LOA : l'Assemblée nationale adopte le projet de loi, transmis au Sénat
Le gouvernement a fait adopter le 28 mai son projet de loi d'orientation agricole à l'Assemblée, avec le concours d'une partie de la droite. C'est une « brique importante notamment pour l'orientation et l'installation » des agriculteurs, a salué Marc Fesneau, promettant que « d'autres viendront », sur la rémunération des paysans, la planification environnementale et la gestion de crise. « Nous ratons un rendez-vous », a déploré le socialiste Dominique Potier, listant ce qu'il considère comme des angles morts du texte, notamment la régulation du foncier. « Votre texte ne sert à rien », a tancé Manon Meunier (LFI), déplorant entre autres l'absence de mesures pour des « prix planchers ». Hélène Laporte (RN) a critiqué « un texte d'immobilisme camouflant mal (...) quelques mesures insuffisantes ». Au final, l'exécutif a reçu le soutien d'une vingtaine de députés LR, et le texte a été adopté par 272 voix contre 232. Le RN et une grande partie de la gauche ont voté contre. Les communistes se sont partagés entre abstentions et votes contre, à l'instar des indépendants de Liot. C'est « une loi mineure », a jugé Julien Dive, pour LR, disant la soutenir au nom du « pragmatisme », afin que le Sénat l'améliore à partir du 24 juin et envisageant même une deuxième lecture.
Européennes: au Grand oral, les divergences des candidats français au grand jour
D'un côté des partis de gauche défendant une Paac (politique agricole et alimentaire commune) avec des aides à l’actif et à l’environnement et, de l’autre, des partis à droite (LR mais aussi RN et Reconquête) qui, avec leur nuances, veulent surtout faire la chasse normes environnementales. Telles sont les orientations pour la future Pac défendues par les candidats aux élections européennes qui participaient au Grand oral sur l’agriculture organisé, le 28 mai à Paris, par Réussir/Agra, le Caf et Sciences po. Pour le socialiste Christophe Clergeau (5e de de la liste Réveiller l’Europe) «c’est l’incapacité de la Pac à répondre aux problèmes de revenus, pas le Green deal, qui a mis les agriculteurs dans la rue». Il plaide pour «plus de planification agricole avec pourquoi pas des aides temporaires pour aider des transitions ou des réorientations». Mais la céréalière Céline Imart (en 2e position de la liste LR) se dit, elle contre« les aides à l’actif et contre «une planification à la soviétique!». Selon elle, «les aides à l’hectare sont indispensables pour soutenir l’économie». Elle propose de «redonner du poids au budget de la Pac», «d’enlever deux normes dès qu’on en créé une nouvelle» et de créer un «choc de compétitivité» en agissant «sur les impôts, les taxes, la fiscalité» et surtout la technologie (notamment les NBT).
Libre-échange: Decerle propose de redistribuer une partie des gains des filières gagnantes
A l’occasion du Grand oral sur l’agriculture dans la campagne des européennes, organisé le 28 mai par Réussir/Agra, le Caf (FNSEA, JA, APCA, CNMCCA) et Sciences po, Jérémy Decerle (Renew) a évoqué la mise en place d’un mécanisme visant à répartir une partie des bénéfices du commerce international des «filières gagnantes» vers les «perdantes». L’objectif serait ainsi de poursuivre le libre-échange tout en limitant les conséquences négatives pour les secteurs les plus touchés. «Certaines filières auront toujours besoin d’exporter», indique l’eurodéputé Renaissance. Interrogé par Agra en marge de son intervention, il estime que sa proposition pourrait se matérialiser par de nouveaux dispositifs assurantiels, ou contracycliques, sur le modèle le Farm bill américain. Au cours de cette conférence où se sont exprimés les représentants agricoles issus des sept principales listes françaises pour le scrutin européen du 9 juin, les autres candidats ont aussi évoqué leurs idées concernant le libre-échange, qu’ils remettent plus ou moins en question. Tous promettent aux agriculteurs plus de «souveraineté» et de réciprocité dans les échanges.
