Agrafil du 23 mars 2023

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Etiquetage: Bruxelles veut serrer la vis sur les allégations environnementales

La Commission européenne a présenté le 22 mars une proposition pour lutter contre les allégations environnementales trompeuses proposant que celles-ci soient justifiées «par des preuves scientifiques largement reconnues» et identifient tous les impacts «significatifs» pour l'environnement, y compris négatifs. Avant que les entreprises ne communiquent aux consommateurs, les allégations écologiques devront être vérifiées de manière indépendante et étayées par des preuves scientifiques. Une obligation qui exclut toutefois les allégations déjà couvertes par des règles existantes dans l'UE notamment l’étiquetage bio. Bruxelles propose de mesurer la performance environnementale du cycle de vie via la méthodologie d'empreinte environnementale du produit (PEF). Mais elle reconnaît que pour les produits alimentaires cette méthode n’est pas suffisante car elle ne tient pas compte de l’impact sur la biodiversité et la protection de la nature, des externalités positives de l'agriculture extensive ou du bien-être animal. Ces éléments devront être intégrés à la méthodologie avant que son utilisation puisse être envisagée. Cela pourrait être discuté dans le cadre de la proposition législative sur les systèmes alimentaires durables attendue pour la fin de l’année.

Accord UE/Mercosur: un projet d'ajustement, «cosmétique» selon des ONG

Selon un document obtenu par des ONG (les Amis de la Terre, Via Campesina...) et dévoilé le 22 mars, les ajustements visant à intégrer des garanties en matière de développement durable dans l’accord UE-Mercosur ne sont que «cosmétiques». «L'UE et le Mercosur fixeront un objectif intermédiaire de réduction de la déforestation d'au moins 50% par rapport aux niveaux actuels d'ici à 2025. En outre, les deux parties s'engagent, d'ici 2025, à réaliser des progrès significatifs dans la restauration des forêts, en maximisant les contributions à la conservation de la biodiversité, aux objectifs de lutte contre le changement climatique et à d'autres avantages connexes», indique notamment ce projet de texte. Insuffisants, dénoncent les ONG qui estiment que ces engagements ne permettront pas d’atteindre les objectifs en matière de climat ou de protection des droits de l'homme que se fixe l’UE. Le document ne mentionne à aucun moment l'inclusion de clauses miroirs. La Commission européenne mène actuellement avec les pays du Mercosur des négociations sur un protocole additionnel destiné à débloquer le processus de ratification de l’accord. Ce document devrait être signé lors du prochain sommet UE/Amérique latine prévu en juillet. Le sujet devrait être abordé par les chefs d’Etats et de gouvernement qui se réunissent les 23 et 24 mars à Bruxelles.

Eau : l’ONU alerte sur le «risque imminent» d'une crise mondiale (rapport)

À l’occasion de la journée mondiale de l’eau le 22 mars, un rapport mondial des Nations Unies alerte sur le « risque imminent » d’une crise mondiale de l’eau. « Une exploitation non durable des ressources en eau, la pollution et le réchauffement climatique incontrôlé sont en train d’épuiser, goutte après goutte, cette source de vie de l’humanité », s’alarme le secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres dans l’avant-propos dudit rapport. Aujourd’hui, entre deux et trois milliards de personnes dans le monde connaissent des pénuries d’eau. Si la coopération internationale n’est pas renforcée dans ce domaine, elles « vont s’aggraver au cours des décennies à venir, en particulier dans les villes », préviennent l’Unesco et l’Onu-Eau. Parallèlement, l’utilisation des ressources en eau a augmenté de près de 1 % par an ces quarante dernières années. Une tendance qui devrait se poursuivre à un rythme similaire jusqu’en 2050. Durant la même période, la demande en eau des villes devrait quant à elle augmenter de 80 %, précise Richard Connor, co-auteur du rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau 2023. « Il est urgent d’établir de solides mécanismes internationaux pour éviter que la crise mondiale de l’eau ne devienne incontrôlable », prévient la directrice générale de l’Unesco Audrey Azoulay dans un communiqué.

