Agrafil du 7 juillet 2022

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Pays-Bas : la police tire contre une manifestation d’agriculteurs

La police néerlandaise a déclaré avoir tiré mardi 5 juillet au soir des coups de semonce, sans faire de blessé mais touchant un tracteur, en marge d'actions d'agriculteurs contre un plan du gouvernement destiné à réduire les émissions d'azote. «Vers 22H40, des conducteurs de tracteurs ont tenté d'entrer en collision avec des agents et des véhicules de police », à Heerenveen (Nord), a expliqué la police sur Twitter, citée par l'AFP. «Une situation menaçante se présenta. Des coups de semonce ont été tirés et des coups ciblés ont été tirés», a-t-elle ajouté. Un tracteur a été touché et trois personnes ont été arrêtées, alors qu’une enquête indépendante a été ouverte sur les tirs. Des fermiers néerlandais protestent régulièrement depuis le 10 juin et l'annonce par le gouvernement de projets destinés à réduire les émissions d'azote, un gaz à effet de serre. Ces derniers jours, ils ont bloqué avec des tracteurs des centres de distribution de plusieurs supermarchés, conduisant à des pénuries dans des enseignes. Le gouvernement veut faire baisser les rejets d'azote de jusqu'à 70% dans 131 zones clés - la plupart proches de réserves naturelles et de terres protégées - afin d'atteindre les objectifs environnementaux en 2030. Pour les agriculteurs, ce plan signifierait une baisse des émissions de 40% et environ 30% de bétail en moins, selon les médias néerlandais.

Viande et lait: le CNA plaide pour des campagnes appelant à en manger moins

Dans un avis sur les «nouveaux comportements alimentaires» adopté le 6 juillet, le Conseil national de l'alimentation (CNA) plaide pour «mieux informer» les Français sur «les pratiques alimentaires et modes de productions cohérents avec des systèmes alimentaires durables», notamment via «des campagnes d’information à destination du grand public pour encourager le rééquilibrage dans la consommation de produits animaux et végétaux». Cette meilleure information passe également, pour le CNA, par une redéfinition des repères nutritionnels «prenant en comptes les enjeux de durabilité». Et par des «actions éducatives sur l’équilibre alimentaire et l’alimentation compatible avec la durabilité des systèmes alimentaires en général, et notamment sur le rééquilibrage entre la consommation de produits d’origine animale et végétale». Autre mesure proposée en ce sens: renforcer l'encadrement de la publicité et le marketing alimentaires diffusés sur les réseaux sociaux et sites internet, afin de limiter la promotion de produits peu compatibles avec des systèmes alimentaires durables». Il s'agit notamment «d'interdire les pratiques de contournement des régulations (parrainage d’émissions, sponsoring d’influenceurs ou de chaînes YouTube etc.)»

Casdar: la Cour des comptes propose sa suppression

Dans son rapport sur le budget de l’État en 2021, paru le 4 juillet, la Cour des comptes recommande de «supprimer le compte d'affectation spéciale» CasDar, qui finance les actions de développement agricole. Les "sages" mettent en avant un «souci de la simplification de la chaîne des recettes et des dépenses et de la lisibilité des politiques de soutien agricole». Dans le détail, ils évoquent une enveloppe «très modeste» (114 M€), des décaissements «aux règles complexes», un «faible taux d'exécution» (54%), qui aboutissent à un «coût de gestion élevé» (3 millions d'euros gérés par équivalent temps plein pour des versements en partie récurrents). Pour remplacer le Casdar, la Cour des comptes propose que les crédits (issus d'une taxe sur le chiffre d'affaires des exploitants agricoles) pourraient être «imputés sur le budget général, en préservant les moyens alloués, en maintenant les instances de gouvernance et en assurant la transparence de l’emploi des crédits auprès du secteur agricole.» Le Casdar finance notamment les programmes pluriannuels de développement agricole des instituts techniques agricoles, des chambres d’agriculture, des Onvar (p. ex: Trame, Terre de liens...), ou des organismes de sélection (OS) de génétique animale.

