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Structures La Conf' vent debout contre « l'industrialisation » de l'agriculture

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A l'occasion du Salon de l'agriculture, la Confédération paysanne a dénoncé « l'industrialisation » de l'agriculture au travers d'une carte non exhaustive de projets entrant dans cette définition. Le syndicat veut défendre « l'emploi paysan » face au développement de l'emploi industriel, « un peu moins de modernisation » face aux projets de grande envergure.

La Confédération paysanne présentait à l'occasion du Salon de l'agriculture, une carte « non exhaustive de l'industrialisation de l'agriculture », souhaitant ainsi mettre « en évidence comment, au-delà du symbole des 1 000 vaches, une agriculture destructrice se met en place » et comment « l'industrialisation touche tous les territoires », explique le porte parole Laurent Pinatel. La carte comporte trente projets ou fermes en activités, allant d'un atelier de 250 000 poules pondeuses dans le Pas-de-Calais, à 40 hectares de tomates en Charentes-Maritimes, en passant par 900 truies dans les Côtes d'Armor... Pour entrer dans cette carte, les critères sont « le process de production, la capitalisation à l'extrême, la captation des primes, les volumes », détaille Laurent Pinatel.

Un peu moins de modernisation

« J'ai du respect pour les gens qui travaillent à l'usine, mais ce n'est quand même un travail très épanouissant. Le devoir d'un syndicat agricole, c'est de défendre l'emploi paysan. Il y a urgence à agir », a-t-il lancé, lors d'une table ronde organisée sur le salon. Pour lui, la multiplication de ces projets de grande envergure donne « des signaux aux paysans ». Le signal qu'il faudrait s'agrandir, investir lourdement pour rester dans la course. « Est-ce qu'il ne faudrait pas un peu moins de modernisation, et ne pas se réveiller avec 800 000 euros de crédits sur la tête ? », propose-t-il. Parmi les projets, on trouve notamment l'atelier de 1 000 places d'engraissement de broutards

de la Courtine dans la Creuse qui concerne une cinquantaine d'éleveurs : « C'est positif de refaire de l'engraissement localement (et non plus en Italie, ndlr), mais on va tout de même produire quelque chose que l'on ne consomme pas localement », justifie la Conf, qui dénonce par ailleurs la production d'énergie photovoltaïque adossée au projet. « Le photovoltaïque conduit à l'industrialisation de l'agriculture », estime Laurent Pinatel. « Quand on fait un projet de photovoltaïque ou de méthanisation, le but est de produire beaucoup d'électricité. Pour cela, il faut beaucoup d'animaux ».

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Haro sur Sofiprotéol

Parmi les projets inscrits sur la carte, la Confédération paysanne a affirmé que deux « maternités » de 900 truies chacune, l'une en Bretagne et l'une en Vendée (en projet), étaient détenues pour partie par la société Kerloann, filiale du groupe Avril (ex-Sofiproteol), dont le président Xavier Beulin est par ailleurs président de la FNSEA. « Réveillez-vous ! a lancé Laurent Pinatel à destination des agriculteurs. Xavier Beulin est le fossoyeur de l'agriculture paysanne ! » La communication du groupe a répondu qu'Avril pouvait effectivement soutenir, toujours de façon minoritaire, le financement de projets de maternités porcines. Dans le cas précis du projet de maternité de Poiroux (Vendée), le groupe affirme ne plus faire partie des financeurs, les éleveurs ayant trouvé d'autres sources de financement.

Les Français favorables à de petites exploitations

UNE écrasante majorité de Français (87 %) souhaitent que la politique agricole favorise les « petites exploitations qui privilégient la qualité des produits » tandis que 52 % jugent les agriculteurs « pollueurs », selon un sondage Odoxa publié le 22 février dans Le Parisien. Selon cette enquête d'opinion publiée au lendemain de l'ouverture du Salon de l'agriculture, 70 % des sondés estiment que l'agriculture est un secteur dont le développement doit être prioritaire pour la France, et 76 % pensent qu'il faut « continuer à la subventionner pour maintenir une France rurale ». Les Français expriment par ailleurs de sérieuses réserves sur le respect de l'environnement par les agriculteurs : 52 % les jugeant « pollueurs », 64 % estimant que la profession n'est pas suffisamment attentive à l'environnement et 51 % pensant qu'elle n'accorde pas assez d'attention à la sécurité sanitaire. Cependant, 82 % des Français ont une bonne opinion globale de la profession, jugée « utile » à 96 %. L'enquête a été réalisée par internet les 19 et 20 février auprès d'un échantillon (méthode des quotas) de 1 002 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.