Biodiversité: la CR s’en prend à l’OFB dans le Gers, Béchu et Pannier-Runacher condamnent
Dans la nuit du 26 au 27 mai, six agriculteurs de la Coordination rurale du Gers (CR 32) ont mené une action devant les locaux de l’Office français de la biodiversité (OFB) à Pavie, rapportent nos confrères de la Dépêche du Midi. Ils ont notamment soudé le portail de l’administration, afin de protester contre des contrôles menés chez certains adhérents de la CR par les agents de l’OFB. Dans un post sur Facebook, la CR 32 exprime son opposition face à des contrôles qu’elle juge «abusifs», mais également au fait que les agents de l’OFB soient armés. «Ceci sera notre dernier avertissement, en cas de récidive de contrôle dont les motifs seraient totalement absurdes par des agents armés sans que les propriétaires ne soient informés au préalable et puissent être accompagnés, notre CR 32 réalisera une action qui sera d’un tout autre genre», précise la CR 32. Sur le réseau social X, le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu et la ministre déléguée à l’Agriculture Agnès Pannier-Runacher ont condamné cette action «avec la plus grande fermeté». En réaction, le président de la CR 32 Lionel Candelon a décidé de déposer plainte pour diffamation contre M. Béchu et Mme Pannier-Runacher. «Notre action à l’OFB de Pavie Gers n’a fait l’objet d’aucunes dégradations, ni vandalisme, ni violences ou autres et j’entends bien à ce que les propos tenus sur Twitter hier soient sanctionnés et démentis publiquement», a-t-il précisé dans un post Facebook.
Assurance récolte : un dispositif «sur la bonne voie» pour le rapporteur Pascal Lecamp
A l'Assemblée, la Commission d’évaluation des politiques publiques relative à la mission Agriculture s’intéressera, le 29 mai, à la refonte du système assurantiel agricole, un an après sa mise en œuvre. Le député de la Vienne Pascal Lecamp (Modem), rapporteur spécial du budget du ministère de l’Agriculture, dresse un premier constat plutôt positif: «Des diverses auditions, il ressort qu’aucune partie prenante -syndicats, assureurs- ne veut revenir en arrière, explique-t-il à Agra Presse. Ce qui montre que le choix d’un système à trois étages (aléas courants, significatifs,exceptionnels) s’est avéré juste». 4,8 millions d’hectares, soit une progression de 36%, ont été assurés en 2023. Pascal Lecamp souligne particulièrement le «succès concernant la prairie», le taux d’assurance étant passé de 0,5% à 9% des surfaces. Si le dispositif est «sur la bonne voie», des améliorations pourraient y être apportées concernant la moyenne olympique, l’indice «Airbus» pour les prairies, et l'allégement de la gestion. Par ailleurs, le député indique que le pool de co-réassurance pourrait voir le jour à la fin de l’année - on parlait jusqu'ici plutôt de 2025: «Certains points de crispation, principalement autour de la gouvernance du pool, semble avoir été levés. Il faudra aussi recevoir le quitus de la part des services de la concurrence».
Machinisme : le spécialiste des remorques Rolland acquière son homologue Demarest
Le finistérien Rolland, présenté comme «la référence française du matériel agricole remorqué», a annoncé le 23 mai l’acquisition du constructeur Demarest, basé en Ille-et-Vilaine. Ce rachat vient enrichir l’offre du groupe familial en lui apportant «des solutions complémentaires» notamment des remorques herbagères, des plateaux fourragers de petites longueurs et des bétaillères à pont, selon un communiqué de presse. Fondé en 1962, Demarest se classe régulièrement dans le top 3 des ventes de remorques agricoles sur le marché français. L’entreprise gérée par François-Xavier Demarest est un constructeur de bennes monocoques, de plateaux fourragers, de bétaillères, de bennes à ridelles et de bennes pour travaux publics. Rolland, créé en 1946, affiche 47 millions d’euros de chiffre d’affaires avec environ 200 salariés sur deux sites industriels. L’entreprise propose une gamme complète de véhicules remorqués pour les grandes cultures, l’élevage, les travaux publics et les espaces verts.
Betteraves : la dérogation pour l’usage du Movento reste en place
Dans une ordonnance rendue le 24 mai, le Conseil d’État a rejeté la demande de référé-suspension de l’association Agir pour l'environnement, qui visait à empêcher la dérogation à l’interdiction d’utilisation du Movento (spirotétramate), produit par le groupe Bayer. La plus haute juridiction estime que la «condition d’urgence», nécessaire avant d’examiner la légalité de la décision contestée, «n’est pas satisfaite». Dix jours plus tôt, l’association avait saisi le Conseil d’État pour obtenir la suspension d’une dérogation d’usage de 120 jours annoncée par le gouvernement le 5 avril. Avec cette dérogation, les betteraviers pourront effectuer un troisième traitement au lieu de deux habituellement. Le gouvernement envisage d’ores et déjà d’autres dérogations – pour aller jusqu’à un total de cinq passages – si la pression des pucerons verts, vecteurs de la jaunisse de la betterave, est trop forte cette année. L’association Agir pour l’environnement contestait l’usage de la molécule de spirotétramate, dont l’autorisation de mise sur le marché au niveau européen a expiré le 30 avril ; le fabricant ne l'ayant pas demandé. Elle rappelait notamment que, selon l’agence sanitaire française, le Movento était «dangereux pour les abeilles», «toxique pour les milieux aquatiques» et «susceptible de nuire au fœtus». Selon l’Anses, les produits à base de spirotétramate peuvent encore être vendus jusqu'au 31 octobre cette année et utilisés jusqu'au 31 octobre 2025.
