De mémoire d’agriculteur on n’a sans doute jamais vu cela : une lettre de mission d’un président de la République à son ministre de l’agriculture, faisant de « l’évolution du revenu de nos agriculteurs » un indicateur du résultat de son travail. Il y a le revenu mais aussi d’autres indicateurs, dans ce courrier affiché ostensiblement sur le site de l’Élysée, voisinant avec la lettre adressée à Christine Lagarde, ministre de l’économie : « la lutte contre la déprise agricole, le contrôle sanitaire des importations, la reconquête de nos positions dans le commerce viticole, le développement des filières à haute valeur ajoutée ». Michel Barnier, qui affirme volontiers vouloir tracer des perspectives ambitieuses et pour le long terme – il l’a bien expliqué devant les Chambres d’agriculture le 11 juillet –, n’en demandait sans doute pas tant.

Peut-être Nicolas Sarkozy craignait-il la nostalgie chiraquienne chez les paysans. Manifestement, il tente de montrer qu’il sera autant, si ce n’est plus que son prédécesseur, leur champion. Sa lettre de mission est à ce titre une déclaration d’amour, ou tout au moins d’intention, sans ambiguïté et à laquelle les agriculteurs ne s’attendaient sans doute pas.

Voilà qui servira de référence pour les cinq années à venir et tout syndicaliste agricole qui se respecte devrait peut-être apprendre par cœur ces lignes à ressortir tout de go devant un responsable ministériel. Mais il ne faudra pas s’arrêter à des propos seulement rassurants. La lettre de N.Sarkozy demande aussi « des actions nécessaires pour, notamment, continuer à mieux utiliser la ressource en eau et réduire significativement l’utilisation d’engrais et de pesticides ». La « réduction de l’utilisation d’engrais et de pesticides » figure d’ailleurs dans les critères de résultat assignés au ministre. Un message également destiné aux agriculteurs, en somme.