Gestion des risques: une anticipation budgétaire «insuffisante» (Cour des comptes)

Dans sa revue de la mission Agriculture du budget de l'Etat en 2021, parue le 4 juillet, la Cour des comptes pointe une «anticipation insuffisante des risques agricoles, pouvant remettre en cause la soutenabilité de la mission budgétaire». Les "sages" remarquent que la «multiplication des événements climatiques et sanitaires d’ampleur observée ces dernières années a régulièrement mis sous tension les dispositifs de couverture des risques existants» et qu'ils «pourraient s’avérer insuffisants» si la tendance se confirmait. Le rapport n'intègre pas le fait que le gouvernement s'apprête à mettre en œuvre une réforme de la gestion des risques climatiques au 1er janvier 2023. Selon les annonces d'Emmanuel Macron, elle devait être accompagnée par un doublement des fonds, qui doivent passer de 280 millions d’euros à 600 millions d’euros à l'occasion de l'examen du prochain projet de loi de finances (PLF). Les "sages" invitent d'ailleurs à une «réflexion plus large» sur la «pérennité du financement des dispositifs de couverture des risques, sur le développement d’autres mécanismes assurantiels et sur l’évolution des pratiques agricoles». Et de rappeler que ces travaux doivent se situer dans une «recherche de soutenabilité budgétaire».

Céréales: le vent de panique sur les marchés financiers touche les céréales

Le spectre de la récession, qui a fait dégringoler pétrole et monnaies sur les places financières, a gagné le marché des produits agricoles où les cours du blé, du maïs et des oléagineux suivaient ces dernières semaines une courbe irrégulière mais descendante. Le 6 juillet, les prix des céréales ont chuté de Chicago à Paris, devant la menace de la récession, conjuguée au risque d'une nouvelle vague de propagation du Covid-19, «venant inciter l'ensemble des acteurs à réduire leur exposition face aux risques de marché», selon une analyse du cabinet Agritel. Sur le marché américain, le cours du blé était redescendu vendredi à son niveau du 23 février, veille de l'invasion russe de l'Ukraine. Sur Euronext, le recul, moins spectaculaire, est aussi là, avec mardi soir la tonne de blé sous les 332 euros pour une livraison à brève échéance, en recul de 7,5% sur une semaine. Autre facteur de baisse des prix: un nouveau mode de calcul des taxes à l'exportation de la Russie, qui passent du dollar au rouble, entraînant mécaniquement une baisse des taxes de plusieurs dizaines de dollars par tonne.

Céréales ukrainiennes: Moscou reconnaît un contrôle sur un navire russe en Turquie

La diplomatie russe a reconnu le 6 juillet que des contrôles turcs étaient en cours sur un cargo battant pavillon russe et qui serait chargé, selon Kiev, de blé ukrainien volé. «Le navire (Zhibek Zholy) est actuellement dans la rade du port de Karasu. Des procédures standards sont en cours, y compris un contrôle sanitaire», a indiqué un porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Alexeï Zaïtsev. Le port de Karasu est sur la mer Noire. «A l'issue de celles-ci, les autorités turques autoriseront ou refuseront l'entrée dans le port, il n'est pas question de retenir ou d'arrêter le cargo», a-t-il ajouté lors d'un point presse. L'Ukraine, qui accuse la Russie de voler ses récoltes de blé, affirme que le Zhibek Zholy, est un cargo parti jeudi du port ukrainien de Berdiansk, sous occupation russe, chargé de 7.000 tonnes de céréales obtenues illégalement. Vendredi, l'ambassade d'Ukraine à Ankara a demandé à la Turquie d'arrêter le navire russe. Une source diplomatique turque a affirmé mardi à l'AFP qu'une «inspection» était en cours à son bord. Malgré la pression ukrainienne, la Turquie, membre de l'Otan, reste muette sur ses intentions.

IG: bientôt une cinquantaine de pays couverts par l’acte de Genève, espère l’OMPI

Deux ans après son entrée en vigueur, en février 2020, l’acte de Genève (registre international des indications géographiques) couvre trente-six états et «ils seront probablement une cinquantaine d’ici la fin de l’année», s’est réjouie Alexandra Grazioli, la directrice du «service d’enregistrement Lisbonne» à l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), le 5 juillet, en ouverture de la conférence internationale sur les IG organisée par le Cirad et la FAO à Montpellier. La représentante de l’OMPI salue la déclaration ministérielle publiée en juin par les pays membres de l’OAPI (organisation africaine de la propriété intellectuelle) indiquant leur volonté d’adhérer «au plus vite» à l’acte de Genève. Ce traité multilatéral est dédié à la protection des indications géographiques au sein de l’OMPI. Parmi les treize parties contractantes, on compte l’Union européenne, mais aussi le sultanat d’Oman, le Laos et le Cambodge. Avant la révision de l’arrangement de Lisbonne par l’acte de Genève, seuls trente pays étaient membres du registre international partagé des appellations d’origine, élargi désormais aux IG. Signe pour Alexandra Grazioli, que l’acte de Genève a permis «d’aller au-delà des divergences de point de vue», en donnant plus de «flexibilité» que le précédent arrangement.

