Pac: une plainte contre le processus d’adoption des simplifications
Les ONG ClientEarth et BirdLife Europe ont confirmé le 24 juillet avoir déposé une plainte auprès de la Médiatrice européenne contre le fait que les mesures de simplification de la Pac adoptées au mois de mai aient été examinées selon une procédure d’urgence. Ce processus «ultra-rapide», «sans précédent et antidémocratique» est «manifestement incompatible avec le droit de l’UE», estime Client Earth. Suite aux manifestations agricoles du début d’année, la Commission européenne a proposé la suppression de l’obligation de jachères, un assouplissement des règles encadrant la rotation des cultures et un allégement des contrôles. Le Parlement européen et les États membres avaient repris à l’identique cette proposition permettant son adoption très rapidement sans avoir à mener de négociations en trilogue. Les ONG dénoncent que «la Commission a omis de procéder à toute analyse d’impact» et n'a rencontré que «quatre syndicats agricoles, à huis clos, sans solliciter l’avis des ONG ou des citoyens». Les conclusions de la Médiatrice européenne, non contraignantes, dans ce dossier devraient être finalisées dans les 6 à 18 mois.
Abattage/étiquetage: deux nouvelles initaitives citoyennes européennes enregistrées
La Commission européenne a annoncé le 24 juillet l’enregistrement deux nouvelles initiatives citoyennes européennes ayant trait à l’alimentation: la première «Stop Cruelty Stop Slaughter» (En finir avec la cruauté et l’abattage) vise à interdire l’élevage et abattage d’animaux, la seconde «En finir avec les fausses denrées alimentaires: l’origine sur l’étiquette» propose d’améliorer l’information des consommateurs. Les organisateurs de l’initiative «Stop Cruelty Stop Slaughter» demandent à la Commission européenne de réduire progressivement le nombre d’animaux d’élevage à raison de 50% chaque année et en parallèle de soutenir de le développement d'alternatives végétales et de viande cellulaire. L'autre initiative plaide pour un étiquetage clair et explicite de l’origine des produits et pour l'application d'une réciprocité des normes de productions européennes. À la suite de l’enregistrement de ces deux initiatives, leurs organisateurs disposent d’un délai de dix-huit mois pour recueillir au minimum un million de signatures provenant d’au moins sept États membres différents. La Commission européenne sera alors obligée de répondre (positivement ou non) à leurs demandes en motivant sa décision.
Abattoirs: nouvelle plainte de L214 contre un site appartenant à Bigard en Bourgogne
L’association L214 a de nouveau porté plainte contre un abattoir du groupe Bigard en Bourgogne pour «mauvais traitements» sur des bovins, annonce-t-elle dans un communiqué du 24 juillet, accompagné d’une vidéo. L’ONG abolitionniste dénonce une situation «toujours alarmante» malgré une première alerte lancée en avril, qui avait mené à un contrôle des services de l’État. «Aucun changement n’est constaté pour les animaux», explique L214. «Le mardi 28 mai, sur 132 animaux abattus dans la journée, 92 présentent des signes de conscience évidents alors qu’ils devraient être inconscients», poursuit l’association qui demande la fermeture immédiate de l’abattoir. Lors des contrôles, aucune «anomalie de fonctionnement» n'avait été relevée, avait indiqué la préfecture le 18 avril, mais «des manquements concernant la sécurisation du procédé d'abattage rituel» avaient été constatés. L'abattoir avait été mis en demeure de les corriger dans un délai maximal de 15 jours. Interrogée par l'AFP, la préfecture de Côte-d'Or a assuré qu'un contrôle effectué en mai a permis de constater que les mesures correctives «ont bien été mises en place par l'exploitant». «La nouvelle vidéo diffusée par L214 est en cours d'analyse», ajoute-t-elle.
