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Maladies et ravageurs Le futur réseau d’épidémio-surveillance doit s’organiser en région

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Si le ministère de l’Agriculture a explicité cet automne les grandes lignes du futur réseau d’épidémio-surveillance du territoire, il est loin d’avoir donné toutes les modalités d’organisation sur le terrain. Si les différents acteurs sont tous d’accord pour produire un bulletin de santé du végétal efficace, ils n’ont pas tous les mêmes intérêts. La mise en musique du dispositif n’est pas simple.

Cet automne, le ministère a posé le cadre du futur réseau d’épidémio-surveillance. De grands principes sont calés : un comité régional présidé par la chambre d’agriculture régionale sera en charge du bulletin de santé du végétal, gratuit, des animateurs par filière encadreront le réseau d’observateurs de terrain, un contrôle de l’ensemble sera assuré par la direction régionale de l’agriculture. Reste à s’organiser sur le terrain. Les acteurs susceptibles de participer au réseau sont connus. Il s’agit des chambres d’agriculture, des coops et négoces, des instituts techniques et des Fredon, déclinaisons régionales de la FNlon (fédération nationale de lutte contre les organismes nuisibles). A quel niveau et comment vont-ils intervenir ? C’est toute la question.

Experts ou organisations à vocation sanitaire

Pour Michel Aubinais, directeur à l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture), la mise en place du comité régional et des animateurs filières devra se fonder sur « l’expertise » des différents acteurs. Il faudra, selon lui, « associer les compétences locales quelles que soient les organisations où elles se trouvent ». Sauf que la FNlon n’est pas de cet avis. « Si on veut structurer et crédibiliser le réseau de surveillance du territoire, il faut que les animateurs filières appartiennent à des organisations à vocation sanitaire (OVS) », explique Denis Onfroy, son président. « Dans une région donnée, l’animateur ne devra en aucun cas être également préconisateur, poursuit le responsable. Car le dispositif doit avoir la confiance de tous les agriculteurs, qu’ils soient en conventionnel, en bio ou en mode intégré ». Un premier point d’achoppement.

Des modalités de partage de données difficiles à établir

Heureusement, les organisations économiques ne revendiquent pas forcément ces places d’animateurs. Elles ont néanmoins elles aussi des exigences. « Les coopératives n’ont pas attendu ce dispositif pour mettre en place des réseaux d’essais ou des parcelles d’observations », rappelle Vincent Magdelaine, directeur de Coop de France métiers du grain. « Elles sont prêtes à s’intégrer dans le schéma du réseau, mais elles sont très attachées à ce que les investissements qu’elles ont faits ne soient pas donnés gratuitement à quelques entreprises qui pourraient vouloir en tirer un bénéfice », poursuit le responsable. Même discours du côté des négoces. Jusqu’où s’engager et pour quels bénéfices ? Cette question s’avère cruciale pour tous.

Trouver les bonnes modalités de gestion

Les instituts techniques raisonnent sur leur domaine de compétence, la modélisation, à peu près comme les coops. Pour Alain Mouchart, les données doivent être partagées entre ceux qui les ont produites mais les modèles doivent rester aux mains des structures qui les mettent à disposition. « Ils ont eu un coût », explique-t-il. De leur côté, les chambres d’agriculture sont prêtes à s’investir dans l’observation, pour laquelle « elles font beaucoup en termes d’équivalents temps plein », indique Michel Aubinais. Mais elles veulent en retour un partage massif des données collectées. « La profession souhaite pouvoir utiliser les bases de données qui seront produites, voir en être copropriétaire, comme ce qui existe en élevage avec les Arsoé » (Associations régionales de services aux organismes d’élevage), indique Michel Aubinais. Donc, « il faudra trouver les bonnes modalités de gestion ». Les débats se poursuivent sur d’autres questions, comme le contenu du bulletin de santé du végétal ou la nature des observations à réaliser.

Unanimité pour un dispositif efficace

Tous les acteurs sont toutefois unanimes sur un point : ils veulent un système efficace, qui permette à l’agriculteur d’être informé le plus vite possible. Les coopératives et les négoces ne resteront pas dans le dispositif s’il se transforme en « usine à gaz ». Idem pour les instituts techniques. Une note de service du ministère devrait très prochainement préciser quelques modalités de fonctionnement sur le terrain. Elle incitera probablement les régions à s’appuyer sur les dispositifs existants. Mais elle n’en dira peut-être guère plus.