Agrafil du 22 avril 2025

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Taxes américaines : Trump certain d’un accord avec l’UE, mais à ses conditions

« Il y aura un accord commercial, à 100 %. » C’est ce qu’a déclaré Donald Trump le 17 avril, à l’issue de sa rencontre avec la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni, sans pour autant donner de précisions sur le calendrier à ce stade. Très attendue en raison de sa proximité idéologique avec le locataire de la Maison Blanche, la dirigeante italienne n’a donc pas obtenu d’engagement concret de la part de Washington et a seulement évoqué l’hypothèse d’organiser une rencontre en Italie entre les dirigeants des deux côtés de l'Atlantique. Par ailleurs, le président américain précise aussi sa volonté de conclure « un accord juste » de son point de vue. Il faut dire que l’administration Trump ne cesse de remettre en cause « la fausse science » et « les affirmations non fondées » qui seraient utilisées par l’UE, notamment pour bloquer les importations agroalimentaires américaines vers le Vieux continent. En parallèle, la Commission européenne, qui dispose de la compétence exclusive pour négocier un accord commercial au nom des Vingt-sept, souhaite utiliser les 90 jours de trêve pour avancer dans les négociations. Pour l’heure, le cadrage semble encore flou, même si les normes sanitaires sont « une ligne rouge » pour Bruxelles.

Retraites agricoles : une PPL veut réintroduire certains dispositifs des lois Chassaigne

Dans une proposition de loi déposée le 17 avril, le député Julien Brugerolles (GDR, Puy-de-Dôme) propose plusieurs mesures afin de revaloriser les pensions de retraites agricoles. La PPL entend reprendre certains dispositifs proposés dans les textes initiaux des lois Chassaigne 1 (qui avait vu la revalorisation à 85 % du Smic net agricole) et Chassaigne 2 qui n’avaient pas été retenus dans leur navette parlementaire. La première mesure vise à supprimer la mesure d’écrêtement des pensions par la prise en compte de l’ensemble des avantages vieillesse auxquels l’assuré peut prétendre auprès de l’ensemble des régimes de retraite obligatoires ; l'écrêtement « introduit une distinction entre les monopensionnés et les polypensionnés », selon l’exposé des motifs. Le texte propose aussi d’exclure des montants complémentaires de pension de l'assiette de calcul des prélèvements sociaux (CSG, CRDS, CASA). Il prône de revaloriser le régime complémentaire obligatoire (RCO) pour atteindre une pension minimum à hauteur de 85 % du Smic à l’ensemble des retraités actuels relevant du régime des non‑salariés agricoles. Par ailleurs, le texte entend exclure la pension de réversion et de la bonification pour enfants de l’assiette du calcul du seuil d’écrêtement pour la pension majorée de référence. Pour financer ces mesures, la PPL propose d’inscrire dans la loi la création d’une taxe additionnelle de 0,1 % à la taxe sur les transactions financières, qui serait affectée à la CCMSA.

Retenue illégale de Caussade : la préfecture et la chambre trouvent un compromis

Après avoir un temps rejeté la mise en demeure de la préfecture du Lot-et-Garonne, la chambre d'agriculture a finalement accepté un compromis pour mettre en conformité la retenue d'irrigation de Caussade, construite en 2019 sans autorisation, a appris l’AFP le 18 avril auprès des deux intéressés, confirmant une information du média Contexte. « On ne se plie pas à ce que nous dit l’État, mais on essaye d'aller vers la conformité », a nuancé Patrick Franken, président (CR) de la chambre et de l'association syndicale autorisée (ASA) exploitant l'ouvrage. Fin décembre, le préfet avait exigé de mettre le site en conformité afin d'assurer sa sécurité et de respecter le Code de l'environnement en matière d'entretien des ouvrages hydrauliques, de partage de la ressource en eau et de préservation des milieux aquatiques. « On ne voulait pas financer quoi que ce soit, car le lac a déjà été financé par l'argent des agriculteurs », a indiqué M. Franken. « Sur le volet environnemental, on a trouvé un compromis avec des collectivités locales qui vont nous aider à réaliser l'état des lieux de la faune et de la flore demandé », a-t-il précisé. Et d’ajouter, que, concernant la partie technique (rapports de surveillance), la chambre avait déjà « entamé la démarche avant l'arrêté ».