Vin: arbres, haies et arbustes mieux inclus dans les surfaces à déclarer aux Douanes
La Cnaoc (vins AOC) et VinIGP (vins IGP) se «félicitent», dans un communiqué commun paru le 24 juillet, de la prise en compte de «l'agroforesterie» dans le calcul des superficies plantées déclarées aux douanes, aussi appelées surfaces CVI pour Casier viticole informatisé. La DGDDI (ministère de l'Economie) vient de publier une circulaire clarifiant la prise en compte de «certains éléments utiles à la culture de la parcelle», tels que les arbres, les haies et les arbustes», rapportent les deux organisations professionnelles. Les limites fixées sont les suivantes : 20 arbres isolés par ha, 40 arbres alignés par ha, 15% de la superficie totale de la parcelle pour les haies), selon la Cnaoc et VinIGP. Jusqu'à présent la surface retenue par les douanes incluait «l'ensemble des éléments du paysage permettant la bonne exploitation de la parcelle, c'est-à-dire tournières, talus, haie, fossés permettant le bon écoulement des eaux et le drainage de la parcelle», rappelaient récemment les cours d'appel de Lyon et Bordeaux. «Cette évolution est très importante pour le vignoble sous IG car au niveau européen notamment, les Etats-membres sont questionnés par la Commission Européenne sur les éléments de durabilité de la production sous signe de qualité, commente Jérôme Bauer, président de la Cnaoc dans le communiqué. Voilà une preuve de plus de la capacité de notre profession à prendre les devants».
Spiritueux : Rémy Cointreau toujours plombé par les stocks de cognac américains
Rémy Cointreau continue d’être pénalisé par le déstockage de ses produits aux Etats-Unis. Pour le premier trimestre de son exercice 2024-2025 (de avril à juin 2024), le groupe de spiritueux a vu son chiffre d’affaires reculé de 15,7% en un an. (217 millions d’euros contre 257,5 un an auparavant). Dans le détail, la division Cognac a reculé de 12,6% en un an, les Liqueurs et Spiritueux de 20,1% et les marques partenaires de 24 ,3%. Principale raison avancée par le groupe, les ventes de cognac aux Etats-Unis qui ne redécollent plus en raison du déstockage qui a suivi la fin de la crise Covid-19 et d’un marché «en proie à une activité promotionnelle importante et une consommation finale en berne». Un effet qui avait fait perdre au groupe 37% de son bénéfice annuel l’année dernière. Les ventes de cognac restent stables en Chine, mais elles reculent en Europe et en Afrique. La branche Liqueurs et Spiritueux est pénalisée par l’inflation et le déstockage américains, une « activité promotionnelle accrue » en Europe, la baisse de la consommation en Asie du Sud-Est et les déstockages de whisky en Chine. Pour Rémy Cointreau, l’exercice 2024-2025 sera une «période de transition» avec un contrôle «strict» de ses coûts de structure en attendant la reprise progressive des activités. L’entreprise vise toujours une hausse annuelle de chiffre d’affaires d’environ 10% par an à l’horizon 2029-2030.
LOA: le député PS Potier «ne désespère pas» d'un accord, incluant foncier et Egalim
Interrogé par Agra Presse sur la perspective d'une proposition de loi agricole émanant de la droite à la rentrée, dans le cadre de son «pacte législatif», le député socialiste Dominique Potier «ne désespère pas» de trouver une «majorité d'idée pour une compétitivité durable et solidaire», en incluant dans la loi d'orientation agricole (LOA) de nouveaux sujets. Le député propose d'insérer des mesures relatives aux «clauses miroirs», à la «régulation du foncier» - pour laquelle il demande une mission parlementaire - et aux relations commerciales, en «capitalisant» sur les travaux des ex-députés Babault et Izard. «Si c'est cela le futur programme d'alliance entre le centre et la droite, je ne désespère pas de trouver des points d'accord», explique le député de Meurthe-et-Moselle. En revanche, prévient-il, «si Laurent Duplomb nous fait une proposition de loi sur la compétitivité de la Ferme France 2, nous serons en opposition radicale». Le texte, selon lui, «tournait le dos de manière assez démagogique à l'agroécologie et aux régulations qui garantissent les performances agricoles». Et de citer la remise en cause des prérogatives de l'Anses en matière d'autorisations de mise en marché (AMM), ou encore les exonérations fiscales sur la transmission. En matière de fiscalité, le député socialiste souhaiterait notamment travailler sur les coûts de mécanisation, pour «une agriculture plus compétitive».