Porc: le MPB intègre une plus-value de 3ct€/kg pour les porcs castrés (abatteurs)

Dans un communiqué paru le 22 mars, les industriels de Culture viande saluent la décision du marché du porc breton (MPB) de Plérin de mettre en place une plus-value de 3ct€/kg pour les porcs mâles castrés sous anesthésie. Inscrite dans la nouvelle convention du marché, cette décision s'appliquera à partir de la séance du 23 mars. Pour les abatteurs, il s'agit d'«un engagement fort du secteur» chiffré à 20 millions d'euros. Depuis le 1er janvier 2022, la prise en charge de la douleur est rendue obligatoire pour la castration des porcelets mâles, ce qui induit des surcoûts chez les éleveurs. En juillet 2022, les dix organisations de producteurs (OP) de l’AOP Porc Grand Ouest avaient demandé d'appliquer un bonus de 0.07€/kg. Une position intermédiaire entre les des abatteurs (+2 ct€/kg) et celle des éleveurs (+13,7 ct€/kg). Mais les abatteurs  de Culture Viande estimaient que l’AOP Porc Grand Ouest n'avait «pas vocation à fixer le prix du porc». Malgré l'obligation réglementaire, les porcs castrés restent majoritaires sur le marché. La part de porcs mâles entiers atteint seulement 18.5% dans les abattages de la zone Uniporc Ouest, souligne Culture viande. Seuls quelques abattoirs comme Cooperl savent aujourd'hui éviter la castration.

Chevaux: une initiative citoyenne européenne pour interdire leur abattage

La Commission européenne a décidé d’enregistrer, le 22 mars, une initiative citoyenne européenne demandant de mettre fin à l’abattage des chevaux. Les organisateurs demandent à la Commission européenne de proposer une loi interdisant l’abattage des chevaux, ainsi que leur élevage et leur exportation pour la production de fourrure, de cuir, de viande ou pour la fabrication de médicaments ou d’autres substances. Ils plaident également pour l’interdiction du transport sur de longues distances de chevaux à des fins d’abattage. La Commission européenne considère que cette initiative citoyenne est juridiquement recevable mais elle ne l’analysera sur le fond qu’une fois que ses organisateurs auront collecté un million de signatures de citoyens européens provenant d’au moins sept États membres différents. Ils disposent d’un délai de six mois pour lancer le processus puis d’une année pour y parvenir.

Horticulture: Florentaise en Bourse pour devenir leader du terreau sans tourbe

Lors d'un point presse organisé le 22 mars, l'entreprise française Florentaise a annoncé qu'elle allait entrer en Bourse pour lever  26 millions d'euros afin de s'imposer comme le leader mondial des terreaux sans tourbe, auprès des professionnels et des particuliers. L'exploitation des tourbières fournit 60% des volumes de terreau dans le monde, mais elle est dans le viseur de nombreuses politiques de protection du climat et de la biodiversité, en Europe et en Chine. Florentaise prévoit d'arrêter l'usage de la tourbe d'ici 2030, notamment en stoppant l'exploitation de la dernière tourbière française en Pays de la Loire, dont elle est propriétaire. L'entreprise estime avoir un temps d'avance sur les substituts à la tourbe avec une technique brevetée d'extrusion de copeaux et écorces de bois, qui donnerait de meilleurs résultats techniques et ouvrirait l'accès à un gisement moins contraint que celui des fibres de noix de coco. Florentaise vise surtout l'Europe où elle souhaite louer ces machines d'extrusion, et mais aussi la Chine, où elle est déjà présente et compte implanter trois nouvelles usines dans les prochaines années.