Asperges : manifestation devant un Lidl gardois contre les produits importés (presse)

Des producteurs gardois de la FDSEA ont protesté le 15 avril devant le magasin Lidl de Bagnols-sur-Cèze (Gard) en déversant des déchets d'asperges, rapport le site Objectif Gard. Ils voulaient ainsi dénoncer la vente de produits d’origine espagnole, mais aussi mexicaine, alors que la campagne française bat son plein et que le département compte de nombreux producteurs d’asperges. Ils dénoncent la concurrence déloyale de produits « venus de loin ne respectant pas les mêmes normes sociales et environnementales que celles imposées en France », a expliqué David Seve, président de la FDSEA du Gard. Le syndicat a tenu à souligner que les producteurs ont déversé seulement des déchets (talons) : « Aucune denrée comestible n'a été jetée », a précisé le syndicaliste. L’empreinte carbone des asperges importées (particulièrement celles du Mexique) a été particulièrement mise en exergue : « On a plein de producteurs locaux d'asperges et on en fait venir, même pas d'Espagne, mais du Mexique ! Ce n’est ni local, ni français et ni européen. Après, on nous parle de bilan carbone, c'est incompréhensible. Là ça ne passe pas ! », a poursuivi David Seve. La semaine dernière, Lidl avait déjà été épinglé par le collectif « Sauvons les fruits et légumes de France ».

Légumes transformés : les surgelés progressent en 2024, les conserves reculent en volume

Les ventes de légumes transformés en 2024 connaissent une évolution positive sur 2024, selon les derniers chiffres de Kantar pour l’Unilet (interprofession). Sur un ans, les Français ont en effet augmenté leurs dépenses de légumes surgelés de 5,6 % et de 1,2 % pour les légumes en conserve. En volume, les légumes surgelés enregistrent une progression notable de 3,2 % de leurs achats en 2024. Cette croissance est portée par les mono-légumes (particulièrement les courgette, +24 %) et les mélanges, alors que les légumes cuisinés et le bio sont pénalisés par le départ d’acheteurs, semblant traduire une sensibilité croissante au prix : « Ce sont d’ailleurs les marques de distributeurs qui se démarquent sur la catégorie, reflétant une recherche d’accessibilité », est-il indiqué. En revanche, les légumes en conserve, « pris dans un paradoxe », enregistrent une diminution de 2,6 % en volume. Hormis quelques exceptions, toutes les offres souffrent en termes de volumes. Les petits pois sont les seuls à tirer leur épingle du jeu, avec une progression de 0,4 % en 2024 comparé à 2023. D’une manière générale, les Français considèrent à une très large majorité les légumes transformés comme un moyen de consommer facilement des légumes : 93 % pour les conserves et 94 % pour les surgelés.

Pommes : un robot cueilleur à quatre doigts détecte les défauts avant récolte (étude)

Une étude publiée en ligne et dans la revue Computers and Electronics in Agriculture de juillet s’intéresse à une solution « pionnière » de détection des défauts des fruits avant la récolte, avec une « précision de détection des défauts de la pomme de 98 % ». Sur le robot, chacun des quatre doigts de la pince de préhension est équipé d’une caméra, et leurs mouvements permettent de visualiser une large surface du fruit, pour ne récolter que les pommes de qualité. Il y a cependant des pistes d’amélioration. D’abord, l’algorithme repère les défauts de surface sans les classer. Or, distinguer « les coups de bec des oiseaux » ou « les infections virales », par exemple, « donnerait aux agriculteurs une meilleure idée de l'état de leurs cultures ». Ensuite, l'essai sur le terrain a été réalisé lors d'une « journée ensoleillée, avec une lumière naturelle intense », il faudrait donc réaliser d’autres tests « dans des conditions météorologiques variées ». De plus, « l'environnement complexe du verger, avec divers objets susceptibles d'interférer avec le système, indique que d'autres améliorations du matériel et du logiciel sont nécessaires pour augmenter l'adaptabilité ». Enfin, la vitesse pourrait être améliorée : elle est actuellement de 10,45 à 11,72 secondes par pomme, cueillette incluse (lire notre enquête parue en 2023).

