Les données sur le revenu des agriculteurs impliquent une leçon pour tous ceux qui s’étaient émus sur la flambée des cours d’il y a deux ans. On se souvient encore des commentateurs qui s’étaient offusqués d’une telle hausse, accusant tour à tour la spéculation, la montée des biocarburants censés nous faire manquer de terre, les affameurs de la terre, etc.
Aujourd’hui les pendules sont hélas remises à l’heure. Ainsi que le constataient les experts on est sans doute revenu au phénomène de baisse tendancielle des prix agricoles, en dépit de la nécessité toujours aussi problématique de nourrir une population mondiale en forte hausse. La nouveauté est sans doute le caractère de plus en plus aléatoire, à court terme, des cours, notamment en raison du désengagement des États de leurs politiques agricoles. Du coup, cette baisse tendancielle pourrait ne pas vraiment profiter aux populations urbaines du tiers-monde tandis qu’assurément elle ne favorisera pas les productions vivrières locales. Dans les pays développés non plus elle n’est pas vraiment à l’origine d’une baisse des prix alimentaires.
La réduction des prix agricoles est, déjà, une vraie catastrophe pour les agriculteurs, leurs revenus et leurs investissements. Et pourtant, à la veille d’une vaste réforme de la politique agricole commune c’est peut-être aujourd’hui qu’il aurait fallu s’y préparer en investissant. Depuis plusieurs mois, syndicats et gouvernement avaient anticipé une année horribilis. Mais peut-être eût-il mieux valu attendre ces chiffres du revenu pour évaluer l’ampleur de la casse. Et décider ensuite celle du plan de soutien à l’agriculture.