PPL Descrozaille: texte définitivement adopté, après un vote tel quel à l’Assemblée

L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, le 22 mars, la proposition de loi Descrozaille portant sur l’équilibre des relations commerciales entre l’industrie et la grande distribution, dernière étape législative pour le texte qui est définitivement adopté. Comme au Sénat, la seule modification apportée au texte de la commission mixte paritaire est la date d’entrée en vigueur de l’encadrement des promotions pour les produits de droguerie, parfumerie et hygiène, au 1er mars 2024. La Coopération agricole salue, dans un communiqué, le travail parlementaire «qui a permis d’aboutir à un texte indispensable pour éviter le retour à une guerre des prix sans garde-fous». «Ce texte est adopté au lendemain d’un cycle de négociation commerciale où les augmentations des cours des matières premières industrielles pesant sur nos entreprises n’ont été répercutées que pour un tiers», souligne son président Dominique Chargé qui alerte sur l’enjeu de la souveraineté alimentaire. Soulagement pour la Feef (PME-ETI) qui relève que «la rupture brutale sans préavis à l’initiative du distributeur (…) a été définitivement écartée», écrit-elle dans un communiqué. [Voir notre dossier sur la PPL Descrozaille]

Ecorégimes : les voies d’accès pratiques et biodiversité précisées (JO)

Dans un arrêté publié le 22 mars, le gouvernement détaille la manière dont les agriculteurs pourront accéder aux écorégimes par les voies «pratiques de gestion agroécologique des surfaces agricoles» et «éléments favorables à la biodiversité». Concernant la première voie, les agriculteurs devront atteindre quatre points pour le niveau inférieur, et cinq points pour le niveau supérieur de paiement. Atteindre 10% de la surface arables en légumineuses permettra par exemple de gagner 3 points, quand 50% de la SAU en prairies temporaires ou jachères permettront de toucher directement les soutiens du niveau inférieur. Les fermes dont les trois quarts de la surface sont en prairie permanente obtiendront également trois points. En matière de biodiversité, les modalités de calculs reposeront sur le cadre de la conditionnalité. Les fermes devront justifier «d’une proportion minimale de 7% d’éléments favorables» dont au moins 4% sur les terres arables pour le niveau inférieur. Pour obtenir le paiement maximal, 10% d’éléments favorables seront requis. Cet arrêté complète les textes déjà publiés concernant la voie d’accès par les certifications, accessibles aux agriculteurs bio, HVE, ou éligibles à la CE2+.

Lait: en congrès, la FNPL demande «une Pac de production» pour 2027

Réunie en assemblée générale, le 22 mars, la FNPL (producteurs de lait, FNSEA) recevait la directrice de la stratégie et de l’analyse politique de direction générale de l’Agriculture de la Commission européenne, Catherine Geslain-Lanéelle, l’occasion pour le syndicat donner ses «priorités» pour la Pac 2027. La prochaine programation devra être «une Pac de production pour assurer la souveraineté alimentaire», a déclaré Patrice Remaud, administrateur de la FNPL et président de la commission économique du syndicat. «Nous, éleveurs, voulons un vrai engagement de production, pas d’entretien des paysages», développe-t-il. Il appelle la Commission à éviter les «freins idéologiques». La PAC ne doit pas suivre «une seule ligne directrice», plaide le producteur, en prenant l’exemple de l’agriculture biologique, mise à mal par un décalage entre l’offre et la demande. Élu Jeunes agriculteurs et administrateur de la FNPL, Jérémy Jallat, insiste quant à lui sur la nécessité d’accompagner la transmission des exploitations, «parent pauvre des parcours d’installation», en complément de la dotation Jeunes agriculteurs (DJA). «Une bonne installation, c’est aussi une bonne transmission», explique-t-il. Alors que la programmation 2023-2027 s’engage, «c’est le bon moment» pour parler de la prochaine Pac, estime Catherine Geslain-Lanéelle.

Céréales : la tonne de blé passe sous les 250 €/t, son plus bas depuis 2021

Sur le marché Euronext le 22 mars, la tonne de blé s’échangeait sous la barre symbolique de 250 €, soit son plus bas niveau depuis l’automne 2021. Selon le cabinet Agritel, le prix du blé s’inscrit dans de nombreux cas «à des niveaux situés en dessous des coûts de production pour la prochaine campagne». Ce repli général est alimenté par la crainte d’une crise financière mais aussi par l’importance de l’offre de la mer Noire, soulignent les analystes. La Commission européenne a d’ailleurs annoncé le 20 mars vouloir puiser dans sa réserve de crise pour soutenir les agriculteurs polonais, roumains et bulgares, déstabilisés par l'afflux d'importations agricoles ukrainiennes. Reste que les analystes relèvent une situation paradoxale, où le marché mondial des grains néglige le risque politique alors qu'il existe une très forte incertitude autour de l'accord sur le corridor céréalier ukrainien prolongé pour 60 jours au lieu de 120 le 18 mars. «La psychologie baissière du moment est l'exact inverse de ce que l'on constatait l'année dernière, où la moindre nouvelle contribuait à la hausse des cour», précise d’ailleurs Sébastien Poncelet, analyste chez Agritel.

