Les Danois ont hâte d’être libérés de cette « camisole de force », les Allemands voudraient connaître rapidement la nature du futur régime laitier, les Irlandais demandent qu’on aide leur restructuration, les Français tiennent mordicus à une régulation du marché : voilà les différentes manières dont les professionnels laitiers d’Europe anticipent la fin des quotas laitiers. Celle-ci est de toute manière programmée et chacun s’y prépare. L’assemblée générale de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNCL), le 26 avril, a permis de confronter les points de vue.
Il y a ceux qui la redoutent et ceux qui l’attendent avec impatience, mais tous voudraient en savoir plus sur ce qui les remplacera. « Les », ce sont les quotas laitiers dont plus personne ne doute qu’ils vont disparaître, peu à peu ou brutalement, à compter de 2015. L’assemblée générale de la FNCL, le 16 avril, (Fédération nationale des coopératives laitières) a permis de confronter des points de vue souvent bien opposés.
Camisole de force
« Pour nous, les quotas, c’est une sorte de camisole de force », lançait Kristian Svendsen, chef du département économique au Danish Dairy Board. Les Danois (4 950 exploitations pour 4,5 milliards de litres de lait) font sans doute partie des plus ardents partisans de la suppression de ces quotas. Ces champions de l’exportation laitière, qui n’ont jamais eu recours à l’intervention selon Kristian Svendsen, ont déjà estimé l’impact de la libéralisation de la production. Et de montrer une carte de l’Europe où une bande Nord allant d’Ouest en Est montre « la zone » compétitive qui semble pouvoir survivre à terme : Irlande, Angleterre du Sud, Bretagne, Normandie, Pays Bas, Danemark, Allemagne du Nord, Pologne, Ukraine.
Les Danois comptent bien tirer profit des marchés mondiaux qui apparaissent, à commencer par celui de la Chine qui pourrait, à l’horizon 2015, importer un volume de produits laitiers équivalent à la moitié du marché mondial d’aujourd’hui. Et ce petit pays se prépare en faisant des exploitations de 500 vaches laitières, le standard de ce qui se fait de moderne aujourd’hui. Ils ne regretteront pas les quotas, les Danois.
Aider à la restructuration
Ce n’est pas le cas des Irlandais. Là aussi on scrute l’avenir de l’après-quota, mais c’est pour se rendre compte que seulement 57 % des exploitations laitières (22 000 au total) sont considérées comme économiquement viables. Il pourrait n’y en avoir plus que 13 500 à l’aube de 2015. Selon une étude d’un organisme économique (Fapri), si le prix baisse à 22 centimes du litre à la production, ce sont 40 % des producteurs qui pourraient se trouver en difficulté. C’est pour cela que le gouvernement a décidé de subventionner, avec un peu plus de 100 millions d’euros, les entreprises qui auraient un bon dossier de diversification de leurs marchés.
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Une initiative qui faisait grincer des dents Eberhard Hetzner, libéral convaincu, président de la fédération des transformateurs laitiers allemands et opposé à ce type de subventions. Pour lui, l’important est surtout de savoir le plus tôt possible quel sera le futur régime laitier européen. Il faut donc aborder la question dès 2007. Hostile aux subventions d’entreprise, il est toutefois partisan de mesures sociales destinées à accompagner la restructuration des élevages qui suivra la fin des quotas. Il est d’ailleurs confiant sur l’équilibre des marchés. Eux aussi grands exportateurs, les Allemands lorgnent sur les besoins chinois de la future décennie. Ils constatent aussi que le réchauffement de la planète a d’ores et déjà posé des problèmes aux Australiens. La sécheresse qui sévit sur l’île-continent a fortement réduit ses capacités d’exportation.
La FNCL pour une régulation
Ces perspectives encourageantes n’empêchent pas Gérard Budin de penser « qu’il faut à l’évidence une régulation mondiale » des produits laitiers. Lui aussi a déjà entériné la fin des quotas, « système trop coûteux, trop rigide ». Et il demande à la France de faire des propositions dès l’automne prochain. « Sa position est intenable car trop défensive », dit-il. Pour lui, il faut avoir un système qui adapte la production au marché, avec des prix qui correspondent aux valorisations. Le principe des relations contractuelles entre producteurs et transformateurs pourrait être retenu, à condition que cela soit encadré par l’interprofession. À cela s’ajouterait un système de gestion des risques et des crises, couplé à l’utilisation des marchés à terme. De plus, « nous défendrons becs et ongles le mécanisme du stockage privé qui fonctionne bien », dit Gérard Budin. En revanche, il est dubitatif sur la possibilité qu’aurait le second pilier de la Pac à compenser les écarts de coûts de production dûs aux handicaps naturels.
Présent à l’assemblée de la FNPL, Henri Brichart, président des producteurs de lait (FNPL) insistait pour sa part sur le partage de la valeur ajoutée entre producteurs, transformateurs et distributeurs tout au long de la filière. Un sujet d’actualité, faisait remarquer l’Irlandaise Catherine Lascurettes. Selon elle, le distributeur britannique Tesco a décidé, en accord avec les transformateurs industriels, qu’il paierait un supplément de prix au litre aux éleveurs et que ce serait lui qui déciderait… du prix à leur payer.