie, c'est la France qui va elle-même conduire sa diplomatie à l'égard de la Chine. » Lors de sa visite, M. Barrot cherchera à obtenir le report à juillet de l'échéance du 5 avril, date à laquelle Pékin pourrait rendre définitives des mesures douanières provisoires mises en place depuis l'automne. « Le deuxième objectif qu'ambitionne Jean-Noël Barrot au nom du gouvernement est d'obtenir la fin de la disparition du cognac dans les duty-free, parce que c'est un débouché extrêmement important pour le cognac », a-t-elle ajouté. Pour ce qui est des États-Unis, qui menacent de taxer les vins et spiritueux européens à 200 %, « même chose : fermeté et diplomatie », a dit la ministre.

Vin : les AOP empêchées de bascule vers les IGP Drôme, Var et Méditerranée

Le comité national des indications géographiques protégées (IGP) relatives aux vins et aux cidres de l’Inao a validé le 18 mars de nouvelles règles concernant l’« étanchéité » de trois IGP vis-à-vis des AOP. Cette mesure, visant à « stabiliser les marchés », les protège contre l’entrée de volumes de vin d’appellation. « Afin de renforcer les équilibres commerciaux et de raisonner les volumes de production en fonction des marchés, plusieurs cahiers des charges ont revu leurs modalités de déclaration de récoltes et de revendication », résume le communiqué. « Ainsi, un système de définition de volume maximum revendicable a été adopté pour plusieurs IGP, notamment Drôme, Méditerranée et Var. Cette régulation permettra d'éviter des fluctuations excessives de l'offre en IGP et de mieux structurer le marché des vins IGP. » Par ailleurs, l’Inao indique avoir validé les premières demandes de vins partiellement désalcoolisés en IGP. « Les IGP Périgord, Comté tolosan et Val de Loire intègrent désormais la possibilité de produire des vins partiellement désalcoolisés » (teneur minimum 6°), selon le communiqué.

HVE : vers une baisse du nombre d'exploitations certifiées en 2025

Pour la première fois depuis sa création en 2012, le nombre de fermes HVE (troisième niveau de la certification environnementale des exploitations) devrait baisser en 2025, suivant une tendance probablement amorcée dès la fin 2024. C'est le résultat de notre enquête à la une d'Agra Presse hebdo cette semaine, au cours de laquelle quatre organismes certificateurs ont été interrogés. Le nombre d’exploitations certifiées avait continué d’augmenter au premier semestre 2024, mais à un rythme toujours ralenti depuis le 1er janvier 2023, date de mise en œuvre de la version 4 du référentiel. 39 772 exploitations étaient HVE au 1er juillet 2024. Les chiffres du second semestre doivent paraître au printemps. Les raisons du désamour pour la HVE sont multiples. D'abord l’entrée en vigueur d’un nouveau référentiel (V4) plus contraignant, notamment sur les volets phytosanitaires et fertilisation ; certaines structures collectives ont ainsi été découragées par la charge administrative accrue. Mais c’est surtout l’absence de marché pour la HVE que regrettent les producteurs, sur toile de fond inflationniste. Sans compter quelques égarements en matière d’incitations publiques. Pour les professionnels, l'objectif de 50 000 exploitations certifiées HVE en 2030 ne sera pas atteint.

Fruits et légumes/serres : le Plan de souveraineté subit un « coup d’arrêt » (Interfel)

