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Matthieu Vincent : « Les investisseurs sont toujours là au démarrage pour soutenir des projets innovants dans l'AgTech et la FoodTech »

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Matthieu Vincent, cofondateur du cabinet DigitalFoodLab Crédits : © DigitalFoodLab

  Après une année 2021 record, les investissements dans les start-up de l’Agtech et la Foodtech en Europe ont enregistré une évolution contrastée l’an dernier. En témoignent les chiffres du dernier bilan annuel publié par le cabinet de conseil DigitalFoodLab. Son cofondateur, Matthieu Vincent revient pour Agra Innovation sur les éléments marquants de l’année écoulée, les bons comme les mauvais. Après quelques excès passés, les investisseurs sont plus sélectifs et moins enclins à financer des projets sans véritable business model. Mais l’intérêt pour les start-up innovantes reste toujours bien présent, notamment en France, un pays qui attire.

DigitalFoodLab vient de publier son sixième bilan annuel sur les start-up de la FoodTech (1) en Europe, qui fait état d’une baisse des investissements en 2022. Que nous disent ces chiffres ?

Les investissements dans la FoodTech en Europe ont en effet baissé de 36% entre 2021 et 2022, mais les montants restent élevés puisque 5,9 milliards d'euros ont été investi dans ces startups, soit plus du double du montant observé en 2020.

Le principal point à retenir sur le segment de la FoodTech (1) de manière générale est que certes les levées de fonds sont en recul sur un an, mais si on enlève le segment de la livraison, les investissements affichent une hausse de 21%. Les difficultés de financement se sont donc concentrées sur les start-up de livraison, avec un recul de 68% des investissements en 2022. Rappelons qu’en 2021 en Europe, les start-up Glovo, Gorillas, Flink et Wolt avaient levé un total de 3 milliards d’euros.

Autre point important, les investissements dans le secteur de l’Agtech affichent une hausse significative, alors qu’ils se maintiennent à un niveau équivalant dans le FoodScience. Et en Agtech, seules les fermes verticales sont en difficulté, avec un recul des investissements de 12% sur l’année écoulée. Face à la hausse des coûts de l’énergie, les start-up du secteur doivent trouver un business model plus adaptés à l’environnement. En revanche, la crise énergétique a stimulé les investissements dans les nouveaux intrants biologiques et accentué la tendance vers une plus grande autonomie des exploitations agricoles, autour de la robotique notamment.

Globalement, on peut donc dire qu’après un boom des investissements en 2021, l’atterrissage de 2022 n’est pas si violent que ce que l’on pouvait craindre, et que hormis le secteur de la livraison, les chiffres sont plutôt bons.

Peut-on parler d’un mouvement de correction salutaire après quelques excès ?

Par le passé, il est vrai que certaines start-up ont levé des fonds sur des niveaux de valorisation qui ne se justifient pas aujourd’hui. C’est un retour à la réalité plutôt bienvenu et qui ne signifie pas qu’un secteur en difficulté est fini. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous évitons de parler de bulle spéculative, très liée à de l’irrationnalité et qui une fois percée ne laisse rien. Ici, nous assistons plutôt à un retour au calme après une phase d’excitation autour de valorisations excessives. 

Aujourd’hui, les start-up qui cherchent à lever des montants très élevés sans avoir de véritable modèle économique ne font plus recette, en revanche les investisseurs sont toujours là au démarrage pour soutenir des projets innovants dans l'AgTech et la FoodTech, en témoigne la bonne tenue des investissements à l’amorçage en 2022.

Vous êtes donc assez positif sur l’avenir des start-up innovantes de l’Agtech et de la Foodtech ?

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Après un mois de janvier très calme, on sent vraiment que les investisseurs reviennent et qu’il y a un retour de l’appétit au risque sur les projets de moyen et long terme. Les fonds d’investissement ont de l’argent à investir, tout comme les particuliers. Fait d’ailleurs assez nouveau, ces derniers viennent avec l’idée qu’investir dans les start-up c’est non seulement mieux que le livret A, mais que cela contribue aussi à l’écosystème. Un sentiment qui est assez nouveau en France et que je trouve personnellement très positif.

Il y a toujours de l’argent et de l’envie, et le principal moteur qui était la prise de conscience de l’utilité de ces écosystèmes tant d’un point de vue du changement climatique, que des problématiques de santé et d’accès à la ressource, est de plus en plus fort.

Toute chose égale par ailleurs, c’est-à-dire en dehors d’évènement extérieurs que nous ne maitrisons pas, nous estimons qu’un rebond devrait intervenir cette année, plutôt sur le second semestre, donc plutôt visible en 2024.

Votre bilan annuel relève aussi une accélération des investissements en France, un pays qui attire de plus en plus d’investisseurs étrangers. A quoi attribuez-vous ce mouvement ?

En effet, la France se réveille. Les investissements continuent à monter d’année en année et on assiste à un virage de l’écosystème français vers des sujets sur lesquels il était absent auparavant. Il y a un mouvement vertueux qui attire les incubateurs, les investisseurs et les entrepreneurs… Tout cela est très positif.

Ce réveil concerne la Tech en général. Il est dû aux entrepreneurs, à des acteurs extérieurs, de type Station F par exemple, mais aussi à des industriels français qui s’intéressent à ce qui se passe en France, contrairement aux années précédentes, où ils étaient plutôt tournés vers ce qui se passait à l’international.

Il y a aussi un contexte politique plutôt favorable, ne serait-ce qu’avec le soutien du gouvernement via Bpifrance notamment et des nombreuses aides financières, ça aide à se lancer. C’est un système très français, en plus d’un soutien des start-up dans les phases de démarrage qu’on pourrait retrouver ailleurs, en France le système a été porté à l’échelle. Ces mesures sont uniques et continuent à aider et à soutenir tout l’écosystème des innovations dans la FoodTech.

 

(1) Chez DigitalFoodLab, la FoodTech est divisée en 6 catégories, de la production agricole au consommateur final, qui englobent elles-mêmes des sous-catégories : AgTech (gestion agricole, robots, fermes verticales, biotech…), FoodScience (alternatives aux protéines, produits de grande consommation, ingrédients fonctionnels…), FoodService (plateformes de réservation, gestion de la restauration, logiciels de caisse (ePOS), robotique en restauration…), ConsumerTech (services et outils pour aider le consommateur à mieux cuisiner, identifier les meilleurs aliments …), Delivery (livraison de repas, de courses, robotique…) et Supply Chain (gestion des déchets, magasins autonomes, emballages…)