Plusieurs initiatives ont été présentées au Salon de l’agriculture qui pourraient structurer un peu plus l’économie numérique agricole. Terrena a présenté une plateforme de données « ouverte » à d’autres entreprises, qui permettra de « numériser l’histoire des produits ». Invivo a annoncé la construction d’un réseau de 1 000 fermes qui permettra d’évaluer les différents services numériques proposés aux agriculteurs.
Les deux initiatives viennent du monde coopératif. La première est celle de l’union de coopératives, InVivo, qui a annoncé, au Salon de l’agriculture le 28 février, la création d’ici 2020 d’un réseau de 1 000 fermes (250 recrutées à ce jour) dans le but d’évaluer les performances économiques, agronomiques et environnementales d’outils numériques.
L’idée générale est de tester chez l’agriculteur le retour sur investissement des outils numériques. L’évaluation porterait précisément sur les économies d’intrants, pour des investissements à hauteur de 80-100 €/ha et à l’issue d’une période de 18 mois, a expliqué le DG d’InVivo Thierry Blandinières. Les agriculteurs sélectionnés n’auront pas à investir eux-mêmes ; des fonds ou équipements seront mobilisés par leurs coopératives ou auprès des collectivités locales. InVivo va sélectionner une liste de services existants (imagerie, capteurs, OAD…) à évaluer, mais aussi tester des services en développement.
Une plateforme déployée d’ici 2019
La deuxième initiative vient du groupe coopératif de l’ouest Terrena. L’entreprise a présenté, le 28 février au Salon de l’agriculture, une plateforme de données, visant à « numériser l’histoire de ses produits ». Une plateforme est une interface donnant accès à différentes bases de données et permettant leur exploitation par des logiciels. Elle a été élaborée par la société internationale de traçabilité logistique GS1, qui établit habituellement de codifications pour la logistique entre la grande distribution et l’agroalimentaire.
Pour Terrena, GS1 a développé un premier applicatif sur la plateforme. Il s’agit d’une application appelée Agrimatrice qui permet de retracer l’histoire d’un produit : une trentaine d’événements pour une cuisse de poulet par exemple (départ du couvoir, désinfection du bâtiment, nourriture…). La plateforme sera déployée en 2019. Terrena invite d’autres entreprises du secteur (coopératives, clients, fournisseurs…) mais aussi start-up, à la rejoindre sur cette plateforme qu’elle souhaite « ouverte ».
Développer des services pour tous les agriculteurs
De nombreuses plateformes de données existent déjà dans le secteur agricole. La dernière édition des Agridatadays dédiée aux plateformes de données agricoles, le 27 février au Sima, en a donné un bon aperçu. Elles varient beaucoup par leur gouvernance : partenariat de la filière porcine avec des machinistes (Domopig), plateforme développée par les instituts techniques agricoles (l’Acta avec Api-Agro), par des coopératives (plateforme européenne de génomique bovine) ou des tractoristes eux-mêmes (John Deere).
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« Il faut éviter que les données ne soient utilisées que par certains », souhaite le président de l’Irstea, Jean-Marc Bournigal, qui aimerait que la France parvienne à créer un écosystème qui permette de développer des services pour tous les agriculteurs, « de la filière Comté aux grandes cultures ».
Il est pour cela le promoteur d’un projet de portail de données agricoles dont la gouvernance reviendrait à la profession agricole. Un projet soutenu par le ministère de l’Agriculture, qui a pour l’instant fait l’objet d’un rapport dont il est l’auteur, mais qui n’a pas encore reçu d’engagement concret de la part de la profession agricole
Quels retours aux agriculteurs
Au delà de la gouvernance, des efforts doivent être faits par les fournisseurs de nouveaux services numérique pour mieux s’adapter à leurs clients agriculteurs. La question a été soulevée lors du colloque Hub'agro « Produire plus et mieux », le 27 février au Sima. « Il y a beaucoup de progrès sur le Salon de l’agriculture, mais la question est de savoir quelle est la valeur ajoutée », a expliqué le conseil de chambre d’agriculture, Michel Graciano. « Souvent, les fournisseurs de services répondent à un problème, mais oublient comment l’intégrer dans les fermes ».
Et de citer un exemple réussi : la connection d’un poulailler dans une ferme où l’agriculteur ratait systématiquement la protection de ses cultures par manque de temps. En gagnant 2 à 3 heures de surveillance par jour dans son poulailler, il a pu améliorer sensiblement ses rendements dans les champs.
Smag va se lancer en 2017 dans la prédiction des rendements et qualités des blés
Que peut-on faire quand on parvient à réunir suffisamment de données de qualité ? Prévoir ! Stéphane Marcel, le patron de Smag, la filiale numérique d’InVivo, a annoncé lors d’une conférence de presse d’InVivo au Salon de l’agriculture, que sa société est sur le point de lancer un service de prédiction des rendements en grandes cultures, appelé Datacrop. En marge de la conférence, il précise que le service sera lancé au printemps, pour la moisson 2017. La prédiction portera sur la qualité et le rendement du blé, à la parcelle. Ses équipes parviennent à des prédictions justes plusieurs mois à l’avance, confie-t-il. Le business modèle sera dévoilé au printemps. Smag couple ses propres données (d’éditeurs de logiciels en ligne) qui couvrent 10 millions d’hectares, avec des données externes (télédétections, capteurs…)