Interfel s’inquiète d’un « coup d’arrêt » du Plan de souveraineté fruits et légumes dans un communiqué du 18 mars, dénonçant « un net ralentissement du dispositif en 2024 et 2025 », avec des « crédits réduits », des « financements non-versés » et – comme déjà indiqué lors du Salon de l'agriculture – une « absence de perspectives ». Plus précisément, sur les « 100 M€ de crédits de la planification écologique promis en 2024 », il faut déduire 25 M€ « retirés dans le courant de l’année dernière par Bercy en raison des difficultés budgétaires du pays ». Sur les 75 M€ restants, seulement 44,7 M€ ont été « débloqués », déplore L'interprofession des fruits et légumes frais, laissée dans l’incertitude sur les 30 M€ restants, qui concernent les serres. « Au 18 mars 2025, toujours aucun financement pour les projets de décarbonation des serres, et plus de la moitié des dossiers de rénovation des vergers restent sans soutien faute de crédits. » Le même jour, l’association Tomates-Concombres, la Gefel, Légumes de France et la FNPF (producteurs de fruits, FNSEA) demandent justement au gouvernement d’« honorer ses engagements » et de débloquer le budget de l'appel à projets « Serres et équipements de serres » (30 M€ pour 2024) ; celui-ci est « très attendu » des producteurs, selon les organisations, « pour construire, rénover et investir dans des équipements innovants et performants ».

Lait : séparation actée entre l’AOP Sunlait et l’OP Ouest’Lait (presse)

L’assemblée générale de l’organisation de producteurs (OP) Ouest’Lait, qui s’est tenue le 18 mars à Saint-James (Manche), a décidé de retirer son mandat de négociation à l’association d'OP (AOP) Sunlait à laquelle elle adhérait. « Sunlait ne sera donc plus responsable de la mise sur le marché des volumes de Ouest’Lait », écrivent nos confrères de La France agricole. Début février, Savencia avait indiqué que l’accord-cadre avec Sunlait n’avait pas été renouvelé, les éleveurs étant désormais collectés sur la base de contrats individuels. L’AOP est en conflit avec Savencia de longue date, n’arrivant pas à trouver un accord sur le prix du lait. Ouest’Lait est maintenant en quête de nouveaux acheteurs pour son lait, sachant que plusieurs éleveurs ont signé des contrats individuels avec Savencia. Pour cette année, Ouest’Lait cherche à signer un accord-cadre pour ses producteurs, ce qui pourrait se faire avec Savencia. Mais d’autres pistes sont à l’étude, comme Danone, en recherche de volumes de lait, ou la laiterie de Remouillé (Loire-Atlantique) avec la marque En direct des éleveurs. Ouest’Lait a aussi entamé une collaboration commerciale avec Les Maîtres laitiers du Cotentin.

Influenza aviaire : niveau de risque abaissé à « modéré », mise à l’abri assouplie

Un arrêté publié au Journal officiel le 20 mars abaisse le niveau de risque en matière d'influenza aviaire hautement pathogène à « modéré » sur l'ensemble du territoire métropolitain. Il était à son niveau maximum, soit « élevé », depuis novembre 2024 en raison de la forte présence du virus dans la faune sauvage. L’arrêté prend effet le 21 mars. Dans le même JO est paru un autre arrêté qui autorise, par dérogation, les éleveurs à placer les canards de plus de 42 jours sur un « parcours adapté » lorsque le risque d’influenza descend à « modéré ». Un tel parcours respecte des « conditions déterminées sur la base d'une analyse des risques d'introduction du virus de l'influenza aviaire par le vétérinaire (…) », selon une définition venant s’ajouter à l'arrêté du 25 septembre 2023. Le texte paru le 20 mars, qui vise particulièrement la filière des canards à foie gras, prévoit que les mouvements des canards entre deux établissements, hors abattoirs, ayant accès à un parcours adapté, sont conditionnés à un dépistage virologique favorable du virus sur 20 canards dans les 72 heures précédant le mouvement, les frais de dépistage étant à la charge des intéressés.

