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Filière porcine Porc : le marché à terme allemand suscite l'intérêt

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La société de conseil en matières premières agricoles ODA a proposé aux acteurs de la filière porcine un mécanisme de couverture sur le marché à terme allemand de porcs gras Eurex. Certains opérateurs français se disent intéressés par de « petites expériences ».

C'EST un changement de regard, assurent les observateurs de la filière. À l'occasion d'un atelier de travail sur les marchés à terme du porc, organisé le 27 mai, par la société de conseil en matières premières agricoles ODA, deux opérateurs importants de la filière porcine, le salaisonnier Fleury Michon et la coopérative d'éleveurs Le Gouessant se sont dits intéressés par des essais de couverture sur les marchés à terme. « Sur de petits volumes » pour l'instant.

De la même manière que les meuniers se couvrent à l'achat sur le marché à terme Euronext (Matif) du blé, certains acheteurs de jambon s'intéressent à un mécanisme de couverture de leurs achats sur le marché du porc. Pourquoi ne se couvriraient-ils pas sur le marché à terme de porcs gras d'Eurex en Allemagne, propose Emeline Bergeron, responsable des marchés agroalimentaires chez ODA.

La différence entre les deux marchés est encore trop grande, répondent les acteurs français, pour se couvrir de façon fiable. En effet, la prime du cours du jambon (Rungis) peut varier de 11 centimes par rapport au cours du porc Eurex, au cours d'une année. Cet écart paraît encore trop important pour les acheteurs des salaisonniers français. Le cours Eurex porcs gras, mis en place en 2009, pêche pour l'instant par le manque d'implication des acheteurs (seulement 1 000 contrats en 2013), explique ODA. « Il faut que chacun prenne ses responsabilités, estime Daniel Leretrif, acheteur d'aliments du bétail à la Cooperl. Commençons par de petites expériences ».

L'exemple américain

Comme en céréales, les Américains ont une longueur d'avance sur le niveau d'utilisation et la maîtrise des marchés à terme du porc, a expliqué ODA. « Lorsqu'au printemps, le distributeur Walmart demande à Smithfield (principal abatteur US, ndlr) des prix de jambon pour Noël, Smithfield ne peux pas se permettre de voir le prix du porc flamber au cours de l'année sans être couvert, explique Emeline Bergeron d'ODA. Son département hedging (couverture, ndlr) regarde les cotations du CME (marché à terme américain, ndlr) pour le porc et se couvre à l'achat. » Du côté des éleveurs américains, même mentalité : « L'éleveur américain regarde facilement à 6-9 mois quelle sera sa marge. Une double couverture maïs-soja et cochon lui permet d'éviter les effets ciseaux ». Selon l'Ifip (l'Institut du porc), 15% des volumes de porcs commercialisés aux Etats-Unis seraient couverts sur les marchés à terme.

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Le cours du porc s'est replié sur le mois de mai

EN avril, les cours européens ont grimpé sous l'effet conjugué d'une baisse de production en Europe et d'une hausse de la consommation. En mai, les choses se sont compliquées pour la France. À partir de Pâques (20 avril), la demande des abattoirs a été ralentie par la succession des semaines à jour férié en France, ce qui a fait baisser les cours. Par la suite, ce retard d'enlèvement a dû être compensé par une hausse des abattages, alors que la consommation sur le marché intérieur était pénalisée par le mauvais temps. Sur le marché extérieur, les exportations ont été rapidement grevées par un prix perçu resté de 10 centimes supérieur aux autres marchés européens. Sous ces deux effets (marché intérieur et extérieur), le prix breton a reculé à la fin du mois de mai pour passer de 1,523 €/kg le 28 avril à 1,394 €/kg le 26 mai. En juin, l'Ifip anticipe une remontée saisonnière des cours, sous réserve d'une météo normale pour la période.

En France, la filière porcine n'est pas encore « convertie ». « Il y a besoin d'une prise de conscience, estime Emeline Bergeron. Il n'y a pas encore eu dans le porc ce changement politique que l'on a pu observer sur les céréales dans les années 2000 ou actuellement dans le lait. » Pour Estelle Antoine de l'Ifip, la filière porcine française cohabite depuis des décennies avec la volatilité du marché du porc : « Ce qui est nouveau, c'est surtout la volatilité des matières premières et l'effet ciseau induit. »

Pour François Guillard, conseiller en gestion de marché pour le groupement de producteurs de Syproporc, « le problème des éleveurs c'est la décorrélation des marchés du porc et de l'alimentation. Ils peuvent se retrouver avec des variations de trésorerie énorme. » En 2012, Syproporc avait franchi une première étape dans la gestion des risques sur le marché du porc en mettant en place une vente différée de porcs 3 à 6 mois à l'avance, qui représente aujourd'hui 10% des volumes commercialisés. Le changement culturel avance lentement.

Le projet de reprise de l'ex abattoir Gad est « sérieux », selon les pouvoirs publics

UN audit commandé par les pouvoirs publics sur le projet de reprise de l'ex-abattoir de Gad à Lampaul-Guimiliau (Finistère) confirme « le sérieux des porteurs de projet », d'anciens cadres de l'abattoir, ont indiqué le 24 mai le conseil général du Finistère ainsi que la région et la préfecture de Bretagne, dans un communiqué commun. Le cabinet-conseil Deloitte, chargé d'étudier la proposition de re-création d'une activité d'abattage sur le site de Lampaul-Guimiliau, a présenté le 23 mai un rapport d'étape. Les pouvoirs publics « ont pris connaissance des éléments d'analyse, qui confirment le sérieux des porteurs de projet », affirment-ils. Sept anciens cadres de Gad SAS ont élaboré un projet de reprise des activités d'abattage de porcs à Lampaul-Guimiliau, après la fermeture du site en octobre.