Imaginé par le groupement de producteurs Syproporcs, le contrat Swap permet aux éleveurs et aux salaisonniers de se couvrir mutuellement contre les variations du prix du porc. Il pourrait aussi permettre aux éleveurs de se couvrir sur leurs achats d'aliments et se prémunir contre les effets ciseaux, de plus en plus fréquents depuis 2007 ; une perspective très nouvelle pour la filière. Retour sur la conception de ce contrat innovant, avec son initiateur Daniel Bellec.
Lors du choc céréalier de 2007-2008, les premières réflexions du groupement de producteurs de porcs Syproporcs, basé à Lamballe (Finistère), germent. « J'étais persuadé qu'on avait pas changé de monde », retrace son directeur Daniel Bellec. Le groupement cherche des idées pour fixer un prix du porc sur une longue période, afin que les éleveurs puissent, en amont, se couvrir sur leurs achats d'aliments, et se prémunir des effets ciseaux. D. Bellec rencontre les abattoirs de sa région, et se lance, en 2011, dans la création d'un marché à livraison différé avec Kermené (E. Leclerc). Celui-ci montre rapidement ses limites, estime le directeur. Premier problème : c'est un marché physique ; donc les éleveurs qui n'appartiennent pas à la zone de ramassage de Kermené ne peuvent pas en bénéficier. Autre problème, Kermené ne s'engagera pas au-delà de 2 mois ; « hors le cycle de production du porc est de six mois », explique-t-il.
« C'est lui qui m'a présenté le swap »
Au cours de ses réflexions, cet « historique » du cadran de Plérin postule que les abatteurs ne sont pas les bons interlocuteurs pour imaginer une couverture mutuelle avec les éleveurs ; comme ils vendent des pièces dont le prix est souvent indexé sur le prix du porc fixé par le marché au cadran de Plérin (MPB), ils ne subissent donc pas, comme les éleveurs, de réels effets ciseaux. Syproporc se rapproche alors des salaisonniers. À sa surprise, une grande majorité d'entre eux sont intéressés. « Ils doivent fixer un prix à l'année avec les distributeurs, et sont confrontés aux variations du prix des pièces », explique D. Bellec. Les discussions avec Herta avancent vite, et débouchent également sur des livraisons physiques différées. D. Bellec veut aller plus loin et se rapproche d'un chercheur en économie, Jean Cordier, basé à l'AgroCampus de Rennes. « C'est lui qui m'a présenté le swap ».
Couverture mutuelle
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Le swap n'a pas de conséquences sur la vie commerciale d'un éleveur ; au quotidien, les acheteurs et le prix auquel il livre ses cochons restent les mêmes. Le swap est un mécanisme de couverture, déconnecté des livraisons physiques. Il permet à un producteur et à un salaisonnier de s'assurer mutuellement un prix, qu'ils aient ou non des relations commerciales physiques. Concrètement, l'éleveur et le salaisonnier s'entendent sur un volume de cochons dont ils voudraient couvrir le prix pour les six prochains mois, et chaque mois, ils font le point : si le prix de couverture est différent du prix de marché observé durant le mois, l'un des opérateurs compense l'autre, à hauteur du volume convenu. Si l'éleveur s'est couvert à 1,4 € le kilo alors que le prix du marché au cadran a été de 1,3 €/kg : le salaisonnier lui verse la différence, pour le volume décidé entre les deux parties. Et inversement : si le prix au MPB est de 1,5€/kg, l'éleveur (par l'intermédiaire du groupement) verse la différence au salaisonnier.
Embryon de marché à terme
Un test a été lancé le 1er juillet dernier, qui doit se terminer en décembre. Ni le nombre d'éleveurs, ni le volume, ni le prix de couverture n'ont été communiqués. « 100% des éleveurs ont accepté », lâche Daniel Bellec. Et de préciser à propos du prix de couverture : « Il n'y a pas eu de cadeau de la part d'Herta, ça n'a pas été fait dans cette idée, car cela ne durerait pas ». Ce système ressemble à un embryon de marché à terme ; les éleveurs y trouvent la possibilité de couvrir le prix du cochon, qu'ils soient situés en Normandie ou en Bretagne, ou même en Label rouge ; sa durée (6 mois) pourrait aussi permettre aux éleveurs de couvrir leurs achats d'aliment : un comportement très peu répandu dans la filière porcine, dont la culture est celle du marché spot. « Mon objectif, c'est de prouver que c'est possible, de montrer que la mécanique fonctionne », conclut Daniel Bellec.