Alimentation: 100 marques imaginent l’agroalimentaire en 2033

Cent marques de l’agroalimentaire ont déposé dans une «capsule temporelle», le 21 mars, leur vision du secteur et de l’alimentation des Français dans dix ans à l’invitation du projet Pour Nourrir Demain qui fédère les entreprises pour «reconstruire collectivement le système agroalimentaire français de façon pérenne». Les travaux seront dévoilés progressivement à partir de 2024 lors d’événements ouverts au grand public. En attendant, certaines marques ont esquissé les grandes lignes de leur vision à l’occasion du lancement de l’opération. La production agricole est au cœur de la stratégie d’un grand nombre d’entre elles. D’aucy et Panzani, par exemple, mettent en avant leur volonté de relocaliser leurs approvisionnements. Pour Saint Mamet, cela passera par une plus grande maîtrise des filières. Le transformateur veut doubler son verger «propre» en passant de 500 à 1000 hectares d'arbres fruitiers. Il travaillera également sur une sélection de variétés consommant moins d’eau. C’est aussi la vision de la coopérative du Sud-Ouest Arterris qui veut développer de nouvelles filières pour s’adapter au manque d’eau. Enfin, Candia (lait) et Le Gaulois (volaille) identifient la communication sur le bien-être animal auprès des consommateurs comme un enjeu central des dix années à venir.

Soja : une seconde ligne de trituration pour Sojalim en Hautes-Pyrénées

À Vic-en-Bigorre (Hautes-Pyrénées), le leader de l'alimentation animale Sanders (groupe Avril) et la coopérative Euralis ont inauguré une seconde ligne de trituration de graines de soja en tourteaux au sein de l’usine Sojalim le 21 mars, rapporte un dossier de presse. Soutenu par la société de financement et de développement Sofiprotéol (Avril), l’usine démarrée en 2017 a bénéficié d’un investissement de 2,1 M€ dont 0,3 M€ de subvention (France AgriMer) afin de transformer 50 000 t par an de graines de soja, dont 15 000 t biologiques. Cette seconde ligne de trituration va permettre d’approvisionner les élevages des coopératives Euralis et Fipso (Filière porc du Sud-Ouest) ainsi que la filière biologique en partenariat avec les établissements Aurouze, acteur historique des aliments biologiques pour animaux dans le Sud-Ouest. Chaque année, entre 3,3 et 5 millions de tonnes de tourteaux sont importées en France pour satisfaire les besoins des filières animales, dont 500 000 t sont non-OGM. Selon le dossier de presse, le développement des activités de Sojalim doit contribuer à «réduire ces importations».

Ministère de l'Agriculture: la préfète Bigot-Dekeyzer devient secrétaire générale

Selon le compte rendu du conseil des ministres du 22 mars, l'actuelle préfète de l'Ain, Cécile Bigot-Dekeyzer, est nommée secrétaire générale du ministère de l’Agriculture. Elle dirigeait la préfecture de l'Ain depuis treize mois, après avoir été préfète des Hautes-Alpes (voir son curriculum complet). Auparavant, elle fut directrice de cabinet de la secrétaire d’État chargée de la biodiversité Barbara Pompili en 2016, et directrice adjointe du cabinet de la ministre de l’écologie Ségolène Royal en 2015. Elle remplace Philippe Merillon qui occupait le poste par interim depuis le départ de Sophie Delaporte en décembre 2022. A ce poste depuis décembre 2018, Sophie Delaporte a été nommée conseillère d’État, à compter du 30 décembre 2022. Sophie Delaporte était arrivée au ministère de l’Agriculture en 2017 comme directrice du cabinet de Stéphane Travert.