La commissaire européenne à l’agriculture Mariann Fischer Boel est résolue à présenter aux Etats membres de l’UE, avant le début de la prochaine campagne, en avril 2008, une proposition d’augmentation définitive des quotas laitiers. Si elle avait encore des doutes, son choix a été conforté par le tour de table organisé par la présidence portugaise, le 26 septembre, à l’occasion du Conseil agricole : 22 pays ont plaidé pour une rallonge des volumes de production allant de 2 à 5 %.
Plus d’une vingtaine de ministres européens de l’agriculture ont soutenu la Pologne, lors du Conseil agricole du 26 septembre, à Bruxelles, pour réclamer une hausse des quotas laitiers. Après les Pays-Bas Voir n°3120 du 24/09/2007., Varsovie réclame une augmentation de 5 % de son quota, pour permettre à sa filière de profiter de la forte demande sur le marché mondial et détendre quelque peu la pression sur les prix. La plupart des autres délégations ont emboîté le pas, allant ainsi dans le sens de la commissaire européenne à l’agriculture qui dénonce, depuis plusieurs mois, les quotas comme étant un outil appartenant au passé.
Finalement seuls cinq pays européens ont des réticences à l’égard de ce projet. Le Royaume-Uni estime que cette question est prématurée et doit être abordée dans le cadre du bilan de santé de la Pac. La Finlande et l’Autriche regrettent qu’une attention plus grande ne soit pas accordée aux régions géographiquement désavantagées. L’Allemagne et la France affichent, elles aussi, leur scepticisme. Pour le secrétaire d’Etat allemand à l’agriculture Gert Lindemann, avant d’augmenter les quotas, il faudrait les remplir. Plutôt que de s’attaquer définitivement à cet instrument de régulation du marché, il faudrait réfléchir à une suspension ou à une réduction des superprélèvements. Une décision en ce sens serait plus facilement « réversible » qu’une augmentation des quotas. Certes, Berlin reconnaît le niveau exceptionnellement élevé des cours du lait. Mais, après des années de prix bas, ils permettent tout juste aux producteurs de procéder aux investissements nécessaires, mais en aucun cas, les exploitations s’enrichissent de façon scandaleuse, a défendu Gert Lindemann en marge du Conseil.
La France suggère une étude d’impact
De la même manière, le ministre français de l’Agriculture, Michel Barnier, a appelé ses homologues à faire « attention à une conjoncture favorable à une augmentation de la production, mais qui n’est pas définitive ». Soulignant qu’il fallait être « sûr que nous ne le regrettions pas par la suite », il a demandé à la Commission de Bruxelles qu’une réelle étude d’impact soit réalisée avant toute décision définitive.
Face à ces réticences isolées, mais venant de poids lourds de l’UE, la commissaire européenne à l’agriculture Mariann Fischer Boel a indiqué qu’elle comptait prendre son temps avant de présenter une proposition. Un rapport sur l’avenir des quotas laitiers doit être remis à la Commission en décembre prochain. Aucun projet ne sera formulé avant cette date, a-t-elle précisé. D’autant que, selon elle, l’UE a encore le temps d’élaborer un texte avant le début de la prochaine campagne, en avril 2008. Toutefois, forte d’un très large soutien au sein du Conseil agricole, Mme Fischer Boel n’a pas caché son intention de procéder à la hausse des quotas sans attendre le débat sur le bilan de santé de la Pac. D’ailleurs, a-t-elle indiqué, cette augmentation ne devra pas être temporaire, comme l’auraient souhaité les Pays-Bas, mais définitive.