FCO : l’Espagne lève ses restrictions sur les mouvements d’animaux vivants (presse)

« L'Espagne a mis fin, le 11 mars 2025, à l'obligation de vaccination pour les ovins et bovins en provenance de zones réglementées au titre des sérotypes 1, 3, 4 et 8 de fièvre catarrhale ovine (FCO) », indiquent nos confrères de Réussir Bovins viande. Madrid applique le principe d’équivalence, levant les contraintes quand les animaux proviennent de zones où sont présents les mêmes sérotypes que sur son territoire. Avant cela, les animaux devaient être vaccinés, ou issus de mère vaccinée, ou désinsectisés avec test PCF négatif. Une seule condition reste en vigueur : « l’absence de signes cliniques », selon La France agricole, qui cite un message de la DGAL (ministère de l’Agriculture) adressé à la FMBV (marchés de bétail vif). Des contraintes sont toujours appliquées en cas de circulation asymétrique, c’est-à-dire quand un sérotype présent dans la zone de provenance est absent de la zone d’arrivée ; seules sont concernées les Canaries et les Baléares. L’Espagne est la première destination des veaux laitiers français (294 000 têtes en 2024, soit 85 % des exportations) et la deuxième pour les broutards (109 000 têtes). En raison de la « décapitalisation laitière généralisée » en Europe, les prix des veaux espagnols ont récemment atteint un « niveau record », selon l’Idele.

Porc/bien-être animal : en Espagne, un aménagement réglementaire pour les petits élevages

L’Union espagnole des petits agriculteurs et éleveurs (UPA) a salué le 11 mars sur son site internet l’offre ministérielle de flexibilité dans la mise en œuvre des nouvelles normes de bien-être des porcs dans les élevages de taille modeste. Le ministère propose d’aménager l’application du décret royal de 2023 (159/2023), qui impose à compter de mars 2025 des nouvelles normes relatives au bien-être animal en élevage porcin, ainsi qu’un dispositif de contrôle. Un décret est en préparation, informe l’UPA, qui repousse l’échéance jusqu’à 2026, ce qui donnera le temps à « des milliers d’élevages » d’« adapter leurs infrastructures et modèles de production sans compromettre leur viabilité économique ». Ce texte en préparation introduira de nouveaux paramètres qui « permettront d’évaluer la conformité des fermes à la réglementation sans les obliger à réduire leur capacité de production de manière automatique ». L’UPA conclut que sa collaboration avec d’autres organisations du secteur « a permis au ministère de l’Agriculture d’ajuster les exigences et de prolonger la période d’adaptation, favorisant un développement équilibré alliant bien-être animal et rentabilité ».

Loup : en Espagne, les députés autorisent de nouveau la chasse au canidé

Les députés espagnols ont assoupli le 20 mars les mesures de protection du loup dans le nord du pays, rendant à nouveau possible sa chasse trois ans et demi après son interdiction par le gouvernement du Premier ministre socialiste Pedro Sánchez. Cette disposition, introduite via un amendement à une loi sur le gaspillage alimentaire, a été adoptée grâce aux voix du Parti populaire (PP, droite) et de Vox (extrême droite), qui se sont alliés avec un parti régionaliste basque (PNV) et les indépendantistes catalans de Junts. Jusqu’en septembre 2021, les régions situées au nord du fleuve Duero (Asturies, Galice, Cantabrie et Castille-et-Léon), traitaient le loup comme une espèce cynégétique, ce qui permettait d’en abattre un certain pourcentage tous les ans. Mais pour unifier les règles dans le pays, le gouvernement Sánchez avait décidé à cette date d’interdire sa chasse sur l’ensemble du territoire. L’amendement voté jeudi, à l’initiative du PP, stipule que la capture et l’abattage des loups pourra « se justifier » de façon « exceptionnelle » en cas de menace pesant sur le « système productif » agricole. Il retire le loup de la Liste des espèces sauvages en régime de protection spéciale (Lespres) dans les régions situées au nord du Duero – une mesure qui pourra être étendue à l’ensemble du pays en vertu d’un autre amendement adopté le 20 mars.

