Voilà des producteurs de lait embarqués, s'ils vont au bout de leur annonce, dans une procédure juridique contre leur unique client, Lactalis. Un signe indéniable de la tension qui marque les relations interprofessionnelles dans un contexte de prix de plus en plus difficile. Faut-il s'étonner d'une telle action juridique ? Non. S'il y a un recours au juge, c'est que les autres solutions n'ont pas fonctionné. La pratique des contrats, les Français n'en ont pas la culture, dans le lait comme dans d'autres domaines. C'est souvent l'affrontement qui prime dans un premier temps en attendant que le juge oblige les parties à s'entendre.

Quant à ceux qui rêvent encore de voir une puissance publique, nationale ou européenne, exercer une régulation des marchés, ils sont dans une profonde illusion. La réforme de la PAC a été en grande partie lancée pour mettre fin à la régulation des marchés. L'Europe ne reviendra pas en arrière avant longtemps ou alors que de manière anecdotique.

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La production laitière est, avec la production porcine, un des rares secteurs non contraints par des limites de surface ; elle peut, quasiment, devenir une production hors sol comme le montrent les fermes géantes du type 1000 vaches ou celles des ex-pays de l'Est. Alors, la plupart des pays du nord et de l'Est de l'Europe veulent en profiter. Fin 2014, on en voit déjà les prémices : la France modère un peu sa collecte (mais moins à l'Ouest qu'ailleurs) tandis que le nord de l'Europe continue de produire sans état d'âme. C'est bien une illusion que de croire que l'Europe va vouloir ou va pouvoir les brider. La solution est ailleurs : une bonne cohésion de filière entre pro-ducteurs et transformateurs pour ne produire que si on a un marché. Mais on n'en prend pas le chemin.