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Produits laitiers : le raffermissement des cours se confirme

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« On est sortis de l’ornière », annonce Benoît Rouyer, économiste à la Maison du lait, au sujet de la filière laitière. Et effectivement, les cours mondiaux des produits laitiers remontent, particulièrement pour le beurre. Les stocks de poudre de lait européen freinent par contre la hausse sur ce marché.

 

« Un raffermissement des prix est attendu au cours des prochains mois », a annoncé le 28 septembre Benoît Rouyer, économiste à l’interprofession laitière, le Cniel. « Après deux années de crise, le marché des produits laitiers montre enfin des signes de redressement », observait-il. Gérard You, chef de service conjoncture laitière à l’Institut de l’élevage, confirme l’information et annonce « une année 2017 meilleure que les deux années précédentes ». Dans la semaine du 19 au 25 septembre, la cotation ATLA (1) du beurre a atteint 4 200 €/tonne en prix spot et celle de la poudre de lait maigre 2 000 €/tonne. Cette dernière a dépassé le niveau du prix d’intervention (1 698 €/tonne) depuis quelques semaines, mais reste encore loin des sommets atteints en 2013-2014 (3 300 €/tonne). Quant au cours du beurre, il frôle ceux de la fin 2013 (4 400 €/tonne). « Il y a clairement un manque de matières grasses laitières sur les marchés internationaux », souligne Benoît Rouyer, d’où un prix qui s’envole.

Un manque de matière grasse laitière

Gérard You comme Benoît Rouyer confirment l’absence de stock de beurre et des tensions futures sur ce marché. « Il y a dix ans, c’était la situation inverse », rappelle Benoît Rouyer. La filière ne savait que faire de la matière grasse du lait. Entretemps, selon lui, elle « s’est adaptée » en améliorant la génétique des vaches qui produisent du lait moins gras (1 g de matière grasse en moins par litre de lait). De plus, les matières grasses laitières sont moins décriées par le corps médical, notamment aux États-Unis. Du côté de la poudre de lait écrémé, la reprise est, par contre, plus « modeste », selon lui. Les stocks importants (350 000 tonnes) de la Commission européenne (CE) « auront un effet d’amortisseur », analyse Gérard You. Il n’imagine pas un effet d’emballement des acheteurs comme cela pourrait être le cas pour le beurre. « La façon dont la CE va gérer les stocks sera stratégique », relève Benoît Rouyer, plutôt confiant cependant.

Net ralentissement de la production

« Ce retournement de conjoncture est la conséquence d’un net ralentissement de la production dans les principaux bassins exportateurs » dont l’Europe, explique Benoît Rouyer, citant une baisse de 5 % de la production pour la France et l’Allemagne depuis le début du mois de septembre. Les deux économistes sont d’accord pour dire que l’aide à la réduction de la production délivrée par Bruxelles est arrivée trop tard et n’a eu qu’« un impact à la marge » dans cette remontée des cours. « Bon nombre de producteurs avaient déjà ralenti leur activité en juin », note Benoît Rouyer. Gérard You considère que cette aide est plutôt « un effet d’aubaine » pour les éleveurs. D’ailleurs, Benoît Rouyer cite en exemple des communications allemandes incitant à faire adhérer les éleveurs à cette mesure de réduction de la production quitte à ne pas la réaliser par la suite.

Des éleveurs en grande difficulté de trésorerie

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Dans tous les cas, « la trésorerie des éleveurs reste préoccupante », affirme Benoît Rouyer. Et les tensions risquent de s’exacerber entre industriels et producteurs qui attendent une répercussion de la hausse des cours sur leur paie de lait. « Ça va mieux, mais vous êtes obligés d’attendre », illustre Benoît Rouyer  : un discours qui passe mal auprès des producteurs. « Le prix du lait 2016 est acté alors que l’année n’est même pas finie », constatait Marie-Andrée Luherne, secrétaire générale de la Fédération régionale des exploitants agricoles de l’Ouest (FRSEAO), le 28 septembre. Il faudra patienter jusque début 2017, selon bon nombre d’acteurs de la filière, pour voir un impact de cette hausse sur le prix du lait payé aux éleveurs, tout en sachant que les négociations commerciales auront leur mot à dire dans le ballet des prix, comme la loi Sapin II. Par contre, « on peut s’attendre à une remontée du prix B dans les semaines à venir », précisait Gérard You car « si les industriels veulent du lait demain, ils n’ont pas intérêt à laisser les producteurs exsangues ». D’autant plus que la météo n’a pas permis une récolte fourragère de qualité.

(1) ATLA : Association de la transformation laitière française

Lait : le rééquilibrage du marché européen est possible, pour la FNPL

« Rééquilibrer le marché du lait dans une Europe à 28 pays est réalisable », a voulu souligner la Fédération des producteurs de lait (FNPL) dans un communiqué du 27 septembre à la suite des annonces de Bruxelles de la réduction des tonnages de la production laitière. « L’objectif initial de la Commission de permettre une réduction de la production laitière de 10,7 millions de tonnes est presque atteint », relevait le syndicat, précisant qu’il « resterait budgétairement la possibilité d’une diminution de la production pour les 28 pays membres de 11 000 tonnes pour une deuxième période ». La FNPL observe que même « les pays du Nord de l’Europe réfractaires, par principe, à toute action sur les marchés, ont utilisé le dispositif mis en place », signe d’un « sens collectif des responsabilités qui va quelquefois à l’encontre de ce que défendent leurs représentants politiques ». Le syndicat « regrette toutefois que le mal français qui complexifie ce qui devrait être simplifié ait provoqué l’exclusion du dispositif d’un certain nombre de producteurs ».

Lait : une réduction de la production liée à « une insuffisance financière des exploitations laitières » pour l’OPL

« La remontée des prix des produits industriels est en réalité bien davantage due à une baisse de production par insuffisance financière des exploitations laitières ! », observe l’Organisation des producteurs de lait (OPL) de la Coordination rurale dans un communiqué du 28 septembre. Les 180 000 tonnes de production en moins annoncées par le ministère représentent 20 % des producteurs français mais seulement 3 % du volume de production. « Ramené par exploitation, ce chiffre est énorme (14 000 litres). À moins qu’il ne traduise l’abandon progressif et massif de la production », relève le syndicat. « Ces mesures n’auront pas même aidé ceux qui ont fait les efforts depuis plus d’un an déjà ! En revanche, ceux qui auront augmenté leur production, livré leurs coopératives en volumes C à des prix autour de 40 à 50 €/t, eux pourront toucher 240 euros par tonne non produite », constate le syndicat, qui de nouveau souligne qu’« il aurait été pertinent de mettre en place le programme de réduction mais avec un malus pour dissuader certains de continuer à augmenter ! ».