Accord UE/Nouvelle-Zélande: «plutôt bon» pour la protection des IG (Inao)

Interrogé sur le niveau de protection des indications géographiques (IG) garanti dans l’accord bilatéral conclu entre l’UE et la Nouvelle-Zélande, le directeur adjoint du service juridique et international de l’Inao, Alexandre Levy, estime qu’il est «plutôt bon». Il ajoute cependant qu’il est «un peu tôt pour se prononcer», car les États membres n’ont «pas encore eu le temps de le regarder de près». «Ce qu’on peut garantir, c’est que le standard de protection est fidèle aux autres accords bilatéraux et plutôt vers le haut», complète-t-il. Depuis 2017, la Nouvelle-Zélande dispose d’un registre pour les IG en vins et spiritueux. Ce premier pas dans la reconnaissance d’un système d’indications géographiques – adopté «sans doute» dans l’anticipation des négociations avec l’Union européenne – est un «signal favorable», souligne Alexandre Levy. L’accord signé le 30 juin par les deux parties après quatre ans de négociations protègera en Nouvelle-Zélande 163 indications géographiques européennes (feta, comté, parmesan, queso manchego...), ainsi que toutes les appellations viticoles de l'UE. En contrepartie, la Nouvelle-Zélande a obtenu de nouveaux contingents tarifaires pour ses exportations (voir Agrafil du 1er juillet).

Brexit: les députés britanniques taclent l'accord conclu l'an passé avec l'Australie

Les députés britanniques ont taclé, le 6 juillet, dans un rapport l'accord de libre échange post-Brexit signé l'an dernier avec l'Australie, actuellement examiné par le Parlement, pointant notamment les retombées très faibles attendues et les inquiétudes du secteur agricole. Le président de la commission au commerce international Angus Brendan MacNeil critique notamment, dans un communiqué, les «concessions importantes accordées aux Australiens» sans contreparties suffisantes. Par exemple, les produits alimentaires importés d'Australie «ne seront pas tenus de respecter les normes fondamentales» en vigueur au Royaume-Uni, notamment en ce qui concerne l'utilisation de pesticides, critique le rapport. Et «la levée de presque tous les droits de douanes sur les importations agricoles», qui inquiète les agriculteurs britanniques, risque de n'avoir qu'un effet marginal sur la facture des consommateurs aux caisses des supermarchés, selon les auteurs du rapport. Les députés pointent encore l'absence de protection des appellations de produits britanniques réputés ou encore l'évaluation insuffisante de l'impact environnemental.

Faim dans le monde : la pandémie a aggravé l’insécurité alimentaire (Nations unies)

«En 2021, le nombre de personnes touchées par la faim dans le monde a augmenté pour atteindre jusqu’à 828 M (environ 9,8% de la population mondiale), soit une hausse d’environ 46 M par rapport à 2020 et de 150 M depuis la survenance de la pandémie de Covid-19» alertent dans un rapport conjoint publié le 6 juillet, la FAO, le Fida, l’Unicef, le Pam et l’OMS. Plus largement, environ 2,3 Md de personnes (29,3 % de la population mondiale) étaient en situation d'insécurité alimentaire modérée ou grave, cela représente 350 M de personnes de plus par rapport à 2019, ajoute le rapport. «Le monde s’éloigne ainsi de son objectif d’éliminer la faim, l'insécurité alimentaire et la malnutrition sous toutes ses formes d'ici 2030» constate la FAO. Les cinq organisations internationales s’attendent finalement à ce que près de 670 M de personnes (8% de la population mondiale) souffrent toujours de la faim en 2030, même en cas de redressement économique mondial. Des perspectives alarmistes qui s’expliquent notamment, par l’intensification et la combinaison des crises liées aux conflits (guerre en Ukraine en particulier), aux phénomènes climatiques extrêmes et aux chocs économiques. Une des solutions pour renforcer la sécurité alimentaire mondiale passerait par une hausse de la manne publique afin d’encourager la production, la fourniture et la consommation de produits alimentaires nutritifs, avance le rapport.