Céréales : vers une production mondiale record en 2025-2026, selon le CIC

Dans son rapport mensuel du 20 mars, le CIC (Conseil international des céréales) a livré ses premières projections officielles de production mondiale de grains pour la campagne commerciale 2025-2026. Elle s'élèverait à 2 368 Mt, ce qui constituerait un record, contre 2 306 Mt en 2024-2025. Les moissons de blé, de maïs et de soja atteindraient des niveaux jamais observés. En blé, la production planétaire culminerait à 807 Mt. L’organisation avait déjà annoncé une première projection dans son rapport de janvier, mais qui restait encore très provisoire, de 805 Mt. En 2024-2025, elle s’élevait à 799 Mt (797 Mt dans son rapport de février). Celle de soja est attendue à 427 Mt, contre 418 Mt l’an dernier. En maïs, elle atteindrait 1 269 Mt, contre 1 217 Mt en 2024-2025 (1 216 Mt en février). Contacté par Agra Presse, Arnaud Petit, directeur exécutif du CIC, précise qu’il s’agit « de nos premières estimations, qui se basent principalement sur des rendements annuels historiques. (…) La météo et des considérations de politique commerciales peuvent altérer nos prévisions dans le futur. »

Élections chambres : en Gironde, la CR appelle à manifester vendredi 21 mars

Dans un message publié sur le réseau social X le 19 mars, la Coordination rurale de Gironde (CR 33) appelle à la mobilisation le vendredi 21 mars, à Bordeaux, afin d’empêcher la tenue de la session de la chambre d’agriculture, dirigée par des élus qu’elle estime « illégitimes ». Lors du scrutin de fin janvier, la CR était arrivée en tête du collège 1 (chefs d’exploitation) avec 36,75 %, soit six voix d’avance sur la liste FDSEA-JA. Mais le syndicat majoritaire est parvenu à conserver la présidence de la chambre, grâce aux voix des autres collèges (salariés, coopératives, organisations professionnelles, anciens exploitants, etc.). Le bureau compte finalement sept élus FDSEA, un membre de la Confédération paysanne et un représentant de la CFDT. La Coordination rurale déclare avoir refusé une place dans cette instance, ainsi qu’à la commission des Finances. La session du 21 mars est « essentielle pour autoriser le bureau à gouverner notre chambre d’agriculture », note la CR 33 dans un communiqué. « Sans le vote de ces délibérations, le bureau (…) n’aura aucun pouvoir, ne pourra s’octroyer aucune indemnité et sera dans l’obligation de convoquer une session chambre pour chaque décision », affirme le syndicat.

Élections chambres : Bousquet-Cassagne appelle le Loir-et-Cher à « préparer les fourches »

Dans une vidéo diffusée sur Facebook le 12 mars, Serge Bousquet-Cassagne a appelé les agriculteurs du Loir-et-Cher à « préparer les fourches » pour « empêcher toute session » de la chambre d’agriculture, après une élection « volée » à la Coordination rurale selon lui. Fin janvier, la CR est arrivée en tête dans le collège 1 (chefs d’exploitation) dans ce département, avec 42,91 %. Mais c’est un président FNSEA-JA, Arnaud Bessé, qui a été élu, grâce aux voix des autres collèges (salariés, organisations professionnelles, etc.). « Cette victoire qu’on nous a volée, on va la reprendre par les fourches », a lancé M. Bousquet-Cassagne, exhortant les militants à se « préparer à une grande guerre ». Et l’ancien président de la chambre du Lot-et-Garonne de menacer, en désignant les représentants des autres collèges : « Chaque milicien (sic) qui a voté pour la fédé (…) aura droit à sa peinture de guerre sur les routes et à ses problèmes chez lui ». « C’est intolérable et nous réagirons », a répondu Romain Blanchard, secrétaire général adjoint de la FNSEA, sur le réseau social X. Dans un communiqué du 20 mars, la CFDT a appelé « les pouvoirs publics à prendre les mesures adaptées pour rétablir l’ordre », tout en demandant « aux représentants nationaux de la Coordination rurale de condamner sans détour les propos haineux ».