Pomme de terre primeur : bonne notoriété, méconnaissance des spécificités (étude)

La pomme de terre primeur conserve une bonne notoriété : en 2024 : 94 % des Français interrogés la connaissaient (un niveau stable depuis 2016), souligne une étude OpinionWay pour FranceAgriMer et le CNIPT (interprofession). Mais «les consommateurs connaissent de moins en moins ses caractéristiques – peau lisse et fine, petite taille, texture fondante – ainsi que la période à laquelle elle est présente sur les étals », précise-t-elle. Néanmoins, les achats sont orientés à la hausse sur une décennie (46 % en 2024, contre 41 % en 2014), avec une mixité dans les lieux d’achats : 53 % sont réalisés en GMS, 41 % au marché et 27 % en magasin spécialisé. Le prix des pommes de terre de primeur demeure le premier critère de choix (66 % en 2024, contre 57 % en 2021), suivi de l’origine du produit, en recul. « Quand l’origine est un critère d’achat, c’est l’origine française qui prime pour les acheteurs interrogés. Ils semblent moins regardants de la provenance régionale », souligne l’étude. La perception du rapport qualité/prix s’améliore par rapport à 2021 (34 % en 2024, 28 % en 2021), tout comme de son délai de conservation (34 % en 2024 au lieu de 26 % en 2021). Quant à l'aspect saisonnier, il constitue un motif d'achat pour 45 % des répondants, derrière le goût (64 %).

Agtech/foodtech : flambée des investissements dans certains pays en développement

Les investissements dans les start-up de l'agtech et de la foodtech (nouvelles technologies appliquées à l'agriculture et l'agroalimentaire) dans les pays en développement « ont atteint 3,7 milliards de dollars en 2024, soit une hausse remarquable de 63 % en glissement annuel ». C’est ce qu’indique le rapport 2025 sur les investissements globaux dans la technologie agroalimentaire publié par le média AgFunder le 16 avril. Et d’ajouter que le financement total dans les marchés en développement a représenté 23 % des investissements globaux dans ce domaine. Selon les auteurs du rapport, cette forte croissance est venue contrebalancer « la baisse de 4 % observée dans le secteur des technologies agroalimentaires à l'échelle mondiale ». Au niveau régional, ce sont principalement les pays d’Asie du Sud (+202 %, 2,6 Md$) et en particulier l’Inde (+215 %, 2,5 Md$) qui ont connu les plus forts gains. À noter que les start-up agroalimentaires du Mexique (+250 %, 97 M$), du Vietnam (+350 %, 87 M$) ou encore du Chili (+33 %, 58 M$) ont également levé plus de financements en 2024 qu'en 2023.

Métaux lourds : environ 15 % des terres cultivables sont contaminées dans le monde (étude)

À l'échelle de la planète, entre 14 et 17 % des terres cultivables sont contaminées par au moins un métal lourd, et entre 900 millions et 1,4 milliard de personnes vivent dans des zones à haut risque, alerte une étude publiée dans la revue Science le 17 avril. Les scientifiques proposent une vue d'ensemble inédite du phénomène de contamination aux métaux lourds grâce à une méta-analyse de plus de 796 000 échantillons de sol issus de 1 493 études précédentes et à l'utilisation d'algorithmes. Les métaux recherchés étaient l'arsenic, le cadmium, le cobalt, le chrome, le cuivre, le nickel et le plomb. « Nous révélons l'existence d'une zone à haut risque jusqu'alors non reconnue », écrivent les chercheurs, un « corridor transcontinental enrichi en métaux traversant les basses latitudes de l'Eurasie » (de l'Albanie et de la Grèce jusqu'au sud de la Chine, en passant par le nord de l'Inde), attribué à des « conditions climatiques, topographiques et anthropogéniques influentes ». En raison d'un manque de données dans plusieurs zones, notamment en Afrique, les résultats de cette étude sont toutefois « insuffisants » pour permettre la mise en place de programmes ciblés d'atténuation des risques, préviennent-ils, mais doivent plutôt « servir d'alerte pour les décideurs politiques et les agriculteurs ».

