C’est indéniable : le vote Le Pen a été plus élevé que la moyenne chez les agriculteurs, artisans, dirigeants de PME, plus élevé aussi dans les communes rurales ou les petites villes. Au fond, si l’on voulait résumer, il s’est exprimé dans tous les milieux qui se sentent, à tort ou à raison, délaissés, voire abandonnés par le pouvoir central, qui se perçoivent comme les victimes actuelles ou prochaines d’une mondialisation présentée comme le grand mal.
Ce vote est doublement paradoxal. D’une part, le Front national ne présente, pour ces populations, aucun programme sérieux visant à désenclaver des régions, à relancer l’activité des PME et encore moins à relancer l’agriculture. Les grands sujets rabâchés par les Le Pen portent davantage sur l’insécurité et l’immigration, deux aspects dont les milieux ruraux souffrent certainement moins que d’autres, dans les grandes villes et leurs banlieues.
Deuxième paradoxe, ni les agriculteurs ni les ruraux en général n’auraient à gagner des politiques de repli national et identitaire prôné par le Front national. Remettre en cause l’Europe ? Quelle catastrophe ce serait pour les agriculteurs, pour leur revenu soutenu par la Pac. Il ne faut pas croire que l’État français pourrait prendre le relais en ces temps de disette budgétaire. Quant à la mondialisation, il suffit de regarder les statistiques d’exportation pour voir à quel point l’agriculture, qui irrigue les milieux ruraux, en profite.
Les élections régionales sont passées. Mais elles sont un round de préparation pour la présidentielle de 2017. Le vote FN n’est manifestement pas une bonne option, ni pour l’agriculture ni pour les ruraux.