Colombie : une réforme agraire pour cultiver 10 Mha supplémentaires

«L’État achètera les terres que les grands propriétaires ne peuvent plus valoriser», a annoncé la nouvelle ministre de l’agriculture colombienne, Cecilia Lopez, lors d’une interview sur une radio nationale. Principal objectif de cette réforme agraire: remettre en culture la Colombie, qui ne cultive que 7 Mha des 43 Mha de surface agricole que compte le pays. La plupart de ces terres, soit 34 Mha, seraient actuellement occupées par l’élevage. Mais selon une estimation publiée par Oxfam en 2016, près de 20 Mha pourraient être cultivés au total, soit l’équivalent de la SAU espagnole. «L’élevage est un secteur très important, mais il y a des formes plus intensives qui pourraient libérer des terres pour les cultures», estime Cecilia Lopez. La vente des terrains sera encouragée par des nouvelles taxes, qui pénaliseront les terres non productives. Selon la ministre, les surfaces libérées pourraient permettre à ce pays tropical de produire plus de soja ou de maïs, culture qui occupe seulement 360 000 ha actuellement contre 845 000 pour le café. La réforme agraire, rappelle Cecilia Lopez, faisait partie de l’accord de paix de La Havane signé en 2016 entre le gouvernement et les Farc. Dans une interview accordée à une autre radio, Susana Muhamad, nouvelle ministre de l’environnement a par ailleurs confirmé que le gouvernement de Gustavo Pedro interdirait les épandages aériens de glyphosate utilisés pour détruire les champs illégaux de coca.

Pool d’assureurs: Groupama veut garantir sa création dans le projet d’ordonnance

En conférence de presse le 6 juillet, Groupama s’est inquiété d’un retard conséquent voire de l’impossibilité de mettre sur pied le pool (groupement) d’assureurs, envisagé par la loi du 2 mars sur la réforme de la gestion des risques climatiques. Le projet d’ordonnance sur le pool, en discussion au sein de la Codar, «ne prévoit pas formellement la constitution du groupement d’assureurs» a regretté la directrice assurances de Groupama Delphine Létendart. Mme Létendart a confirmé que le projet de texte charge les assureurs de «préparer un projet de groupement» dans les 18 mois suivants la publication de l'ordonnance- prévue au plus tard le 2 septembre. Mais, cette mission «a très peu de chances d’aboutir» car les assureurs eux-mêmes ne sont pas d’accord sur la pertinence de créer un pool, a-t-elle  rappelé. Pour Groupama, la création d’un groupement de coréassurance est une condition sine qua non du succès de la réforme, le but étant de permettre «à tous les agriculteurs» de protéger leurs récoltes des aléas climatiques via des «contrats d’assurance à des conditions raisonnables», a rappelé directeur des relations institutionnelles de Groupama Pascal Viné.

NBT : 92% des Français favorables à une mention sur l’emballage (Greenpeace)

Selon une étude réalisée par Kantar Public pour Greenpeace, 92% des Français estiment que la présence de végétaux sélectionnés par les nouvelles techniques génomiques (NTG ou NBT en anglais), appelés «nouveaux OGM» par l’association, doit être indiquée de manière claire et visible sur les emballages des produits alimentaires. La moitié des personnes interrogées serait par ailleurs prête à consommer de tels produits agricoles «avec quelques craintes», quand 35% s’y opposeraient. «La grande distribution a une responsabilité vis-à-vis de sa clientèle pour lui permettre de choisir de consommer ou non des OGM», défend Suzanne Dalle, chargée de campagne Agriculture à Greenpeace France, dans un communiqué du 6 juillet. Selon le même sondage, 77% de la population serait favorable à ce que les NBT soient concernés par la même régulation européenne que la génération précédente d’OGM, qui impose de demander l’avis des agences sanitaires pour la culture et la commercialisation, et d’indiquer la présence d’OGM sur l’étiquetage. Greenpeace invite enfin les citoyens et «les responsables de la grande distribution» à répondre à la consultation en ligne lancée par la Commission, sur son «une initiative stratégique sur les végétaux obtenus par mutagenèse ciblée et par cisgenèse».