Abonné
Communiquer auprès des citadins. Leur expliquer les beautés, les risques et les efforts des agriculteurs. Voilà une des obsessions du monde agricole. Elle est légitime. De la compréhension du consommateur citadin dépend son bon vouloir à payer le vrai prix pour son alimentation et à financer des aides indispensables à la survie de l’agriculture, à son rôle dans la société, l’aménagement du territoire, la vie rurale, etc.
Mais attention à ce que la com’ ne devienne pas un but en soi. La période du Salon de l’agriculture est tentante pour essayer de capter l’attention du citadin. Expliquer ce qu’est l’agriculture, sa modernité, son rôle possible dans la résorption du chômage, dans la croissance du pays, voilà des messages indispensables. Aller miser sur des « Boîtes à meuh » électroniques, sur des dîners en chapeau de paille, on ne voit pas bien l’intérêt, au risque de paraître rabat-joie.
Plus généralement, la tentation de « L’amour est dans le pré » qui semble faire la joie des chaînes de télévision plutôt racoleuses et qui en imitent la formule, présente-t-elle un grand intérêt en termes de modèle? Le concept fascine, il est vrai et on se demande pourquoi. Mais capter l’attention du plus grand nombre, est-ce un objectif en soi ? On sait les dégâts qu’a fait sur les chaînes de télévision le culte des audimats.
Qu’on le regrette ou qu’on s’en réjouisse, le message que doit porter le monde agricole vers le grand public est plus complexe, moins rigolo, plus sérieux. Sa modernité, sa complexité, sa qualité, sa fragilité. Ni une agriculture d’hier tant vantée par quelques cinéastes de la nostalgie, ni une agriculture de misère. Mais une activité pleinement ancrée dans les enjeux économiques et sociaux du pays. A tant faire de la com’, on risque de porter un message bien vide sur le fond. Capter le plus grand nombre n’est pas une preuve de qualité.