Méthanation biologique : Enosis inaugure sa première installation dans l’Aisne

Dans un communiqué du 20 mars, la société Enosis (basée à Toulouse) indique avoir inauguré sa première installation de méthanation biologique, basée à Lesquielles-Saint-Germain (Aisne) et dénommée Denobio. « Le projet Denobio se veut à la fois un outil d’industrialisation et une vitrine », précise le communiqué. Le processus de méthanation biologique consiste à produire du méthane à partir de la combinaison de dioxyde de carbone et d’hydrogène, à l’aide de microorganismes (soit une biotechnologie). Ce méthane sera ensuite injecté dans le réseau de gaz naturel, géré par GRDF. L’installation d’Enosis est intégrée à l’unité de méthanisation locale, détenue et exploitée par la société Energia Thiérache, dont elle capte le dioxyde de carbone (directement produit ou issu de l’épuration de biogaz). L’hydrogène est de son côté fourni par la société Lhyfe (dont le siège social se situe à Nantes), « qui le produit sur un site distant, grâce à un procédé d’électrolyse à partir d’électricité renouvelable », relate le communiqué. Ce dernier précise que le projet est financé par l’État dans le cadre de France 2030, et « soutenu par la Région des Hauts-de-France et GRDF ». Les montants des financements n’ont pas été communiqués, pas plus que les capacités de production du site.

Transmission : une étude dresse les portraits-types des nouveaux installés

La transmission familiale reste le schéma dominant en agriculture, selon les résultats d’un projet de recherche de l’Esa d'Angers (école d’ingénieurs). Plus de la moitié des installés en 2018 ont des parents agriculteurs (sur un échantillon de 3 400 individus). L’étude distingue cinq profils-types, entre héritiers, « classes populaires hors cadre » et reconvertis. En dehors de la transmission familiale, on retrouve notamment les « classes populaires hors cadre » (16 %), qui sont presque tous non issus de familles d’exploitants (97 %). Un autre trait distinctif est leur ancrage rural : 90 % vivaient déjà à la campagne avant leur installation. Autre catégorie : les « reconvertis des classes moyennes » (20 %). Souvent sans ancrage rural ni familial dans le secteur, ils ont pris un virage tardif vers l’agriculture. « Leur approche de l’agriculture reflète leur parcours atypique : trois quarts vendent exclusivement en circuit court, 60 % privilégient le bio et un tiers se spécialise dans le maraîchage, soit le double de la moyenne. » Les « reconvertis des classes supérieures » (8 %) sont issus majoritairement des milieux urbains. Nombre d’entre eux (42 %) sont issus de familles agricoles, témoignant d’un mouvement de « contre-mobilité » : après une première carrière hors du secteur, ils reviennent vers la profession de leurs parents.

Changement climatique : Météo-France décrit la France à +4°C (étude)

Météo-France a publié le 20 mars une étude qui aborde la variabilité, les extrêmes et les impacts climatiques pour un réchauffement en France à +4°C à horizon 2100 (scénario de la Tracc, trajectoire de référence pour l’adaptation). On y lit que « des hivers secs sont encore possibles mais les hivers humides dominent » ; « les étés humides peuvent encore exister mais les étés secs prédominent ». Côté très fortes chaleurs (température maximale dépassant 35°C), le nombre annuel de jours atteint 8 à l’échelle de la France, « contre moins de 1 jour sur la période de référence ». Côté gel, le nombre de jours « se réduit à une quinzaine » en moyenne, « contre 43 jours sur la période de référence ». De plus, « les pluies quotidiennes maximales annuelles augmentent sur l’ensemble du pays, de l’ordre de 15 % en général et jusqu’à +30 % dans certaines simulations » ; « l’évapotranspiration potentielle de la végétation augmente fortement à l’échelle de la France (de près de 20 %) et le bilan hydrique est réduit (de plus de 100 mm soit l’équivalent de 1 à 2 mois de pluie) ». Le nombre de jours de sol sec « atteint 4 à 5 mois dans la moitié nord », « jusqu’à plus de 7 mois sur les régions méditerranéennes », et une sécheresse telle que celle de 2022 « devient un événement fréquent en été ».

