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Haute autorité Quatorze scientifiques du comité réfutent les conclusions du sénateur Le Grand

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Très mécontents de la façon dont le sénateur Jean-François Le Grand a synthétisé les travaux du comité de préfiguration de la Haute autorité sur les OGM, 14 scientifiques membres du comité ont réagi. Le 10 janvier, ils ont démenti les propos du sénateur dans un communiqué.

Sur les 19 scientifiques que compte le comité de préfiguration de la haute autorité sur les OGM, 14 ne sont pas d’accord avec les propos tenus à la presse le 9 janvier par le sénateur Jean-François Le Grand. Dans un communiqué diffusé le 10 janvier au soir, ils réfutent ses conclusions. Le projet d’avis « rédigé le 9 janvier 2008 sur la dissémination du MON810 sur le territoire français ne comporte pas les termes “doutes sérieux”, pas plus qu’il ne qualifie les faits scientifiques nouveaux de “négatifs” », expliquent-ils. Le groupe des 14 signale que les faits et questions analysés dans le projet « représentent des interrogations quant aux conséquences environnementales, sanitaires et économiques possibles de la culture et de la commercialisation du MON810 ». Et il souligne « la publication de plusieurs faits scientifiques nouveaux qui concernent l’impact du MON810 sur l’environnement, sur la santé humaine, l’économie et l’agronomie ». Des informations bien plus neutres, donc, que celles diffusées le 9 janvier.

Des scientifiques « gênés »

Les scientifiques se disent « gênés par le décalage entre l’avis tels qu’ils l’ont rédigé et sa transcription ». Ils regrettent « le manque de temps », qui ne leur a pas rendu possible une expertise plus complète du MON810. Seuls 5 experts n’ont pas signé le texte commun : Pierre-Henri Gouyon, Yvon le Maho, Jean-Luc Darlix pour la section scientifique et Pierre-Benoît Joly ainsi que Martine Loizeau, pour la section économique, éthique et sociale. Pierre-Henri Gouyon, qui s’est exprimé par écrit à l’AFP, estime tout de même que Jean-François Le Grand « aurait pu mieux séparer ce qui était le texte du comité de son interprétation ». Mais il considère malgré tout que « le doute est évident devant l’ensemble des faits ».

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Des élements non recevables

De source interne au comité, les scientifiques n’auraient pas été prévenus de la tenue d’une conférence de presse à l’issue de leurs discussions du 9 janvier. Le texte diffusé à cette occasion était en fait un document de travail, destiné à informer le ministre de l’Ecologie et du développement durable, Jean-Louis Borloo, de l’état d’avancement des travaux du comité. D’où l’absence de signatures des membres. Pour un spécialiste membre du comité, les éléments mis en avant par Jean-François Le Grand dans son discours ne peuvent justifier une clause de sauvegarde. Pour statuer sur un tel sujet, « les arguments doivent porter sur le contenu de la directive 2001/18, donc sur les impacts environnementaux et sanitaires du MON810 », explique-t-il. Sans quoi, Bruxelles risque de ne pas les juger recevables. Or la dissémination à longue distance mise en avant par Jean-François Le Grand ne constitue pas un « problème environnemental », mais un « problème d’exposition », estime le spécialiste. Quant à la « résistance chez les insectes » et aux « effets contrastés sur la flore et la faune », notamment sur le lombric et les micro-organismes, invoqués par le sénateur, les travaux ne seraient pas conclusifs quant à l’impact du MON810. La prochaine réunion du comité est prévue le 29 janvier. Elle devait porter sur la mise en place de la véritable Haute autorité sur les OGM.