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Élection présidentielle Un vote agricole majoritaire pour la droite

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Un suffrage sans ambiguïté pour la droite. Voila ce que révèle le vote agricole selon, notamment, un sondage Ipsos (1) réalisé à la sortie des urnes. 35 % des agriculteurs ayant voté auraient porté leur suffrage sur Nicolas Sarkozy, 20 % sur Jean-Marie Le Pen, 11 % sur Philippe de Villiers. François Bayrou y aurait réalisé un score proche de sa moyenne nationale avec 19 % tandis que Ségolène Royal, avec 8 % est très largement au-dessous de son score atteint chez l’ensemble des citoyens. José Bové n’aurait recueilli que 2 % des voix agricoles, comme Dominique Voynet (2 %) mais derrière Olivier Besancenot (3 %) et Marie-Georges Buffet (3 %). Si ces chiffres sont à utiliser avec prudence, en raison de l’étroitesse de l’échantillon agricole considéré, ils sont assez proches du vote de 2002 au 1 tour et sont corroborés par les travaux de sociologues spécialisés dans le domaine agricole.

La droite, et l’extrême droite en particulier, aurait réalisé un score nettement supérieur chez les agriculteurs à la moyenne française. C’est ce que révèle un sondage « sortie des urnes » réalisé par l’institut Ipsos consacré à la sociologie des électeurs du 22 avril. François Bayrou y est proche de son score national tandis que Ségolène Royal réalise chez les agriculteurs une véritable contre-performance. Néanmoins, ces données sont à interpréter avec précaution, l’échantillon global n’ayant permis d’interroger qu’un nombre relativement faible d’agriculteurs. Ipsos a interrogé 3 397 personnes par téléphone le 22 avril avec la méthode des quotas. CSA a également réalisé une enquête sortie des urnes sur 5 009 personnes mais sans identifier une population agricole parmi les origines socioprofessionnelles.

Sarkozy n’est pas Chirac

Le vote de 2007 n’est pas fondamentalement différent de celui de 2002. En ce sens, les agriculteurs peuvent être considérés comme plus stables dans leurs suffrages que la population dans son ensemble. En effet, si l’on considère la droite et l’extrême droite, celles-ci recueillent ensemble 66 % des suffrages agricoles en 2007 ; en 2002, Jacques Chirac, Jean-Marie Le Pen, Jean Saint-Josse (candidat CPNT, son successeur Frédéric Nihous n’ayant pas reçu de votes agricoles significatifs en 2007) et Bruno Mégret recueillaient ensemble 65 %. Soit quasiment le même pourcentage. Sur ces totaux, Nicolas Sarkozy en 2007 et Jacques Chirac en 2002 réalisaient la même performance avec respectivement 35 % et 33 % chez les agriculteurs. Il y a cependant une grande différence entre les deux candidats. En 2002, Jacques Chirac faisait un score très nettement plus élevé chez les paysans qu’au niveau national (13 points d’écart). En 2007, en revanche, Nicolas Sarkozy réalise un score peu différent entre les agriculteurs et citoyens (4,8 points de différence). En ce sens, le second, chez les agriculteurs, n’est pas l’héritier du premier. « C’est la fin de l’épopée chiraco-gaulliste », constate le sociologue Bertrand Hervieu. « Le territoire socioprofessionnel du vote sarkoziste correspond plus à celui de la “boutique” qu’à celui de la “ferme” chiraquienne », explique François Purseigle qui étudie régulièrement l’électorat agricole.

L’extrême droite installée

Quant au poids de l’extrême droite dans le vote agricole, Philippe Meurs, président des Jeunes agriculteurs, estime que les paysans retrouvent chez Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers le « discours anti-Europe ». Cette renationalisation des politiques agricole est « audible » par les agriculteurs. Et Philippe Meurs d’insister sur la responsabilité des politiques français dans ce fait car « ils fustigent l’Europe quand ça va mal ».

« Les agriculteurs sont le seul groupe qui confirme la poussée de l’extrême-droite, la structure et l’installe », explique Bertrand Hervieu. François Purseigle avait depuis longtemps observé cette poussée de l’extrême-droite dans la sociologie électorale des agriculteurs. Une poussée qui semble marquée chez les jeunes plus que chez les agriculteurs plus âgés, héritiers sans doute encore « des idées insufflées par les mouvements des jeunesses chrétiennes qui avaient, semble-t-il constitué un rempart aux idées de Le Pen. »

Le fait nouveau, chez les agriculteurs comme chez les citoyens en général, est la percée de François Bayrou. Dans le monde agricole, et compte tenu de la stabilité de la droite, cette percée a sans doute contribué à expliquer le très mauvais score de Ségolène Royal. Avec 8 % des suffrages elle ne représente même pas la moitié de ce que réalisaient ensemble Lionel Jospin et Jean-Pierre Chevènement.

Rassurer le monde agricole

Comment peuvent s’expliquer ces résultats ? Sans doute par la permanence d’une inquiétude des agriculteurs sur leur avenir. Les agriculteurs ont besoin d’engagements qui les rassurent, rompant avec les évolutions radicales des politiques agricoles, européennes surtout. De fait, juste après le 1 er tour, la FNSEA publiait un communiqué dans lequel elle estimait que « des engagements fermes sur l’OMC, un discours averti sur la PAC et son financement, des paroles d’espoir sur la protection du terroir français seraient de bon augure ». Le programme de Nicolas Sarkozy en matière agricole, visant surtout à rassurer sur les fondamentaux de la politique agricole, avait tout pour rassurer les paysans : puissance de l’agriculture française, biocarburants soutenus sans réserve, préférence communautaire, fermeté à l’OMC, pas de moratoire sur les OGM… autant d’éléments faits pour rassurer. A contrario, le programme de Ségolène Royal évoquait surtout des changements : priorité au respect de l’environnement, plafonnement et modulation des aides, moratoire sur les OGM, priorité aux aides agroenvironnementales, remise en vigueur des CTE, etc. Son programme s’inspirait sur bien des points des idées de la Confédération, alors que celle-ci avait subi un échec aux élections des chambres d’agriculture. Selon Jean-Michel Lemétayer, Ségolène Royal paye en quelque sorte « son positionnement trop proche de la Confédération paysanne ».

En plus, dans certaines régions, comme le Grand Ouest semble-t-il, traditionnellement marqué par la démocratie chrétienne, le vote agricole de gauche s’est reporté sur François Bayrou. Selon Bertrand Hervieu, « la tradition démocrate chrétienne qui s’était un moment portée sur la gauche (20 % en 2002, aux beaux jours de la Confédération paysanne, N.D.L.R.) ne se reconnaît pas chez Ségolène Royal. Le centre a donc récupéré cet électorat ». François Purseigle confirme cette évolution en rappelant l’influence qu’avait eu dans le passé la Jac (Jeunesse agricole catholique) et le MRP. Jouant sur son image de fils d’agriculteur, François Bayrou a su combiner l’aspiration à certains changements avec le modèle agricole français. Il prônait la défense des prix agricoles mais aussi un moratoire sur les OGM. Une position intermédiaire tentant d’estomper les oppositions gauche-droite. Comme dans la vie politique en général.

(1) 3 397 personnes ont été interrogées par téléphone le 22 avril constituant un échantillon national représentatif de la population inscrite sur les listes électorales. La méthode des quotas a été utilisée.