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Un voyage à la découverte des agricultures urbaines en Amérique

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Ultramodernes ou très sommaires, rentables ou socialement solidaires, les initiatives les plus hétéroclites en matière d’agriculture urbaine se développent en Amérique. Tel est le constat de deux ingénieurs agronomes français, de retour d’un voyage de six mois consacré à la découverte de ces pratiques agricoles atypiques.

Mickaël Rouvière et Marine-Sophie Gimaret, jeunes ingénieurs agronomes de la région toulousaine, sont revenus le 17 décembre d’un « break professionnel » de six mois consacré à la découverte de l’agriculture urbaine en Amérique. Du Canada à la Bolivie, le couple a découvert des initiatives originales souvent réservées aux classes aisées ou, au contraire, plus démunies.

Hydroponie sur les toits de Montréal

À Montréal, le couple souhaite visiter la Lufa farm. Situé en pleine zone industrielle, c’est le plus grand potager sur le toit dans le monde, explique Mickaël Rouvière. « Des visites touristiques sont organisées mais pour investiguer plus sérieusement sur cette initiative, nous voulions prendre le temps ». Lorsque le couple se présente aux salariés de l’entreprise, ils reçoivent un accueil plutôt hostile. Cette société, pionnière dans la production de légumes en hydroponie sur les toits, a recours à des technologies dernier cri et semble craindre l’espionnage industriel. Finalement, un responsable accepte d’accompagner les deux ingénieurs sur le toit. « Par les mesures prises en faveur de la conservation de l’eau, des contrôles biologiques ou des économies d’énergie, cette ferme urbaine incarne une agriculture responsable » observe Mickaël Rouvière. Après la visite de la serre, son avis est mitigé : il est séduit par les innovations technologiques mais constate qu’« à part le soleil, rien ne paraît bien naturel dans ces légumes ». L’ingénieur est séduit par les innovations technologiques mais interprète cette initiative surtout comme un « bon coup marketing ».

Le marketing est fort. L’entreprise organise des visites touristiques mensuelles dans la serre et présente un univers très moderne : bureaux design, salle de détente avec des jeux, espaces de réunions tendances. Un univers séduisant pour les « bobos » de Montréal, assez aisés, qui constituent les clients typiques de cette société qui a déjà dupliqué le modèle.

Des « Urbainculteurs » solidaires à Québec

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À Québec, les deux ingénieurs ont rencontré l’association des « Urbainculteurs » qui propose différentes initiatives atypiques. Le toit de la Maison de Lauberivière, qui accueille un centre social, n’a pas pu être recouvert de terre pour des raisons techniques et financières. Qu’importe ! L’association a installé d’énormes pots en géotextile, imperméables à l’eau et perméables au gaz (les « smart pots ») où poussent des fruits et légumes cultivés par les résidents du centre. L’agriculture urbaine prend ici un rôle de réinsertion sociale. Les Urbainculteurs ont proposé le même service de « smart pots » à des brasseries de Québec, qui voient désormais pousser des légumes plutôt que des fleurs sur leurs terrasses. Une prestation que l’association propose aussi aux particuliers. Les Urbainculteurs ont également installé un potager en terre et en « smart pots » dans le jardin du Parlement de Québec, ouvert à tous. Une partie des fruits et légumes est destinée aux cuisines du Parlement, l’autre est à disposition des visiteurs. Au-dessus de chaque culture, est affiché le nom du produit, et à certains endroits, des pancartes indiquent « nourriture partagée ». C’est là que les passants peuvent se servir. « Ce qui est incroyable pour nous Français, s’étonne Mickaël Rouvière, c’est que les gens jouent le jeu ! Tout est ouvert et pourtant, les gens se servent modérément et uniquement aux endroits autorisés ! ». Réaliste, il sourit : « En France, un tel potager serait dépouillé en un temps record ! ».

Serres de bric et de broc à La Paz

Dernier arrêt avant le retour en France pour le couple : La Paz, en Bolivie. « Selon la FAO, en 2012, 25 % de la population bolivienne était en situation de sous-alimentation, alors même que le droit à l’alimentation est inscrit dans leur Constitution » témoigne Mickaël Rouvière. Les deux ingénieurs ont passé une journée, en tant que bénévoles, avec l’association Alternativas qui lutte contre la sous-alimentation en tentant de cultiver des fruits et légumes sur des terres prêtées par la mairie de La Paz, à presque 4 000 mètres d’altitude. Ce sont les familles des quartiers les plus démunis qui viennent s’occuper du potager. « Elles en tirent un avantage en matière d’accès à l’alimentation, évidemment, mais aussi sont unanimes sur l’importance du lien avec cette communauté de jardiniers », s’émeut le jeune agronome français.

L’association, qui compte six membres permanents dont deux ingénieurs agronomes, essaie de trouver des solutions pour cultiver dans ce climat hostile, avec « des connaissances, des idées novatrices mais des moyens très limités », explique Mickaël Rouvière. « Ils bricolent des serres avec des bouts de bois et des sacs plastiques ! Le pire, c’est que ça marche ! ». Pour l’association, ce premier jardin « Huerto Organico Lak’a Uta » représente vraiment un défi important : si elle réussit à exploiter ces terres peu productives, la mairie de La Paz s’est engagée à leur en fournir d’autres. La partie n’est pas encore gagnée mais les premiers essais sont très concluants.