Moisson 2024: la CR veut un «plan de sauvetage des exploitations céréalières»
Réagissant à la mauvaise récolte attendue en céréales cette année, la Coordination rurale demande à rencontrer «dans les plus brefs délais» le ministre de l'Agriculture - «même démissionnaire»- afin d'élaborer «un plan de sauvetage des exploitations céréalières». Le syndicat demande la création d'une «cellule de veille avec les syndicat (...) au ministère afin de mutualiser les informations et d'assurer l'efficacité des remontées de terrain», et la convocation de «réunions de crise» dans chaque département. En outre, la CR demande «une année blanche de cotisations MSA, ainsi qu'une année blanche au niveau des banques». Pour le syndicat, «cette solution s'impose d'urgence, les céréaliers ne pourront pas payer». Enfin le syndicat demander «l'application des clauses miroirs et la fin de la concurrence déloyale importée d'Ukraine et d'autres pays qui ne respectent pas nos normes». Dans un communiqué paru le 5 juillet, Arvalis (institut technique) et Intercéréales (interprofession) estimaient que le rendement moyen de blé tendre en France devrait atteindre 64 quintaux à l’hectare en 2024, soit une baisse de 13% par rapport à 2023 et de 11% par rapport à la moyenne en 10 ans. La Commission européenne a validé, le 19 juillet, l’activation du «frein d’urgence» sur les importations de gruaux en provenance d’Ukraine.
Fruits et légumes: la Haute Corse engagée dans la création de marchés de gros insulaires
Avec l’Odarc (office de développement agricole insulaire), la chambre d'agriculture de Haute-Corse a inauguré un carreau des producteurs insulaire à Vescovato, pour développer la production locale de fruits et légumes, rapporte le quotidien Corse Matin, le 22 juillet. Cette initiative préfigure l’installation d’un véritable marché de gros dans l’île de beauté. Dans cet objectif, la chambre d’agriculture s’est tournée vers l’expertise du marché international de Rungis (Val de Marne). «Ce marché s'imagine avant tout comme un outil d'aide à la commercialisation. Ce n'est pas une solution magique mais aide à organiser les filières», a expliqué Thierry Febvay, directeur chargé du développement de la Semmaris (gestionnaire du marché de Rungis), présent au lancement. À court terme, la chambre vise l’installation de deux marchés physiques, un en Haute-Corse, l'autre en Corse-du-Sud, ainsi qu'un marché numérique. L’idée d’un label de qualité est aussi dans les tuyaux. À long terme, la chambre vise à organiser un marché d'exportation. «Alors que la Corse ne couvre que 4% de son autosuffisance alimentaire, 80% pour la France entière et 15 à 20% pour les DOM TOM, il est fondamental de retrouver une production locale qui puisse trouver son débouché à travers une organisation de son marché », estime la chambre consulaire sur son site Internet.
Tomate d’industrie : Cofigeo vise 20% d’approvisionnement français en 2025
Le groupe Cofigeo (marques Zapetti et Garbit) annonce, le 24 juillet, par communiqué, vouloir renforcer son approvisionnement en tomates françaises. En 2024-2025,le groupe vise près de 20% de son approvisionnement, soit plus de 10 000 T d’équivalent tomates fraiches. Jusqu’à présent, il absorbait environ 7500 tonnes d’origine France. Cette évolution devrait permettre de couvrir 100% de ses besoins de concentré (soit 5200 tonnes d’équivalent de tomates entières) entrant dans la composition de ses sauces cuisinées. La tomate fraiche incluse dans le taboulé Garbit (2500 tonnes) est déjà depuis cette année 100% d’origine française. L’objectif est de maintenir la cadence pour 2025. Pour atteindre cet objectif, le groupe va renforcer son partenariat avec son fournisseur historique, le Panier provençal (coopérative CAPL), qui présente par ailleurs l’avantage de se situer à quelques encablures du site de production de Cofigeo à Camaret-sur-Aigues (Vaucluse). Pour ses productions, le groupe consomme chaque année un équivalent de 55 000 tonnes de tomates plein champ. La filière française de tomates industrielles (150 000 t/an) ne couvre que 11% des besoins de l’industrie de transformations hexagonale.
Irrigation : les taux de redevance définitivement connus fin octobre
Les négociations autour de l’adoption du douzième programme d’intervention des agences de l’eau pour la période 2025-2030 sont toujours en cours, a appris Agra presse le 22 juillet, auprès de l’agence de l’eau Loire-Bretagne. Au cœur des discussions figure notamment la question de la fixation des taux de redevances pour prélèvement, qui seront définitivement connus lors de la promulgation au Journal officiel du douzième programme le 31 octobre. Pour l’heure, les négociations risquent d’être relativement «calmes», selon Éric Frétillère, président des Irrigants de France, organisation qui compte parmi ses membres l'AGPM (producteurs de maïs, FNSEA), et ce alors que la nomination d’un nouveau gouvernement se fait attendre. Pour rappel, à l'automne 2023, le gouvernement avait prévu d'introduire des taux planchers et de relever le plafond annuel dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2024. Après la protestation des syndicats agricoles majoritaires, la Première ministre avait accepté d'abaisser les planchers prévus, sans précision chiffrée par la suite. «Nous voulons bien que les redevances augmentent, mais dans des proportions acceptables», précise M. Frétillère, estimant notamment que les contraintes autour de la création des retenues d’eau sont pour l’heure « trop importantes ».
