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Relations fournisseurs-distributeurs L’État devrait aider les producteurs à former les prix, selon un sondage

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Une majorité de Français souhaitent que l’État aide les producteurs à fixer leurs prix face aux distributeurs, indique un sondage de TNS Sofrès présenté le 27 septembre aux Entretiens de Rungis.

Un sondage commandé par la Semmaris, société gestionnaire du marché international de Rungis, et réalisé par TNS Sofrès (1) sur le thème « Quelles régulations pour l’agriculture et l’alimentation des citoyens ? » montre qu’une franche majorité des sondés ressent confusément la nécessité d’une plus grande intervention de l’État dans la formation des prix. À la question « l’État doit-il aider les producteurs à fixer leurs prix face aux distributeurs ? », 77% ont répondu favorablement. Parmi eux, les plus diplômés souscrivent à 83% à cette position, et les sympathisants du PS y adhèrent à 84%. Seulement 14% ont acquiescé à la proposition « on doit laisser les prix se fixer librement ».

Un tiers estime que le prix élevé est justifié
Le sondage révèle également que 32% des Français estiment que les produits frais de qualité coûtent cher, mais que leur prix est justifié. Sur cette catégorie certes minoritaire (51% estiment que les produits frais de qualité coûtent cher, mais que leur prix n’est pas justifié, dont 57% chez ceux qui se fournissent essentiellement en GMS), les plus diplômés sont sur-représentés (38%) ainsi que les moins de 35 ans (40%).
En outre le sondage met en lumière que dans « les principales difficultés du monde agricole français », le premier phénomène stigmatisé est « la difficulté de vendre les produits agricoles au juste prix ». En second vient « la concurrence d’autres pays » et en troisième position « le faible pouvoir de négociation des agriculteurs face aux distributeurs ou aux industriels ».
Il montre aussi que les agriculteurs ont une image bonne (68%) à très bonne (14%), et que l’agriculture est un secteur où les niveaux de revenus sont inférieurs à ceux de la moyenne des Français. Mais, moins férus en matière de commerce international, les Français sont près d’un tiers (29%) à ne pas être d’accord avec l’assertion « la France exporte plus de produits agricoles qu’elle n’en importe », contre 38% qui sont d’accord et 33% qui ne répondent pas.

DGAL : l’État doit avant tout être facilitateur
Comment garantir le juste prix ? « Pour nous c’est l’éternel débat », a lâché Étienne Gangneron, président de la commission bio à la FNSEA, rappelant que depuis 20 ans la recherche de la compétitivité maximale fait « qu’aujourd’hui l’agriculteur court tout le temps et que dans l’exploitation c’est le grand vide social ».
Pour garantir le juste prix, « l’État doit avant tout être un facilitateur », a indiqué Pascale Briand, directrice de la DGAL, la direction générale de l’Alimentation du ministère de l’Agriculture. Il doit être facilitateur par l’Observatoire des prix et des marges et par la contractualisation, a-t-elle précisé.
Mais la contractualisation, si c’est « un bon outil », selon Marc Spielrein, président de la Semmaris, « n’est pas au point ». Quant à la connaissance des prix et des marges, malgré l’observatoire, « on n’en sait pas plus qu’il y a cinq ans sur la formation des prix des fruits et légumes ».
 
Jean Gaubert : on ne peut plus baisser les prix pour augmenter le pouvoir d’achat
Jean Gaubert, député PS des Côtes d’Armor, est venu quant à lui apporter le point de vue d’un élu sur la politique des prix. Pour lui, « on ne peut plus baisser les prix de l’alimentation en France pour augmenter le pouvoir d’achat. On promet la baisse des prix quand on n’a rien d’autre à offrir », a-t-il déclaré, visant le thème du pouvoir d’achat, sur lequel Nicolas Sarkozy a assis sa politique économique depuis son élection. Le député des Côtes d’Armor a démonté la stratégie qui consiste à « faire croire aux citoyens que l’on peut faire baisser les prix sans faire de tort à d’autres catégories sociales ».
La question des prix a amené à plusieurs reprises les intervenants aux entretiens à aborder le sujet des distorsions de concurrence. Le fait que la région Centre a perdu les trois-quarts de son verger de pommes en deux décennies, comme l’a déploré Étienne Gangneron, « n’est pas dû au fait que les salariés sont trop payés », a affirmé Jean Gaubert, mais aux distorsions de concurrence avec des pays comme l’Allemagne, qui appliquent la directive Bolkestein (le salarié est payé au salaire de son pays d’origine).

(1) L’enquête s’est déroulée du 27 au 30 mai 2011 auprès d’un échantillon national de mille personnes « représentatif de l’ensemble de la population âgée de 18 ans et plus » selon la méthode des quotas.

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