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Bovins : la France touchée à son tour par la dermatose nodulaire contagieuse

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Le premier cas hexagonal de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), confirmé le 29 juin dans un élevage bovin de Savoie, a été suivi de trois suspicions. La France aurait demandé à réserver des doses de vaccins auprès de l’UE, d’après la presse locale.

Il n’aura fallu que quelques jours : après un cas dans le nord de l’Italie le 25 juin, la France a confirmé, le 29 juin, son premier foyer de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), dans un élevage bovin de Savoie. Celui-ci est situé à Entrelacs, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Annecy, selon l’arrêté préfectoral de déclaration d’infection. Les animaux y ont « présenté des signes cliniques évocateurs » de cette maladie (fièvre et nodules sur la peau), précise le ministère de l’Agriculture dans un communiqué. Le troupeau infecté devait être abattu, la réglementation européenne imposant l’éradication de la maladie. Dans un article du 2 juillet, Ici (ex-France bleu) fait état de trois suspicions : une dans l’Ain et deux en Savoie – « deux situations sous observation dont une qui va faire l’objet d’une euthanasie », selon les mots de la préfète Vanina Nicoli.

D’après la Rue de Varenne, la dermatose nodulaire contagieuse « est fortement préjudiciable à la santé des bovins et conduit à des pertes de production importantes » (lait notamment). Non transmissible à l’homme, elle est provoquée par un virus du genre des Capripoxvirus, véhiculé par des piqûres de mouches hématophages (stomoxes et taons), comme le rappelle la plateforme française Épidémiosurveillance en santé animale (ESA) dans une note.

Trois foyers confirmés en Sardaigne

De l’autre côté des Alpes, un foyer avait été confirmé le 25 juin en Lombardie (Italie), à moins de 250 km de la frontière française. La propagation rapide entre l’Italie et la France laisse supposer l’implication d’un moyen de transport. L’élevage contaminé est situé à Porto Mantovano, à 120 km à l’est de Milan. Le bovin infecté provenait de l’élevage où avait été détecté le premier cas européen, en Sardaigne, à plus de 500 km de là. Sur l’île, « trois autres foyers ont été confirmés sur la commune d’Orotelli, Orani et Bottidda à proximité du premier foyer », rapporte la plateforme ESA dans son bulletin hebdomadaire. C’est le 21 juin que la dermatose nodulaire contagieuse a fait son retour en Europe ; la maladie avait été éradiquée en octobre 2017, après une épizootie d’ampleur dans les Balkans.

Concernant les mesures de lutte en Savoie, une zone réglementée de 50 km autour du foyer a été instaurée. Elle concerne les départements de Savoie, Haute-Savoie, Ain et Isère. Selon la FDSEA des Savoie, cette zone englobe « 2 200 élevages représentant 225 000 animaux ». En particulier, elle recouvre une partie des zones d’appellation reblochon, beaufort et abondance, trois fromages AOP au lait cru. Des arrêtés préfectoraux ont imposé dans cette zone réglementée des « restrictions notamment sur le déplacement des bovins », ainsi qu’un « renforcement de la surveillance vétérinaire » et de la biosécurité, résume la Rue de Varenne. Des mesures qui ont fait l’objet de controverses : après avoir imposé une interdiction de transporter le lait cru, la préfecture a fait machine arrière devant la levée de boucliers des professionnels.

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Controverse sur le lait cru

Lors d’une réunion avec les éleveurs le 2 juillet, les préfètes de Savoie et de Haute-Savoie ont ainsi annoncé la levée de l’obligation de pasteuriser le lait dans la zone réglementée rapporte Ici le lendemain. Alors que la DNC n’est pas transmissible à l’homme, « la littérature scientifique confirme que la pasteurisation n’est pas nécessaire pour le lait pour les produits à destination de la consommation » humaine, expliquent les pouvoirs publics, cités par le média public.

Un nouvel arrêté préfectoral est donc paru le 2 juillet qui abroge l’ancien du 29 juin. Le nouveau texte ne contient plus l’article interdisant « les mouvements de lait cru » à partir des « établissements situés dans la zone réglementée ». Une dérogation était notamment prévue pour le transport de lait cru « vers un établissement de transformation pour y subir un traitement d’atténuation » (pasteurisation), établissant de fait une obligation de pasteurisation. Cette interdiction de transporter le lait cru provoquait, selon la FDSEA des Savoie, « des pertes estimées à plus d’un million d’euros par jour ». Dans un communiqué commun avec les JA, le syndicat demandait « l’abrogation immédiate des arrêtés préfectoraux », ainsi qu’une « dérogation européenne pour appliquer des mesures proportionnées, traçables, adaptées ».

La banque vaccinale de l’UE sollicitée

Dans le nouvel arrêté, la pasteurisation du lait reste obligatoire uniquement pour le lait destiné à l’alimentation animale, hormis pour les veaux nourris à partir de lait ou colostrum produit sur place (même unité épidémiologique). Ce second texte instaure également la possibilité d’une dérogation de déplacement des animaux pour abattage.

Par ailleurs, « l’Union européenne dispose d’une banque vaccinale, que la France a décidé de solliciter pour réserver des doses », ont indiqué les autorités locales, selon Ici. Sollicité par Agra Presse, le ministère de l’Agriculture n’a pas confirmé cette information. La DNC étant une maladie exotique, c’est au niveau européen que se prend la décision de vacciner ou non. « Les modalités de vaccination ainsi que sa prise en charge restent à définir, l’urgence étant de s’assurer de la disponibilité des doses auprès de la Commission européenne », ajoutent les pouvoirs publics français. Selon Ici, l’Italie « a également choisi d’activer cette banque européenne de vaccins ».

Une maladie non transmissible à l’homme

Reblochon, beaufort et abondance situés dans la zone réglementée