Alimentation/nutrition : les Français sont souvent mal informés (sondage)

Cures détox, compléments alimentaires, viande rouge : les Français manquent de repères sur leur alimentation et sont souvent mal informés, selon le quatrième baromètre de l'esprit critique d’OpinionWay pour Universcience (Palais de la découverte/Cité des sciences), publié le 20 mars. 58 % pensent que les cures détox sont efficaces pour « nettoyer l'organisme après un excès alimentaire », 37 % que les compléments alimentaires « compensent une mauvaise alimentation » et 34 % que « les hommes ont besoin de plus de viande rouge que les femmes ». Des fausses informations encore plus répandues chez les 15-24 ans (65 %, 53 %, 46 %). Au total, plus de huit sondés sur dix adhèrent à « au moins une des contre-vérités testées qui circulent au sujet de l’alimentation ». 56 % confient ne pas savoir « vraiment qui croire » ; c'est le cas pour 65 % des 18-24 ans. « La première source d’information sur l’alimentation est l’entourage (54 %) », résume le baromètre, « suivi par internet (hors réseaux sociaux) pour un Français sur deux, puis les professionnels de santé (30 %) ». Chez les 15-24 ans, 46 % font confiance aux youtubeurs et influenceurs scientifiques, et 63 % aux applications spécialisées, comme OpenFoodFacts ou Yuka. 56 % rapportent lire régulièrement les étiquettes en faisant leurs courses.

Vin : nouvelle présidente et nouveau membre pour le CEVC (entreprises européennes)

L’assemblée générale du Comité européen des entreprises vins (CEEV) a porté, le 20 mars à Bruxelles, l’italienne Marzia Varvaglione (Union italienne du vin) à sa tête. La nouvelle présidente, dont le mandat est de trois ans, succède dans cette fonction à l’espagnol Mauricio González-Gordon (FEV, fédération espagnole du vin), qui avait lui-même pris la suite du français Jean-Marie Barillère (union des maisons de Champagne) en mars 2022. Marzia Varvaglione sera secondée par un seul vice-président : Pedro Pereira Gonçalves (ACIBEV, association des vins et spiritueux du Portugal). En parallèle, le Comité vins a annoncé l’arrivée dans ses rangs d’un nouveau membre, l'Association européenne du vinaigre. « Nous sommes ravis d'accueillir le secteur du vinaigre dans la famille du CEEV, avec qui nous partageons tant de caractéristiques, y compris nos précieux vins », a déclaré Ignacio Sánchez Recarte, secrétaire général du CEEV.

Retrouvez votre agenda de la semaine agricole du 24 mars 2025

Lundi 24 mars
Conseil des ministres de l'Agriculture de l'UE : discussion sur la Vision pour l'agriculture et l'alimentation
Les députés examinent le PJL Simplification en commission
Visioconférence du réseau Inosys sur le revenu 2024 en bovins viande

Mardi 25 mars
Examen en commission développement durable de la PPL Entraves
Les députés auditionnent le directeur général de l'Anses
Les députés auditionnent le ministre des Outre-mer
Table ronde à l'Assemblée nationale sur le Pacte vert européen
Table ronde des agences de l'eau à l'Assemblée nationale
Entretiens de l'Ires (recherche) sur les migrations temporaires du travail
Conférence Afterres (Solagro) agriculture et climat
Conférence agrivoltaïsme du Ser et de l'Ines (recherche), à Lyon

Mercredi 26 mars
Congrès de la FNSEA, à Grenoble, jusqu'au 27 mars
Les députés de la Coméco examinent la PPL Agrivoltaïsme
Phyteis présente une étude sur l'« agronomie digitale »
Visioconférence Afnor sur la « résilience alimentaire des territoires »

Jeudi 27 mars
Débat à l'Assemblée sur l’aide publique au développement
Conférence de presse du CIP (interprofession de la pintade)
Visioconférence de l'UMT Sabre (santé des ruminants)
Conférence de presse annuelle de Biocoop
Conférence de presse Asperges de France