L'investissement des étrangers dans le vignoble français n'est plus porté par les Britanniques, comme c'était le cas jusqu'au milieu des années 2000, mais par les Chinois, a indiqué le 9 mai le cabinet Vinéa Transaction, spécialisé dans les transactions de domaines viticoles. Les Chinois achètent principalement dans le bordelais, pour l'instant surtout des domaines de bordeaux génériques.
Moins de Britanniques mais plus de Chinois investissent dans le vignoble français. Les Britanniques ne sont plus moteurs dans ce domaine depuis la crise financière de 2008 et la chute de la livre ces dernières années, facteurs amplifiés par la cherté de l'euro, ressort-il de l'étude de Vinéa. « Les Chinois constituent le seul foyer de dynamisme (des investissements étrangers) », a précisé Michel Veyrier, fondateur de Vinéa Transaction. Ils acquièrent des domaines essentiellement dans le Bordelais. Les acheteurs chinois sont souvent des commerçants, qui possèdent des centaines de magasins, et qui complètent leur gamme en achetant des vignobles de Bordeaux, a-t-il expliqué. Les acquisitions chinoises portent surtout sur des vignobles d'appellations génériques, quoiqu'ils aient maintenant « tendance à monter en gamme ».
Désaffection des investisseurs étrangers, sauf des Chinois
Les investissements étrangers ont commencé à devenir significatifs dans les années 1990. Ils représentaient encore moins de 40 transactions entre 1991 et 1995. Puis ils ont dépassé les 60 transactions au cours de la tranche d'années 1996-2000. Ils ont franchi la barre des 100 transactions au cours de la tranche d'années 2001-2005, mais sont retombés à moins de 80 transactions pendant les années 2006-2010 du fait de la crise financière. L'arrivée des investisseurs chinois dans le Bordelais les a portés à 130 sur la période 2011-2015 (non achevée). En dehors des acquisitions par les Chinois, les investisseurs ont ralenti leurs implantations sur le vignoble français, « du fait de la crise, de l'euro fort ces dernières années, du “french bashing” (dénigrement de la France, notamment dans la presse anglo-saxonne), et du fait d'un contexte national social et fiscal instable », a cité Michel Veyrier. Les acheteurs étrangers ne détiennent que 2% du vignoble français, a-t-il précisé.
La Chine, hypothèse clé pour l'avenir
Et demain ? L'étude évoque deux hypothèses :
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– Les étrangers reviennent, si l'euro recouvre une parité attractive vis-à-vis des devises majeures, dollar, livre, franc suisse, si l'image de la France s'améliore (stabilité politique, fiscale et sociale) et si le marché du vin poursuit sa croissance à l'exportation : les économistes tablent sur une production mondiale insuffisante pour les dix années à venir.
– Les étrangers restent en attente du fait d'un manque de visibilité politique (montée des extrêmes, terrorisme), économique (chômage, grèves) et fiscale (surfiscalisation du travail et du patrimoine, contraintes administratives excessives) en France. L'étude évoque aussi une inconnue, la Chine. « Dans moins de cinq ans la Chine sera le premier producteur et consommateur de vin au monde », souligne-t-elle, montrant que l'intérêt de ce pays pour le vin ne fait que s'accroître.
Le retour d'investisseurs français
« Le repli des étrangers (non Chinois) est cependant parfaitement compensé par le retour d'investisseurs français », note par ailleurs l'étude de Vinéa Transaction. À l'appui de cette thèse, le cabinet a invité Matthieu Ponson, 41 ans, directeur d'une société informatique, qui est en train d'investir dans le vignoble, auquel il s'intéresse de plus en plus, et de délaisser peu à peu l'informatique, qu'il compte abandonner au terme d'une période de cinq ans. Matthieu Ponson a commencé par acquérir un domaine viticole à Pommard, près de Beaune, au cœur du vignoble bourguignon. Puis il a acheté un domaine dans le Mâconnais, près de Tournus. Il vient d'acquérir six hectares au pied du mont Ventoux. « Mon projet est basé sur des appellations bien assises. Je pense être représentatif des investisseurs français ».
L'étude de Vinéa Transaction renseigne sur les 30 nationalités d'origine des investisseurs : les détenteurs étrangers du vignoble français sont Britanniques à 22%, Chinois à 21%, Belges à 17%, Suisses à 9%, Allemands, Néerlandais et Américains à 6%, 13% pour le reste. Les acheteurs étrangers ne détiennent que 2% du vignoble français, a précisé Michel Veyrier. Les acquéreurs les plus anciens sont les Britanniques, qui ont une histoire commune avec l'Aquitaine. Ces différentes nationalités ont des préférences régionales. Ainsi, les Chinois concentrent leurs investissements à Bordeaux. Apparus il y a cinq ans, ils représentent désormais 68% des investissements, suivis loin derrière par les Belges, à 21%. Dans le Val de Loire, les Belges (27%) et les Britanniques (20%) assurent la moitié des transactions d'un marché régional « encore peu ouvert à l'investissement étranger ». Le Sud-Ouest (Bergerac, Cahors, Gaillac) est dominé par les Britanniques, qui à eux seuls couvrent 58% des investissements étrangers. Quant au Languedoc-Roussillon, il est « cosmopolite », avec 20 nationalités présentes, Britanniques en tête (31%). L'étude a été conduite sur 600 000 hectares (la viticulture française en compte 750 000), excluant les « vignobles atypiques » : la Champagne, l'Alsace, la Savoie, le Jura, la Corse, plus le cognac et l'armagnac, qui sont des alcools.