Betteraves/canne : la France maintient son rang de 1er producteur européen de sucre
La France a produit plus de 4 millions de tonnes (Mt) de sucre de betterave lors de la dernière campagne (2023-24), une production stable lui permettant de se maintenir à la première place en Europe, a annoncé Cultures Sucre, l’organisation interprofessionnelle du secteur betterave-canne-sucre, le 28 mai. Lors de la campagne qui s’achève, «31,5 Mt de betteraves sucrières» ont été récoltées et «près de 2Mt de canne à sucre» ont été récoltées dans les départements et région d’Outre-mer, relève Cultures sucre dans un communiqué. Alors que la récolte de betteraves est légèrement meilleure qu’en 2022-2023 (30,7 Mt), l’interprofession estime que «la filière a su s’adapter» en dépit des «aléas climatiques à répétition et de nombreux défis agronomiques». En effet, cette campagne a été marquée par des pluies continues retardant les arrachages de betteraves à l’automne. Par ailleurs, les planteurs restent très inquiets «en l’absence de solution durable pour faire face à la jaunisse», souligne l’association. Fin 2022, les betteraviers avaient vécu comme un «coup de massue» l’interdiction définitive de recourir à des semences enrobées d’insecticides néonicotinoïdes – nocifs pour les pollinisateurs – à la suite d’une décision de justice européenne. Pour l’heure, le gouvernement les a autorisés à utiliser davantage un insecticide, le Movento, sans revenir sur l'interdiction de certains néonicotinoïdes encore autorisés en pulvérisation au niveau européen.
Légumes/agriculture urbaine : bientôt une PPL pour définir le statut des jardins collectifs
A l’occasion des 48 h de l’agriculture urbaine (25 et 26 mai), l’Association française de l’agriculture urbaine professionnelle (Afaup) a annoncé contribuer à la rédaction d’une nouvelle PPL pour les jardins collectifs. A la différence des jardins familiaux inscrits au Code rural, ceux-ci ne disposent pas de définition exacte. En 2003, une proposition de loi avait été adoptée par le Senat, mais elle n'avait pas été examinée par l’Assemblée nationale: «En vingt ans, le contexte a changé : multiplication des formats et du nombre de jardins collectifs, besoin de nature en ville, institution des ZAN… », énumère Anne-Cécile Daniel Hacker, directrice de l’Afaup, à Agra Presse. C’est pourquoi, nous avons décidé de procéder à la réécriture collective du texte de 2003 avec le soutien de la Clinique du droit de Sciences Po. Acteurs, collectivités, réseaux ont pris part à ce travail». Le texte, dont la seconde version est en cours de rédaction, donnera une définition précise des jardins collectifs reflétant leur diversité et leur vocation. L’autre point porte sur le foncier: «L’objectif est que les jardins collectifs puissent être inscrits dans les différents documents d’urbanisme, avec un droit de préemption élargie et un délai minimal d’occupation», précise Anne-Cécile Daniel Hacker.
PPAM: publication d’un guide pour structurer les filières bio
Dans le cadre du projet «Développement des filières PPAM bio, françaises et de qualité» (FIL’PPAM), porté par la Fnab (producteurs) et financé par FranceAgriMer, un guide vient d’être édité afin de faciliter la structuration des filières en France. Il compile des retours d’expériences et des repères méthodologiques. Car l’univers des PPAM peut paraître complexe. Il se caractérise par un très grand nombre de plantes (plus de 120 cultivées et 350 régulièrement cueillies) et de multiples produits finis alimentant plusieurs débouchés (compléments alimentaires, cosmétique, herboristerie, aromathérapie). De plus, la réglementation ne reconnaît pas le multi-usage des plantes, ce qui implique des cadres législatifs differents en fonction de l’usage. «Si le chemin est parfois long, les enjeux multiples, des étapes préalables d’interconnaissance et d’alignement souvent nécessaires, les aboutissements de filières PPAM bio françaises couronnés de succès existent», explique Didier Dorin, secrétaire national PPAM à la Fnab. Depuis plus d’une décennie, le nombre d’exploitations et les surfaces cultivées en PPAM bio ne cessent d’augmenter, respectivement de +169 % et de +258 % entre 2012 et 2022. En 2022, les surfaces cultivées en PPAM bio s’élèvent à 17 151 ha (4981 ha en conversion), selon l’Agence Bio.
