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Chambres d’agriculture : les comptes de l’agriculture 2009 confirment « la gravité de la crise »
« La dégradation du revenu agricole est insupportable pour les agriculteurs et incompréhensible pour les consommateurs », a déclaré Luc Guyau, président des chambres d’agriculture après lecture des résultats prévisionnels de l’année 2009 publiés par la Commission des comptes de l’Agriculture, le 14 décembre 2009. Ces résultats révèlent une baisse du revenu moyen net par actif non salarié de l’ordre de 34% en 2009. Face au niveau de revenu qualifié d’ « inquiétants » et à « l’extrême fragilité des entreprises agricoles », les chambres d’agriculture proposent un pacte « agriculteur/consommateur » gagnant-gagnant comprenant un volet régulation des marchés et un autre sur la transparence des prix au sein de la filière.
FNSEA : « Il faut renforcer le plan de soutien »
Pour la FNSEA, la publication des comptes de l’agriculture 2009 « vient hélas confirmer encore une fois, l’extrême vulnérabilité de notre agriculture, que l’Europe sacrifie sur l’autel des échanges internationaux avec l’abandon de tous les outils de régulation ». C’est le plus bas niveau de revenu depuis 30 ans : « 14 600 euros par an pour un dur labeur, comment y croire ? » s’interroge le syndicat. Le plan de soutien au secteur « ne représente, dans cette situation, qu’une petite bouffée d’oxygène qui ne compense pas les pertes et devra être renforcé », souligne la FNSEA. Pour le syndicat, « il y a des idées fortes à porter » pour redonner des perspectives. Parmi celles-ci une Pac « plus souple, plus réactive, plus efficace, régulatrice des marchés ; des filières mieux structurées (…), une maîtrise indispensable des charges, notamment sociales et environnementales ».
Confédération paysanne : « Un hold-up de 4, 4 milliards »
« Du jamais vu, de mémoire de paysan », s’alarme la Confédération paysanne dans un communiqué du 14 décembre. « Malgré la diminution du prix des consommations intermédiaires (- 20 % pour l’énergie ;-11 % pour l’aliment du bétail) l’ensemble des paysans de France voient leur revenu total, passer de 12,4 milliards en 2008 à 8 milliards en 2009, un hold-up de 4, 4 milliards dans la caisse des paysans », estime le syndicat. Pour les syndicalistes, « cette situation dramatique et inexcusable, révèle le bilan d’une politique agricole calamiteuse, guidée par les forces du marché et abandonnée par le pouvoir politique en dehors de quelques mesurettes anesthésiantes et inefficaces ».
Coordination rurale : « Désespoir et la colère »
« L’agriculture sombre et entraîne des dizaines de milliers de familles dans le désespoir et la colère », a commenté dès le 14 décembre la Coordination rurale (CR). « Après une baisse de 20 % l’an dernier le revenu moyen des agriculteurs français s’écrase littéralement avec -34 % ! », s’exclame-t-elle. Pour le syndicat, l’agriculture « aurait dû être une des solutions à la crise économique qui plombe le secteur productif français », mais « l’obsession de l’inflation » a conduit le gouvernement et la Commission à mener une politique qui a pour conséquence de « faire effondrer les prix agricoles ». « Les consommateurs, eux, n’ont pas vu grand changement au niveau de leurs achats ». « Plutôt que des discours qu’ils sont las d’entendre », les agriculteurs veulent maintenant des décisions : « la Pac doit être réformée ».
Orama : les pouvoirs publics doivent « réparer leur erreur »
Les céréaliers « remettent plus que jamais en cause le prélèvement de 60 à 100 euros/ha sur leurs paiements directs » décidé par le gouvernement à partir de 2010 au titre du bilan de santé de la Pac, explique Orama dans un communiqué diffusé le 14 décembre. Le syndicat réagit à la chute en 2009 de 51 % des revenus des exploitations de grandes cultures, qui fait suite à une baisse de 34 % en 2008. Pour Orama, les pouvoirs publics doivent réparer « la grave erreur » commise début 2009. Ce qui signifie en premier lieu réunir en urgence le Comité de suivi que le président de la République s’est engagé à créer en cas de besoin.
Producteurs de viande : « Provocation ! »
Suite à l’annonce d’une hausse prévisionnelle du revenu des éleveurs de bovins-viandes à hauteur de 17% en 2009 (soit 12 700 euros par actif) par la Commission des comptes de l’agriculture, la Fédération nationale bovine (FNB) crie à la « provocation ! ». Elle dénonce le décalage de ces chiffres avec la « réalité des exploitations qui affrontent une crise de revenu sans précédent dans sa durée et son ampleur ». Et compare ces prévisions avec celles de l’Institut de l’élevage, qui évalue le revenu moyen en élevage bovins-viande à 6 300 euros par actif en 2009.
La situation est « intolérable » pour les éleveurs laitiers
Pour le syndicat FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait), « l’année 2009 que nous venons de traverser est le sinistre exemple des conséquences dévastatrices de la volonté immuable de la Commission et des Etats européens de jeter l’agriculture dans le libéralisme et la dérégulation des marchés ». « Cette situation est intolérable ! » affirme la FNPL qui rappelle qu’« un producteur de lait sur cinq aura un revenu négatif cette année ». « Il faut redonner à l’élevage une véritable dynamique. Sa durabilité ne peut être garantie qu’avec une véritable politique de régulation. Derrière ce mot, nous ne réclamons pas des milliards mais de l’efficacité » conclut le syndicat.
Viticulture : surprise et mécontentement
Les professionnels qui représentent la production viticole ont fait état de leur surprise et de leur mécontentement au sujet des comptes prévisionnels de la viticulture, lors du conseil spécialisé « vin » de FranceAgriMer le 16 décembre à Paris. Ils contestent le mode de calcul qui consiste à multiplier le nombre d’hectolitres de la récolte (plus abondante en 2009 qu’en 2008) par les prix enregistrés au cours des quatre premiers mois de la campagne. Ce calcul n’est pas pertinent selon eux. Preuve en est : les comptes prévisionnels pour 2008 annonçaient une hausse des revenus de la viticulture alors que les chiffres définitifs ont établi une baisse significative. Les viticulteurs regrettent « l’effet désastreux » produit par ces prévisions, très éloignées de la réalité.
Producteurs de légumes :-73% en trois ans
« En 2007 :-49%. En 2008 :-17%. En 2009 :-34%. Soit -73% en trois ans », s’exclame Légumes de France, la fédération des maraîchers de la FNSEA. Ainsi, pour un revenu de mille euros en 2006, il n’en reste que 270 en 2009. Pourquoi en est-on arrivé là ?, s’interroge Légumes de France. La fédération avance deux facteurs principaux d’explication : les distorsions de concurrence « fortes », par les coûts du travail deux fois plus élevés en France qu’en Allemagne par exemple et par des accords de libre échange avec le Maroc, l’Égypte. Et « une filière qui ne sait plus valoriser les légumes, mais qui reste experte en matière de remises, rabais et ristournes indus, prélevés sur les producteurs ».