Le document d’orientation que vient de publier l’EFSA – qui a fait l’objet d’une consultation publique de trois mois — met l’accent sur l’évaluation de la sécurité pour la santé humaine et animale et couvre des domaines tels que les aliments nouveaux, les matériaux destinés à entrer en contact avec les aliments, les additifs destinés à l’alimentation humaine ou animale ou encore les pesticides. Il s’adresse à toutes les parties intéressées, en particulier les évaluateurs du risque (experts de l’EFSA), les gestionnaires du risque (Commission européenne et États membres) et les pétitionnaires (entreprises industrielles). Le document d’orientation entre à présent dans une phase pilote, sa finalisation étant prévue fin 2019. En effet, un deuxième document d’orientation sera élaboré en 2019, lequel mettra l’accent sur l’évaluation des risques environnementaux associés aux nanotechnologies et aux nanosciences dans la chaîne alimentaire humaine et animale.
En élaborant ce premier document d’orientation, l’EFSA affirme qu’elle a tenu compte des nouveaux développements intervenus depuis la publication du précédent guide en 2011. Des développements futurs potentiels sont suggérés dans la littérature scientifique sur les systèmes de libération nanoencapsulés et les nanocomposites dans des applications telles que les nouveaux aliments, les additifs alimentaires/aliments pour animaux, les biocides, les pesticides et les matériaux en contact avec les aliments. Par conséquent, ce premier guide a pris en compte les nouvelles études scientifiques pertinentes qui fournissent davantage d’informations sur les propriétés physico-chimiques, l’évaluation de l’exposition et la caractérisation des dangers des nanomatériaux. Il traite spécifiquement de la caractérisation physico-chimique des nanomatériaux (manière d’établir si un matériau est un nanomatériau), des paramètres clés qui doivent être mesurés, des méthodes et techniques qui peuvent être utilisées pour la caractérisation des nanomatériaux et de leur détermination dans des matrices complexes. Ce document détaille également les aspects relatifs à l’évaluation de l’exposition et à l’identification et à la caractérisation des dangers des nanotechnologies pour la santé humaine et animale. Y sont discutées notamment les considérations nanospécifiques relatives aux études toxicologiques in vivo/in vitro. Il décrit la dégradation in vitro, la toxicocinétique, la génotoxicité ainsi que les questions générales relatives aux essais sur les nanomatériaux. Selon les résultats initiaux obtenus par les experts de l’EFSA, des études peuvent être nécessaires pour étudier la toxicité pour la reproduction et le développement, l’immunotoxicité, l’allergénicité, la neurotoxicité, les effets sur le microbiome intestinal et l’activité endocrinienne. L’utilisation possible de la lecture croisée pour combler les lacunes dans les données ainsi que l’utilisation potentielle de stratégies d’essais intégrés et la connaissance des modes/mécanismes d’action sont également abordées. Le guide propose des approches pour la caractérisation des risques et l’analyse des incertitudes, et fournit des recommandations pour la poursuite des recherches dans ce domaine.
Applications potentielles dans le domaine alimentaire
Selon les experts de l’EFSA, les nanomatériaux peuvent présenter des propriétés physiques et chimiques différentes de celles des mêmes substances à l’échelle normale, telle qu’une plus grande réactivité chimique due à une aire de surface plus importante. Selon eux, les produits de la nanotechnologie pourraient avoir un impact considérable sur les secteurs de l’alimentation humaine et animale dans le futur, en offrant potentiellement des bénéfices pour l’industrie et pour le consommateur, même si les risques éventuels pour la santé humaine doivent être pris en compte. Ils rappellent que des sociétés et des instituts de recherche dans le monde entier mènent des travaux et développent des applications dans des domaines tels que le traitement des propriétés mécaniques et sensorielles de certains aliments – par exemple, pour obtenir de nouveaux goûts ou textures — et la modification de la valeur nutritionnelle. Tout en reconnaissant que les propriétés et les caractéristiques spécifiques des nanomatériaux doivent être examinées quant aux risques potentiels pour la santé humaine et animale, ils affirment que la nanotechnologie peut également être utilisée dans le conditionnement des aliments, par exemple pour assurer une meilleure protection ou pour détecter le degré de fraîcheur des aliments.
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Prudence des consommateurs
Monique Goyens, directrice générale du Bureau européen des consommateurs (BEUC), estime qu’il est primordial de ne pas promouvoir l’innovation pour le bien de l’innovation et qu’il serait nécessaire que les avancées technologiques soient développées pour les besoins sociétaux. Selon elle, les consommateurs ne sont pas réfractaires à la science et la question qu’ils se posent sur toutes les innovations est celle des risques et bénéfices d’une nouvelle technologie et c’est justement le problème avec les nanotechnologies, car d’après elle, « davantage de travail reste à faire dans le domaine de l’évaluation des risques ». Dans un memorandum adressé à la nouvelle présidence autrichienne de l’UE (pour six mois), elle et son équipe ont insisté, en ce qui concerne le domaine alimentaire, sur la nécessité d’assurer une plus grande transparence scientifique dans les études qui sont menées sur la sécurité alimentaire. Selon le BEUC, les controverses autour de la sécurité de certaines substances utilisées dans la chaîne agroalimentaire (dont certains pesticides), les matériaux en contact avec les aliments, comme les emballages et les contenants, et les additifs alimentaires, ont secoué la confiance des consommateurs dans le système communautaire d’évaluation des risques alimentaires. Surtout parce que « les évaluations de sécurité par l’EFSA des dossiers relatifs à des produits tels que les nouveaux aliments, les pesticides et les OGM reposent essentiellement sur des études scientifiques financées par l’industrie ».