Adaptation/changement climatique : Béchu frustré «de n'avoir pas pu présenter» le Pnacc-3
Le ministre de la Transition écologique démissionnaire Christophe Béchu s’est dit frustré «de n’avoir pu présenter» le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc-3), rapporte l’AFP le 24 juillet. M. Béchu a toutefois assuré n’avoir «aucun doute» sur le fait qu’il allait «sortir», soulignant sa «nécessité». Prévu initialement au printemps, le Pnacc-3 se fait toujours attendre, suscitant l’inquiétude des associations environnementales, qui craignent «un recul de l’ambition» gouvernementale sur la question, mais également de la Cour des comptes. «Ma frustration de ne pas avoir pu présenter le Pnacc est à la hauteur du temps de travail que nous y avons consacré», a souligné le ministre devant la presse en dressant le bilan de ses deux années au ministère de la Transition écologique. Selon M. Béchu, le Pnacc-3 est «prêt depuis (…) avril», mais il n’a pas pu être présenté en raison de plusieurs contretemps, dont la récente dissolution du gouvernement. «Mon souhait est que le texte soit présenté tel quel» car «ce serait une perte d'énergie et de temps considérable que d'en refaire l'élaboration». L’an dernier, M. Béchu avait appelé à sortir du «déni» et à préparer la France à un réchauffement de 4°C par rapport à l'ère préindustrielle en France métropolitaine, un scénario moins optimiste que ceux retenus jusqu'alors.
Climat: le 22 juillet est le jour le plus chaud jamais mesurée dans le monde (Copernicus)
Le 22 juillet a été le jour le plus chaud jamais mesuré dans le monde depuis le début des relevés en 1940, a annoncé l’observatoire européen Copernicus le 24 juillet, battant un record établi la veille. Les premières données de Copernicus montrent une température moyenne mondiale de la surface de la terre de 17,15°C, 0,06°C de plus que le 21 juillet, journée où avait déjà été battu le record quotidien de température la plus chaude jamais enregistrée. Copernicus, qui utilise des données satellitaires pour estimer les températures de l'air et de la mer en temps quasi réel, a précisé que ses chiffres étaient provisoires et que les valeurs finales pourraient différer très légèrement. Le réseau européen avait prévu que les records quotidiens seraient dépassés cet été dans l’hémisphère nord et que la planète endurerait une période particulièrement longue de fortes chaleurs dues au changement climatique. Après une année 2023 inédite en matière de chaleur, juin 2024 – le mois de juin plus chaud jamais mesuré dans le monde –, a été le treizième mois consécutif à établir un record de température moyenne plus élevée que les mois équivalents. Le changement climatique provoque des événements météorologiques extrêmes plus longs, plus forts et plus fréquents comme des vagues de chaleur et des inondations, auxquelles 2024 n'a pas échappé.
Sécurité alimentaire : la faim dans le monde ne s’améliore pas (FAO, Fida, OMS)
Le monde est encore loin d’être sur la voie qui le mènerait à la réalisation de l’ODD sur l’élimination de la faim. C’est le constat fait, le 24 juillet, par la FAO, le Fida et l’OMS dans un rapport conjoint sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde. Dans le détail, le rapport indique que près de 733 millions de personnes, environ 9% de la population mondiale, ont été confrontées à la faim en 2023. Au niveau régional, le document fait état de disparités. L’Afrique est la région où la part de la population souffrant de la faim est la plus élevée avec 20,4% en comparaison avec l’Asie (8,1%), l’Océanie (7,3%) et l’Amérique latine et les Caraïbes (6,2%). Néanmoins, en nombre absolu, l’Asie est devant avec 384,5 millions de personnes souffrant de la faim contre 298,4 millions en Afrique. Les auteurs indiquent que 582 millions de personnes, dont la moitié en Afrique, seraient chroniquement sous-alimentées en 2030 si la tendance se poursuit. Pour l’inverser, le rapport met en avant une approche multifacette qui comprendrait la transformation des systèmes agroalimentaires, la lutte contre les inégalités, la mise en place régimes alimentaires sains, abordables et accessibles, mais aussi, un financement accru et plus rentable.