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Le secteur agricole voit 2017 comme une année de « rattrapage »

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L’APCA demande de la « stabilité » pour les revenus agricoles

À la lecture des comptes de l’agriculture de l’année 2017 parus le 14 novembre, l’APCA (chambres d’agriculture) constate, dans un communiqué, que l’agriculture subit « depuis une dizaine années […] des variations de revenu de grande ampleur, toujours préjudiciable à la prise de décision en matière d’investissement ou d’emploi » et elle rappelle que « les agriculteurs ont besoin de stabilité ! ». Pour l’APCA, « il faut éviter que le revenu des agriculteurs ne joue le rôle de variable d’ajustement d’une économie agricole devenue instable ». Ainsi, le sursaut constaté apparaît « bien précaire » aux yeux de l’APCA, « dans un contexte où les prix s’inscrivent dans un cycle baissier » et où « le libre-échange se généralise par la voie des accords commerciaux préférentiels, ouvrant davantage le marché européen aux productions canadiennes, ukrainiennes, demain celles du Mercosur. »

Les syndicats agricoles décrivent une ferme France toujours fragile

Après la parution des comptes de l’agriculture, la FNSEA et la Coordination rurale (CR) alertent, dans leur communiqué respectif le 14 novembre, sur la signification de la hausse du résultat agricole en 2017, après une année catastrophique en 2016. « Une fausse bonne nouvelle » pour la FNSEA qui estime que « la France, qui se remet à peine des crises qu’elle a affrontées ces deux dernières années, n’est toujours pas en mesure de renouer avec les investissements qui risquent de reculer pour la 5e année consécutive ». De même, le président d’honneur de la CR, François Lucas explique que « nous les agriculteurs, de plus en plus endettés, sommes très loin de nous y retrouver ! Penser que l’agriculture française se porte mieux serait une erreur ». Les deux syndicats font référence aux États généraux de l’alimentation qui vont se conclure ; la FNSEA pour appeler le gouvernement à faire respecter la Charte d’engagement sur la répartition de la valeur, et la CR pour lui rappeler ses engagements sur « la prise en compte des coûts de production ».

Les éleveurs de porcs refusent d’être « les grands gagnants »

Faisant référence à un article du Monde, qui qualifiait les éleveurs de porcs de « grands gagnants » des comptes de l’agriculture 2016 et 2017, la Fédération nationale porcine s’insurge : « Mais grands gagnants de quoi ? Du droit de vivre de leur métier enfin, après 10 ans de crise et une perte de 10 % de la production ? ». La FNP rappelle que, pour bon nombre d’éleveurs « l’amélioration de la conjoncture a essentiellement permis de renflouer les pertes des années précédentes, et cela n’a pas suffi pour tous ». Pour l’année 2016, la FNP met d’ailleurs en avant la forte disparité des résultats publiés, « avec des revenus encore négatifs pour une part des éleveurs de porcs », et un très fort recul de l’investissement.

Grandes cultures : des chiffres « trompeurs », selon l’OPG

L’Organisation des producteurs de grains (OPG) de la CR juge que les chiffres du revenu 2017 en grandes cultures sont « trompeurs ». « La CCAN (Commission des comptes de l’agriculture de la Nation) travaille-t-elle avec les bonnes données ? », s’interroge-t-elle dans un communiqué. Côté subventions, « les céréaliers voient leurs aides Pac baisser dans le prolongement des deux années précédentes », d’après la CR. Même différence d’appréciation côté prix : au lieu des -4,4 % pris en compte officiellement, la CR observe -14 % en maïs, -15 % en blé, -6 % en colza sur Euronext.

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Chambres d'agriculture France
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Même réaction du côté de l'AGPB. « Depuis 20 ans, nous n’avons jamais constaté une situation financière aussi inquiétante dans nos exploitations céréalières françaises, explique Philippe Pinta, président de l’AGPB. 55 % des exploitations céréalières perdent de l’argent suite à une récolte nationale 2016 catastrophique ». L'AGPB souligne que le résultat moyen après cotisations sociales de ces exploitations atteint un niveau historique de – 13 000 €. « Et la récolte 2017 ne compensera pas les pertes de l’année 2016, en raison des prix toujours très bas.

« Grands gagnants de quoi ? Du droit de vivre de leur métier enfin »

« Penser que l’agriculture française se porte mieux serait une erreur »

Hausse des revenus : chaque OPA choisit son chiffre

+10,6 %, +13 %, +22 %. Après avoir lu les comptes de l’agriculture, la FNSEA, la Coordination rurale et l’APCA ont toutes les trois constaté une hausse de revenu, mais pas la même ! Car elles ont chacune choisi un indicateur différent pour communiquer.

Dans son communiqué, l’APCA utilise le « résultat net de la branche agricole par actif non salarié en termes réels » (+22 %). Cet indicateur est, selon l’APCA, « le plus proche de la réalité économique des exploitations agricoles ». Mais il est très variable.

De son côté, la Coordination rurale a préféré le « résultat brut de la branche agricole par actif non salarié en termes réels » (+13 %). Comparé à l’indicateur utilisé par l’APCA, il ne tient pas compte de la dépréciation du capital. Mais il est plus stable d’une année sur l’autre.

Enfin, la FNSEA a choisi « le résultat brut de la branche agricole » (+10,6 %). Cet indicateur représente le revenu de la Ferme France, et non des agriculteurs. Et il ne tient compte ni des charges (en baisse), ni de l’inflation, qui aurait pourtant encore minoré la hausse.