Pommes/poires : niveau de prix élevé, stocks globalement maitrisés en fin de campagne
Fin avril, à l’approche de la fin de la campagne de commercialisation, les prix à la production de la pomme et de la poire sont en repli depuis le début mais restent à des niveaux élevés, souligne une note des services du ministère de l‘Agriculture (Agreste) le 28 mai. Ainsi, sur avril 2024, les prix de la pomme sont stables sur un an mais dépassent de 9 % le niveau moyen des cinq dernières années. «La fin de la campagne des agrumes, la météo fraîche et le retard de la mise en vente des premiers fruits de saison (cerise et fraise) favorisent la consommation de pomme» souligne Agreste. La situation est encore mieux orientée concernant la poire: les prix à la production restent supérieurs de 12% à ceux de l’an dernier et de 15% à la moyenne quinquennale. Du côté des stocks, ceux en pommes sont en hausse de 6% sur un an mais en repli de 3% par rapport à la moyenne des campagnes 2018-2022. A noter, les stocks pour les variétés Golden et Pink Lady dépassent de 47% et de 5% respectivement, leur niveau de 2023. En revanche, les stocks de poires diminuent de 47% par rapport à 2023 et de 60% par rapport à la moyenne quinquennale.
Tomate: de l’huile essentielle de rose pour renforcer la défense des plants (étude)
Dans une étude récemment parue dans la revue Journal of Agricultural and Food Chemistry, une équipe de scientifiques japonais souligne le potentiel de l’huile essentielle de rose pour renforcer notablement la défense des plantes. Le but de leur travail était d’étudier les effets des huiles essentielles (HE) enrichies en terpénoïdes, composés naturels libérés par les plantes, sur les plants de tomates. Les chercheurs ont appliqué une solution hautement diluée de 11 huiles essentielles différentes sur la terre de tomates en pot. Il en ressort que celle de rose (REO), riche en β-citronellol, jouerait un rôle crucial dans l’activation des gènes de défense des feuilles de tomates. En conséquence, les dommages aux feuilles causés par Spodoptera litura (noctuelle rayée) et Tetranychus urticae (tétranyque tisserand) ont été considérablement réduits. La solution REO présenterait également l’avantage supplémentaire d’attirer les prédateurs naturels des ravageurs, tels que Phytoseiulus persimilis (acarien). Les résultats ont été validés lors d’essais sur le terrain. «Nos résultats suggèrent une approche pratique pour promouvoir la production de tomates biologiques qui encourage des pratiques respectueuses de l'environnement et durables», se félicite l’équipe de chercheurs.
Brésil: la déforestation du Cerrado dépasse pour la première fois celle de l'Amazonie
La déforestation au Brésil de la région du Cerrado, une savane réputée pour la richesse de sa biodiversité, a fortement progressé en 2023 et, pour la première fois, elle a été supérieure à celle de l'Amazonie, selon le rapport annuel de MapBiomas publié le 28 mai. Dans le Cerrado, situé au sud-est de l'Amazonie, plus de 1,11 million d'hectares ont été détruits en 2023, soit 68% de plus que l'an passé, selon MapBiomas, un collectif d'ONG et d'universités brésiliennes. Ces pertes représentent près des deux tiers de la déforestation subie par l'ensemble du Brésil et environ 2,4 fois la destruction enregistrée en Amazonie, pointe le rapport. L'année dernière, 454.300 hectares ont été déboisés en Amazonie, soit 62,2% de moins qu'en 2022. C'est la première fois que la déforestation dans le Cerrado, qui s'étend sur 11 Etats du centre et du nord-est du Brésil, est supérieure à celle de l'Amazonie depuis que la plateforme collaborative Mapbiomas a commencé à compiler en 2019 des données provenant de divers systèmes de cartographie par satellite.
Santé animale: Emmanuelle Soubeyran élue directrice générale de l’Omsa
La Française Emmanuelle Soubeyran a été élue directrice générale de l’Omsa (Organisation mondiale de la santé animale) pour un mandat de cinq ans, annonce l’institution sur son site web le 28 mai. Le vote – à bulletins secrets et selon le principe «un pays, une voix» – a eu lieu lors de la 91e Session générale de l’Omsa, qui s’est tenue à Paris 26 mai. Docteure vétérinaire et inspectrice générale de la santé publique vétérinaire, Emmanuelle Soubeyran «est actuellement directrice générale adjointe de l’alimentation et cheffe des services vétérinaires français» au ministère de l’Agriculture, rappelle la Rue de Varenne dans un communiqué. Un poste qu’elle occupe depuis juin 2021. La nouvelle patronne de l’Omsa prendra son poste le 31 juillet, à la suite de Monique Eloit, devenant ainsi la deuxième femme à diriger cette organisation internationale.
Erratum : les semis de maïs entravés par les conditions climatiques, selon Arvalis
Contrairement à ce qui a été indiqué par erreur dans l'Agrafil du 28 mai, ce n’est pas l’Inrae qui se prononçait sur les effets des conditions climatiques du printemps 2024 sur les semis de maïs, mais bien l’institut Arvalis.