Au Sommet de l’élevage le 8 octobre, la ministre de l’Agriculture a promis plus de « transparence » et a annoncé l’activation de la procédure de recours sur l’assurance des prairies. Un changement de posture attendu par les représentants des éleveurs, remontés par la sécheresse historique.
Sous pression des éleveurs, la ministre de l’Agriculture a finalement donné des gages sur l’assurance des prairies le 8 octobre au Sommet de l’élevage, en promettant plus de « transparence » et en annonçant l’activation de la procédure de recours. Annie Genevard a « décidé de rajouter » une publication de l’Indice de production des prairies (IPP, calculé par le satellite d’Airbus et régulièrement contesté par les éleveurs). Des données par commune arrêtées à fin septembre seront publiées « mi-octobre », a-t-elle indiqué dans son discours. Cette quatrième publication s’ajoute à celles habituellement réalisées en juillet, septembre et novembre.
Par ailleurs, la ministre a annoncé « demander officiellement à tous les préfets concernés par le sujet » de réunir les comités départementaux d’expertise, « courant octobre » puis « fin novembre », activant ainsi la procédure de contestation prévue par la loi Entraves du 11 août 2025. Selon le Code rural, ces instances ont pour rôle de « présenter et d’expliquer les résultats des indices et de contribuer à l’analyse des réclamations ». Une réponse aux éleveurs, qui sont « impatients de pouvoir confronter les résultats du satellite à la situation vécue », a indiqué Annie Genevard dans son discours.
Les stands des assureurs visés au Sommet
Enfin, sur le plus long terme, la ministre a demandé à ses services de « croiser » les données du réseau des fermes de référence sur la pousse de l’herbe (chambres d’agriculture) avec celles du satellite, afin de faire évoluer si besoin les paramètres du satellite. Un travail qui sera « communiqué au plus tôt, en toute transparence », a-t-elle promis.
Ces annonces d’Annie Genevard répondent point par point aux demandes du syndicalisme majoritaire. Deux jours avant sa visite, une action syndicale portant sur l’assurance des prairies avait eu lieu au Sommet de l’élevage de Cournon, indiquait David Chauve, président de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes, à Agra Presse. Selon lui, une cinquantaine d’éleveurs du Massif central se sont rendus sur les stands des assureurs (Groupama, Pacifica, Abeille), d’Airbus et du ministère de l’Agriculture, y collant des stickers proclamant notamment : « L’agriculture brûle, le satellite regarde ailleurs ! » Une action visible sur la page Facebook du syndicat.
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Depuis la réforme de 2023, les représentants des éleveurs contestent régulièrement l’évaluation des pertes de production des prairies, désormais réalisée par un satellite d’Airbus. Ces données servent à calculer les indemnisations des agriculteurs assurés, mais aussi celles des non-assurés (indemnisation de solidarité nationale, ISN). Or, avec la sécheresse historique de cet été, « l’indice satellitaire perçoit entre 15 et 20 % de pertes de moins que la réalité », affirme David Chauve. Ce qui peut représenter, selon, lui « environ 15 000 € d’indemnisations en moins » pour une exploitation moyenne.
Changement de ton spectaculaire
« Il n’y aura ni déni ni angélisme de la part de l’État », martelait Annie Genevard dans son discours deux jours plus tard à Cournon. Et d'insister, dans un communiqué publié dans la foulée : « Sur l’assurance-récolte, il n’y a ni tabou, ni interdit ». « Il faut redonner confiance dans le système assurantiel, c’est la raison pour laquelle j’ai donné droit à un certain nombre de leurs demandes », a-t-elle justifié devant la presse. Et la ministre de reconnaître : « Les éleveurs n’ont pas confiance pleinement dans ce système, ce qui les conduit à ne pas s’assurer », avec seulement un éleveur sur dix couvert pour ses prairies.
Un changement de ton spectaculaire pour celle qui, moins d'un mois plus tôt au Space de Rennes, défendait bec et ongles l’indice satellitaire. « Il est abusif de dire que [le satellite] ne fonctionne pas », avait-elle lancé le 15 septembre, balayant tout « dysfonctionnement » du système. « Si les éleveurs avaient été assurés davantage, c’est plusieurs milliards d’indemnisations auxquelles ils auraient eu droit », avait-elle avancé.
YG