À l’occasion de ses 80 ans, et en annonçant, le 22 décembre, ses chantiers pour 2016, l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) revendique son rôle dans la construction des politiques de qualité alimentaire, au même titre que les stratégies de marques des firmes agroalimentaires. C’est le message que son directeur, Jean-Luc Dairien, compte délivrer lors des vœux de l’INAO le 5 janvier.
Jean-Luc Dairien, directeur de l’INAO, a voulu répondre aux critiques qui sont adressées aux signes officiels de qualité, à travers une rencontre avec la presse le 22 décembre. Le sens de son message, qu’il développera le 5 janvier en présence du ministre de l’Agriculture, est que les mécanismes de régulation mis en place lors de sa création en 1935 restent valables pourvu qu’on les adapte à la situation économique du temps présent.
« Il ne s’agit pas d’en faire un modèle, ni d’affirmer que c’est la solution unique, mais de dire que dans des régions en difficultés ce système apporte des réponses ». Mais « nous ne l’avons pas suffisamment expliqué », a reconnu le directeur de l’établissement.
Les critiques, « parfois violentes », reprochent au système des signes de qualité de ne pas être adapté aux réalités d’aujourd’hui, de cultiver « une certaine nostalgie ».
Pour Jean-Luc Dairien, les labels de qualité, très réglementés par des cahiers des charges sous l’égide des pouvoirs publics mais élaborés par les professionnels eux-mêmes dans une volonté collective, ne sont pas des outils handicapants pour les filières.
Préserver la qualité et apporter des réponses à des régions en difficultés
Le système mis en place en 1935 en réponse « à des situations économiques catastrophiques » permet à des filières de qualité de vivre là où des filières d’exportation périclitent, et à des multinationales représentant l’excellence française d’exporter dans le monde entier, a souligné le directeur de l’institut, citant LVMH. « Vaut-il mieux être un éleveur laitier livrant une usine d’emmental ou être un éleveur laitier dans le Jura pour faire du comté ? Vaut-il mieux être un apporteur de porcs à une grosse structure ou être discrètement apporteur pour le jambon de Bayonne ? Nous n’avons pas entendu manifester les éleveurs de la filière du jambon de Bayonne ». Sans prétendre se poser comme un modèle, le système des signes de qualité « est un outil » qui est utilisé tant par les vignerons de Corbière que par les éleveurs de moutons dans les Causses pour le roquefort. Dans certaines régions, si ces productions cessent, « c’est la vie économique et sociale tout court qui s’arrête ».
« Oui, nous faisons des contrôles » pour garantir la crédibilité des produits vis-à-vis des consommateurs. Derrière ce constat, plane toujours « une impression de pré-accusation de lourdeur administrative », a expliqué Jean-Luc Dairien.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
De l’expertise pour la LGV à la coopération en Algérie
L’INAO s’est adapté aux réalités des années 2010 : il est passé en trois ans de 25 sites régionaux à 18, il introduit désormais systématiquement des études d’impact économiques dans les révisions de cahiers des charges.
La loi d’avenir agricole lui a confié une mission d’expertise pour les travaux d’infrastructures qui ont des enjeux fonciers sur des territoires délimités pour les signes collectifs de qualité. Face au grignotage foncier par l’urbanisation, l’INAO a compétence pour éclairer la décision des pouvoirs publics. C’est le cas pour le projet de construction de la ligne à grande vitesse entre Tours et Bordeaux, avec prolongement prévu en Espagne.
Par ailleurs, il développe la coopération internationale en Algérie, Chine, Vietnam, Équateur, Géorgie, Albanie, Sénégal, etc., en exportant les labels. Une retombée de cette forme de coopération, ce sont des alliances à long terme avec ces pays pour défendre la conception d’une agriculture soucieuse de la qualité et de la valeur ajoutée.
Le programme de l’INAO en Algérie est particulièrement important. Il consiste à construire le système des indications géographiques (IG) : unicité des services, procédure des contrôles, formation des opérateurs, en liaison avec l’équivalent algérien des chambres d’agriculture. Un projet d’IG est en cours pour un agrume, la figue fraîche et un type de dattes. « Nous bâtissons un programme de formation de juristes et de contrôleurs. Nous avons formé des fonctionnaires », a témoigné le directeur de l’INAO. Un point sera fait mi-2016 pour décider si une seconde phase de construction est nécessaire.
« Nous sommes les inventeurs du concept d’indications géographiques. Nous devons être les premiers à porter ce mode d’organisation », a conclu Jean-Luc Dairien.
« Nous n’avons pas entendu manifester les éleveurs de la filière du jambon de Bayonne »