Agroécologie : une charge de travail plus importante et moins rémunérée (étude)

Une étude consacrée à la rémunération du travail des agriculteurs en agroécologie dans le sud de la France a été publiée dans le numéro de mai du Journal of Rural Studies, montrant que, dans ces exploitations, la quantité de travail (en jours investis) est « beaucoup plus importante » et « beaucoup moins rémunérée » que dans les exploitations conventionnelles. Leur conclusion : « Les prix agricoles et l'attribution des subventions européennes doivent être repensés ». Sur son blog de veille, le Centre d'études et de prospective (CEP, ministère de l’Agriculture) cite des exemples tirés de cette étude. Il y apparaît que, en céréales et oléagineux, l'agroécologie demande 20 fois plus de travail pour une valeur ajoutée (VA) multipliée seulement par 5. Idem en melon (18 plus de travail, VA multipliée par 7). Le différentiel semble moins important en élevage : quatre fois plus de travail en caprins pour deux fois plus de valeur ajoutée ; trois fois plus de travail en volaille bio (comparée aux poulets Label rouge) pour une VA doublée. « Seule la viticulture récompense l’effort supplémentaire », résume le CEP : « Pour une charge en travail trois fois supérieure, la valeur ajoutée est multipliée par huit ».

Coopératives/volailles : dans l’Ain, la CoopBresseVolaille voit le jour

Interrogé par Agra Business quelques jours après l’assemblée générale du 11 avril, Jean de Balathier, directeur de la Coopération agricole Auvergne-Rhône-Alpes (LCA Ara), a évoqué les faits marquants des derniers mois. Parmi eux, la création d’une nouvelle coopérative, la Coopérative des éleveurs de volailles de Bresse, en abrégé CoopBresseVolaille, dirigée par Bénédicte Monceret – précédemment chargée de mission à la chambre d’agriculture de l’Ain – et qui rassemble à ce jour 66 associés. « Cette transformation vise avant tout à offrir une sécurité aux producteurs de l’AOP volailles de Bresse, en facilitant notamment les négociations avec les abattoirs », précise-t-il. Pour le prochain exercice, LCA Ara (120 coopératives ou filiales, 10 Md€ de chiffre d’affaires, 20 000 salariés) compte poursuivre le déploiement de son projet Coopeara, lancé en avril 2024, dont l’objectif est de développer la production de protéines végétales à base de soja, colza et tournesol pour l’alimentation animale, localement, afin de réduire les importations de soja. Un réseau de 57 fermes pilotes, en élevage, a été constitué pour mesurer la rentabilité de cet apport nutritionnel et identifier les marges de progrès. Trois usines de trituration portées par Nutralp, Oxyane et l’Ucal font partie du projet avec un potentiel de transformation de 70 000 tonnes de graines. (Anne Gilet)

Fromages/communication : les IGP de Savoie veulent défendre leur identité

Lors de leur assemblée générale, le 4 avril à Saint-Offenge (Savoie), les trois fromages IGP réunis au sein de Savoicime (tomme de Savoie IGP, emmental de Savoie IGP et raclette de Savoie IGP) ont mis l’accent sur leurs actions de communication visant à « renforcer la notoriété et la différenciation ». « Les IGP de Savoie doivent non seulement être connues, mais aussi préférées », résume Céline Pignol, directrice de Savoicime, citée dans un communiqué. Parmi les leviers : campagnes de communication, événements, marquage des fromages et actions en GMS (formation des distributeurs, animations). « En 2023-2024, 44 cas d’usurpation ont été identifiés, dont 80 % ont pu être remis en conformité », indique l’organisme de défense et de gestion (ODG). Deux tiers de ces faits concernent la tomme de Savoie IGP. Pour ce fromage, « le travail de pédagogie reste essentiel », souligne Savoicime, car « 28 % des consommateurs pensent encore que toutes les tommes fabriquées en Savoie sont automatiquement IGP ». Au contraire, l’emmental de Savoie bénéficie d’un « bon niveau de reconnaissance », avec 65 % des consommateurs qui « identifient correctement l’IGP comme gage de fabrication encadrée ». En 2024, 685 exploitations étaient habilitées à produire sous IGP, pour 163 Ml de lait (+1,6 % en un an).