Des perspectives de développement, mais aussi de concurrence, s'ouvrent, pour les produits biosourcés, sur des niches de marché multiples. C'est l'un des enseignements que l'on peut retenir du Siñal 2014, salon de rencontres professionnelles consacrées aux nouvelles valorisations des agro-ressources, qui s'est tenu les 20 et 21 mai à Châlons-en-Champagne.
DES niches de marché s'ouvrent pour approvisionner les filières de produits biosourcés, telles les plantes pour la cosmétique ou la betterave pour fabriquer du bioplastique. Mais la concurrence s'annonce vive en raison des changements du marché en cosmétique et de la substitution d'une matière première par une autre.
Le Siñal 2014, qui s'est déroulé les 20 et 21 mai à Châlons-en-Champagne, a montré l'émergence de plusieurs marchés qui peuvent s'ouvrir, si les filières se donnent les moyens de les développer par la recherche-développement (R&D). L'accent a été mis, tant dans les conférences que sur les stands de la convention d'affaires, sur la valeur ajoutée, plus que sur les volumes.
Cosmétique : « Nous avons 1 500 à 2 000 matières premières en portefeuille »Tel est le cas en cosmétique. Dans ce secteur, tout est diversité, évolution rapide des marchés, petits volumes, et hautes valeurs ajoutées. « Nous avons 1 500 à 2 000 matières premières en portefeuille », a indiqué Philippe Catroux, directeur du pôle « matières premières » aux Laboratoires Pierre Fabre Dermo Cosmétique. Le secteur de la cosmétique, poussé par le marketing à renouveler souvent ses produits et ses emballages, « cherche constamment à diversifier son sourcing. Nous développons de nouvelles variétés de plantes en France, au Brésil, à Madagascar ».
En chimie des biomolécules, les enjeux en termes de volumes sont plus massifs. Les développements de la graine de ricin sont « proches de la commercialisation »… à Madagascar, a noté Jean-Luc Couturier, chercheur chez Arkema, leader chimiste français. L'huile de ricin peut remplacer le pétrole dans la fabrication de polymères, cosmétiques et lubrifiants. Le ricin est cultivé à 80% en Inde, le reste en Chine, au Brésil et potentiellement à Madagascar. « On pourrait en produire en France, Espagne, Italie Hongrie et Bulgarie », a commenté Jean-Luc Couturier.
Bioplastiques : production possible à partir de betterave…Du côté des bioplastiques, les marchés sont massifs, de l'ordre des centaines de milliers de tonnes. Mais là aussi les matières premières sont peu produites en Europe.
Le BioPET, polyéthylène téréphtalate, matière de base des bouteilles plastiques, est produit à hauteur de 450 000 tonnes dans le monde, mais surtout à base de mélasse de canne à sucre, selon Thomas Lefèvre, président de Natureplast, qui promeut l'utilisation de résines biosourcées auprès des formulateurs. La production de polyéthylène téréphtalate devrait être multipliée par 10 d'ici 2020, selon Thomas Lefèvre.
Le BioPE, biopolyéthylène, pour les films plastiques, est produit à hauteur de 200 000 tonnes à partir de canne à sucre. La production à l'horizon 2020 s'élèverait à 250 000 tonnes.
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Le PLA, polyacide lactique, est un polyester thermoplastique produit à partir de l'amidon de maïs, « et nouvellement à partir de betterave sucrière », a précisé Thomas Lefèvre. Il est utilisé pour l'emballage alimentaire et comme fibre pour le textile. La production, actuellement de 187 000 tonnes dans le monde, passerait à 350 000 tonnes.
…ou des eaux uséesLes PHA, polyhydroxy alcanoates ont aujourd'hui produits principalement à partir d'amidon de maïs. Cependant dans une décennie, les chercheurs auront sans doute mis au point à l'échelle industrielle la fabrication de PHA avec des co-produits des industries agroalimentaires, voire avec des eaux usées. En tout cas Véolia y travaille, a précisé Thomas Lefèvre. La production, de 19 000 tonnes, passerait à 140 000 tonnes d'ici 2020.
Les biopolyesters sont issus de l'amidon du maïs. La production passerait de 150 000 tonnes à 250 000.
Les acétates de cellulose, biosourcés à 50% (à partir de bois), sont utilisés dans les emballages nécessitant transparence et étanchéité. Leur marché est de « quelques dizaines de milliers de tonnes ».
Lauréat : des tanins de marcs de raisins transformés en colles pour panneaux de particulesL'un des deux lauréats au Siñal 2014 est l'Union nationale des distilleries vinicoles (UNGDA), pour un produit fabriqué à base de tanins de marcs de raisins, qui servent de colles pour panneaux de particules. Ce produit, le Vititan, est un mélange complexe de tanins d'origine de marc de raisins, essentiellement des pulpes. Après extraction des tanins, ceux-ci peuvent être insérés dans des panneaux de contreplaqué, en complément de colles synthétiques ou en antioxydant dans les matériaux. Environ 50 distilleries vinicoles collectent les sous-produits vinicoles, dont 850 000 tonnes de marcs de raisin frais en quatre semaines après les vendanges.
LE Siñal 2014 s'est interrogé sur deux options possibles en France dans le développement des produits biosourcés : faut-il miser sur une diversité de filières, avec un grand nombre d'espèces de plantes, ou au contraire tabler sur une monoculture à haut rendement, à la brésilienne (comme pour la canne à sucre et à éthanol) ou à l'américaine (comme pour le maïs) ? Il ressort des débats organisés le premier jour, le 20 mai, que la France, et même l'Europe, ne peut risquer de mettre tous ses œufs dans le même panier, a dit en substance Dominique Dutartre, président du pôle de compétitivité Industrie et agro-ressources (IAR). Il semblerait difficile, voire risqué, de remettre en cause une agriculture qui s'est construite au cours des siècles sur la diversité et la multiplicité des filières, a-t-il évoqué. Face à l'apparition d'une nouvelle industrie, en remplacement progressif de la pétrochimie, l'agriculture ne va pas se spécialiser dans un seul domaine, alors qu'elle n'a cessé de se diversifier.
L'autre lauréat est le Centre néerlandais d'expertise des composants des plantes, pour sa compilation de tous les pigments, arômes, et extraits possibles pour l'agroalimentaire, la pharmacie et la cosmétique.